Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Note : En parcourant les chapitres de ce livre, on a l’impression que Teilhard se répète, c’est faux. A la conclusion de chaque chapitre la réflexion monte d’un cran.

-Je vais traiter ensemble ces deux chapitres dans lesquels on passe du problème de planétisation humaine aux problèmes levés par la maîtrise de l’énergie atomique, les balbutiements de l’utilisation de la génétique, et prospective de toutes ces sciences.

-La rotondité de la terre a des conséquences que nous découvrons progressivement, la biosphère aussi est ronde ainsi que la noosphère, les deux subissent les effets de compression qu’elle génère ; physique pour la biosphère, psychique pour la noosphère. Comme le dit Teilhard « rien ne peut nous faire échapper à la planétisation de l’esprit ».

-A première vue il est difficile d’admettre que la collectivisation de l’humanité devienne facteur d’individuation ; plus il y a DES AUTRES, plus nous devenons NOUS-MEME,aussi paradoxal que cela puisse paraître. Tout comme « ce que tu fais te fait » disait Rabelais, ce que les autres font nous font, dirait Teilhard.

-Considérant cela, une question importante se pose : l’Homme est-il déterminé pour aller dans ce sens de l’évolution, et quelle forme prendra ce déterminisme ? Ressemblera-t-il aux instincts du sens de l’espèce chez les animaux, ou bien sera-t-il le développement d’un nouveau sens, celui de l’intuition et de l’initiative, conduisant vers un état de LIBERTE RESPONSABLE ? Soit notre dégagement de l’égoïsme et l’accession à la sagesse, en quelle que sorte… Dans ce domaine Teilhard va même jusqu’à dire que les récentes guerres mondiales, pour sauvages et stupides qu’elles aient été, restent tout de même et malgré nous un facteur de collectivisation de clan à clan, duquel est sorti une élévation de l’individuation au sens noble du terme ; de ces stupides massacres, la conscience humaine est sortie grandie, les êtres humains ont acquis une mentalité de plus en plus démocratique au sens républicain du terme, les sociétés humaines se sont organisées positivement. L’O.N.U. et la Communauté Européenne sont les fruits des guerres.

Teilhard va jusqu’à dire que les guerres sont les phases incontournables de l’évolution de l’humanité. L’effet de compression qu’elles produisent se résout en sortant par le haut.

-Les conceptions de Teilhard sont peut-être trop optimistes (ne le souhaitons pas) et contre ce risque ne perdons pas de vue combien les progrès acquis sont fragiles, car dans un ensemble le plus parfait soit-il, si un seul de ses composants est contaminé par le mal, la zizanie, peut se répandre dans toute la structure. Le virus du mal progresse plus rapidement que le virus du bien, qu’il s’agisse de notre propre cerveau ou de celui de notre système de société. Pour monter il faut fournir un effort alors que pour descendre il suffit de se laisser aller. Au début le mal s’insinue discrètement dans une structure, on n’en voit pas les effets ; tout comme une minuscule aiguille perçant un gros ballon.
L’ennui et l’endormissement sont les principaux fléaux de notre société, l’optimisme béat est aussi dangereux que le pessimisme généralisé. Pour lutter contre ces tendances je vais m’exprimer en termes au moins aussi cyniques que le fit Teilhard dans ce chapitre.

-Mais on peut penser que Teilhard était conscient de ce genre de risque en reprenant l’une de ses pensées : « Le fractionnement du monde peut faire éclater la noosphère, sauf intervention d’un nouveau type d’Hommes jusqu’alors inconnu, l’Homo Progressus, nouvelle société humaine composée de chercheurs atteints de ce providentiel virus … » On ne peut s’empêcher de penser que la deuxième guerre mondiale a été gagnée par les Alliés grâce à une incroyable chance dans les découvertes d’armes, à chaque fois ils ont devancé les chercheurs du clan adverse d’extrême justesse, de l’épaisseur d’un pneu dirait-on dans une course sycliste. Il s’en est fallu de peu pour que l’issue de la guerre soit inversée.

-Comme trop d’information tue l’information, trop de puissance de destruction tue la guerre. La bombe atomique a tué la guerre (la grande guerre mais pas les petites)et personne ne conteste le pouvoir bénéfique de la force de dissuasion. La guerre a changé de nature : nous passons de la guerre sanglante à la guerre économique (est-ce un progrès ?) et au lieu de mourir brûlés, les hommes vont mourir de faim.
En déformant le mot « liberté » qui devient « libéralisme », avec ce mot placé à côté de l’excitation de l’appât du gain, on a fait prendre au peuple des vessies pour des lanternes, on lui a fait croire qu’il n’y avait pas de moyen-terme entre dirigisme totalitaire et libéralisme sauvage. De qui se moque-t-on ?

-Le terrible virus de la volonté de puissance est toujours très actif au fond de chaque individu. Il y a, d’un côté, quelques meneurs intelligents qui s’enrichissent grâce à la collaboration d’imbéciles avides et jaloux qui leur lèchent les bottes et, de l’autre côté, il y a la foule bêlante et trompée, sans mémoire, qui se fait toujours exploiter de la même manière. Les riches sont peu nombreux, ils s’enrichissent sur les pauvres dont le nombre est illimité. Certes, l’humanité a besoin de leaders, mais de leaders dont la devise serait « Ce n’est pas parce que je peux tout que je peux tout me permettre ». Les leaders vivent dans une bulle de verre et malheureusement l’absence de peur ne les conduira jamais à se mettre à genoux et à prier comme le firent les chercheurs après l’explosion atomique dans le désert de l’Arizona pour se faire pardonner ce péché commis par obligation majeure.

Cette tendance hélas de l’exploitation de l’homme par l’homme ne peut qu’accentuer le décalage, tel est le cœur du problème.
On peut ajouter à cela l’appât du gain et la volonté de puissance.

-Qu’il s’agisse d’énergie nucléaire, de génétique, ou d’autres secteurs cléf de la tehcnologie, l’Homme commence à pénétrer au cœur de la matière, au cœur de la biologie et au cœur de la noosphère. Cela signifie que l’Homme est en train de changer de plan ; de sujet passif il devient acteur-décideur dans la tragédie qui se noue « il devient un être nouveau ». La créature participe à la création de son propre scenario. L’Homme est de moins en moins un animal et de plus en plus autre chose. En tant qu’animal il lui suffisait de se laisser guider par ses instincts et un peu de morale pour suivre une trajectoire presque obligée ; en tant qu’Homme dans la plénitude de ses moyens il doit, maintenant, calculer lui-même sa trajectoire pour atteindre l’objectif défini par hypothèse. Maintenant l’Homme n’a plus le droit à l’erreur car il peut tuer toute vie sur terre et toute vie de l’Esprit dans l’au-delà.

-On ne sait pas combien de personnes sont capables de comprendre cette nouvelle règle du jeu, conséquence du changement d’état de l’Humanité, aussi, faut-il faire passer l’information sur l’accession à une conscience individuelle plus élevée. Il faut jouer sur l’utilisation de tous les canaux de sensibilités personnelles ou générales. Le facteur répétition (tout comme les mantras et les prières respectives) doit être utilisé et les coups de marteau répétés feront enfoncer le clou.
Il faut jouer aussi sur le qualitatif, les messages doivent être basés sur trois points : l’altérité, la lucidité et l’ingéniosité qui constituent les « trois vertus théologales » de la communication, en vue de l’achèvement réussi de l’Humanité.

Pour conclure, n’oublions pas cette phrase de Teilhard : « L’ennemi principal de l’homme est l’ennui. »
On peut aussi ajouter cette formule archi connue mais oubliée : « Le plus grand ennemi de l’Homme c’est lui-même ». C’est pourquoi se regarder devant la glace est important et dangereux, cela joue dans les deux sens.

-Grâce aux progrès de la technique l’Homme est devenu surpuissant. Malheureusement, ses facultés d’adaptation progressent moins vite que les progrès eux-mêmes.

Jeudi 14 Avril 2011 16:39