Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Après avoir lu le livre de Jeremy Rifkin, "UNE NOUVELLE CONSCIENCE POUR UN MONDE EN CRISE", sous-titre "Vers une civilisation de l'empathie" (Editions Les Liens qui libèrent), je me suis rendu compte, combien les théories élaborées par l’auteur semblent se corréler avec l’œuvre de Pierre TEILHARD de CHARDIN, avec un langage original, totalement différent et pourtant si complémentaire. Un grand travail de recherche, appuyé par une bibliographie d’une soixantaine de pages.

Entre autres, nous qui sommes habitués aux expressions Teilhardiennes, nous ne manquerons pas de faire le rapprochement entre la notion de « montée de température de conscience » et les différents niveaux de conscience acquis au cours des âges de l’humanité évoqués par Jeremy RIFKIN. En s’appuyant sur une étude scientifique détaillée et référencée de l’histoire, ce dernier décrit les différents stades de cette conscience : mythologique tout d’abord, puis théologique, idéologique, psychologique et dramaturgique pour se perpétuer maintenant à l’aube de l’ère de la conscience biosphérique.

C’est aussi un processus de personnification que présente l’auteur, autre sujet cher à TEILHARD. RIFKIN écrit « L’éveil du sens de l’identité personnelle, né de la différenciation, est crucial pour le développement et l’expansion de l’empathie » Dans sa conception, le moteur de ces différents stades de l’évolution n’est autre que l’empathie, naturellement inscrite dès le début, dans les gènes des hommes et de toute la nature. Si au temps des chasseurs-cueilleurs l’empathie ne se limitait qu’aux plus proches de la famille ou de la tribu, nous sommes devenus maintenant sensibles aux catastrophes humaines survenant à l’autre bout de la planète, et plus encore, à une nature dégradée symbolisée à la télévision par un ours blanc efflanqué sur un iceberg dérivant. La conscience biosphérique est née, TEILHARD ne le contredirait pas.

Mais pour faire tourner ce moteur qu’est l’empathie il faut de l’énergie, un surplus d’énergie même, afin que toutes espèces, et plus particulièrement l’espèce humaine, puissent prospérer. Le résultat de cette équation, c’est la production d’un désert, l’entropique autour de nous, un simple processus thermodynamique.
RIFKIN démontre qu’historiquement, l’entropie générée par les splendeurs passées des grandes civilisations est toujours à l’origine de leurs déclins, par perte d’énergie directement utilisable toujours au détriment de l’empathie. Les politiques menées ne deviennent ainsi que les conséquences de dynamiques rompues, et non l’inverse.
De la civilisations Sumérienne, de la civilisations de la vallée de l’Indus, de la civilisation Mayas, puis de la Rome antique, du Moyen Âge, de la Renaissance et de tout ce qui suivra, l’auteur peint un tableau vivant des splendeurs et des déclins qu’a pu subir le processus de développement de l’empathie. Par appauvrissement des sols (salinisation, érosion, méconnaissance des rotations des cultures), par déforestations intenses de l’Italie pour l’empire Romain, puis de l’Europe par la suite, etc., la facture entropique fût toujours trop élevée. Il s’en est suivi une paupérisation, puis migrations vers les cités des populations paysannes. Dans l’incapacité de nourrir les populations urbaines, ces civilisations n’ont pu faire face à leur destin (un million d’habitants pour Rome au plus fort de son expansion, cent mille habitants au VIème siècle).

« La sécurité individuelle accroit l’empathie (…) Dans les sociétés de survie, les liens empathiques sont moins développés, plus ténus et réservés à une étroite catégorie de relations. » Ne serions nous pas là dans la question du mal, quand TEILHARD parle "du sous-produit de l'inachèvement de l'évolution" ?

Bien sûr, cette théorie n’a d‘intérêt que si elle peut nous aider à participer à la construction du monde nouveau qui se présente! Il nous amène ainsi à voir dans le monde d'aujourd'hui les signes déjà présents d’éléments organisationnels humains et matériels qui constitueront le monde de demain. Nous ne sommes pas très loin de la notion de diaphanie laquelle, chez TEILHARD, « ...n'est autre que l'illumination du monde jusque dans ses zones les plus obscures par la Présence universelle de Dieu... ».
L'évolution future des hommes s’inscrit dans ce que RIFKIN nomme « la conscience biosphérique dans une économie climax », au crépuscule de la deuxième révolution industrielle et à l’aube de la troisième. En effet, rarement depuis les premiers soubresauts de la vie, une espèce ne s’est développée sans que sa conquête de nouveaux territoires n’ait été suivie par une période de stabilisation, à moins de disparaître. L’homme ne peut faire exception ; il entre aujourd’hui de plain pied dans cette deuxième et cruciale phase où il n’a pas d’autre choix que de composer avec la terre, et la compression qui lui est imposée par ses congénères.
C’est donc par les progrès de la science et des techniques au travers des communications, des énergies participatives, renouvelables et non entropiques, que cette empathie pourra fairetache d’huile : moyens puissants qui ouvriront de nouveaux horizons de coopérations entre les hommes afin d’en finir avec les compétitions aux résultats désastreux.

Voici un thème en parfaite résonnance avec celui de TEILHARD qui disait : « Ainsi non seulement par augmentation incessante du nombre de ses membres, mais par augmentation continuelle aussi de leur aire d'activité individuelle, l'Humanité ...se trouve irrémédiablement soumise à une pression formidable ...chaque degré de plus dans le resserrement ...exaltant un peu plus l'expansion de chaque élément »
Nous pourrions bien sûr taxer d’angélisme cette pensée, tout comme celle de TEILHARD d’ailleurs. Mais ne nous y trompons pas, au cours des pages de cet ouvrage, c’est un cri d’alarme qui est lancé afin de découvrir combien la conscience biosphérique est la seule qui puisse éviter à l’espèce humaine de disparaître. Le temps compte maintenant, les modèles d’hier ne sont plus adaptés et il est temps d’agir pour accompagner l’évolution humaine dans de nouvelles perspectives et ne point périr dans un chaudron social et écologique ! Et c’est bien notre jeunesse qui est porteuse de ces nouvelles valeurs. Nous sommes bien dans un changement de paradigme.
RIFKIN pose la question la plus fondamentale : « Où voulons-nous être dans vingt ans ? Dans le vieux ou le nouveau monde ? »
Par le fait d’avoir mis l’empathie au cœur de cette dynamique de l'évolution humaine, RIFKIN nous fait tout naturellement penser au principe le plus fondamental de l'esprit chrétien : l'Amour. Nous savons combien cet idéal était aussi au centre de l'œuvre de Pierre TEILHARD de CHARDIN comme force d'union et de convergence de toute la création vers Omega.
De toute évidence, le point commun entre ces deux auteurs, c’est d’avoir construit leurs pensées sur deux grands axes fondamentaux et pas si éloignés conceptuellement : Esprit/matière pour l’un, Empathie/énergie pour l’autre



(1) Climax voir sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Climax_(écologie)
En général, un climax est un point de plus grande intensité d'une force dans une série ascendante ; c'est-à-dire un point culminant. Le terme « climax » a diverses connotations spécifiques et usages.
Climax (écologie)
Dans le domaine de l’écologie, le climax désigne l'état final d'une succession écologique ; l'état le plus stable dans les conditions abiotiques existantes. C'est un état théorique ; en réalité différents stades de la succession écologique coexistent.
Lorsque cet état est atteint, l'énergie et les ressources ne servent théoriquement qu'à maintenir cet état. Lorsqu'un biome atteint son développement climacique, on fait référence à la végétation en parlant de
« végétation climacique ».
Sans intervention humaine, une série de végétation évolue jusqu'à ce que l’écosystème soit dominé par un type de végétation stable, on parle alors de climax écologique.


Samedi 17 Décembre 2011 11:29