Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Les messages de l’Eglise adressés aux incroyants ne semblent pas avoir réellement évolué depuis une cinquantaine d’années, en dépit du développement culturel important des esprits dans les sociétés modernes.
Au moyen âge, la population était composée de 95% d’analphabètes et de 5% de gens instruits, maintenant c’est l’inverse et le niveau culturel des « instruits » est beaucoup plus élevé que celui de leurs pairs du moyen-âge.
C’est probablement dans les couches sociales les plus instruites que se comptent le plus grand nombre d’incroyants et, pourtant, aucun message ciblé et spécifique n’est envoyé par l’Eglise pour atténuer le théisme insatisfait qui règne dans l’inconscient des ces incroyants qui, je le sens, aimeraient avoir une foi, une espérance.

Pour donner le goût de vivre à cette catégorie de personnes, la pensée scientifique et philosophique de Teilhard indiquerait une direction à leur recherche.

L’Eglise a bien pensé à Teilhard pour s’adresser aux non croyants, mais elle n’ose pas -ou ne peut pas- diffuser autre chose que la pensée très catholique du Père qui, d’ailleurs, a beaucoup de succès dans les milieux catholiques. En revanche, elle ne pénètre pas du tout dans les zones incroyantes de la société, pas plus que le message traditionnel d’ailleurs. L’Eglise refuse de reconnaître la double personnalité de Teilhard (c’estlogique, traditionnel et passéiste) qui est pourtant admise par ceux qui le connaissent bien ; étant donné que Teilhard est bi-face, on peut en présenter l’une au détriment de l’autre. On ne peut pas classer dans la même catégorie des livres comme LE MILIEU DIVIN et LE PHENOMENE HUMAIN. Le premier est admis et conseillé par l’Eglise quant au second, il est la cause de la mise aux oubliettes de notre père jésuite dont le Phénomène Humain fut , de son vivant, interdit de publication. Rien n’est fait pour en encourager la lecture. L’essai que j’ai fait en concevant deux manuels d’étude concernant Le Phénomène Humain et L’Activation de l’Energie est repoussé, les deux livres officieusement interdist par la Fondation Teilhard de Chardin. Placé devant cet état de fait, je propose quelques réflexions.

-Teilhard est-il un pur mystique chrétien méritant une ferveur particulière ? Cette dévotion justifie-t-elle la mise sous silence de sa pensée scientifique et philosophique ?
Je sais bien que les multiples facettes d’un homme plongent dans l’unicité profonde d’un être. Cependant, selon l’usage que l’on veut en faire, on peut mettre davantage en valeur l’une ou l’autre de ses facettes.

-L’Eglise catholique vise la pensée unique, particulièrement en France vis-à-vis des masses chrétiennes. L’un de nos adhérents teilhardien, docteur en physique, nous a relaté le récent colloque Teilhard qui s’est déroulé cette année à New York. Le public jeune était très important, et l’on sait pourquoi : si l’on consulte les bibliographies sur Teilhard dans les universités américaines, elles sont des milliers alors qu’en France il n’y en a presque pas.

Si des responsables d’Universités françaises sont interrogés, on apprend que Teilhard ne figure pas dans le corpus philosophique de l’Education Nationale. La réponse est identique dans les milieux scientifiques universitaires où Teilhard est considéré comme un scientifique décalé, on le traite de poète, comme si l’intuition n’était pas à l’origine des grandes découvertes. Mais les scientifiques qui font de tels jugements n’ont fait que survoler les treize tomes édités la le SEUIL et surtout ils ignorent pour la plupart Le Phénomène Humain et L’Activation de l’Energie. Enfin, ils ignorent les publications extrêmement nombreuses de Teilhard dans les revues purement scientifiques en matière de géologie, de paléontologie, comme dans la revue Geobiologia qu’il créa et dont la portée fut internationale. Teilhard était reconnu par les scientifiques de son époque, dans le monde entier.

- Voici l’une des raisons du discordisme : les milieux religieux et scientifiques n’osent pas proclamer que la recherche scientifique se prolonge naturellement dans l’intelligence philosophique et religieuse. Toutes les œuvres de l’Homme ne sont-elles pas le prolongement de l’esprit ? L’esprit n’est-il pas inséparable de la matière ? Les artefacts sont l’extension de la main et de l’esprit de l’Homme.

-La pensée scientifique et philosophique de Teilhard est unique au monde et encore trop en avance sur les positionnements des scientifiques et philosophes actuels. Seule la pensée de Teilhard peut sauver les neuf dixièmes de l’humanité de l’angoisse existentielle ou du refus du sens de l’espèce pour la conduire vers l’amour de l’évolution. Seule sa pensée philosophique et scientifique peut toucher ceux qui vivent en dehors des religions. Quoi qu’en disent les différentes confessions, leur discours n’atteindra jamais que leurs adeptes qui ^pourtant sont capables de comprendre cela et d’admettre que l’Eglise devrait moduler son propos en fonction des catégories sociales concernées.
Les crustacés bloqués dans leur carapace n’ont pas évolué vers des phases supérieures. En serait-il de même pour l’Eglise ?

-Je ne suis pas plus dur que Teilhard vis-à-vis de l’Eglise et je pourrais citer des pages terribles qu’il prononça au sujet de cette Institution, concernant justement sa rigidité, son inadaptation. Cherchez les dans Le Phénomène Humain et dans toute son œuvre. Au moins vous saurez pourquoi certains chrétiens obéissent aveuglément au monitum du Saint Office, promulgué en 1962 et qui est toujours en vigueur. Je vais le citer. Le Saint Office, lui non plus, ne mâche pas ses mots :

« AVERTISSEMENT
Certaines œuvres, même posthumes, du Père P. Teilhard de Chardin se répandent et connaissent un succès qui n’est pas mince.
Sans juger ce qui concerne les sciences positives, il est suffisamment manifeste qu’en matière philosophique et théologique les dites œuvres fourmillent d’ambiguïtés ou plutôt d’erreurs graves qui portent atteinte à la doctrine catholique.
C’est pourquoi les Em. Et Rév. Pères de la Suprême Sacrée Congrégation du Saint Office invitent tous les Ordinaires, et aussi les Supérieurs d’Instituts religieux , les Supérieurs de Séminaires et les Recteurs d’Universités, à défendre efficacement les esprits, surtout des jeunes, contre les dangers des œuvres du P. Teilhard de Chardin et de ses acolytes ;
Rome, Saint Office, le 30 juin 1962 »

-Actuellement, fleurissent de nombreux colloques organisés par les instances religieuses ayant pour thème : Dieu et la science, Evolution et croyance, Science et Religion, etc … Peut-être en sortira-t-il quelque chose de positif en direction des milieux athées si les antagonistes ne font pas semblant d’aborder le problème du concordisme ?

-Le jeudi 10 juin 2010, à l’Université Catholique de Lyon, le Professeur Dominique Lambert a donné une conférence intitulée «Un Dialogue renouvelé entre Science et Religion ». Le Professeur D.Lambert, titulaire de plusieurs doctorats en Science et en Théologie, appartient à l’Académie Royale de Belgique, à l’Université Notre Dame de la Paix à Namur, et au Conseil Pontifical pour la Culture au Vatican.

A mon avis, on peut encore parler d’antagonisme entre les mondes scientifiques et religieux, l’un et l’autre se craignent réciproquement et s’observent depuis bientôt 200 ans.

Selon le Professeur Lambert, les relations science/foi se compliquent et changent lorsque l’on passe d’une religion à l’autre. Un telle situation met en évidence la superficialité des différences doctrinales, si ce n’était pas le cas la relation science/foi ne serait pas affectée par ces différencest car les fondamentaux des religions s’unissent dans leur origine commune qui est elle-même l’assise de la religion universelle. Sans remonter si haut, on peut dire que les fondamentaux des trois Religions du Livre leur sont communs.

Le conférencier cite une anecdote du Père G. Lemaître (co-inventeur du big bang) qui préconisait d’isoler, et même immuniser les sciences de toute contamination issue de toute théologie. Il souhaitait même que « la science fut indépendante de toute philosophie ». Cette position suscita des échanges croustillants. Lemaître traitait Einstein de « spinoziste », tandis qu’Einstein répondait aux allégations de Lemaître en lui disant « qu’il faisait de la physique de curé » …
Le Professeur Lambert est équilibré et lucide dans ses propos et, à la question de savoir si les présupposés scientifiques doivent avoir ou pas de charge théologique, il répond que la charge philosophique de la science est déjà acquise. Le Professeur Lambert se prononce ainsi sagement si l’on considère des théologies qui s’opposent par exemple au sujet de l’hypothèse d’une entropie maximale vers la fin probable de l’univers et un retour de l’Esprit vers le Créateur.
Autres querelles byzantines évoquées par le conférencier :
-quelle est la différence entre création et commencement ?
-Ou encore :comment articuler le concordisme et le discordisme ? (lien entre science et religion). Selon le Professeur Lambert, l’articulation entre science et religion doit être bilatéral et doit s’inspirer de la nature car la philosophie de la nature laisse toute liberté au Créateur. Puis, le conférencier conclue de manière panthéiste que Dieu attend l’Homme. Il évoque ainsi la patience de Dieu … est-ce que cela signifierait que Dieu a besoin des Hommes ?

Cette conférence n’était pas à la portée du grand public (l’assistance était principalement composée d’universitaires), a-t-elle fait avancer les choses ? J’en doute, car tous étaient du même bord, heureux d’avoir le privilège d’être seuls à comprendre le sens des propos échangés.

Je ^pense que ces querelles science/foi sont des enfantillages et jouent sur des détail.

-Le Doyen de philosophie de l’Etablissement a joué le rôle du « répondant » en posant quatre questions dont il était difficile de saisir le sens car elles étaient noyées dans un flot de citations de noms d’auteurs et de titres de livres, et ce dans une allocution d’un quart d’heure pendant lequel , l’orateur prenait visiblement un immense plaisir à s’entendre parler, tout en restant en dehors de la question centrale afin de ne pas prendre position.

J’admire le conférencier qui réussit à répondre succinctement à ces questions…

-En conclusion je dirai que le thème de ce débat est « copié collé » sur la pensée de Teilhard et sa lutte pour faire avancer l’Eglise, mais dont les pensées n’ont pas été citées une seule fois. Je précise que j’ai constaté la même chose dans des débats similaires, l’un au Lycée Jésuite de Lyon et l’autre à l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de St Etienne (42)
Teilhard est volontairement ignoré par les intellectuels, mais sa pensée originale et unique , elle, n’est pas morte ; elle est récupérée , ce qui est déjà un résultat.

Lundi 21 Juin 2010 08:20