Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Tome 7 du SEUIL, pages 335 à 353
Tome 2 du Manuel d’Etude (JP Frésafond) pages 122 à 128


Ces deux ouvrages ont servi d’objet d’étude au texte ci-dessous, sous forme de contraction de texte et commentaires personnels. Que le Conservatoire de la pensée de Teilhard me pardonne cette interprétation de l’œuvre originale ; mais sans ce travail de clarification combien de personnes liraient entièrement ce chapitre du tome sept ? L’objet de notre association n’est-il pas d’étudier et de diffuser la pensée de Teilhard ?

Voici d’abord une énumération des points forts de cet article que Teilhard écrit à New York le 27 avril 1952, publié dans « Revue des Questions scientifiques » le 20 octobre de la même année.

-La Matière est parvenue au stade d’évolution que nous connaissons grâce à la complexification quasi infinie, augmentée des boucles de rétroaction pour arriver à l’énergie de réflexion et à l’irreversabilité (supposée) de celle-ci »que Teilhard qualifie d’énergie ; d’où son idée : l’Homme n’est pas une nouvelle espèce animale, mais une nouvelle espèce de vie.

-Concernant l’Homme, il existe une illusion néfastement développée qui est celle de sa fixité et de son achèvement. Au contraire, l’Homme que l’on croyait figé est ce qui existe de plus libre et de plus mobile dans la nature : il crée un domaine réfléchi dans lequel tout est à recréer en avant. L’Homme est réfléchi parce qu’il converge, entraînant ainsi l’Humanité à faire de même, dans un univers limité dans l’espace et dans le temps.

-On est étonné qu’une disposition aussi évidente du cosmos ait pu passer si longtemps inaperçue. Mais il était inévitable que l’Humanité passât par une période distrayante d’expansion. La réflexion collective croît verticalement dans la noosphère, en même temps que monte, au-dessus de notre horizon, le Pôle d’Unification jusqu’alors caché sur lequel nous tombons à une vitesse de plus en plus grande.

-Avant d’aborder cette question délicate des limites supérieures du phénomène humain, il faut expliquer comment se présente et comment se résout le problème énergétique posé par l’harmonisation avec les lois de la thermo dynamique. Nous sommes donc bien dans un univers composé essentiellement d’Energie et d’Information.

-En physique, la matière glisse irrésistiblement vers une entropie maximum, alors qu’en biologie la matière vivante monte irrésistiblement vers une néguentropie maximum.
Ce paradoxe est resté longtemps ignoré, puis caché mais Teilhard, quoi qu’en disent certains scientifiques, a eu le génie de le découvrir et de le résoudre.
Au 19e siècle, les scientifiques optaient pour deux forces d’énergies juxtaposées, c’était insoutenable. Ensuite, les scientifiques arguaient que la vie ne représentait qu’une infime partie de la matière et, selon eux, le phénomène de la vie était une mystérieuse exception des lois générales de la thermo dynamique, sans importance et négligeable. Les scientifiques de l’époque esquivaient les questions gênantes en comparant le phénomène de la vie à l’effet remous allant à contre-courant sur les berges d’un fleuve, ce qui globalement ne perturbe en rien l’écoulement des eaux…Autrement dit, l’entropie générale de la matière n’était pas perturbée par la néguentropie de détail du phénomène microscopique que représente la vie ! Erreur magistrale :
a) Ces remous néguentropiques apparaissent partout où les conditions permettent la vie.

b) Ces remous, une fois apparus, s’accentuent en proportion exponentielle.

c) Le phénomène de vitalisation des grosses molécules n’est lui-même que le prolongement de la molécularisation des atomes qui sont, eux-mêmes » atomisation de l’énergie ; processus universel que Teilhard développe succinctement en deux points :

1- Pour englober la vie, une énergétique doit se construire, non sur le seul axe de l’entropie (la plus grande probabilité), mais aussi sur un autre axe, celui de la néguentropie (celui de la plus grande complexité).
2- Parvenue à l’apogée de complexité, la courbe redescendra-t-elle vers l’entropie maximale, ou bien subira-t-elle un autre arrangement spécial ? Ce genre de question n’échappe pas à une approche scientifique pourvu qu’on intégre une exigence d’irréversabilité dans la nature même du phénomène évolutif de l’Energie qui est, justement, la réflexion, phénomène qui n’est pas étranger à la courbure de l’espace/temps.

-De l’analyse énergétique qui précède il ressort en tout état de cause que la complexification de la matière et son intériorisation se présentent comme un processus cosmique tout aussi déterminé par la néguentropie et que la majorité de la matière subit une influence inverse qui est celle de l’entropie.

-L’Homme fait intégralement partie de l’évolution de la matière et ne peut se soustraire au besoin qui le force individuellement et collectivement à réfléchir et donc à se réfléchir lui-même de plus en plus. Parce qu’il pense, l’Homme ne peut s’arrêter de penser toujours davantage. L’Evolution dans l’Homme, en même temps qu’elle devient self consciente et self opérante devient prévoyante de son avenir.

-A ce sujet, Teilhard propose une comparaison : dans le domaine industriel les théoriciens de la productivité savent que le rendement d’une usine dépend directement de la bonne volonté des salariés à faire leur travail. Il en est de même pour l’entreprise « espèce humaine » qui est placée en face d’une œuvre à accomplir mais qui, dans cet objectif, doit prendre conscience de ce nouveau paramètre… et ce n’est pas gagné d’avance !
Sur des montagnes de richesses matérielles, l’humanité ne ferait que vivoter si elle perdait (ou n’acquerrait pas) le goût de vivre. Voici donc exprimée en termes de FORCES -qui ne pardonnent pas- la situation énergétique de l’Humanité.

-Pour ne pas être radicalement dégoûté d’agir, l’Homme devenu totalement conscient de son avenir doit se dire que, parvenue à l’apogée de sa complexité conscience l’Evolution échappera à la tendance entropique, pourvu que l’Homme poursuive son effort vers toujours plus de conscience éclairée et toujours plus de volonté de lutter contre l’attirance vers le bas, et toujours plus de volonté pour aller vers cet appel infini de la néguentropie.


-L’Evolution devenue réfléchie est incompatible avec l’hypothèse d’une mort totale. Tel est le pari de Teilhard. Ce vœu pieux élimine-t-il la probabilité de cette mort totale ? Le bâton c’est l’enfer et l’épouvantail ainsi brandi est aussi important que la « carotte » du paradis promis par les religions si nous ne nous conformons pas à leurs règles. L’enfer qu’elles nous promettent en cas de désobéissance est le bâton qu’elles manient généreusement.

-En dépit de ces menaces surannées j’adhère à la conclusion de Teilhard : Pour couvrir entièrement l’économie évolutive de l’univers, aux deux principes que sont la conservation et la dégradation de l’énergie, il faut en rajouter un troisième qui est celui de la réflexion de l’Energie.




Jeudi 24 Juin 2010 18:13