Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Réflexion pour la réunion de septembre, chapitre 2 »Note inédite non datée, écrite entre 1919 et 1920
Extrait du tome 10 « COMMENT JE CROIS »


INTRODUCTION
Le texte original de ce court chapitre est confus. J’ai tenté à plusieurs reprises d’en extraire l’essence en coupant les brindilles qui cachaient les branches mères or, ces dernières une fois dégagées n’étaient pas claires non plus. Elles étaient tout autant « incohérentes » que les textes scolastiques critiqués pourtant vigoureusement par Teilhard (il y a au moins cette certitude dans ce chapitre 2)

Avant d’aborder le sujet, entendons-nous sur la définition du mot scolastique selon le Larousse : « Relatif aux écoles du Moyen Age et à leur enseignement philosophique fondé sur la tradition. Se dit aussi de toute doctrine considérée comme dogmatique et sclérosée ».

L’objet du chapitre 2 concerne la création du monde qui se déroule, en toute logique, en deux phases : l’avant création et l’après création.
L’après création, plus proche de nous, est une phase scientifiquement observable (depuis toujours l’homme observe le ciel). L’avant création, lui, est incontestablement un thème scientifiquement inabordable ; on ne peut qu’en rêver. De plus, il n’est pas certain qu’il y ait eu un avant, hypothèse en contradiction avec le concept d’éternité, a fortiori si l’on introduit le concept ex nihilo à propos de l’origine du monde.

L’hypothèse la moins gênante est celle de la création continue que théologiens et scientifiques évoquent timidement. Elle peut être un consensus provisoire. Mais revenons au texte de Teilhard. Selon lui, la scolastique propose deux modes de création du monde :
1) Soit une création ex nihilo qui serait considérée comme une cause première,
2) Soit une création passant par une phase préalable, indéfinissable par principe, on ne sait pas si elle est hors ou dans l’espace temps, notion à laquelle les théologiens font rarement référence.
Par rapport à ces deux phases, Teilhard se positionne dans une argumentation « physico chimique », mais il ne précise pas si la scolastique situe ces deux causes dans l’avant ou l’après, ce qui est nuisible à la clarté de son texte. Je pense que les hypothèses de Teilhard quant à la scolastique seraient situées dans l’après puisqu’il évoque un créé préexistant qui engendrerait un être nouveau … et il s’en sort de manière ambiguë en disant que « la cause première est un acte coextensif à toute la durée de l’univers » et termine sa pensée en ajoutant : « Dieu insuffle continuellement en nous l’être nouveau », rejoignant ainsi la thèse de la « création continue » : « Dieu crée depuis l’origine des temps ». Par rapport à cette thèse on est donc obligé de se référer à un postulat anti scientifique : l’espace temps éternel ! » Peut-on ainsi se référer au principe de complémentarité cher à Thierry Magnin ?

A se placer ainsi, aucun risque n’est pris puisque nous naviguons sur une mer inconnue de tous les scientifiques, théologiens inclus. Mais bien avant nous Teilhard avait dû se rendre compte de cette incohérence (qu’il dénonce) puisque cette « note » n’a jamais été publiée. Les membres du comité scientifique, maître d’œuvre de la compilation des textes de Teilhard, n’auraient pas dû, à mon sens, publier cet écrit qui, dans le tome-10, tombe comme un cheveu sur la soupe.

La difficulté que nous éprouvons plus ou moins pour lire Teilhard concerne moins son argumentation scientifique, qui reste toujours accessible au plus grand nombre, que son style d’écriture, long et compliqué. Le chapitre 2 fait exception, il est obscure des deux points de vue. Cela confirmerait l’hypothèse d’un brouillon que Teilhard aurait oublié de détruire ; ce qui serait un cas assez unique.

En ce qui concerne l’avant création, la majorité des personnes considère qu’il est inconnaissable à l’homme ; ce n’est pas pour autant qu’il soit interdit d’y penser, alors voilà quelques réflexions :

1-L’univers manifesté pourrait éventuellement provenir d’un univers pré manifesté , représenté comme étant la zone d’influence d’un Principe Créateur, bourré d’idées et animé d’une volonté latente… on ne s’engage pas trop en disant cela !

2-On pourrait présenter la chose autrement, en disant que ce Principe a les qualités suivantes : Il serait Force et Information de toutes choses. Ainsi d’ailleurs peut se résumer le rêve d’Hermès Trismégiste, mythe évoqué depuis plusieurs millénaires dans plusieurs traditions. Dans le même ordre d’idée on pourrait mentionner le vieil Enoch. On peut difficilement cacher le personnage d’Hermès qui ressemble à Moïse ; d’autant plus que l’Arche d’Alliance contenait son livre décrivant l’origine du monde. L’idée se retrouve dans la Genèse mais surtout dans le Prologue de Jean dont Benoît-XVI dit : « Le prologue de St Jean se trouve au centre de notre vie chrétienne. »

Ici doivent prendre fin les spéculations sur l’avant et sur la nature de Dieu. Teilhard reprend cette idée d’un Principe Créateur en disant : « Il fait que les choses se fassent » (tome-10).

Les scientifiques font comme les théologiens, ils se perdent en territoire inconnu par le rêve. Ces derniers ont un avantage : ils sont si vieux que maintenant ils sont sacrés et donc intouchables (tradition oblige !)

Les scientifiques, eux, doivent remettre en question leurs rêves/théories plusieurs fois par siècle, maintenant. Il sera inévitable de recalculer l’âge de l’univers, ses dimensions, sa masse mais pour cela ils ont tout le temps ! Les mathématiques sont exactes mais elles n’ont pas toujours raison et, surtout, elles ne sont pas toujours comprises. Avant, il faudra qu’ elles réussissent à construire une cathédrale en se basant sur le symbole de l’infini (gros travail d’architecture) Mais la science pourrait avoir un but atteignable et abstrait : celui de s’émerveiller toute entière, comme un seul homme, sur l’évolution de la matière jusqu’à l’aimer. « Aimez vous, il suffira » disait l’apôtre Jean à la fin de sa vie.

Il faut aimer l’évolution pour espérer, et pour y arriver répétons comme un mantra cet Hymne à la Matière de Teilhard dont voici un extrait :

Bénie sois-tu mortelle Matière, toi qui te dissociant un jour en nous, nous introduiras par la force au cœur même de ce qui est.
Je te salue universelle puissance de rapprochement et d’union, par où se relie la force des monades et en qui elles convergent toutes sur la route de l’Esprit. »
(TDC, tome 13, de la page 89 à 91 / « Le Cœur de la Matière »)

Du plus humble au plus grand, toute l’humanité peut comprendre ce langage, il la sauvera s’il est transmis à travers les millénaires. Je sais, le panthéisme de ce texte est trop voyant, alors prenons le Prologue et la Genèse qui sont plus discrets à ce sujet.

Samedi 22 Septembre 2012 20:07