Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Le phénomène de contre-évolution, ou la peur de l’existence, est un sujet certainement important de préoccupation de l’être humain. Déjà l’enfant n’est-il pas pris de peur panique quand il découvre que ses parents ne sont pas éternels, qu’ils vont mourir, ne devient-il pas inconsolable quand il pense que ces êtres qui le chérissent, le protègent, un jour, ne seront plus là. Mais l’enfant encore petit pense au présent ; plus tard seulement il découvrira…

De la peur existentielle le père Teilhard nous donne bien des causes justificatives :
Tout a commencé semble-t-il à l’éveil dans la nuit ;l’arrivée de l’animal pensant, l’être humain, et avec lui le début de la conscience. Alors, rien ne sera plus comme avant ; dans la pensée primaire la peur elle aussi est née.
Puis, les évolutions humaines niveaux après niveaux se sont faites et se font mais les raisons possibles de peur n’ont pas diminuées
:
D’abord, la peur devant la matière :
- c’est la prise de conscience de plus en plus aiguë des dimensions de l’univers en opposition à notre petitesse microscopique perdue dans cette immensité.
- il y a la vision de nous-même, comme prisonniers à l’intérieur d’un monde d’où il serait impossible de s’extraire, de s’échapper, psychiquement murés, spasmes puis étouffement de l’âme.
- la découverte de plus en plus angoissante que nous sommes faits de millions d’êtres uniques certes, mais faits de la terre, avec tout ce que cela peut avoir de « basic », de non fini, d’absurde et de précaire. St Paul ne dit-il pas dans son épître aux Romains ch.7 « …je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas… »

Ensuite, la peur devant l’humain :
- l’immensité de la marée humaine ne peut-elle pas déstabiliser la personne dans son unité
- l’opacité des consciences entre-elles c’est à dire n’y a-t-il pas risque pour la conscience de faire son cheminement seul, enfermée dans sa certitude, sûre d’elle-même mais également par voie de conséquence, sûre de sa sclérose, finalement désespérément seule.
- l’impersonnalité ou la négation de la personne individuelle par le totalitarisme et l’uniformité se traduisant par l’étouffement de l’originalité de chacun.

Toutes ces angoisses font frémir mais, nous est-il dit, il me semble, leurs existences même, nous ouvre la voie .En effet le non-être , l’inerte, nous l’avons déjà beaucoup démontré n’existe pas (par nature !). Il y a mouvement, clin d’œil au vieux sage chinois qui dit dans un texte du Yi Jing : « la seule chose qui ne changera jamais c’est que tout est toujours en train de changer »

Comme nous l’avons dit plus haut, donc tout a vraiment commencé avec le choc de l’éveil dans la nuit il y a quelques millions d’années. De l’instinct animal émergeait sans le gommer l’individu pensant ;richesse de taille : une nouvelle fois les choses étaient en route mais différemment ou plutôt enrichies comme quand on met un turbo à un moteur ou qu’il y a une belle route toute neuve juste à la suite d’un chemin de terre. En d’autres termes, Il y avait une nouvelle donne ; chacun sait qu’il y en aura d ‘autres plus tard…
Alors, la première peur existentielle tombe par évidence celle donc de la « non présence »

Pour faire court, et aujourd'hui où en sommes-nous ?

La pointe réfléchie de notre conscience, est en état de continuelle consolidation nous est-il dit page 200 du livre.
De plus en plus évidente actuellement , il fallait être hors du commun pour voir et oser réfléchir pour certains milieux en ces années du milieu du siècle dernier, à ce qu l’on étudiait peu à peu et qui commençait à s’appeler la psychologie analytique.
La science est faite d’abord de bon sens ou sens commun ; nous sommes gens de la terre, évolution de la terre et en tant que tels marqués par nos pères nos aïeux ce qu’on appelle maintenant le trans générationnel. Nous sommes faits aussi par nosorigines, notre culture. N’ai-je pas parfois tendance à l’oublier ? Tout ce que je suis, avec son intelligence, suite du siècle des lumières et pour le meilleur et le pire
et aussi suite de cultures, d’histoires familiales etc. Et alors, dirons certains, c’est maintenant que nous allons à la catastrophe car… à quoi on peut répondre :
N’est-ce pas baisser les bras sans raison ?
Nous avons tous les jours entre nos mains et dans nos âmes un capital de plus en plus riche. N’est-ce pas faire injure à l’autre en démissionnant ? C’est sûr qu’en nous réveillant nous n’avons pas naturellement la partie belle. Mais qui sait après tout…

On lit page 201 :Par régression en lui de l’Extériorité et de la Distance, l’Autre, je dis bien, cesse de nous épouvanter. Bien mieux : par son énormité même, il tend à devenir fascinant et aimable ;
J’avais parlé il y a quelques mois d’un homme qui avait partagé simplement un verre d’une boisson à laquelle pourtant il tenait beaucoup parce que c’était sa mère restée là bas aux Antilles qui la lui avait envoyée. Je n’avais peut-être pas dit que la bouteille il y tenait certainement beaucoup, qu’il ne trouverait pas la même en France et surtout qu’elle ne viendrait pas de sa mère et du pays…et pourtant il avait donné sans compter.
Plus tard, sorti de l’appartement dont entre autre l’intérieur était plus que sommaire, je ne pouvais qu’être heureux de l’instant partagé ; une heure avant je ne connaissais pas cet homme et il faisait un cadeau ; il venait d’une autre culture mais à nouveau l’amitié ou l’amour n’avait pas de frontière.

Pierre Teilhard de Chardin pour finir, me donne un exemple magistral, intimement convaincu qu’il est, de la convergence organo-psychique du monde.
En 1923, dans les steppes d’Asie il dit cette prière, face à l’Immensité, et en communion avec elle:
« ..un à un , je les compte, les membres de cette autre et si chère famille qu’ont rassemblée peu à peu, autour de moi, à partir des éléments les plus disparates, les affinités du cœur, de la recherche scientifique et de la pensée…
et plus loin :..je les évoque, ceux dont la troupe anonyme forme la masse innombrable des vivants »


Samedi 19 Septembre 2009 15:37