Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Jean-Pierre Frésafond / COMPTE RENDU DU COLLOQUE TEILHARD DE CHARDIN , « DU BIG BANG A LA NOOSPHERE »
Les propos de ce compte-rendu n’engagent que moi.
Je suggère au public du colloque de nous adresser, s’ils le souhaitent,
leurs réflexions, nous placerons sur le site de l’Association Lyonnaise Teilhard de Chardin.

Ce colloque a été très réussi à tout point de vue : participants nombreux et qualité des intervenants. Félicitations aux organisateurs. Une seule remarque tout de même : il y aurait des progrès à faire en utilisant un langage à la portée de tous.

-Vendredi 29/11/13 à 18 h, Le Président national, Hilaire GIRON, et le Recteur, Thierry MAGNIN ouvrent les débats et confirment le contexte teilhardien.

-Premier intervenant : Gérard DONNADIEU, Président d’honneur de l’Association Nationale. Sujet traité : « Une lecture systémique de l’évolution ».
La systémique est une science conçue par l’Armée américaine pour les besoins de la cause pendant la seconde guerre mondiale ; elle décrit les inter et rétro actions qui se développent en boucle à l’infini. La systémique permet de voir claire dans les ensembles à complexité croissante afin d’en maîtriser la gestion. Elle est utilisée en sciences, en recherche, en industrie, dans le commerce, les statistiques et, notamment, le décryptage des communications internet ; comme le démontrera le dernier intervenant, Christophe DESHAYES ; en ce qui concerne les services humains on constate que les sociétés changent tous les dix ans, l’internet est l’un des facteurs accélérateurs difficilement maîtrisables, les résultats sont à peine prévisibles.
Gérard DONNADIEU utilise la systémique pour ses recherches teilhardiennes dans les domaines de l’évolution ; il est pionnier dans cette application.

-Deuxième intervenant à 20 H : le professeur Bernard GUY, directeur de recherche à l’Ecole des Mines de Saint Etienne ; titre de son intervention : « Comment je reçois la pensée de Teilhard ».L’orateur aborda le sujet d’une manière originale en décomposant la pensée de Teilhard en six branches :
1- Importance de la géologie chez Teilhard ; science que Teilhard aborda en premier, elle fut même une passion qu’adolescent il pratiqua dans son Auvergne natale.
2-Entre l’homme et l’univers il existe un lien organique.
3-La foi est multipliée par l’intégration du principe intelligent qu’est l’évolution.
4-L’amour que nous portons à l’univers peut être qualifié d’écologique (original !)
5-Le bien et le mal sont constitutifs de l’évolution (voir chapitre 10 du tome 10 « Comment je crois »)
6-Les mouvements géologiques donnent une idée de l’espace-temps si on les observe à travers une coupe verticale de la croûte terrestre.

-Samedi 30/11/13. Dès l’ouverture à 9 h , le Président, Hilaire GIRON, annonce que l’intervention du physicien Etienne KLEIN est annulée en raison de son hospitalisation aux urgences vendredi soir. Thierry MAGNIN a bien voulu le remplacer en traitant le même sujet.

Troisième intervenant : Thierry MAGNIN , physicien et Recteur de l’UCLY. Sujet de son intervention : « Comment la matière s’organise-t-elle ? »
Impressionnant : Thierry MAGNIN parla pendant plus d’une heure, sans note écrite.
Je vais essayer de résumer son intervention en une dizaine de points forts.
a) L’union des contraires crée l’harmonie.
b) L’univers tend à s’achever dans un mode « personnel ».
c) Création et évolution se complètent à parts égales.
d) Hasard et nécessité ? Les deux à la fois …
e) La Cause Première n’agit pas sur les effets.
f) L’acte créateur ne s’intercale pas dans la chaîne de nos antécédents.
g) Quelle est la différence entre un mystère et un problème ? Réponse : quant au mystère, nous en faisons partie !
h) En physique quantique les phénomènes ne sont ni « chosifiables » ni localisables. En physique quantique on observe le monde comme si tout était lié ; c’est par relation seulement que l’ont peut parler des choses.
i) Le réel étant voilé, pourquoi le poursuivre et au nom de quel motif philosophique ?
j) L’objet absolu n’existe pas ; il ne reste plus que l’espérance.

Quatrième intervenant, Emmanuel d’HOMBRES , titulaire de la chaire Humanisme à l’UCLY. Sujet traité : « La notion de grade au carrefour des évolutions biologiques, sociales, organiques et culturelles ». En clair, cela concerne le fondement et les exigences d’un organisme humain très complexe au niveau social qui, comme la société, obéit aux mêmes règles de fonctionnement que celles d’un organisme biologique beaucoup plus petit, par exemple : une civilisation comparée à un corps humain. Cette théorie teilhardienne fut soutenue par Sir Julian HUXLEY, Nobel de biologie et ami de Teilhard.
Je doute que cette théorie puisse être enseignée à Science-Po. Ou à l’ENA mais je serais curieux de connaître les résultats d’élections présidentielles pour un candidat qui aurait bâti sa campagne sur ce principe ! L’intervenant a traité ce thème avec toute la fougue d’un jeune politicien engagé.

Cinquième intervenant, Bertrand VERGELY, philosophe. Sujet traité : « Par delà le transhumanisme, retour à l’Homme dans l’univers. » Le mot « transhumanisme » est peu connu, il ne figure pas dans le Larousse. Voici une définition extraite dans google : « Mouvement culturel intellectuel international prônant l’utilisation de sciences et de techniques pour améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Le transhumanisme considère comme inutiles et indésirables certains aspects de la condition humaine tels le handicap, la souffrance, les maladies, le vieillissement »
Ces définitions correspondent aux différents dopages physiques ou mentaux, à l’euthanasie ; ou pire, ces définitions pourraient correspondre à ce qui caractérise « l’église de scientologie ». Il ya quelques années, le docteur Alexis Carrel fut condamné pour ses théories nommées à l’époque « eugénisme ». Mais n’ayons pas peur des mots, le transhumanisme pourrait avoir des analogies avec le nazisme…
Il existe une autre branche du transhumanisme, celle qui est traitée par le professeur philosophe, Michel Mesnier à la Sorbonne dans ses théories de la cybernétique, les androïdes.
Je pense à une autre analogie : le jansénisme, secte chrétienne à laquelle adhérait Blaise Pascal.
Dans ce mouvement il y avait les « élus » qui seuls accéderaient au bonheur céleste ; les autres, quoiqu’ils fassent, ne pourraient qu’aller en enfer !
Tout cela n’est pas très joli et dénie la perfectibilité de l’homme.
Pour en revenir à notre conférencier, le titre de sa conférence est ambigu et semble cacher quelque chose. Je n’ai pas saisi où il voulait en venir dans son intervention, à moins que son message soit subliminal.
Quoiqu’il en soit, Bertrand VERGELY est un admirable « fou du roy » et il nous a beaucoup fait rire.

Sixième intervenant, Bertrand SOUCHARD, titulaire de la chaire Science et Religion à l’UCLY. Thème proposé : «L’énergie chez Teilhard, une convergence créatrice ou une confusion ? »
A mon avis, il est difficile d’appréhender la pensée de Teilhard en dehors des notions d’énergie et d’espace-temps. Il faut voir le chapitre 2 « Atomisme de l’esprit » dans le tome-7 « Activation de l’énergie ». Teilhard trace un lien, une hypothétique analogie, entre les énergies décrites par la physique et l’énergie spirituelle qui les prolonge. Certes, cette extrapolation est indémontrable… Teilhard va même plus loin en disant qu’une seule énergie anime l’univers, elle se manifeste différemment selon les paliers, les stades de complexité de la matière considérés par cet examen : Energie initiale « avant », énergies connues de la physique « pendant » et énergie spirituelle « après ».
Selon le conférencier, Teilhard a mentionné le mot énergie plusieurs centaines de fois dans son oeuvre. Cela n’a rien d’étonnant quand on sait que tout se résout dans l’énergie et dans l’information qu’elle contient. Je rappelle que dans le tome-1 Teilhard utilise une image à titre pédagogique : le dedans des choses et le dehors des choses. Cette méthode n’est pas contradictoire et il le précise bien dans le tome-7, chapitre 2

Septième intervenant, Emmanuel GABELLIERI, Doyen de philosophie à l’UCLY. Thème proposé : « Matière et histoire, des médiations nécessaires pour l’esprit ». A première vue, ce titre serait un encouragement pour unir les sciences et les religions… L’Homme est de la matière qui produit de l’esprit ; vaste programme. On sent ici l’influence de la pensée de Teilhard qui fut un visionnaire en matière d’interconnections des consciences. En écrivant « l’Histoire » l’homme devient conscient de sa responsabilité qui grandit avec lui. Au fur et à mesure de l’ascension de l’homme la responsabilité devient écrasante, sauf s’il réussit à élever encore plus haut son point de vue. Dans le même temps que cette ascension, l’homme doit se délester de tout ce qui n’est pas nécessaire et, s’allégeant, il monte encore plus haut.
A ma connaissance, il n’est pas fréquent qu’un Doyen de philosophie aborde cette question. Serait-ce annonciateur de l’entrée de Teilhard dans les programmes de nos universités ? Progressivement, cela devrait être possible, en dosant harmonieusement philosophie, théologie et science.

Huitième intervenant, Philippe d’IRIBARNE, Polytechnicien et Ecole des Mines, Directeur de recherche au CNRS ; Sujet proposé : « Une humanité unifiée ou divisée ? Quelle régulation sociale ? » L’orateur a exposé les principaux problèmes posés par le monde politique. Je déplore qu’il n’ait pas parlé de l’incompétence de nombreux élus, qui convertissent le mandat en « profession » et concentrent tous leurs efforts en vue des élections suivantes… profession ? candidat !. Les ministres seraient plus efficaces s’ils étaient issus du monde de l’entreprise. L’orateur est certainement conscient de cela puisqu’il a eu le courage de dire qu’il n’avait pas de réponse à une question posée par une personne dans l’amphithéâtre.

Neuvième intervenant, Christophe DESHAYES, président d’une entreprise de 20 ans d’âge, TECH-2 INOVATE, sujet de son intervention : décrypter la propagation de la révolution numérique dans les sociétés industrielles. Cette Société agit comme un miroir dans lequel les effets du numérique se réfléchissent brutalement et en progression effrayante. L’œil du miroir n’épargne personne, ni le meilleur, ni le pire. Nos sociétés mondiales changent de peau de plus en plus vite. Où cela nous conduira-t-il ?

Je terminerai mon exposé par une contestation d’une phrase de Bertrand VERGELY, page 7/22 de sa conférence, lignes 13 et 14 que je cite : « La pensée de Tipler a été inspirée par les écrits de Teilhard de Chardin, un paléontologue et théologien jésuite, qui a vu une cause évoluant dans le développement d’une noosphère, une conscience globale. »
Personne ne peut maîtriser les interprétations faites par le lecteur d’un texte écrit par un tiers. Je m’inscrits en faux contre cette assertion de Bertrand VERGELY concernant Teilhard.
La noosphère est une sorte « d’esprit de l’univers » produit par le phénomène humain, une sorte de « distillation » de l’énergie spirituelle consubstantielle à la matière.
Ce que relate Teilhard à propos du cerveau humain c’est l’auto-perfectibilité de l’homme, l’un des principes de l’évolution de la matière.
La seule chose qui puisse prêter à confusion dans l’œuvre de Teilhard est la rare utilisation du mot « eugénisme » (bien engendrer) lequel, avant la deuxième guerre mondiale, ne sentait pas le nazisme. Selon le sens premier du mot, toutes les sociétés font de l’eugénisme sans le savoir ; à commencer par l’interdiction des mariages consanguins. On ne peut pas comparer Teilhard à Alexis Carrel.
L’homme n’a pas besoin d’artifices pour évoluer car le besoin de progresser est contenu dans le phénomène humain, tout comme dans l’ensemble de l’évolution de la matière. La perfectibilité de l’homme est l’un des plus importants principes philosophiques.

CONCLUSIONS :
Le Président, Hilaire GIRON et son équipe ont eu l’idée géniale de faire monter sur le podium deux étudiants présents dans la salle pendant la durée du colloque. ; une fille et un garçon qui sont en première année de philo. Les rôles sont inversés car les conférenciers sont dans la première rangée du public. Ces deux étudiants sont différents : le garçon est silencieux et la fille parle beaucoup d’elle-même, et de la société actuelle. Elle est émouvante de franchise. Elle parle de la fermeture de la société, elle est sans pitié pour les anciens qui s’accrochent à un pouvoir illusoire. Dans quelques années c’est leur génération qui sera au pouvoir tandis que nous, les anciens, nous les observerons de « la haut » . Comme à chaque génération, les jeunes au pouvoir font passer quelques idées, en mettent quelques unes en application ; une petite marche à chaque génération. Puis, quand ils seront au pouvoir, la société en contaminera quelques uns afin de protéger leur dieu-argent au lieu du Dieu-Valeurs. Il en a toujours été ainsi à chaque époque.
Dans quelques mois, nous lirons avec un vif plaisir les actes de ce colloque, gravés dans le marbre. Une question se pose : aura-t-il suffi d’un colloque dans l’Université Catholique de Lyon pour faire entrer Teilhard dans les programmes universitaires ?
Pour le prochain colloque, je suggèrerais que le thème général soit plus pointu, par exemple : Teilhard et le communisme, Teilhard et les religions védantes

Dimanche 15 Décembre 2013 14:19