Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Dans l’œuvre « Comment je crois » Teilhard me fait découvrir une notion sans aucun doute novatrice ; elle schématise et englobe par sa vitalité et par bien des aspects de sa pensée ; de plus, comme bien souvent chez l’auteur la démonstration « colle » avec le vécu d' aujourd'hui.

La scolastique traditionnelle, il la connait bien car, jésuite, il a passé plusieurs années à l'apprendre au théologat d'Hastings dans l’ile de Jersey ; cette philosophie enseigne que la Vie dans l'espace-temps est régie par deux modes bien distincts : la création et la transformation :

-la création de la matière est tirée du néant, en dehors de tout pré existant .
-la transformation de la matière intervient après la création et en est détachée, indépendante ; des changements se passent sans lien, ou si peu, avec les états premiers de la matière. Par exemple le passage à la vie (animale...), ou l'arrivée de la pensée se situent comme des moments extraordinaires, indépendants de l'acte créateur.

-Une troisième voix est proposée : la transformation créatrice.

Le Père est étonné que cette notion ne soit pas intégrée dans l'étude de l'évolution de la Vie. Pour lui il est évident que, et je le cite :

-il existe un lien entre la matière, l'animalité, la pensée réflexive, la spiritualité.
-la marche du monde forme un tout dont les éléments fonctionnent par interaction des uns avec les autres ; l'astronomie nous en donne bien des exemples, dans le temps et dans l'espace.
-l'effort-mouvement des causes secondes, par exemple les actions positives comme négatives de chacun, modifient dans une dynamique continue les Vies de l'environnement dans toutes leurs composantes ; l'être créé imprégné du passé, nourrit de l'existant, fonde, construit, crée un nouvel homme...


Par voie de conséquence j'ai une responsabilité individuelle et collective dans la marche du monde.
Alors, on comprend mieux tout ce qu'avait de rassurant certaines vérités fixistes, parfois érigées en dogmes aux qualités décrétées immuables...mais on le voit bien, il en va du monde autrement ; il est création continue, étonnement, bourgeonnement, mutations, et tant d'autres choses.
Peut-être, à verser à son crédit, que l'humain, sans y être contraint, mais pour s'ancrer de lui même dans la Déité, devait,... doit faire des pauses ? ...mais ne soyons pas trop naïf car la vie n'attend pas !

Et donc, in fine, chacun sait, ou doit savoir, que la paresse-ignorance est le pire des maux et a en germe toutes les stagnations stériles, les déviances et les proclamations arrogantes, et nombre d'extrémismes de toutes sortes; figent les choses dans une règle immuable. Il est tellement plus confortable de se draper dans des certitudes, ce qui donne l'illusion de grandeur ; il est si facile de s'abuser soi-même.

« Qui veut faire l'ange, fait la bête »,

et il y a environ deux mille ans quelqu'un parlait, qui était Sage parmi les Sages. Un jour, voulant illustrer le fait que certains se flattaient d'être des justes et n'avaient que mépris pour les autres, Il dit cette parabole :
« Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l'un était pharisien, l'autre publicain.
Le pharisien, la tête haute, priait ainsi en lui-même:
-Mon Dieu je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain ; moi, je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus-
Le publicain, se tenant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine, en disant :
-Mon Dieu,aie pitié du pécheur que je suis ! -
Je vous le dis, celui-ci descendit chez lui en paix, l'autre non. Car celui qui s'élève sera abaissé et celui qui s'abaisse sera élevé.»
(Luc XVIII,9-14)

Mais peut-être, dirons certains, que je me suis éloigné de l'idée de transformation créatrice ?
Mais peut-être que non ?

Le pharisien m'apparait comme l’archétype du figé; « je ne suis pas comme le reste des hommes » dit-il ; il s'autoproclame hors du commun ... se met sur un piédestal où il y sera forcément admiré, reconnu...c'est du moins ce qu'il pense. Et puis, par son statut et par sa vie qu'il a jugée irréprochable, il peut converser avec Dieu ou les dieux d'égal à égal ; porte un jugement définitif sur l'autre qu'il ne regarde qu'avec mépris.

Le publicain est dans le mouvement, la transformation; il est dans la réalité de chaque jour, voit que la vie n'est pas un long fleuve tranquille; cependant il ne veut pas être découragé et malgré les mille vies qui l'ont meurtri, peut-être un peu cassé, croit à l’Espérance; déjà il s'est remis en route;
N'est-ce pas de ce côté, que la terre, la glaise, rencontre le ciel ?

Le premier, aveuglé par sa suffisance, son orgueil s'est érigé en dieu parmi les dieux mais en a oublié qu'il est d'abord homme et c'est avec ceux-là qu'il doit être parce que par nature il en fait partie et les rejetant, se perd lui-même;
Le second a compris qu'il est profondément de la terre, et si parfois il a l'impression qu'elle va le submerger et l'engloutir, l’espérance secourable est présente, ouverture pour tous les futurs :
« Sur tout ce qui, dans la Chair humaine, s'apprête à naître ou à périr sous le soleil qui monte, j'appellerai le feu »(Teilhard La messe sur le monde)
Teilhard a un sens sublime et déconcertant de la terre qui n'en a pas fini de m'ouvrir les portes de la transformation créatrice.



Samedi 29 Septembre 2012 14:01