Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Le site www.hominides.com/htlm/theories/jean_paul_evolution.php est relatif à l’intervention du Pape Jean-Paul II devant l’Académie Pontificale des Science le 22 octobre 1996 à l’occasion du soixantième anniversaire de cette institution créée par le Pape Pie XI. Le thème choisi par l’assemblée est L’Origine de la Vie et la Théorie de l’Evolution, sujet sur lequel Teilhard fut en opposition avec l’Eglise et qui lui valut l’interdiction de diffuser sa pensée, dès 1923, date à laquelle il fut missionné en Chine.

Point 1 Après avoir rendu hommage à son Prédécesseur, Jean-Paul II rappelle la nécessité d’entretenir un dialogue confiant entre l’Eglise et la science et il félicite l’Assemblée d’avoir choisi ce terrain de réflexion. Jean-Paul II fait remarquer que la Révélation sur laquelle est construit le dogme chrétien contient déjà des enseignements très importants sur l’origine de la vie. Le Pape pose la question de savoir comment la science et la religion pourraient s’entendre sur ce point ; mais pourquoi n’a-t-il fait aucune allusion sur ses prédécesseurs immédiats que furent Paul VI et Jean XXIII ? Par contre, il est « logique » qu’il ne parle pas de Teilhard de Chardin qui, pourtant, relança ce thème en 1920, succédant ainsi à Buffon, Lamarck et Darwin.

Point 2 Il y a, dit Jean-Paul II, entre l’Eglise et la science beaucoup d’oppositions et, se référant à l’encyclique de Léon XIII pour appuyer ses dires en une seule phrase : « La Vérité ne peut contredire la Vérité », ce qui signifie qu’il n’y a qu’une seule vérité. Jean-Paul II saisit alors l’occasion pour confirmer l’ancienneté des relations entre science et Eglise puisqu’elles remontent au XVIe siècle. Puis, revenant à l’actualité, il fait allusion aux problèmes générés par la science, qui ne sont pas sans incidence sur l’humanité. Il cite aussi l’opposition entre nature incarnée et nature animée, (le philum n’aurait surgi de la gerbe de vie, mais serait venu d’ailleurs !) difficulté que l’Eglise peut résoudre car elle en connait les fondements. Le Pape ajoute : l’Eglise peut même fournir des critères permettant de discerner les comportements moraux auxquels l’Homme doit se référer en vue de son salut intégral.

Point 3 Jean-Paul II rappelle que Pie XII avait affirmé qu’il n’y a pas d’opposition entre la théorie de l’évolution et la doctrine de la foi quant à l’homme et son destin, à condition de ne pas perdre de vue quelques points forts de la doctrine chrétienne. A ce propos, il signale qu’en 1992, dans le contexte de la réhabilitation de Galilée, il avait lui-même souligné la nécessité de suivre les règles d’une herméneutique rigoureuse afin que l’interprétation des Ecritures ne les détourne pas de leur sens premier (s’agissant du symbolisme, les interprétations sont larges …)

Point 4 Pie XII considérait l’évolution comme une hypothèse sérieuse, digne d’investigations menées par les tenants de l’hypothèse opposée, et que la thèse de l’évolution doit être mise en harmonie avec la Révélation. Quant à lui, Jean-Paul II dit que « l’évolution est plus qu’une hypothèse » et il considère que l’étude de l’évolution relève de l’épistémologie car elle est métascientifique ; elle est composite car certains scientifiques sont matérialistes et d’autres sont spiritualistes. Quelle que soit l’appréciation que les Papes formulent sur l’évolution, ils auraient dû modifier leur position concrètement.

Point 5 Jean-Paul II argumente ensuite sous un angle différent. Le magistère de l’Eglise est directement intéressé par la théorie de l’évolution, étant donné que la Révélation nous apprend que l’homme ayant été créé à l’image de Dieu (Genèse, 1/25-29), il est la seule créature sur terre que Dieu ait voulue pour elle-même. Ce point de vue peut être rapproché de celui des scientifiques lorsqu’ils déclarent que « l’homme est le fer de lance de l’évolution ».
Jean-Paul II cite St Thomas d’Aquin qui énonce clairement ce que Teilhard nomme « le pas de la réflexion ». A contrario, Jean-Paul II veut porter un coup à la théorie de l’évolution de Teilhard (sans le nommer) : « Si le corps humain tient son origine de la matière vivante, l’âme spirituelle est directement créée par Dieu ». A mon avis, cette déclaration ne bouscule rien puisque selon l’Eglise Dieu a tout créé, corps et âme.
Enfin, Jean-Paul II sort l’arme suprême contre la théorie de l’évolution en disant qu’elle « est incompatible avec la vérité de l’homme » … peut-être en disant cela pensait-il à la célèbre « Ode à la Matière » de Teilhard, pages 89 à 91 du tome 13 intitulé « Le Cœur de la Matière » ; texte qui repousse de plusieurs siècles sa réhabilitation … sauf si l’un de ses Successeurs en décide autrement ! Nous verrons à la fin de cet éditorial qu’un espoir se lève avec Benoît XVI.

Point 6 Jean-Paul II pense qu’avec l’homme nous sommes placés devant un « saut ontologique », ce qui me parait contraire à la théorie teilhardienne selon laquelle l’évolution se présente comme une trajectoire montante, franchissant l’un après l’autre les seuils critiques et se dirige vers le Point Omega en se spiritualisant sous l’action d’une mystérieuse force venant du coeur même de la matière. Dans l’homme, cette force spiritualisante cachée le pousse devant le triple choix : Ecouter l’élan moral, ou l’élan vital, autrement dit composer avec ces deux forces inséparables et nécessaires pour que l’homme vive le destin que Dieu lui a préparé. Quant à lui, Jean-Paul II décide que cette affaire ne concerne pas les scientifiques mais les théologiens. La cause est entendue !

Point 7 Jean-Paul II termine son intervention en conseillant de se référer à la Genèse et à l’Evangile de St Jean, ces deux textes sacrés étant porteurs de Sagesse : le premier décrit la création du monde et le second la doctrine du Verbe Lumière. Ces deux textes, à mon humble avis, pourraient à eux seuls suffire pour exprimer la doctrine chrétienne… Il est vraiment difficile le « métier » de Pape ! Je fais un « rêve » chaque être humain devrait lire ces textes plusieurs fois par an.

Conclusion Après la lecture des conceptions de Jean-Paul II sur l’évolution, j’ai voulu connaître la position de Benoît XVI sur ce sujet et j’ai consulté son admirable livre « La Foi Chrétienne Hier et Aujourd’hui » publié en français aux éditions du Cerf.
O ! Surprise : page 40 j’ai découvert la pensée de ce Pape à la réputation austère mais qui, en réalité, a une grande ouverture et je le cite : « On le voit dans les différentes confessions de foi, où la christologie est toujours mise en relation avec la doctrine de la création, en sorte que cet évènement unique de l’histoire et le fait permanent et universel de la création se trouvent intimement liés. Plus tard nous verrons comment cette vue élargie reçoit aujourd’hui, grâce à l’impulsion des œuvres de Pierre Teilhard de Chardin, un écho toujours croissant dans la conscience occidentale. »
Ce texte me laisse beaucoup espérer sur l’évolution possible de l’Eglise vers plus d’harmonie avec la science ainsi qu’ une réhabilitation officielle et proclamée de la pensée de Teilhard. Puissent un jour les Recteurs d’Universités Catholiques être tuteurs de thèses de doctorat sur la pensée de ce génial jésuite.

Mercredi 8 Août 2012 11:05