Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Réflexion pour la réunion d'octobre 2012
"COMMENTJE CROIS" de Teilhard de Chardin / Editions du Seuil


Dans la France de 1923, présenter une allocution « PANTHEISME ET CHRISTIANISME » était courageux de la part de Teilhard dont sa position de maître de conférences était très surveillée.
J’approuve presque totalement ce texte, hormis quelques points de détail dus au décalage des modes de pensées entre les XXe et début du XXIe siècle. Cependant dans son ensemble ce texte est encore plus d’actualité maintenant et même Benoit-16 l’approuverait car il en a donné la preuve à maintes reprises. C’est là que l’on mesure le niveau d’autorité d’un Pape ; ce qu’il pense sur des sujets aussi fondamentaux est une chose mais qu’il soit suivi par la curie romaine et l’ensemble du clergé est une autre chose ; d’autant que l’important n’est pas tant ce que pense le clergé mais ce que pense la multitude des croyants, partagés qu’ils sont entre une pratique inconditionnelle et une croyance de libres penseurs. Là réside la différence entre les réalités de 1923 et de 2012. A notre époque le problème se complique du fait que dans les deux catégories chacune se partage en proportions assez méconnues en deux sous-catégories : ceux qui ont une culture religieuse et ceux qui n’en ont pas et je crains fort que cette dernière soit très majoritaire. Peu de personnes lisent ou ont envie de lire et donc peu de personnes sont capables de comprendre cette conférence de Teilhard ou d’autres textes similaires et, pourtant, cette conférence est exceptionnellement claire. Il en est de même pour le livre de Benoît-16 « La Foi Chrétienne Hier et Aujourd’hui », lui aussi limpide et positif ; un texte d’avenir mais combien de personnes peuvent le comprendre et ont envie de le lire ? Sur un milliard et demi de chrétiens dans le monde peut-être n’y aura-t-il que cinq cent mille personnes qui auront acheté ce livre et encore moins qui l’auront lu complètement. Il en est de même pour tous les livres qui paraissent sur un tel sujet ; idem pour les conférences et autres retraites culturelles : tous ces textes pour hautement compréhensibles et intéressants qu’ils soient ne touchent qu’une infime partie des croyants … et encore moins d’incroyants.

Pour intéresser et convaincre, il faut être entendu, la recette reste à inventer, le moyen existe, il faut cibler les religions existantes et écoutées actuellement ; encore faut-il qu’elles soient prêtes à travailler ensemble, ce qui est encore peu probable.
Plus que des études théologiques, c’est surtout de « marketing » qu’il faut discuter car les religions n’échappent pas aux techniques de communication. Trouver les thèmes porteurs d’écoute ? Comment les rendre digestes ? A mon avis, il faudrait mixer de l’amour, du christique, du sacré et du panthéisme. Cette formule pourrait être traduite par : de « l’Abbé Pierre », de la musique, de l’image, du rituel et de la divinité COMPREHENSIBLE. Pour les deux premiers points on sait faire, tandis que pour les trois autres … pointu ! Tâchons d’ inventer la recette et le panthéisme sera une bonne base connue par la plupart des religions.
Teilhard, avec cette conférence, apporte des ingrédients avec sa carte des religions qui se partagent le monde de la pensée, soit Christianisme et panthéisme. C’est binaire et réducteur alors je propose les nuances suivantes :
Il y aurait deux grandes catégories
-Les religions REVELEES
-Les religions INTUITIVES
Lesquelles représentent les principes de base des religions traditionnelles, démultipliées en de multiples familles qui portent en elles, dans des proportions variées, du « révélé » et de « l’intuitif ».
Les « révélées sont les trois religions du Livre :Judaïsme, Christianisme et Islam, chaque confession ayant de multiples variantes.
Les « intuitives » (ou panthéistes) sont la kyrielle des religions animistes, probablement les plus anciennes, qui sont présentes sur les deux continents : américain (avec ce qui reste des Indiens ayant échappé aux yankees). Ces religions animistes sont très présentes en Afrique et plus ou moins, aussi, dans les religions issues des Vedantes (Indouisme, Bouddhisme) et toutes leurs variantes dans le continent asiatique.
L’animisme est une religion naturelle qui a pu surgir spontanément sur tous les continents à la fois. Les hommes des cavernes faisaient déjà de l’animisme sans le savoir.
Qu’est-ce que l’animisme ? Il est synonyme de panthéisme dont Teilhard donne la définition suivante : pan = tout et théisme = Dieu. Dieu est partout comme disent les chrétiens, il est le TOUT, ce qui implique de facto que le Tout est un assemblage d’éléments ou de monades (que Teilhard nomme aussi atomes de l’esprit (voir tome-7, chapitre « atomisme de l’esprit ». Dans le tome-1 pour définir la matière, Teilhard parle du dehors et du dedans des choses, précisant ensuite que les deux notions sont consubstantielles. N’oublions pas le tome-13 avec le magistral « Hymne à la Matière ».
Jusqu’ici Teilhard, qui reconnait s’être inspiré des anciens, est un panthéiste comme les autres, sauf que, et il est le premier et le seul à dire ce qui suit , : son panthéisme est un panthéisme de convergence alors que tous les autres sont des panthéismes de dispersion.
Explications :dans tous les panthéismes animistes cités plus haut, après la mort physique, l’essence spirituelle va se diluer dans « le grand esprit de l’univers ».
Dans le panthéisme de convergence de Teilhard quand « le grand esprit de l’univers », soit Dieu (peu importe son nom) qui est parfait et indéfinissable a créé (Alfa) l’univers, cette perfection divine s’est diluée dans la matière et, progressivement, avec l’évolution complexifiante de la matière, des paliers de plus en plus perfectionnés ont été franchis atteignant ainsi le « pas de la réflexion » ; ce qui laisse espérer qu’après la mort physique l’esprit se libère et rejoint le Point Suprême de convergence de toutes les énergies, soit le Point Omega qui pour Teilhard se subdivise en Point Omega Créateur, Point Omega Evoluteur et Point Omega Attracteur, Trois en Un.
Dans ce phénomène, quel est le rôle du Christ ? Il est un avant goût du plérôme car il démontre, par son exemple, que s’unir totalement à Dieu est possible. D’ailleurs Jésus n’a-t-il pas dit en s’adressant à ses Apôtres « Vous êtes tous des Elohimes » (des dieux), voulant faire comprendre par cette métaphore que son exemple est reproductible. Le phénomène christique est un évènement à haute probabilité dans l’univers puisque l’Esprit divin est présent dans tout l’univers.
Mais comment appuyer cette thèse ? Examinons la Bible puisqu’elle est l’une des principales références du dogme chrétien ; Livre-2 Le Jardin d’Eden. Nous sommes après le 7e et dernier jour de la création : « Dieu forme le glébeux-Adam, poussière de la glèbe (mot qui signifie « terre ensemencée »), Il insuffle dans ses narines une haleine de vie, le Glébeux devient « âme vivante »...
La Genèse concilie création et évolution :
1-Dieu sépare la lumière des ténèbres. C’est la création.
2-Dieu développa l’univers en 6 jours et le 7e jour Il se reposa. C’est l’évolution.
3-Dieu souffle le vent de l’Esprit dans les poumons de la matière vivante : Dieu est dans le TOUT.
Après cela,avec de telles bases communes, comment les religions peuvent-elles encore se battre jusqu’à la mort pour des détails qui deviennent des casus belli ? Elles n’ont aucune raison de s’entre tuer si ce n’est parce que certains défendent leurs privilèges et un petit pouvoir terrestre autrement dit : rien.
CONCLUSION : Une synthèse entre christianisme et panthéisme à l’époque où Teilhard a écrit ce texte était seulement envisageable. Les Eglises chrétiennes étaient alors dominantes dans le monde, pour la bonne raison qu’elles appartenaient aux pays développés et colonisateurs. Elles pensaient que les religions « exotiques » des pays colonisés n’avaient aucun avenir dans le monde moderne. C’est un peu ce qu’écrivait Teilhard à cette époque. Ne se sentant nullement menacées, les Eglises chrétiennes n’éprouvaient pas le besoin d’un quelconque consensus avec les autres religions.
En ce début de XXIe siècle la situation est très différente : les pays « exotiques » sont devenus des partenaires, voire des concurrents de l’ancien monde moderne et leurs religions qui ont poussé à la révolte sociale et anti colonialiste sont de vrais concurrents pour les religions chrétiennes qui, parallèlement, ont fortement décru par effet de libéralisme intellectuel qui domine dans les pays fortement industrialisés et « financiarisés ». D’une manière générale le « nouveau dieu tout puissant » est le dieu de la finance, dieu veinal à court terme, à l’opposé de la spiritualité qui, elle, est dans le long terme. Allant de paire avec le développement accéléré de la pensée matérialiste universelle, toutes les religions sont maintenant menacées, le « produit religieux classique » ne se « vend » plus , l’Esprit de la Terre risque de disparaitre si n’est pas proposée une spiritualité accessible par tous. Le panthéisme, bien présenté, peut devenir un principe fédérateur et élévateur de niveau de conscience car il est compatible avec toutes les religions de la terre.

Pendant les années entre 1945 et1950 j’étais élève chez les Pères Oblats qui, plusieurs fois par semaine, nous transmettaient de l’éducation religieuse. Je me souviens parfaitement d’un argument répété à tous propos : « Dieu est partout ». Ce que j’en percevais à cette époque était que Dieu était à côté de moi, de nous, ici, ailleurs, partout. Peut-être les pères oblats pensaient-ils que Dieu est aussi dans la matière suggérant ainsi l’idée d’un Dieu-Nature ? Ce fut un autre père Oblat, quelques années plus tard en 1955, en tant que remplaçant de notre vieux Curé de Campagne, qui nous recommanda pendant son sermon de lire la pensée de Teilhard de Chardin, ceci pour un auditoire à qui ce nom ne disait rien …

Et à l’époque actuelle, dit-on encore « Dieu est partout » ? Si oui le dogme chrétien contient-il une idée de panthéisme ? En même temps que l’on nous dit « Dieu vous écoute, Dieu vous voit, Dieu vous aime, etc … » peut-être pourrait-on ajouter que « Dieu est partie intégrante de la matière » ? Cette fin de phrase passerait mieux passerait mieux que le début pour lequel on a aucune preuve.
La fin de phrase « Dieu est dans la matière » est vérifiable par une simple réflexion … l’émerveillement que produit le et l’observation de la nature fonctionnent à tous les coups. De cet émerveillement au goût de la spiritualité il n’y a qu’un pas à franchir pour passer au stade suivant, celui de la foi en un « Pilote » de l’univers. N’en demandons pas plus au monde des sceptiques. S’ils arrivent à être dans un tel état d’esprit ils seront sauvés.

Jeudi 18 Octobre 2012 11:55