Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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L'Avenir de l'Homme, tome-5, Editions du Seuil


INTRODUCTION
Cette réflexion portera sur la fin du chapitre 19 dont les idées fortes sont :
1- L’Effet de Voute est produit par l’Amour
2- L’esprit qui survit au physique, formation de l’âme
3- Au sommet que voyons-nous, quelque chose ou quelqu’un ?
J’ai choisi cette dernière partie du chapitre où Teilhard se pose la question de savoir si les lecteurs le suivront dans cette intuition… j’aurais tendance à le suivre.

1) L’EFFET DE VOUTE EST PRODUIT PAR L’AMOUR

Dans les cathédrales, l’effet de voute est une composante des forces de la gravité qui, dans ce contexte symbolique, représentent l’AMOUR, force identique à la gravité universelle.
Ces deux forces sont à l’inverse des forces de haine, composantes des égoïsmes dont les effets sont dispersant, et pourtant ils sont nécessaires à l’expansion de la vie. Ces forces peuvent se percevoir comme une explosion c'est-à-dire contraires à l’esprit de voûte.

La voûte ne se conçoit pas sans une clef de voûte (Le Christ peut être ressenti symboliquement comme une clef de voûte) dont la pierre est un ordre majeur et il en est de même pour toutes les pierres de la voûte. Car, sans cette harmonie, il n’y aurait pas de voûte possible parce que les pierres seraient encore à l’état brut dans la carrière. Souvenons-nous de la formule ordo ab chaos (le chaos contient un ordre caché).

Ces forces extérieures de pression proviennent du centre d’attraction universelle d’un cercle dont la voute est un segment . La finalité de la voute est le cercle et la finalité du cercle est la centréité (« Q.G. » de l’ensemble), premier pas vers la complexité.

Comparaison entre la voute et la société humaine : La pression verticale exercée sur la voute est transformée par celle-ci en pressions horizontales de resserrement des pierres les unes sur les autres. Autrement dit, la pression de l’immanence qui s’exerce sur chacune de nos têtes se traduit par un resserrement des hommes entre eux. Ils deviennent à la fois individualisés et solidaires.
A ce stade du raisonnement nous ne sommes plus dans le physique mais dans le spirituel et nous sommes passés du corps à l’esprit. Mais selon Teilhard, les lois qui gouvernent l’esprit sont les mêmes que celles qui gouvernent la matière ; il s’agit de l’atomisme de l’esprit, idée si chère à Teilhard et toujours unique en son genre (voir tome-7, chapitre 2, Editions du Seuil)

2) L’ESPRIT QUI SURVIT AU PHYSIQUE

Le Professeur Pierre Rabischong, neuro-anatomiste mondialement connu dans sa spécialité, m’avait dit après la conférence qu’il nous avait accordée en mars 2011 : après la mort physique le cerveau cesse de fonctionner et n’émet plus aucune onde, ce qui, selon lui, prouvait qu’après la mort il n’y avait que le néant …
Des indices me permettent de penser que le Professeur a évolué sur ce point. Si le cerveau n’émet plus d’ondes après la mort, que sont devenues les ondes émises par lui avant le décès ? C’est ici que classiquement la science et la métaphysique se séparent ; les ondes émises logiquement par le cerveau avant la mort sont éternellement présentes comme le laisse supposer leur nature spirituelle. Personne ne peut rien prouver à ce sujet, ni dans un sens ni dans l’autre, même si des transmissions de pensée sont constatées entre vivants, sans aucune réserve de part et d’autre. Entre vivants et morts les mêmes phénomènes sont rapportés mais on ne peut évidemment pas les vérifier en interrogeant le disparu. Cependant, des enquêtes post-mortem auprès des témoins sont parfois positives.

Les teilhardiens sont entrainés à l’utilisation du « principe anthropique » utilisé par les scientifiques depuis le début de leur démarche dans les pas de Teilhard et nous postulons que « les effets prouvent la cause. »Puisque le monde existe tel que nous le voyons, il n’a pas pu se faire tout seul sans l’existence d’un Principe Créateur. Nous avons même admis que ce Principe de Forces et d’informations de toutes choses était consubstantiel à la matière. En conséquence, on peut dire que le Principe Créateur était présent avant l’apparition de l’univers manifesté, et il sera toujours présent après sa disparition.
Cette énergie qui subsiste est-elle différente de celle qui ETAIT avant le commencement ? Teilhard répond à cette question par sa théorie de l’atomisme de l’esprit déjà citée.

Mais revenons à cette énergie-esprit produite par notre cerveau (comme les autres ondes elle est partout et nulle part) et qui, par hypothèse, survit à notre mort. Que fait-elle quand elle vient d’être émise ? Elle s’enroule sur elle-même, elle se centre mais en plus elle décide… elle devient une âme, notre âme. Elle existe déjà à l’état embryonnaire dès la naissance du « petit de l’homme » et elle devient conscience dès qu’il découvre sa présence ; une présence qui peut devenir plus forte que la volonté de l’homme, jusqu’à provoquer en lui des déchirements, sa force est invincible. Cet embryon demande à l’homme de le cultiver, de le développer à l’infini, c’est la condition sine qua non de sa vie éternelle. L’enfer ce ne sont pas des flammes qui le caractérisent , mais les cendres froides d’une âme morte.

L’âme et la conscience sont une même et unique chose issue de l’esprit qui participe au ternaire : corps, esprit, âme par ordre d’apparition....Etymologiquement le mot conscience signifie avec la connaissance. Cette conscience est d’abord au-dessus de nous, immanente, imposée et nous oblige à transformer cette connaissance en une transcendance acceptée et voulue qui jaillit de notre conscience et tend à rejoindre l’Etre Suprême.
Après la découverte de son âme, l’homme doit apprendre à lui parler et à l’écouter pour décider de certains choix difficiles et fondamentaux. Ainsi joue l’âme de l’esprit contre l’âme de l’élan vital naturel qui pousse à choisir des options égoïstes. Telle est la forme prise dans le combat du bien contre le mal, ce qui revient à discerner ce qui est bon en de ça de ce qui devient mal au-delà. Poussé à l’extrême l’élan vital aboutit à l’égoïsme dispersant .

3) AU SOMMET QUE VOYONS-NOUS ? QUELQUE CHOSE OU QUELQU’UN ?

Que Teilhard se pose une telle question est remarquable de franchise et en cela il n’était pas un homme d’appareil. Dans le cas contraire, il aurait évité de poser le problème. Il est intéressant d’analyser la question.

-Dans ce contexte, être quelque chose signifie être une entité inanimée, une banque de données passive.

-Etre quelqu’un désigne une intelligence animée évolutive et décisive et j’ajouterai perfectible. Dieu sera parfait à la fin des temps (« à la fin des
temps » … si l’on peut dire, le temps existe-t-il dans l’éternité ?) quand Il aura achevé son projet audacieux et risqué. Teilhard le dit clairement, le risque d’échec est possible si l’homme n’y participe pas loyalement. Les Evangiles ne cachent pas ce risque : « Celui qui croit en Dieu est déjà sauvé» (Jean)
Devant une telle alternative présentée par Teilhard, nous pouvons espérer que notre Dieu percevra nos appels et qu’Il nous répondra par la voie animique, tel est le mystère de la Révélation.Dieu inspire à certains hommes lemessage qu’ils doivent transmettre.
Tout ce qui précède est indémontrable mais incontestable selon la logique de Teilhard.

CONCLUSION

Mes réflexions ne sont bien entendu que ce que je crois comprendre du texte de Teilhard et ce qu’il a voulu exprimer et transmettre...

Si nous adhérons au principe de Genèse, il faut aussi admettre qu’il s’étend au TOUT (ensemble matière et esprit). La genèse de la matière aboutit à l’homme et avec lui commence celle de l’espritt, dans ces deux genèses, Dieu est inclus. Les résonnances de son esprit en nous prouvent son existence.

Le principe de genèse de l’esprit (contexte dynamique lui aussi) introduit la notion de perfectibilité de Dieu. Si Dieu était parfait avant le commencement son principe serait passif. Le passage de la genèse par l’homme et son aboutissement signifie que le quantum d’énergie spirituelle du commencement est inférieur à ce qu’il sera à la fin de la cosmogénèse. Dieu a besoin des hommes et l’homme a besoin de Dieu ; l’Eucharistie est faite pour satisfaire ce besoin de l’homme et nous verrons peut-être dans l’étude du tome-10 comment Teilhard argumente ses idées quant à la faute originelle.
L’ultra humain est une société d’hommes supérieurs, spiritualisés, solidaires et individualisés. Le contact avec notre prochain nous apporte plus que nous de lui donnons. L’ultra humain est la future noosphère. La noosphère n’est pas l’inconscient collectif de Yung, mais le CONSCIENT COLLECTIF de Teilhard de Chardin.

Voilà l’espérance qui se dévoile en avant de nous et qui nous maintient debout, vigilants et actifs..


Lundi 21 Novembre 2011 10:36