Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Chapitre extrait du tome 7 L’ACTIVATION DE L’ENERGIE


JP Frésafond/LE GOUT DE VIVRE
1) J’adhère totalement aux développements et aux arguments de Teilhard concernant la définition et la diffusion du goût de vivre. En revanche, je regrette qu’il ne présente pas l’angoisse existentielle qui est justement à l’inverse du goût de vivre. Ces deux notions sont contraires et inséparables. Teilhard laisse entendre que l’angoisse existentielle est le « microbe » qui va pousser l’humanité vers un échec irréversible et que le seul remède contre cette maladie est l’adhésion à la religion catholique. Pourquoi pas ? Mais pourquoi pas non plus les autres religions qui, elles aussi, peuvent remplir le même office ?

A la fin de son livre Le Phénomène Humain Teilhard avait expliqué son choix de ne décrire que les éléments positifs de l’évolution et non pas le négatif afin de ne pas alourdir l’exposé. Sa position était justifiée par le fait que son livre était, selon lui, essentiellement scientifique, comme expliqué dans son prologue.

En revanche, dans son livre L’Activation de l’Energie, œuvre essentiellement philosophique, il s’imposait de développer complètement l’envers de la médaille qui est l’angoisse existentielle car elle est la cause première de cette guerre sainte que nous devons livrer pour sauver le goût de vivre.

2) Question : Alors, qu’est-ce que l’angoisse existentielle ?
D’un point de vue général c’est une crainte pour l’avenir qui induit un mal-être. Ces appréhensions sont d’ordre multiple dans l’échelle du temps : passé, présent, avenir ; elles se manifestent différemment suivant qu’elles concernent un passé mal digéré, un présent difficile et un futur effrayant en fonction des conceptions personnelles relatives à la mort et à l’au-delà. Tous ces facteurs peuvent être mélangés et c’est souvent le cas et à ces problèmes viennent s’ajouter à ceux concernant la complexité.

Pour faciliter l’étude de l’angoisse existentielle nous allons reprendre l’analyse en nous référant aux trois catégories : passé, présent, futur..

‘a) Les causes du passé comprennent l’hérédité, le milieu, l’éducation, la culture et le tempérament du sujet angoissé.

(b) Les causes du présent comprennent tous les soucis immédiats et bien réels qu’il faut surmonter à chaud, « le nez dans le guidon » sans avoir la possibilité de prendre de l’élévation pour réfléchir.

(c) Les causes du futur. Le futur est un immense point d’interrogation dont l’ombre gigantesque empêche de discerner et d’analyser rationnellement les éléments en jeu et d’en faire la synthèse. Faute de n’avoir pas fait ce travail, on conclut hâtivement que le monde est stupide et va à l’échec, qu’il n’y a pas de Dieu Tout Puissant qui nous aime, et encore moins de vie après la mort sous quelle que forme que ce soit.

Nous constatons que les partisans d’un tel bilan -et ils sont nombreux- ne sont pas réactifs à un quelconque discours religieux, philosophique ou scientifique susceptible de les faire changer d’avis, ils s’enferment dans une attitude de « semi conducteur », et ceux qui veulent les convaincre font de même. La ligne de conduite de ces inconditionnels du nihilisme consiste à profiter au maximum des joies offertes par la vie, sans se préoccuper des autres, hormis leur entourage proche. Dans cette catégorie de population on compte une majorité de gens simples, et une minorité d’intellectuels plus ou moins sincères, qui exploitent cette circonstance pour vendre leurs livres et leurs discours, et être moins seuls dans la désespérance.

Pour le visualiser, je vous invite à dessiner vous-même le graphisme que j’ai réalisé en me référant à la règle des 80/20 imaginée par le mathématicien Pareto (économiste et sociologue entre la fin du XIXe et le début du XXe siècles) . 'voir pièce jointe en début d'article. La règle des 80/20 n’a jamais été trouvée en défaut, à 10% près. A mon avis, la situation est grave.

-Sur la verticale AB sont exprimés en pourcentage le QI et les motivations positifs.
-Sur l’horizontale AC est exprimée en % la proportion d’êtres humains capables de VOULOIR et de COMPRENDRE les arguments positifs (dont ceux de Teilhard) qui seraient susceptibles de les engager à se remettre en question.

-La courbe ainsi tracée part de la verticale AB au niveau 100% de potentiel positif QI/motivations et descend très rapidement au niveau 20% du même indice, et rejoint la proportion 20% de l’horizontale AC, puis la courbe tend vers zéro de l’indice QI/motivation à l’approche du 100% de l’horizontale AC.

Conclusion : 20% de la population aurait un indice QI/motivations suffisant pour enseigner aux 80% de la population, que ces questions laissent indifférents. Si encore les élites QI/motivations étaient toutes de la classe dirigeante et influente, pouvant ainsi faire bouger les choses, on pourrait espérer que les probabilités de réussite ne sont pas des illusions, mais tel n’est pas le cas. Les dirigeants (sélection oblige) font davantage partie de la classe des loups que de celle des philosophes. Aussi, la seule chance de réussite du phénomène humain est d’espérer que la courbe du graphique est en perpétuel changement, par le jeu complexe des interférences, des rétroactions et des facteurs accélérateurs de tendance qui sont en progression exponentielle à notre époque moderne de progrès techniques galopants. Ainsi, peut-on espérer que le virus du goût de vivre contaminera toute la planète.

Une des raisons qui alimente cette espérance est le fait qu’aucun sondage ne peut faire connaître les sentiments secrets d’un individu, quelle que soit la formulation de la question posée, même en sa forme la plus simple comme « notre existence a-t-elle un sens ? On ne peut pas calculer la probabilité d’une réponse parce que les éléments de la question ne font pas appel à l’intelligence seule, mais à la sensibilité spirituelle, domaine dans lequel nous éprouvons tous une pudeur extrême. La prévision de notre avenir dépend d’un coefficient inconnu.

3) Je vais aborder maintenant le thème des moyens stratégiques et logistiques à mettre en œuvre pour distribuer la « potion magique » du goût de vivre…

Dans le chapitre que nous étudions, Teilhard ne propose que l’adhésion à la Confession Catholique qui, effectivement, serait tout à fait habilitée à remplir cette mission, à condition qu’Elle modifie le fond et la forme de son message.

Actuellement, dans les pays de culture judéo-chrétienne, règne une ambiance de théisme insatisfait. D’ailleurs, pour être équitable, il serait intéressant de faire une étude comparée sur les performances respectives de toutes religions afin de résoudre le problème vital posé à notre planète. Sur cette question, j’ai l’impression que tous les cultes sont sur un pied d’égalité. Il faut donc reprendre le problème à zéro et que d’autres vecteurs puisse peut-être intervenir pour diffuser le goût de vivre.

Tous les medias, quels qu’ils soient, auraient les moyens de diffuser notre message puisque c’est leur vocation et leur métier de diffuser. Hélas, la plupart n’a pas les qualités morales et intellectuelles pour le faire car le message en cause n’est pas politicien et ce n’est pas non plus un paquet de lessive. Pour « vendre » un produit, il faut bien le connaître ainsi que son contexte. Les interrogations d’ordre métaphysique et philosophique appliquées au goût de vivre ne sont pas encore la spécialité des médias ; mais peut-être le seront-elles un jour ?

En dehors des religions et des médias on pourrait envisager l’utilisation de l’Education Nationale pour diffuser le message du goût de vivre mais sa forte connotation religieuse lui interdirait l’accès aux bancs des écoles. Il faut donc déconfessionnaliser, laïciser le message, comme d’ailleurs Teilhard le souhaitait. C’est ce que j’ai essayé de faire en créant le groupe TDC Lyon que j’anime, et j’ai réalisé de manière embryonnaire en réalisant un colloque sur le sujet à l’Université Lyon-3 en 2009.
Il faudrait que d’autres groupes fassent la même chose. Ce colloque est une réussite apparente, malheureusement nous n’avons pas abordé le problème de fond. L’Université Jean Moulin Lyon-3 a fait un pas. Il faudrait maintenant que la Faculté Catholique de Lyon fasse le second pas, honnêtement, sans occulter les aspects de la pensée de Teilhard qui motivèrent sa mise à l’écart de la catéchèse catholique. Je sais : en appuyant sur ce point on touche un endroit extrêmement sensible.

Quant à ce sujet sensible, cette déchirure intérieur de Teilhard entre le dogme et la science, j’ai du mal à comprendre l’attitude d’un homme aussi profond, intelligent, cultivé et énergique. Pour résoudre cette énigme, j’en reviens à ce que j’ai écrit dans le 2e paragraphe de ce travail : Teilhard était prisonnier de son passé. Comment pouvait-il concilier le berceau très catholique de son enfance, à la fin du 19e siècle, avec les conclusions de son expérience scientifique du début du 20e siècle, quarante ans plus tard ? Dogmes chrétiens et panthéisme de convergence sont-ils compatibles ?

Au début du 21e siècle (il faut laisser le temps aux choses) cette synthèse peut être faite, j’en suis convaincu. Mais attention, une synthèse n’est pas la juxtaposition de deux éléments ni la digestion de l’un par l’autre. Il faut trouver une formule nouvelle faisant fi du passé. Trop de sang a coulé au nom des religions et de la foi. Tous les Dieux de toutes les religions se valent puisqu’il s’agit du même Dieu.

Je sais que ma déclaration va déplaire à certains membres de l’Eglise mais qu’ils sachent que je ne l’ai pas faite par provocation mais pour recevoir, en retour, des arguments intelligents capables de nous faire avancer.
Je connais quelques prêtres et quelques jésuites qui, dans le fond d’eux-mêmes, ne sont pas opposés à mes arguments. Il faut qu’ils aient le courage d’engager un dialogue, ils ne risquent plus le bûcher mais seulement de voir s’ériger autour d’eux un mur de silence. Or, à notre époque, les murs de silence ne sont que des châteaux de cartes.

5) CONCLUSION

Diffuser le message porteur du goût de vivre est une mission primordiale planétaire, encore plus importante que celle des écologistes.
Cette mission planétaire primordiale incombe à tous les êtres humains et si chacun la prend en charge elle aidera à l’accomplissement des autres actions, qu’elles soient politiques, scientifiques, écologiques, humanitaires, etc…
Si seulement la moitié des terriens devenait sage et active, l’autre moitié ne pourrait que s’incliner.

Il ne faut pas s’affoler, l’Humanité est encore dans son enfance mais elle n’a pas le droit de gaspiller le temps, sa fin est probable dans « x » millions d’années. A chaque siècle les conditions d’action changent, il ne faut pas perdre les pédales. Comme le disait le philosophe « Dieu a besoin des hommes »


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Vendredi 26 Mars 2010 16:37