Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Précisons ce que Teilhard entendait par cette expression très symbolique « atomisme de l’esprit » : tout comme l’atome, élément tangible de la matière, constitué d’un noyau central autour duquel gravitent des particules et qui est, de ce fait, un organisme centré, Teilhard imagina que l’esprit pourrait se décrire de la même manière, c'est-à-dire, être composé d’éléments et centrés.

Pour Teilhard, la matière est composée d’un dehors et d’un dedans des choses soit, dans un autre langage, la matière est composée de Force et d’information.

Nous savons que la force (l’énergie) est le seul composant pris en compte par la science parce qu’il est mesurable et tangible. Par contre, l’information (l’esprit) est un composant non mesurable, non tangible, qui ne peut pas être pris en compte par la science. Il est mis de côté et toléré…

Or, pour Teilhard, Force et Information sont consubstantielles dans la composition de la matière et qu’elles doivent être examinées ensemble comme deux aspects différents d’une seule et même chose (la matière).

Pour faciliter la communication je vais utiliser le mot « matière » pour désigner la force et le mot « esprit » pour désigner l’information.

Teilhard a postulé que l’esprit se comportait comme la matière et que, soit avant l’apparition de la matière, soit après sa disparition, l’esprit est, lui aussi, chargé de cette tendance à se centrer ; tendance récurrente qui se manifeste tout au long de la chaîne de l’évolution (loi d’émergence).

Mais surgit une difficulté : comment argumenter cette hypothèse de l’existence de l’esprit, composant consubstantiel à la matière ? Les mathématiques nous apprennent qu’un système (organisation constituée d’éléments divers) est un mélange de contingence (hasard : être ou ne pas être) et de déterminisme (redondance : orienté par une information). Les mathématiques nous apprennent aussi qu’il n’y a pas d’organisation possible sans redondance (déterminisme) et qu’à l’inverse le hasard, s’il est seul, joue vers un désordre de plus en plus grand (absence d’information). Comparaison : dans une cathédrale gothique il y a toutes les informations liées à l’architecture, alors que dans un tas de sable il n’y a que la seule information concernant la gravité.

En examinant l’évolution de la matière on constate que le déterminisme la pousse vers une organisation très sélective, très complexe, puisque, partant de l’atome le plus simple, l’hydrogène, on arrive à un tableau de 103 éléments qui sont, pour les derniers de ceux-ci, d’une plus grande complexité et, si l’on compare ce petit nombre de 103 éléments au nombre infini des particules de l’univers, toutes les incertitudes s’évanouissent quant à l’existence de l’information nécessaire qui a déterminé la matière et l’a poussée vers l’infini de la complexité.

Par l’expression atomisme de l’esprit, Teilhard nous a donc invités à faire un rapprochement entre les atomes de la physique et nos âmes individuelles que l’esprit de la matière a composées, grâce à l’apparition de l’Homme, dans chaque être humain, lui-même un centre très complexe.

Avant la naissance de chaque individu, l’esprit est dilué dans la matière. Après la naissance de cet individu, l’esprit de la matière « se distille et se concentre » en lui et crée son âme qui est un véritable phénomène de centréité/conscience ; d’où cette image de l’atomisme de l’esprit.

Teilhard va plus loin encore et propose une hypothèse cohérente : Il extrapole le comportement de la matière tangible en l’alignant sur le comportement de la « matière » esprit, dans un domaine qui lui est propre, hors de l’espace temps. Il a donc imaginé que les éléments personnalisés de l’esprit que représentent nos âmes sont, eux aussi, poussés (déterminés) à se centrer à leur tour sur un point de convergence , le Point Omega, pour constituer un « super organisme » encore plus complexe et plus fort que la société humaine, hors de l’espace temps, et que l’on peut nommer selon les religions : paradis, Jérusalem Céleste, Nirvana, etc …

Cette courbe ascendante de l’évolution, partant de l’atomisme de la matière, se prolongeant vers l’atomisme de l’esprit, est une hypothèse tout à fait cohérente, sans rupture, et d’un optimisme raisonnable, tout à fait approprié pour donner le goût de vivre et motiver notre effort de lutte du Bien contre le Néant.

«Etre ou ne pas être, là est la question. »



Mercredi 29 Octobre 2008 13:35