Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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chapitre extrait de "Comment je Crois", éditions du Seuil


Dans le thème présenté ce soir nous voilà de nouveau dans ce qu’il y a de plus fondamental et de plus mystérieux de l’existence de l’humanité, nous voulons dire la capacité ou l’incapacité à échanger nos sentiments, nos certitudes, nos croyances sur le mystère total de nos propres existences.

Le père Teilhard n’a pas échappé à la règle, il en a même fait son cheval de bataille ! S’il avait été Chevalier, sa devise aurait pu être «eques a Fides e ratio » (Chevalier par la foi et la raison). Son choix s’est porté à « Tout ce qui monte converge », ce qui au fond, veut dire la même chose.
Or, un chevalier (sens noble du terme bien entendu), ne peut pas se faire que des amis. C’est donc, le plus paradoxalement du monde, au sein de sa propre famille (Catholique dans le cas présent) qu’il a essuyé les plus graves revers. « Nul n’est prophète en son pays ».

Cette problématique relationnelle déjà présente au sein d’une même famille, bien évidemment, ne peut que s’amplifier entre Cultures, logiques, croyances… de tous les horizons du monde. Nous sommes bien là, à la base du cône symbolique de Teilhard, dans cette multitude de notre niveau de réalité, le plan immanent.

Mais nous ne nous attarderons pas là dans les différentes querelles qui ont polluées les relations entre les hommes qui se sont cru de bonne foi. Consacrons-nous dans la recherche de cet invisible point de convergence où tout semble être résolu, en acceptant les écueils de nos contradictions.

Je vous avais présenté il y a quelques temps un petit travail sur le symbolisme de la croix pour présenter le point d’articulation entre les deux plans non confondus que sont la foi et la raison. L’ouvrage du père Thierry MAGNIN « L’expérience de l’incomplétude » nous donne aujourd’hui une alternative à ce chemin pour exprimer ce qu’est cette articulation. Un grand travail de recherche théologique et scientifique, qui nous propose une notion de niveau de réalité voilée non confondus avec notre niveau de réalité limitée, et, pourtant tous deux si intimement liés.

Le symbole le plus fort qu’il nous est donné de connaître pour exprimer l’inexprimable c’est « La Lumière véritable qui éclaire tout homme » idée profonde que l’on trouve dans le Prologue de Saint Jean. Elle nous parle directement au cœur.

Or, comme par magie, la raison peut nous donner là, un éclairage particulier de ce qu’est réellement l’Unité de la lumière blanche. Nous vous proposons une lumineuse métaphore :

Un assemblage de toutes les couleurs de l’arc en ciel : de l’ultra violet à l’infra rouge, en passant par toutes les vertus symboliques des couleurs. Si le rouge de la vertu de charité est une vérité chrétienne fondamentale, elle ne peut s’opposer au vert, ou au bleu, ou au jaune des qualités des autres traditions ou de la raison, ni même aux autres formes d’incroyances, puisqu’elles composent toutes ensembles le spectre de la lumière blanche.

Il n’y a donc que des oppositions apparentes de couleurs dans notre niveau de réalité.
Ces oppositions se complètent et disparaissent dans un autre niveau de réalité qui nous est voilé

Tous les paradoxes apparents prennent naissance dans les mêmes modalités ici présentées. Il suffit pour les résoudre de savoir abandonner momentanément nos logiques et nos certitudes, pour écouter l’autre et la couleur qu’il peut nous enseigner.

L’expression bien connue de Saint Cyprien « Hors de l’Eglise, point de salut », sortie de son contexte et brandie de façon caricaturale par certains défenseurs de la foi chrétienne pour appuyer leurs pouvoirs, peut ainsi avoir une autre interprétation. Tout dépend de ce que l’on mettra dans le terme : Eglise.

Cette autre interprétation est souvent incomprise et oubliée. Elle est pourtant si présente dans les Evangiles :
«On viendra de l’est et de l’ouest, du nord et du midi, prendre place au festin dans le Royaume de Dieu» (Luc 13,28-29)
«Comment! Tu es Juif et tu me demandes à boire à moi, une Samaritaine» (Jean 4,9)
«Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire... devant lui seront rassemblés tous les peuples... ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume... car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger’... ‘Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé?’... ‘Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait’» (Matthieu 25,31) Le jugement dernier.
L’Eglise universelle est une notion appartenant à la transcendance et s’exprimant dans notre réalité par l’intermédiaire de notre Seigneur Jésus Christ. Personne ici bas ne peut se l’approprier pour assurer son pouvoir.
L’opposition des différents éléments de la réalité de notre monde ne peut être qu’abolie dans le mystère de la réalité véritable de l’Unité.

Le débat n’est plus dans l’acceptation de la relation entre les réalités immanentes et la réalité transcendante, mais dans les modalités d’expressions de cette relation, d’où prennent naissance tous les paradoxes, toutes les contradictions qui nous opposent.
Le sujet est vaste, il est un mystère, il est un challenge pour l’humanité. « Le mystère n’est pas ce que l’on ne comprendra jamais mais ce qu’on n’aura jamais fini de comprendre ».
Et si la quête est longue, et si par moment elle nous soûle et nous fatigue dans nos contradictions et nos luttes, il est bon de savoir qu’un port nous est directement accessible afin de nous reposer et de nous revitaliser.
Ce port n’est pas si lointain, il est là ici présent dans notre for intérieur, notre temple intérieur, en pleine conscience d’une Présence attentive. Il est aussi dans l’autre que nous côtoyons, ce qui veut dire la même chose !
Par la prière, la communion ou la méditation, peu importe, nous pouvons à tout instant nous y arrimer.
L’assemblage ainsi constitué se résume en un seul mot : Amour



Jeudi 21 Mars 2013 14:54