Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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de "Comment je crois" de Teilhard de Chardin, Editions du Seuil, tome10


Selon Teilhard, la théorie de la « chute » empêche certains chrétiens de comprendre et admettre le processus évolutif, bien que celui-ci soit décrit presque scientifiquement et de manière symbolique dans les trois premiers livres de la Bible : Genèse, Jardin d’Eden et le Serpent Nu. Cette réserve de beaucoup de chrétiens à l’égard de la vision teilhardienne de la chute est due à la mise en péril apparent du dogme de la Rédemption. Nous en reparlerons ultérieurement
Voici maintenant quelques réflexions logiques personnelles sur le problème posé par la chute.

Selon le dogme chrétien de la création du monde, Dieu passerait d’un état virtuel non manifesté et donc parfait, à un état manifesté et réel lequel, en conséquence, est imparfait parce que inachevé. Certes, on peut interpréter ce changement comme une chute mais en poussant ce raisonnement on peut dire aussi que ce n’est pas l’homme qui a chuté (et péché) mais Dieu (sauf si l’homme s’était créé lui-même).

Selon la théorie de l’évolution de la matière, proposée par Teilhard, la mise en scène des acteurs de ce drame est différente. Nous aurions un Principe Créateur ayant le désir de se manifester (à Lui-même sans doute), car il serait « en manque de quelque chose », si non, il ne se manifesterait pas et il passe à l’acte, il se manifeste, « habillé en matière ». Ce passage à l’acte ne peut en aucun cas constituer une descente, bien au contraire : il s’agit d’une montée en puissance dans le concret. Il s’agit de la cosmogénèse, phénomène dynamique grâce auquel tout converge vers un état d’accomplissement (pour reprendre une expression évangélique).

Dans ces deux hypothèses on évoque la qualité divine par excellence représentée par la perfection. Mais qu’est-ce que la perfection ? Le mot vient du latin « perfectio » qui signifie « achèvement » et, dans ces conditions, le Créateur de l’univers ne peut atteindre la perfection qu’une fois avoir atteint l’achèvement de son œuvre. Cet achèvement est annoncé, il se produira à « la fin des temps », il a un nom : « parousie » (on dit aussi jugement dernier). Selon un raisonnement logique Dieu atteindra l’état de perfection à ce moment là, qui est régi par l’évolution de la matière se développant dans l’espace-temps. Comme l’humanité en a souvent l’intuition, le Principe Divin est présent dans la matière dont il est le moteur et le cerveau de l’évolution. Il n’est ni à côté de la matière, ni au-dessus, comme le pensaient les scientifiques religieux du XIXe siècle, ni totalement absent comme le pensent encore les nihilistes et les matérialistes qu’ils soient philosophes ou scientifiques.

L’humanité a deux options en matière de croyance :
-Soit une création totale et achevée, instantanée et miraculeuse
-Soit une cosmogénèse se développant dans l’espace.
Les deux options ont pour différence que l’achèvement dans la perfection n’est qu’une différence de temps ! Voici une alternative sur le mode symbolique : point d’orgue ou courbe ascendante ?

Remarque amusante : le Pape Sixte IV, qui commanda à Michel-Ange la décoration du plafond de la Chapelle Sixtine, était en avance sur son époque puisqu’il accepta une certaine démonstration du phénomène de l’évolution dans la représentation d’Adam qui tente de toucher Dieu du bout du doigt. En effet, le « premier homme » est issu d’une longue lignée de l’évolution animale puisqu’il a un nombril (il n’est pas le premier) et le fait d’avoir un sexe prouve aussi son ancienneté car la reproduction sexuée est la plus jeune méthode, après celle du bourgeonnement.

Dans l’étude du chapitre 5 que nous aborderons prochainement, je ferai une analyse de la Genèse décrite dans la Bible et dans laquelle la théorie de l’évolution se devine clairement. Nous verrons dans le début du Prologue de Jean l’Evangéliste que ses auteurs se sont inspirés de la Genèse pour écrire les trois premiers logions.

Nous verrons aussi que le péché originel n’est pas ce que l’on croit couramment . Dans la Genèse, la connaissance du bien et du mal est d’abord présentée comme une épreuve à laquelle Dieu soumet Adam, un peu comme il le fit avec Abraham. Dans un second temps le bien et le mal ont une autre signification d’un niveau plus élevé que celui du premier temps ; Dieu dit ceci au Glébeux (Glébeux : homme fait avec la terre déjà ensemencée par le Souffle divin qui est la « Glèbe ») « Voici, le Glébeux est comme l’un de Nous pour connaître le bien et le mal ». (Livre 3/22)

A mon avis, le bien et le mal dans ce contexte biblique ne représentent pas la « faute » ou la non-faute ; il s’agirait plutôt des « secrets de fabrication » de l’univers, lesquels, dans la main de l’homme, seraient dangereux pour la biosphère. Nous avons déjà, à notre époque, une idée des risques encourus puisque l’humanité a éprouvé le besoin de créer des règles éthiques s’appliquant à ses activités de pointe.
Peut-être ce garde-fou mis en place par les sociétés humaines a-t-il une origine biblique ? Dans la Bible, Livre 2/24 on trouve ceci : « Dieu expulse le Glébeux du Jardin d’Eden pour servir la Glèbe dont il fut pris(…) et place au Levant du Jardin d’Eden les Chérubins et la flamme de l’épée tournoyante pour garder la route de l’Arbre de Vie ».

Dans ces considérations sur la chute, le thème de la Rédemption, message d’espérance, qui en est la conséquence n’a pas été abordé car il est la réponse aux besoins d’une humanité balbutiante, qui tâtonne pour trouver un sens à la vie. Le Rédempteur est ce message, un « témoin du future ». L’espérance représente tout le contenu de la Rédemption. Le Messager que Dieu a envoyé à l’humanité n’a qu’une chose à nous dire : AMOUR, cette nouvelle loi des forces d’attraction universelles. Ces forces d’amour sont le seul moyen d’aider le Créateur pour l’achèvement de son œuvre au sens premier du mot : PERFECTION. Pour la cosmogénèse, c’est une question de temps.


Jeudi 29 Mars 2012 14:13