Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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A . CE QUE J'AI COMPRIS

Dans ce chapitre Teilhard essaie de formuler « sous forme de propositions enchaînées, un essai d’explication universelle … pour rendre l’Univers intelligible dans la totalité de son développement» (p.105).
Il part de 3 éléments : l’homme est comme le « microscope » donnant les propriétés à leur état accompli de toute molécule. L’homme est organisme complexe, doté d’un « dedans » = liberté et conscience.
Toute molécule a une organisation et un dedans, « … traversé par un flux de centration… » (p.108) qui n’est compréhensible qu’en postulant « un certain pôle ou foyer de synthèse universelle : le Point Oméga »
Mesurer l’évolution consistera à mesurer le « coefficient de centro-complexité ou ce qui revient au même, de conscience » (p.107) « selon l’axe montant de l’infiniment simple à l’infiniment complexe »
Il introduit un palier important de la construction : les isosphères de conscience.

Une première conclusion : « dans son déplacement à travers le Temps, l’Univers représente un système en voie de « centro-complexification interne » « passage d’un hétérogène dispersé à un hétérogène organisé… »

B. APPLICATION à LA DEMOCRATIE
Ce premier niveau de développement me permet de comprendre quelque chose de la démocratie qui représente à mon sens un vrai seuil dans ce mouvement de centro-complexité de l’Humanité, et j’hésite à dire de l’Univers.

1. La démocratie : naissance de l’hétérogène.
- Dans le système féodal, il n’y avait pas d’opinion publique, le prince pensait pour tous ; il n’y avait pas d’individu, tous étaient des sujets du prince ; il y avait des classes et des catégories (chevalerie, artisans, serfs) mais pas d’organisation sociale ; c’était une mécanique qui tenait par la volonté et les forces de coercition du prince.
- Puis l’individu est advenu. L’émergence de l’individu peut se situer au XVIe siècle avec la Réforme protestante ‘la libre interprétation de l’Ecriture’, Descartes « Je pense… » et les autres. L’individu se différencie du groupe d’appartenance. Il émerge de la gangue maternelle. Voilà la naissance de l’hétérogène. L’individu fait nombre.

2. Une longue évolution
Il a fallu des siècles avant que l’individu s’affirme au point de faire basculer le régime, ce qui s’est passé à la Révolution française. Les années qui ont suivi l’explosion elle-même de la Révolution pourraient être interprétées comme « le passage d’un hétérogène dispersé (désuni) à un hétérogène organisé (unifié)» (p.109). Les soubresauts de l’histoire, le premier et le second Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet… il en a fallu du temps, des tâtonnements, des essais… afin de d’organiser l’hétérogène, et d’ailleurs la marche se poursuit…. parce que l’hétérogène organisé risque toujours de basculer dans l’hétérogène dispersé.
Il est significatif que Teilhard insiste sur l’hétérogène. Le 20e siècle restera dans l’histoire comme ayant abrité les grandes entreprises visant à balayer l’hétérogène et réinstaurer la loi d’airain de l’homogène , je pense aux terribles dictatures nazies et marxistes. A ce propos, l’une des opérations du lavage de cerveau en Chine consistait à biffer l’individu en situant le nouveau venu dans un groupe qui s’acharnait sur lui, dès qu’il lui arrivait de dire « Je pense…, je veux… je dis… » il fallait absolument gommer toute formulation personnelle. L’expérience des dictatures et des goulags montre bien que l’enjeu est celui d’un hétérogène organisé ou, mieux encore, de l’organisation sociale dont le but est le bien des personnes. Teilhard parle d’une évolution « au cours de laquelle l’Univers s’intériorise et se spiritualise à force, et comme à coups de complication sur lui-même. » (109) Maturation interne, croissance en conscience, en appartenance, solidarité, communication, tout cela crée un milieu d’humanisation pour les composantes (personnes) qui y vivent.

3. En continuant la comparaison
Serait-il possible de retrouver les traces des isosphères dans cette construction de la démocratie ? Les « isosphères, sont dites des éléments de même complexité et donc de même centréité… » Je propose une application un peu tirée par les cheveux… mais telles pourraient être les « nations » qui sont nées en 1815 et surtout 1848 dans le redécoupage de l’Europe après l’Empire. Même « centréité et même complexité », ils sont « solidaires tangentiellement dans la mesure où ils se tiennent et sont liés chacun à chacun dans l’isosphère n sur laquelle ils se placent …» (p.110) Cette solidarité tangentielle serait assurée par les traités (traité de Vienne, etc.) Ils sont aussi « solidaires radialement dans la mesure où, à travers les noyaux de centro-complexité inférieure que leur unité englobe et organise… » Ces nations ont intégré leurs propres composantes que sont les départements ou les provinces… « Solidaires radialement enfin, dans la mesure où tous ensemble… ils tendent à se mouvoir vers Oméga, en parvenant eux-mêmes, ou en donnant naissance à une isosphère d’ordre supérieure… » et ce serait actuellement l’Europe. Après tout cette lecture n’est peut-être pas si mauvaise et montre la fécondité de l’hypothèse de Teilhard, elle montrerait aussi que la construction présente dans laquelle nous sommes engagés va dans le bon sens.

Je découvre également les paragraphes 27 et suivants avec les grandes affirmations teilhardiennes : « l’Union différencie » « L’Union personnalise », textes étonnants que je me promets de commenter pour mon plaisir, ultérieurement.





Vendredi 27 Février 2009 16:01