Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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-Chapitre 11 : La foi dans l’Homme
-Chapitre 12 : Quelques réflexions sur les Droits de l’Homme
-Chapitre 13 : Le rebondissement humain de l’évolution et ses conséquences


-CHAPITRE 11 : LA FOI DANS L’HOMME

Si la foi dans l’homme est aussi vieille que le monde, comme le dit Teilhard, elle n’est pourtant pas très étendue. Chez les animaux existe une pulsion primitive comparable qui se traduit par l’élan vital, forme instinctive de la confiance en soi et en l’espèce. Chez l’homme, cet élan vital se prolonge au-delà de la vie, comme une pulsion d’éternité, donnant aussi naissance aux religions. Dans certaines espèces animales on observe un sentiment d’inhibition intra-espèce, qui interdit au mâle dominant vainqueur d’un combat de chefs, de tuer son adversaire s’il donne des signaux de reddition ; c’est une forme de foi en l’espèce peut-être.

Pour nous, à mon sens, les mythologies, les folklores, les religions, répondent à un besoin de foi en l’homme et si tel n’était pas le cas ce serait désespérant pour notre espèce et les sociétés disparaîtraient, ce qui fut le cas de beaucoup de civilisations qui disparaissent dans la luxure et le laisser-aller , et je ne suis pas de l’avis de Teilhard lorsqu’il dit que la foi en l’homme est un phénomène nouveau. Par contre, je partage son point de vue sur l’accélération du phénomène et de sa tendance inverse, avec le rôle des médias qui joue dans les deus sens.
Le facteur médiatique croît exponentiellement ; l’éthique des journalistes est maintenant un intermédiaire ultra sensible, attention aux abus d’utilisation. Les guerres, les famines, les catastrophes naturelles, les crises financières peuvent aussi faire l’objet d’abus d’utilisation, surtout si le public réagit à ces malheurs en disant que si Dieu existait cela ne se produirait pas ; Dieu n’y est pour rien, si tant est qu’un Dieu nous observe et nous punit en nous infligeant « Les sept plaies d’Egypte ». On peut discuter sur le rôle d’une croyance en Dieu pour maintenir « la foi en l’homme », mais elle n’est pas de cet ordre là. D’ailleurs, peut-on vraiment apprécier un niveau de croyance en Dieu pour soi-même et à fortiori pour les autres ? On peut douter du degré de sincérité des réponses aux questions de ce genre, d’une part, et l’impact de la question sur les réponses varie selon les religions et les références divines, d’autre part ; les conceptions de la divinité entre les religions védantes et les religions du Livre (Judaïsme, Christianisme, Islam) n’ont pas grand-chose de commun, hormis le fait qu’il s’agit d’une force supérieure. Parmi toutes les religions énumérées ci-dessus, aucune ne suggère que l’attitude de l’homme puisse avoir une quelconque influence sur la réussite de l’univers, sauf les conceptions de Teilhard que l’on peut résumer ainsi :
(a) Un « dedans des choses » (information contenue dans la matière) permet à la matière d’évoluer jusqu’à l’homme.
(b) (Cette énergie spirituelle dégagée par l’homme forme une sphère de l’esprit (noosphère), idem dans chaque planète habitée.
(c) A la fin des temps toutes ces énergies convergent vers un point suprême (Point Omega).
(d) De cela il résulte que l’homme est à la fois acteur et auteur du scenario et, en cas d’échec, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. La foi en l’homme est donc bien le facteur principal de sa réussite.

-CHAPITRE 12 : QUELQUES REFLEXIONS SUR LES DROITS DE L’HOMME

Les Droits de l’Homme et ses devoirs sont les premiers facteurs de réussite de l’humanité, et insister sur leur importance dans la conduite de l’homme équivaut à traiter de la foi dans l’homme. Il n’est donc pas étrange de lier ces deux sujets de réflexion.

Je rejoins Teilhard lorsqu’il dit que les Droits de l’Homme et Devoirs de l’Homme sont deux notions inséparables ; c’est ce que n’ont pas fait nos républicains et la Ligue des Droits de l’Homme dans leurs proclamations.

Le député Abbé Grégoire avait bien remué ciel et terre ^pour que les « devoirs du citoyen » fussent promulgués dans la foulée des Droits de l’Homme, mais ils ont été oubliés.

Là où je vais surenchérie sur Teilhard c’est en disant qu’il faut promouvoir en premier les devoirs de l’homme avant les droits auxquels il peut prétendre. Les droits se méritent en agissant d’abord sur nos devoirs, ceux que nous nous imposons nous-mêmes d’abord et ceux que la société nous impose. Une phrase maçonnique importante dit : « Il est plus facile de faire son devoir que de le connaître ». Faire son devoir est un acte d’obéissance, tandis que connaître son devoir est un, acte de réflexion ; la nuance est importante. Je sais « vendre » les Droits de l’Homme est une opération facile (je dirais presque démagogique), tandis que « vendre » les devoirs est politiquement incorrecte pour ne pas dire « invendable », alors on fait comme si droits et devoirs étaient la même chose.

-CHAPITRE 13 : LE REBONDISSEMENT HUMAIN DE L’EVOLUTION ET SES CONSEQUENCES

Si nous avons admis les points fondamentaux de la pensée de Teilhard, résumés dans le chapitre 11, nous pouvons aller plus loin, ce qui n’interdit pas des divergences et des oppositions de conceptions que le milieu scientifique ne lui ménagea pas et qui sont la règle du jeu qui fait avancer la science. D’ailleurs, Teilhard ne se prive pas d’en faire autant, notamment par rapport à ses prédécesseurs, soit l’école de Lamarck et l’école de Darwin entre lesquelles Teilhard se plaça. Nous allons voir comment il les dépasse.
Points communs entre les deux écoles
Les espèces animales sont le résultat d’arrangements de plus en plus complexes et la réponse aux pressions du milieu se fait par de multiples tâtonnements spontanés jusqu’à ce qu’émerge la formule du plus apte, par le jeu du hasard des grands nombres et cela en fonction des lois de la génétique. Il y a eu d’autres écoles évolutionnistes, les voici par ordre chronologique :
BUFFON : 1707 – 1788
LAMARCK : 1744 – 1829
DARWIN : 1809 - 1882
Et TEILHARD DE CHARDIN : 1881 – 1955
Deux siècles de recherche dans le même secteur scientifique, dans une progression cohérente sur l’évolution ; mais on peut dire que Teilhard a atteint dans ce secteur de recherche un point qui n’a pratiquement pas été dépassé. Malheureusement les personnalités actuelles qui ont pris la suite oublient les deux premiers cités ainsi que Teilhard, ils veulent faire croire qu’entre eux et Darwin il ne s’est rien passé de remarquable et de surcroît, volontairement je pense, ils ne mettent pas en évidence les nuances fondamentales qui existent entre nos quatre héros de l’évolution.

Différences entre Lamarck et Darwin

-Tendances de Lamarck au niveau humain : les forces d’arrangements internes de chaque individu commencent à jouer un rôle sensible dans l’évolution de l’espèce.

-Tendances de Darwin : L’influence statistique des chances tient une place prépondérante ; vision matérialiste des choses, vision transformiste des espèces. Darwin, issu d’une famille aux convictions religieuses prononcées, perdit plus ou moins sa foi à la fin de sa vie.

-Tendances teilhardiennes : ce n’est pas l’espèce qui évolue, ses branches inadaptées disparaissent, tandis que surgissent des branches mieux adaptées qui prennent la place des disparues. Les branches ne descendent pas les unes des autres, et l’homme ne descend pas du singe … Teilhard reconnaît le rôle des préférences métaphysiques (sensible chez l’homme uniquement) comme l’instinct de finalité et il précise sa pensée : « Né sous le signe du hasard, c’est par la finalité réfléchie que la vie peut s’élever par effet d’auto-évolution, vers plus de complexité. Aux facteurs de pression du milieu et jeux des hasards liés aux grands nombres, un facteur nouveau est apparu, celui des forces de finalité, comparable à une volonté de vivre au-delà de sa propre personne. »

Teilhard, on s’en souvient, a déjà développé cette idée dans les chapitres précédents, appelons cela « finalisme » ou « déterminisme », l’homme est actif dans l’évolution de son espèce, tandis que les animaux, moins conscients que l’homme, ont une apparence passive. On peut penser que Teilhard serait plus proche de Lamarck que de Darwin.

Aux théories de Lamarck et de Darwin, Teilhard a ajouté une précision qui change tout : ce n’est pas la pression du milieu qui fait pousser les canines des félins, ou grandir les pattes des oiseaux échassiers, c’est un autre mécanisme. Quand des espèces ou des races sont mal adaptées à leur milieu, soit elles changent de milieu si c’est possible, soit elles disparaissent ; ou encore, des caractères récessifs qui jusqu’alors étaient cachés (peut-on dire en réserve ?), potentiellement et virtuellement mieux adaptés au milieu surgissent concurrentiellement, les meilleurs prospèrent. C’est ainsi que naissent les nouveau phylum, par tâtonnements compétitifs, selon les lois de la génétique et des mutations, comme si toute la nature était dotée d’une « tension » de recherche.
Teilhard a eu une autre géniale intuition avec le nouveau facteur qu’il a nommé « force de finalité », qui serait géré, si l’on peut dire, par un coefficient d’activance qui permettrait d’apprécier la dynamique de l’esprit de l’humanité (et de la noosphère). Ces facteurs de croissance de la complexité sont imaginés dans le but pédagogique de faire comprendre le principe d’émergence, de finalité, et d’irréversibilité sur lesquels repose toute la pensée de Teilhard. Dans toute son œuvre il répète qu’il n’existe qu’une seule énergie vitale, se manifestant différemment aux divers paliers de l’évolution, et la dernière de ces manifestations est l’amour de l’évolution dont l’humanité est en charge. Le nihilisme et l’inertie en sont l’antithèse.
L’humanité balance entre enthousiasme et nausée.

A la fin de sa vie Teilhard avait intégré les influences des physiques relativistes et quantiques. C’est grâce à elles qu’il a développé une pensée encore non dépassée que certains scientifiques modernes ne se sont pas privés d’utiliser sans citer leurs sources. Ainsi est né le principe anthropique des physiciens actuels et l’Intelligent-Design des créationnistes américains qui tentent de dégager leurs stupides théories. Mais de tout cela il faut retenir une leçon, la physique quantique a permis aux scientifiques modernes de ne plus avoir à affronter les perfides plaisanteries qu’ils s’envoient entre eux à propos de la spiritualité. Je dois cette idée à l’un des membres de notre groupe lyonnais, Marcel Comby (ancien professeur de mathématiques et de physique).

Ainsi, comme l’a écrit Teilhard : « Il est brisé le cercle du phénomènalisme qui limiterait notre regard à un horizon fini au-delà duquel s’étend l’Inconnaissable Absolu, tout ce qui est en dehors de l’expérience sensible. »
Cette affirmation concerne ce qui est improbable et qui par hypothèse sera victorieux contre le probable que Teilhard exprime ainsi : « Brisé aussi, virtuellement et en espérance, le cercle infernal de l’égocentrisme. Un nouveau monde commence … »
L’espérance évoquée par Teilhard n’est-elle pas la première des trois vertus théologales ?

Samedi 18 Juin 2011 09:32