Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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L'AVENIR DE L'HOMME, éditions du SEUIL TOME 5 chapitres 17 et 18


Ce n’est pas pour finir ce tome-5 d’ici la fin de l’année 2011 que j’ai groupé l’étude de ces deux chapitres mais parce que, dans leur esprit, ils sont absolument complémentaires. -Le chapitre 17 traite du problème psychico-physique de la structure et de l’évolution,
-Le chapitre 18 traite de la conséquence de cette nouvelle métaphysique et de cette nouvelle mystique religieuse dans l’évolution des religions et du catholicisme en particulier.
Le chapitre 17 reprend, sous une autre forme, les raisonnements du tome-5 alors que le chapitre 18 apporte une prospective nouvelle pour toute foie religieuse ; il est directement transposable et applicable dans la société contemporaine ; les titres de ce deux chapitres expriment cette idée :
-Chapitre 17 : « L’humanité se meut-elle biologiquement sur elle-même ? » Teilhard la compare ainsi à un super organisme vivant (comme un animal, elle s’auto régule).
-Chapitre 18 : « « Le cœur du problème » où Teilhard rapproche l’idéologie matérialiste de l’idéologie déiste et théiste … sujet d’actualité.

CHAPITRE 17
L’Humanité se meut-elle biologiquement sur elle-même ?
Sous-titre donné par Teilhard : « Une nouvelle question de Galilée »

Article écrit à St Germain en Laye le 4 mai 1949

INTRODUCTION :
C’est la troisième fois que j’aborde ce sujet sous l’angle scientifique afin de mettre en évidence son rebondissement dans l’évolution de la matière et l’immédiateté de ses conséquences. On ne peut pas remettre à plus tard cette réflexion si on considère l’expansion et les débordements en tous sens de la collectivisation humaine. Rien de stable ne pourra plus se construire sur terre tant qu’on n’aura pas réglé la question suivante : quelle est la signification de l’étrange dérive que représente le tourbillon unitaire qui semble annuler une propriété chèrement acquise par l’homme et qui est son moi incommunicable ? Est-ce la vie ou est-ce la mort qui s’élève à l’horizon ? Une chose est nécessaire : un jugement de valeur est à prononcer sur la marche du monde, il s’impose, de lui dépend la suite de l’histoire humaine.

1) S’AGIT-IL D’UN ENROULEMENT DE L’HUMANITE SUR ELLE-MEME ?
Je pense que c’est le cas et nous allons examiner cette question.
Il est évident que l’humanité a envahi les continents, mais n’oublions pas que durant des dizaines de millénaires le tissage des réseaux humains était si lent qu’il paraissait inexistant.
Au regard des anciens naturalistes, l’espèce humaine avait atteint son apogée et son équilibre et, mis à part son psychisme plus éveillé, rien ne la distinguait des autres familles animales quant à son développement. Sans trop y croire, nous sommes éveillés et découvrons cette fausse immobilité alors que l’humanité est emportée dans un maelstrom qui l’enroule sur elle-même. En une génération le gradient de ce changement est déjà considérable. Il est désormais impossible de s’isoler de l’actualité, même le cultivateur terré dans sa campagne profonde est obligé professionnellement de se préoccuper du reste du monde et d’en tenir compte.
Pour nous rassurer face à cet envahissement progressif de nos vies privées, nous avons tendance à nier la réalité, à nous mentir à nous même. Nulle part dans le monde on ne peut voir un relâchement de l’étreinte que nous subissons, les sursauts de révolte contre cette emprise sont toujours anéantis.
A mesure que le phénomène d’enroulement humain progresse nous découvrons ses mécanismes : compression démographique, information surpuissante, la terre se contracte en espace et en temps sous l’action infinie du pouvoir de la réflexion… Comment échapper à cet enroulement psychique ?
Plus on compresse les molécules humaines que nous sommes les unes contre les autres, plus elles se lient entre elles dans une synergie qui les propulse en haut, vers des zones inconnues et effrayantes. Comment ne pas voir que la société humaine ne pourra exister qu’en s’organisant toujours davantage, et la seule question utile maintenant est de chercher à prévoir où cette totalisation nous mène, vers quel sommet, ou dans quel abime ?

2) VALEUR BIOLOGIQUE DE LA SOCIALISATION HUMAINE
A peine émergés, les hommes, après des millénaires de différentiations laborieuses que les ethnologues nomment co-conscience primitive , va-t-il falloir par excès de zèle que l’humanité s’enfonce dans un nouveau tunnel plus obscure, qui semblerait se justifier par les apparences pessimistes de l’ère industrielle ? Les guerres continues contre les étatismes totalitaires en seraient un des exemples. Certains cas de la nature comme les sociétés d’abeilles, des fourmis, etc … qui sont nos grands ancêtres, voudraient amener à penser que notre avenir ressemblera à ces sociétés figées dans des hiérarchies mécanisées et rigides. Ne nous laissons pas impressionner par ces fausses similitudes car, dans les cas évoqués, il s’agit d’un monde neurologiquement inférieur à celui de l’espèce humaine, pour la bonne et indiscutable raison que les sociétés d’insectes n’ont pas franchi le pas de la réflexion, lequel donne accès au libre arbitre et à l’initiative. Le phylum humain est apparu après et plus haut dans l’arbre du monde vivant, il a franchi le pas de la réflexion et, sauf accidents neurobiologiques exceptionnels, il ne peut pas faire marche arrière. Le phylum humain est conçu pour monter et franchir des seuils critiques et notamment celui du moi pour acquérir cette qualité indispensable à l’individu en voie d’achèvement qui est l’altérité.

N’écoutons pas les discours de la littérature existentialiste dont les succès littéraires s’expliquent par la facilité d’être lu lorsqu’on se pose en prophète de malheur nihiliste.
La socialisation de l’humanité n’est pas incompatible avec le grand phénomène de sa totalisation, pour nous en convaincre regardons la vie telle que la science commence à la découvrir et à la re comprendre. Or, depuis la découverte scientifiquement démontrée de l’existence de la cosmogénèse, puis de la genèse de la matière et de sa montée vers l’infiniment complexe et l’extrêmement performant, nous constatons l’existence d’un foyer d’indétermination au cœur même de chaque élément de la matière. Cela fait que les êtres vivants, loin de former une singularité inexplicable, sont au contraire le terme extrême d’un processus physico chimique général, en vertu duquel l’étoffe cosmique, en plus de ses caractéristiques physiques, serait animée d’un mouvement d’enroulement qualitatif d’arrangements hétérogènes et répétitifs, mais aussi de complexité et de singularité infinies.
L’évolution de la matière est dirigée non pas vers le plus probable mais vers le plus improbable ; véritable défi à l’entropie. Ainsi définie, la forme la plus avancée de la matière est la vie, elle représente l’un des courants les plus fondamentaux de l’univers, elle est partout en pression dans les choses sous forme de centro-complexité-conscience et d’enroulement sur soi.
Ceci étant posé, revenons à la question de signification et de valeur du concept de la totalisation humaine. La caractéristique de ce concept est un réseau de liaisons technico-sociales qui, dès les premiers contacts avec notre liberté, apparait comme une mécanisation régressive. Mais dans la mesure même où ce réseau constitue un ensemble organisé, comment ne pas voir en lui le processus même de la complexification et, autrement dit, la manifestation réelle de la vie ?

De même manière, les complexités très élevées génèrent la conscience. Peu de lois sont aussi fermes et certaines dans la nature que celles énoncées ci-dessus.
Quoi qu’on ait pu dire sur la grégarité des foules, laquelle grégarité n’est pas un effet de la complexité mais un effet des grands nombres inorganisés, il faut dire que si la socialisation humaine n’est pas encore génératrice de vertus, , il faut reconnaître que c’est bien de la socialisation humaine que provient le formidable élan scientifique qui renouvelle de fond en comble notre conception de l’univers. Nous devons convenir que la totalisation humaine développe de l’esprit, elle s’accompagne de psychogénèse, elle est donc d’ordre de nature et de dimension biologique. Cette preuve est suffisante pour établir scientifiquement que l’enroulement social auquel nous sommes soumis n’est que le prolongement direct de l’enroulement cosmique qui est au-dessus de nos têtes. C’est le monde qui poursuit son évolution.

Il nous appartient désormais de choisir entre deux jugements antagonistes concernant le reploiement de l’humanité sur elle-même :
(a) La collectivisation qui nous attend est un phénomène de mécanisation aboutissant à nous déshumaniser.
(b) Cette même collectivisation est un effet du super arrangement biologique destiné à nous ultra personnaliser.
Entre des deux jugements c’est le second qui a le plus de chances de correspondre à la réalité si l’on considère le moment de l’histoire du monde où nous nous situons.

3) L’HEURE DE CHOISIR
En tous domaines, aussi bien psychiques qu’intellectuels ou moraux, le moment de prendre une décision grave et unique finit toujours par surgir, et ce choix obligatoire majeur ne se représentera plus jamais. Cette contrainte de choix d’option est la situation où se trouve placé l’homme de notre époque, face au flot montant de la socialisation montante de la phase actuelle que traverse l’humanité.

Deux formes d’existentialisme se présentent comme possibles :
(a) Refuser de choisir, résister, gagner du temps, quitte à périr stoïquement sur soi ;
(b) S’abandonner à l’exigence, collaborer activement à un courant libérateur et vivifiant.
En somme, nous avons le choix entre deux attitudes : esprit de défiance, ou esprit de confiance.
Nous discutons à perte de vue sur la paix, la démocratie, les droits de l’homme, les conditions d’un organisme individuel ou social, sur l’éthique, la croyance en Dieu, etc … Mais comment ne pas voir que chacune de ces inévitables questions à deux faces, donc deux réponses selon que l’on considère oui ou non l’espèce humaine comme culminant dans l’individu ou bien, au contraire, comme poursuivant collectivement une trajectoire tendue vers des zones supérieures de complexité et de conscience.
Pour décider de l’orientation que va prendre la vie, nous ne pouvons pas nous en remettre passivement au jeu statistique des évènements ; au contraire, nous devons nous engager ardemment dans le jeu d’une terre organiquement enroulée sur elle-même dans un mécanisme d’actions et de réactions, de visions et de prévisions de l’issue de l’histoire de la vie. Il faut créer l’atmosphère et le champ psychique d’attraction, faute duquel il serait impossible à l’humanité de continuer à converger sur soi. L’évolution devenue consciente doit s’éprendre d’elle-même. Pour trouver et dégager cette foi sauvante et transformante, il faut retrouver sur un plan supérieur le sens de l’espèce que nous avons plus ou moins perdu. C’est urgent car nous sommes dans un équilibre très instable.
Après le XVIe siècle, à partir du moment où Galilée a commencé à voir le monde avec les yeux de Copernic, la chrétienté s’est mise à voir le monde de la même façon. Après une illumination initiale et les confirmations croissantes de la science, une interrogation définitive de cette nouvelle vision s’est installée. Et tout comme aujourd’hui, les hommes se sont aperçus qu’ils ne pouvaient pas différer de prendre position devant un choix d’interprétation du cadre phénoménal de la démarche religieuse.
Puissent qu’après quelques siècles nos descendants, face à quelle qu’autre bifurcation que nous ne saurions prévoir, dire également : « Au XXe siècle ils avaient su voir claire, essayons de faire comme eux ».

Mais si je ne me trompe pas en faveur de la nature organique de la planétisation humaine, plus nous sommes nombreux à croire à cette super organisation, plus nous découvrons que nous avons raison et plus nous déclenchons une intuition collective qui ne saurait plus s’arrêter. De cette sorte, nul besoin d’être prophète pour affirmer que d’ici quelques générations, la notion d’enroulement psychique de la terre sur elle-même au sein d’un certain nouvel espace de complexité sera aussi universellement admis par nos successeurs que le fut l’idée du mouvement mécanique de la terre autour du soleil.

Chapitre 18 : LE CŒUR DU PROBLEME
(Les Moulins, Puy de Dôme / 8 septembre 1949)

INTRODUCTION
Les uns disent : « Attendons patiemment que le Christ revienne ».
Les autres : « Achevons plutôt de construire la terre ».
Les troisièmes pensent : « Pour hâter la parousie achevons de faire l’homme sur terre. »

L’un des aspects de l’homme actuel est l’insatisfaction généralisée en matière de religion, laquelle ne laisse aucune trace, sauf sous la forme humanitaire. Nulle trace de foi en état d’expansion mais ça et là des credo en voie de régression. Pourtant le christianisme n’a rien perdu fondamentalement de son pouvoir de séduction et malgré tout quelque chose ne va plus en l’homme et Dieu, tel qu’on le présente aujourd’hui l’athéisme est irrésistiblement montant.
Dans ces lignes je voudrais montrer où git la cause de ce malaise et comment un rebondissement complet a toutes les chances de se produire dans l’évolution de l’humanité. Ces lignes ne sont pas une leçon mais un témoignage de ma vie qui fut assez particulière en ce sens que, pendant cinquante ans j’ai vécu en étroits contacts professionnels, sur les cinq continents, avec des personnes que je qualifie de ce qu’il y a de plus significatif dans les milieux scientifiques et intellectuels et dans la recherche spirituelle libre.

1- Un grand évènement dans la conscience humaine : l’apparition de l’ultra humain
Pour comprendre ce qu’il se passe dans la conscience humaine il faut considérer les changements fondamentaux qui ont, depuis Galilée, bouleversé les données scientifiques. L’union n’est plus un Ordre mais un processus, le cosmos s’est mué en une cosmogénèse, l’homme lui-même est à considérer comme une anthropogenèse. Tout cela constitue des éléments capitaux qui entrainent des remaniements profonds dans notre pensée et dans nos croyances.
Pour de nombreux biologistes, très convaincus que l’homme est le produit de l’évolution, l’homo sapiens aurait atteint une limite organique supérieure dans laquelle son avenir serait limité. C’est totalement illogique, je suis convaincu du contraire. Sous les effets conjugués de la courbure de la terre qui nous comprime et de la courbure de la pensée qui nous rassemble, la puissance réflexive de la masse humaine, l’homme entre dans une phase critique d’intenses rejaillissements ; en d’autres termes, il n’est pas encore zoologiquement adulte. Sous une forme ou sous une autre l’ultra humain est en marche, un avenir se construit en avant de nous.

Ceci étant posé, mesure-t-on bien en haut lieu le pouvoir révolutionnaire que cela représente en matière de foi et de doctrine ? Jusqu’à maintenant, pour les spirituels de toutes les religions de la terre, s’il existait pour l’homme un chemin possible vers plus de vie, cette voie ne pourrait être que verticale, hors matière. Pour comprendre cette idée, veuillez examiner le schéma décrit ci-après (figure 1 p. 137) :

-Soit 3 lignes OY, OX et OR qui partent de OX)
O pour organique (homme), Y pour Yahvé, R pour rectifier et X pour inconnue.

-1-Soit la verticale OY de bas en haut, Yahve représentant le dogme chrétien. L’adepte de cette doctrine rejoint directement son créateur après la mort, s’il a suivi aveuglément ses préceptes.
-2-Soit l’horizontale OX en bas, de gauche à droite, représentant la vision métaphysique des athées matérialistes et rationalistes. (que je qualifie par ailleurs de communistes marxistes) et pour qui l’inconnue de l’Au-delà est un problème personnel absolument intime.
-3-Soit une ligne médiane OR en pointillé, qui représente un dogme chrétien rectifié par la vision que je propose pour le monde quant à l’au-delà. Ainsi, l’homme achevé rejoint son Créateur dans me Point Omega. Cette ligne OR est la résultante de la synthèse des lignes OY et OX et concerne l’homme ayant fait sur lui-même un travail tendant à se libérer d’un dogme ancien et étroit.
La question posée par ce schéma est : en haut, ou en avant ? Ou bien serait-ce les deux à la fois ? Cette question est de plus en plus inévitablement posée à toutes les consciences par la perception grandissante du courant d’anthropogenèse qui nous entraine, elle est vitale et sa réponse, laissée encore en suspens, engendre tous nos troubles religieux, alors que la solution est accessible. Cela marquerait une avancée décisive pour l’humanité en direction de Dieu. C’est le cœur du problème …

2 La source de la crise moderne : un conflit de foi entre l’en haut et l’en avant
La configuration décrite ci-dessus représente symboliquement l’état de tension où se trouve plus ou moins consciemment porté tout individu humain, par suite de l’apparition au cœur de lui-même des forces ascensionnelles de l’adoration OY, et de la toute moderne action propulsive OX issue de la trans-hominisation.
De cet affrontement, que constatons-nous ? Ici, suivant OY, une foi en Dieu assez hostile à toute idée d’ultra évolution de l’espèce humaine. Là, suivant 0X, une foi au monde opposée à l’idée de Dieu immanent . Le clivage parait irrémédiable, mais cette apparence est absurde car cela signifierait que l’âme humaine est en opposition avec elle-même, ce qui est inconcevable.
Prise toute seule la foi au monde ne suffit pas pour faire mourir la terre en avant ; il en est de même pour la foi chrétienne.
L‘Eglise dédaigne et même condamne cette troisième force, sans d’ailleurs même chercher à la comprendre, alors qu’elle devrait l’utiliser pour christianiser tout ce qui est humain dans l’homme, alors même que maintenant elle ne satisfait plus ses propres fidèles et ne touche plus aucun incroyant. Pourquoi tant d’inquiétude chez les prêtres, pourquoi tant d’impuissance pour gagner les masses ouvrières ? Réponse : tout simplement parce qu’à la magnifique charité chrétienne il manque cette dose sensibilisante de foi et d’espérance humaine sans laquelle, en droit et en fait, les religions paraissent à l’homme fades, froides et inassimilables dans leur théologie, sauf à des intellectuels familiarisés à cette dialectique.
Oy et Ox, l’en haut et l’en avant, deux faces religieuses qui s’affrontent dans le cœur des hommes ; deux forces qui s’affaiblissent pourtant si on les isole l’une de l’autre ; deux forces qui n’attendent qu’une chose : que nous trouvions le moyen de les combiner.

3 Rebondissement de la foi chrétienne : vers l’En haut par l’En avant
Ce qui fait drame dans le conflit religieux actuel, c’est l’apparente inconciliabilité de ces deux types de foi en présence : la foi chrétienne et la foi naturelle fondée sur le primat de l’ultra humain et de la terre. Mais il n’est pas certain que ces deux forces qui se réprouvent réciproquement soient aussi exclusives et anti progressistes l’une que l’autre, je suis même certain du contraire et je m’explique :
-D’une part, la foi néo humaine au monde, dans la mesure où elle demande elle aussi un abandon à plus grand que soi, implique nécessairement un élément d’adoration. Ce fut aussi le cas de l’évolutionnisme biologique qui, il y a un siècle, était athée mais dont l’âme spiritualiste est manifeste aujourd’hui. Il en est de même pour les intellectuels communistes que j’ai rencontrés dont l’athéisme n’était pas absolu, ils rejetaient simplement un Deus ex machina qui, selon eux, détendait les ressorts de l’effort humain et dont même les chrétiens ne veulent plus aujourd’hui.
-D’autre part, la foi chrétienne, dans la mesure où elle s’enracine dans les valeurs tangibles du monde et de la matière, pas suffisamment certes, mais ce défaut n’était-il pas inévitable à une époque où personne n’avait pris conscience des possibilités spirituelles de la matière. Pour finir de dresser le cadre, considérons un autre exemple : par habitude nous continuons à nous représenter la Parousie comme un évènement de nature catastrophique (voir toutes les représentations picturales de la fin du monde !), mais pourquoi donc aujourd’hui en conformité avec les nouvelles vues scientifiques de l’anthropogenèse, ne pas admettre que la parousie ne se produira, par nécessité physique et organique, qu’entre l’Esprit divin et une humanité biologiquement, psychologiquement et spirituellement achevée.

Théologiquement, je ne pense pas que cette perspective « rectifiée » (selon la ligne OR du schéma) puisse soulever de sérieuses difficultés avec les adhérents du Oy ; bien au contraire, eschatologiquement parlant et ce d’autant plus que pour arriver au « Règne de Dieu » il faut que l’humanité ait atteint son achèvement dans l’ultra humain. Ainsi, surnaturellement fusionneront l’en haut chrétien et l’en avant panthéiste.

En ce moment l’humanité n’est pas refroidie, mais elle cherche un Dieu proportionné aux immensités nouvelles d’un univers dont l’apparition a bouleversé l’échelle de notre pouvoir d’adoration. Et c’est parce que l’unité totale dont l’humanité rêve lui parait encore briller dans deux directions opposées, qu’on voit se multiplier en elle toute une « population » d’apatrides spirituels, déchirés par les actions dépersonnalisantes que sont le marxisme et le mondialisme ; autant de facteurs démoralisants comme celui de la tiédeur humaine du christianisme.
Mais que se découvre la possibilité de croire avec l’aide de ces deux pôles OY et OX, on peut être certain qu’une grande flamme embrasera l’humanité toute entière, par OR, en un Christ non plus Sauveur des âmes individuelles, mais comme Moteur de l’anthropogenèse.

Mercredi 21 Septembre 2011 17:49