Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Ce septième thème de réflexion de notre manuel d’étude est lumineux, clair et extrêmement d’actualité. Je vais essayer d’extraire l’essentiel des questions et de la pensée de Teilhard contenue dans ce chapitre.

Que signifie l’industrialisation, est-ce un alourdissement, comme chez les crustacés ou bien est-ce une élévation de conscience ?

Si l’on examine ce phénomène en remontant le temps, il peut être considéré comme un développement de la complexité et donc comme une montée de conscience avec, pour conséquence, une augmentation de la liberté de l’Homme par rapport à son environnement. Mais attention, il y a une contrepartie (rien n’est gratuit), ce gain de liberté s’accompagne d’un surcroît de responsabilité, l’instinct laisse la place à la raison, dominer la nature nécessite des réflexions afin d’éviter les abus et d’inventer la création de multiples déontologies, de cahiers des charges comme la bioéthique, des traités de non prolifération des armements, des règles de protection pour l’environnement (faune, flore), etc … Par les artefacts (prolongements physiques du cerveau qui vont de la massue à la centrale nucléaire en passant par les machines outils) la biosphère et la noosphère fusionnent et couvrent la planète. Teilhard développe très bien cette idée dans le chapitre final intitulé « En regardant un cyclotron » dont voici un extrait
« Devant mes yeux distraits, le cyclotron avait disparu.Et en sa place, pour mon imagination, c’était la noosphère tout entière qui, tordue sur soi par le souffle de la recherche scientifique, ne formait plus qu’un seul et énorme cyclone dont l’effet propre était de produire en lieu et place d’énergie nucléaire, de l’énergie psychique à un état de plus en plus réfléchi, c'est-à-dire, identiquement, de l’ultra-humain. »

Cette pensée me rappelle une réflexion de Pierre Clostermann, grand as de la RAF pendant la deuxième guerre mondiale : « Pour un pilote chaque avion a sa personnalité propre, lequel reflète toujours l’esprit de ceux qui l’ont conçu et forme la mentalité de ceux qui le conduisent au combat. Le Spitefire, par exemple, est typiquement britannique. »

Je reprends la réflexion de Teilhard : « Il n’y a rien dans la nature dit-il d’aussi complexe et d’aussi petit qu’un cerveau humain : des billions de cellules formant un centre émetteur/récepteur/décideur. L’Homme ne s’arrête pas à l’Homme, il conduit au phénomène social qui est non seulement une extrapolation de l’Homme, mais son élévation à une certaine puissance aboutissant à une infinie complexité/diversité. Si l’individu s’ouvre à l’Autre, par effet de rétroaction, on augmente à nouveau cette infinie complexité/diversité à une puissance tendant vers l’infini. »

Mais revenons dans le détail de ce chapitre. Selon Teilhard deux théories semblent s’opposer, mais elles se complètent :
1- Les hommes sont groupés parce qu’ils sont nombreux et les liaisons économiques, juridiques et autres n’ont aucune signification profonde.
2- La société est un prolongement de l’organique, du biologique, avec la même complexité et les même interactions, rétroactions, élévation du moi […]

Chez les animaux, dit Teilhard, la diversité n’est que l’apparition de faisceaux de gerbes, dont les brins se dispersent et se perdent …sans suite ; alors que chez l’Homme, et c’est là toute la différence, la gerbe s’enroule sur elle-même (effet de courbure), l’humanité se centre et fait monter la conscience collective. Cette conscience collective peut primer sur la conscience individuelle, sauf si l’individu va vers l’autre. Les aller retour de l’un vers l’autre augmentent vers l’infini la conscience de chacun.

Je vais placer ici une autre digression en faisant une incursion dans le chapitre de L’ACTIVATION DE L’ENERGIE, « L’Heure de Choisir » et qui concerne la guerre. La guerre est l’une des principales motivations de recherche et de développement de la technologie et je cite Teilhard : « Les guerres font partie des crises de croissance inévitables dans un organisme et l’humanité doit être analysée comme telle. Du plus loin où elle nous apparaît, la vie n’est jamais parvenue à s’élever que dans la souffrance… Par un pur instinct animal nous avons observé la montée des nationalismes et des cultures. La survie du plus apte est une des lois de la nature (la technique fait partie de ces aptitudes ferai-je remarquer) et pour finir, si l’humanité devait poursuivre dans ce sens, la poussée d’une branche unique étoufferait les autres branches …C’est contre cet idéal sauvage que spontanément l’humanité s’est levée et que, pour éviter la servitude, elle eut recours à la force. Mais attention, il existe une façon inférieure et dangereuse de faire la guerre à la guerre, c’était dans l’axe de la loi de la nature d’appliquer ces méthodes fortes, mais cela ne l’est plus, la PENSEE a conféré à l’univers une nouvelle dimension… »
Et Teilhard de conclure sur le problème récurrent de la guerre : « Aimez vous les uns les autres » (…)ce précepte de douceur humblement jeté il y a 2000 ans comme une huile lénifiante sur la souffrance humaine, se révèle à notre esprit moderne comme le plus puissant et en fait comme le seul principe imaginable d’un équilibre futur de la terre. »

Pour revenir dans le sujet de la place de la technique dans la biologie, Teilhard dit :
« L’Homme est un cérébro manuel, ne pouvons-nous pas reconnaître dans l’humanité la même caractéristique ? Humanité et machines ont un développement solidaire, ils ne peuvent progresser l’un sans l’autre et, plus la complexité monte, plus l’impacte psychologique progresse.

Une nouvelle équation est posée devant nous :

CONSCIENCE/ RESPONSABILITE = LIBERTE

L’ensemble des cerveaux humains ne forme pas une somme, il forme une VOUTE dans laquelle chaque pierre possède une importance capitale,et, qui plus est, pour réussir une synergie doit être accompagnée de synchronicité, les apports de chacun doivent converger en un instant T, y compris les mesures de neutralisation des effets pervers que doit résoudre l’éthique. C’est exactement ce qui doit se produire dans un projet industriel.

Le naturel et l’artificiel sont-ils arrivés à leur limite ?
Revenons dans le concret de l’actualité. Pour un biologiste, raisonnement théorique, le chômage est la chose la plus naturelle du monde (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de moyens de lutte). Théoriquement et idéalement deux bras libérés c’est un cerveau qui a de l’énergie disponible pour la PENSEE, à l’homme de savoir l’utiliser… ce qui n’est pas à la portée de tout le monde car il implique d’être « éclairé » et d’avoir du courage.

Il y a deux siècles la Recherche était une discipline presque inconnue, maintenant elle est entrée à hauteur de un à dix pour cent dans le budget des Etats et dans celui des entreprises. Cette proportion devra obligatoirement augmenter car c’est une question de vie ou de mort pour l’humanité. La « Recherche » c’est de l’énergie spirituelle hautement qualifiée.

Jusqu’à l’Homme, l’évolution avançait par tâtonnements. A partir de l’Homme l’évolution est consciente d’elle-même : la technique introduit obligatoirement la nécessité d’une idéologie (effort intellectuel gigantesque).
Mais attention à l’effet pervers suivant : le fait de placer toute la problématique humaine dans l’organisation nous conduirait à une mort certaine car plus l’arrangement est compliqué et plus il est instable et réversible.
Ne pas confondre le « compliqué » et le « complexe » auto-régulé optimum.
L’Homme marche dans une direction irréversible entre l’idéologie matérialiste et l’idéologie spiritualiste ; il doit comprendre et admettre toutes les autres voies spiritualistes car elles mènent toutes au Centre et sont propulsées par la même motivation.




Vendredi 15 Mai 2009 18:40