Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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JP GIROUD  / Du tome 4, Le Milieu Divin, quelques vues sur la doctrine ascétique chrétienne.
Trois idées principales sont prisent en compte :
1) Attachement et détachement
2) Le sens de la Croix
3) La puissance spirituelle de la matière

1) Attachement et détachement :

La première idée est l'importance donnée à l'homme. L'être vivant que nous sommes, agit, composante étroite de et dans la nature , il s'en nourrit, et en est imprégné de richesses comme de misères.
L'humain doit avant toute démarche d'union, d'orientation, de direction vers le Divin, être en accord avec sa nature de la terre ; prendre harmonieusement sa place d'homme, investir naturellement et entièrement l'espace dont il dispose ; c'est-à-dire se sentir bien, être à sa place dans la totalité de son être ;
Avant de vouloir l'union avec Dieu, il doit établir l'union avec lui-même ; avant le voyage vers l' espace intérieur réaliser l'union de soi ; pas de caches à ignorer, de chemins à gommer, mais la volonté, l'acte vrai et serin de prendre en compte toutes les composantes de sa vie.
Ce positionnement demande du courage, il est osé, risqué, mais n'est-il pas plus exaltant d'affronter toute la lumière donc également son ombre, que renoncer devant la peur ou faire semblant d' ignorer ?

La vitalité de l'homme d'aujourd'hui n'aspire-t-elle pas à autre chose qu'à la crainte et à la tiédeur ?
La lâcheté peut parfois prendre les habits de la sagesse et que dire du monitum adressé au père au sujet de son œuvre ?
« ...Aussi les Em. Et les Rv Pères de la Suprême Congrégation du Saint-Office exhortent tous les Ordinaires et Supérieurs d'instituts Religieux, les Recteurs de séminaires et les présidents d'universités à défendre les esprits, particulièrement ceux des jeunes, contre les dangers des ouvrages du Père Teilhard de Chardin et de ses disciples. »
Certainement que d'aucun ne peut porter de jugement. Pourtant le levain est là et le temps presse.

Une autre notion de détachement :
« ...ne s'est-il pas déjà quitté, homme conquérant de la Terre, celui qui n'a cherché qu'à soumettre un peu plus de Matière à l'Esprit » ditTeilhard et encore :
« Tous ceux-là, parce qu'ils montent fidèlement le plan de l'effort humain, passent d'une manière continuelle et continue de l'attachement au détachement. »
Ces deux formes d'états semblent s'opposer mais cependant construisent ensemble une union, une dynamique. Mystérieusement se crée un passage, une voie continue de la Matière à l'Esprit.
Si je m'embarque dans ce mouvement, les espaces nouveaux se découvrent.
Le Sage ne dit-il pas : « ... n'est de prison que celle que tu t'es faite, ... ose. »

La matière dans son entier vit, le labeur devient état de grâce, l'action humaine s'amorise, devient offrande à la Transcendance. C'est l'acte de Foi de Teilhard. (Relire La Messe sur le Monde) Cependant il nous met en garde : « Dans la vie spirituelle comme dans tout processus organique, il existe, pour chaque individu, un optimum qu'il serait aussi dommageable de dépasser que de ne pas atteindre »
Peut-être dois-je me remettre en mémoire la Parabole du pharisien et du publicain de l’Évangile (Luc XVIII, 9-14) , chaque destinée est originale.
Attachement aux vitalités, aux développements des beautés de la Terre et diminution aux fausses brillances qui rendent aveugle, aux certitudes qui font qu'enchainer.
N' a-t-il pas dit que parfois la voie est difficile à distinguer et à suivre ? Pourtant Teilhard saisit ces instants :
« Ce sont les deux temps de la respiration de l'âme, ou, si l'on préfère, les deux composantes de l'élan par lequel, elle, l'âme, prend continuellement pied sur les choses pour les dépasser. »
Et cela nous amène à la deuxième idée.

2) Le sens de la Croix

Souvent lorsqu'on s'en réfère, ce signe est senti, comme dit PT :
« ...moins comme un but sublime que comme un symbole de tristesse, de restriction, de refoulement, »
Comme il le dit par ailleurs, l'enseignement de la Croix a souvent été représentée comme un chemin de privation et de souffrances où l'homme est condamné à œuvrer à gagner des « parts » de Ciel. La routine nous dit-il, a amené à des raccourcis qui enlèvent tout attrait et décourage et éloigne les meilleurs volontés. Il nous est précisé que la vitalité de la nature humaine ne s'inscrit pas dans ce schéma. Il existe un autre enseignement qui est simple, cohérent, aux vérités attrayantes.
« La vie, mouvement par son état, et ceci est très important, a aussi un terme : elle impose une direction de marche, par le plus grand effort vers la plus haute spiritualisation » Et il ajoute, mystère de la liberté de chacun :
« ...la première séparation est faite entre les courageux qui réussiront et les jouisseurs qui échouent, entre les élus et les condamnés. »
Aucun jugement n'est porté et il existe aussi la Parabole des ouvriers de la 11ème heure ?!
Évangile de Jésus Christ selon St Matt.XX, versets 1à16.

Mais continuons l'enseignement ;
« Le Christianisme apporte des précisions,...il donne à notre intelligence, par la Révélation d'une chute originelle, la raison de certains excès déconcertants dans les débordements du péché et de la souffrance. »
La vision du péché originel généralement enseignée semble à première vue un peu surprenante, déconcertante.
En effet, le père dit, dans le Tome1, Le Phénomène Humain, au chapitre Le Pas de La Réflexion, que après des milliers d'années qu'elle monte à l'horizon, la pensée est là, ... elle est apparue sans bruit...
Il me semble que l'on peut trouver une nouvelle cohérence ;

Le péché des origines lui aussi arrive, est là !
Fruit de la « montée » de la liberté de l'être pensant ;Je puis dire oui ou non, et je dis non !
Cette possibilité est née, elle est devenue réalité !
...le choix entre l'égo magistral, dévastateur ou l'altruisme, le rejet de l'autre ou la bienveillance, le respect des vies ou leurs négations etc .
La naissance de la réflexion était le commencement de notre exaltante et dramatique odyssée.
Aujourd'hui avec Teilhard nous en arrivons : « ...l'effort attendu de notre fidélité doit se consommer au-delà d'une totale métamorphose, de nous_même et de tout ce qui nous entoure. »
Programme sans demi-mesure si je veux m'engager.
L'ouverture, l'invitation est totale. Voyons par quel positionnement de tout mon être, je vais être en phase avec le programme de la Croix.

3) La puissance spirituelle de la Matière

Il est rappelé qu'une certaine spiritualité chrétienne, longtemps, a opposé la Croix et la Matière, comme le bien et le mal, l'âme et le corps, l'esprit et la chair ;
Cette tradition a fait se détourner bien des hommes qui, dans cette mouvance, se sont sentis en porte-à-faux ; une partie d'eux-même se trouvant occultée comme étouffée, souvent sans trop le comprendre. Un hiatus, un décalage insupportable se créait dans leur âme.
Teilhard parle de la Sainte Matière. Il explique ce qu'elle représente pour lui : « La Matière d'une part, c'est le fardeau, la douleur, le péché, la menace de nos vies".
" C'est ce qui alourdit, ce qui souffre, ce qui tente, ce qui vieillit. Par la Matière nous sommes pesant, coupable.
Mais la Matière en même temps c'est l'allégresse physique, le contact exaltant, l'effort virilisant, la joie de grandir. C'est ce qui attire, ce qui renouvelle, ce qui unit, ce qui fleurit. Par la Matière nous sommes alimentés, soulevés, reliés au reste, envahis par la vie
. "

La Matière est mouvement, multiple ; impossible de m'en dissocier, de m'en extraire (si ce n'est la mort). En outre, il la compare à une pente où je peux soit monter soit descendre mais où l'immobilité, le statu quo n'existent pas.

Voici quelques parcelles de sa vie qu'il dévoilait dans une lettre envoyée de Chine le 25 janvier 1937 à Lucile Swan . Il évoque
sa vie d'homme et le Christ Animateur d'un monde en progrès.

(1) « ...J'ai analysé jusqu'au bout, les transformations que subit l'idée de sainteté Chrétienne lorsque le Christ est envisagé non plus comme le restaurateur d'un Monde endommagé, mais comme l'animateur d'un Univers en progrès...L'amour de Dieu, supérieur à tout s'exprime à travers un effort permanent pour un « aller plus loin » universel...
et il termine sa lettre : Soyez assurée qu'en aucun cas vous ne m'avez froissé par votre franchise (elle ne comprenait pas la vocation du père car dans la religion protestante dont elle était issue, n'existe généralement pas le vœux de chasteté),
je doute que vous puissiez jamais me dire quoi que ce soit, en matière de religion, de plus dur à entendre que ce que je me suis dit à moi-même des centaines de fois. »
Le Votre, Teilhard


En d'autres termes, l'homme qui tant de fois avait appelé le Feu, vivait au présent les attraits et les provocations de la Matière.
Et, de lui : « Matière qui enrichit et qui détruit, la vertu du Christ est passée en toi. Par toi-même, divinise moi


(1) Pierre Teilhard de Chardin Sa vie, son œuvre, sa réflexion Patrice Boudignon
 

Vendredi 11 Juillet 2014 14:04