Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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REFLEXION A PRESENTER LE 27/2/2015


Jean-Pierre Frésafond, Chapitre 2 / COMMUNION AVEC LA TERRE
Dans ce que j’ai compris, je suis d’accord avec ce qu’écrit Teilhard dans ce chapitre dense, complexe et difficile à analyser. La difficulté vient autant du style d’écriture que des astuces de présentation que sont les redites sous des angles de vue différents, ainsi que des contradictions voulues pour mettre en valeur sa thèse préférée comme le panthéisme nuancé à l’infini. Heureusement, dans d’autres livres Teilhard traite plus simplement du panthéisme.

Je pense m’en être sorti en utilisant deux niveaux de contraction de texte : un premier pour présenter le sujet traité et un second pour moi afin de présenter les thèmes qui m’apparaissent les plus importants. Ainsi il y a plus de trente idées fortes dans la première contraction de texte et il n’en reste plus que quatorze dans le travail qui va suivre pour mes propres réflexions. (Peut-être faudrait il relire la contraction de texte publiée fin janvier ).
Au cours du second travail j’ai compris que l’idée de cette note de Teilhard était d’analyser le couple esprit/matière. Pour arriver à cette conclusion il m’a fallu une dizaine de lectures du texte original et arriver au cœur du problème. Le magnifique texte de Teilhard est protégé par une brume poétique.
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Dans l’exposé ci-après, les idées de Teilhard sont en caractères gras et mes commentaires sont en caractères fins

1ère idée forte : Faible est le panthéisme de dispersion par rapport au panthéisme de convergence.
Teilhard traite clairement de ce sujet dans plusieurs de ses livres. Selon lui il y a le panthéisme de dispersion et le panthéisme de convergence et il est le seul, à ma connaissance, à faire cette nuance
.

-Le panthéisme de dispersion est inspiré de l’hindouisme et du bouddhisme : après la mort physique les âmes se dissolvent dans « le Grand Esprit de l’univers » sauf celles qui ont le plus de mérite et qui se réincarnent en un être humain ou un animal, soit une rotation infinie de la phase atome à la phase organisme vivant de la matière.
-Le panthéisme de convergence est quant à lui typiquement teilhardien. Nos âmes après la mort physique peuvent conserver leur individualité. Dans la mesure où elles le méritent elles aussi, elles tendent à converger vers le Centre Suprême des énergies, nommé Point Omega ; sorte de Milieu Divin où les énergies s’organisent et se hiérarchisent. On pourrait même dire que l’évolution ne s’arrête pas à la matière. Mais qu’est ce que le panthéisme ? C’est l’idée que Dieu est dans la matière ; ni à côté ni au dessus d’elle, Il lui est consubstantiel. Cette idée passe mal dans les religions du Livre, elle est même classée dans les hérésies ; et pourtant le christianisme s’appuie sur elle : qu’est-ce que l’Eucharistie si non une forme de panthéisme ? Le Pain et le Vin sont le Corps et le Sang du Christ.

2ème idée forte : Importance de l’altérité.

Définition : elle est la puissance mesurée d’un groupe humain, supérieure à la somme de ses éléments. L’altérité est la reconnaissance de notre prochain comme étant un autre nous même. Elle est aussi cette énergie des rapprochements affinitaires de la matière, chez l’homme elle est nommée « loi d’amour universel ».

3ème idée forte : la science doit rester modeste, il est dangereux de la provoquer. Soutenu dans l’espoir de se béatifier lui-même en découvrant la matière, l’homme se voue ainsi à découvrir le « grand secret ». Il s’enveloppe de reflets mystiques, le savant risque de s’approprier un pouvoir divin.

L’homme moderne est conscient de ce danger puisqu’il a inventé l’éthique. Ce garde-fou est reconnu par tous les milieux sociaux, ce qui n’empêche nullement les tricheurs et les orgueilleux de le transgresser L’éthique est un art et un principe d’intelligence à utiliser au cas par cas.

4ème idée forte : La loi essentielle du développement des êtres vivants n’est pas la fusion égalitaire de tous les êtres vivants, mais la ségrégation par laquelle une élite peut éclore, murit et s’isole.

En ce qui concerne l’espèce humaine, cette loi est contraire à un principe républicain. A mon avis, elle ne pourrait exercer son influence que si elle était assortie d’une élévation du niveau de conscience de la part de ceux qui l’utilisent, si non elle est dangereuse ; ce qui nous amène à l’idée forte suivante .

5ème idée forte : L’important est que l’homme puisse découvrir par lui-même son destin privilégié.

Plus l’homme augmente son niveau de conscience, plus il est reconnu par son entourage. L’isolement n’est pas dû à un quelconque effet pervers mais à une promotion sur l’échelle de la notoriété par laquelle l’homme devient habilité à utiliser les règles de l’éthique, voire même à les inventer.

6ème idée forte : Les liaisons humaines représentent un travail essentiel dans la série des perfectionnements de l’univers. Concourir à leur développement représente plus qu’une opération de surface, c’est une participation fondamentale dans la logique de la cosmogénèse. Longtemps absorbée par le travail de construction des organismes, la vie ne commence que maintenant à s’aménager intérieurement. L’évolution se continue par des perfectionnements d’ordre psychologique.

Je relie les deux pensées précédentes à cette autre remarque faite par Teilhard dans son tome-1 : « actuellement le squelette de l’homme n’évoluera pratiquement plus sur le plan physique, notamment sa boîte crânienne ; c’est psychiquement que l’homme évoluera, grâce à l’augmentation du nombre de ses liaisons neuronales. »
Résultat, le « fort à bras » est devenu plus faible que l’intello qui arrive à prévoir plusieurs coups d’avance sur l’échiquier de la vie. C’est le plus malin et le plus rapide qui gagne.

7ème idée forte : Accepter que l’humanité dérive, avouer qu’aucune promesse ne vit en elle, ne serait-ce pas reconnaitre que le cosmos est un leurre ? Non, une telle tricherie est inconciliable avec les plus profondes assurances de l’Etre.
On peut dire que les forces du mal sont encore très répandues sur terre, mais dire que les forces du bien ne se développent pas serait de la mauvaise foi
.

La vie sur terre a une probabilité de durée d’environ un à deux milliards d’années. Comparée à l’âge de l’humanité qui est d’environ dix millions d’années, la durée restante pour l’homme est plusieurs milliers de fois le temps qu’il a déjà vécu. Compte tenu de cette approximation, on ne peut pas imaginer ce que sera l’humanité quand elle aura vécu ce temps plausible : on peut tout aussi bien imaginer le pire ou le meilleur.
Si l’expérience divine réussit sur terre, tant mieux, mais si elle échoue ce sera un drame relatif étant donné les milliards de « planètes terre » dans l’univers. Même si seulement la moitié des « phénomènes christiques » réussit, on pourra dire que Dieu a fait une bonne opération en créant le phénomène humain !

8ème idée forte : La libération de l’esprit. L’intérêt du travail du monde consiste peut-être bien à spiritualiser la matière, ou si non à l’éliminer. A l’appel de cette probabilité, certaines considérations permettent de croire que la reddition de l’esprit à la matière n’est pas impossible, elle serait même continue.

Une création qui se continue est une idée qui revient souvent chez Teilhard ; elle se développe différemment suivant les niveaux considérés, par exemple : dans la vie animale on observe une sorte « d’hérédité additive », en contradiction avec la loi génétique des caractères acquis qui ne peuvent être héréditaires . A un niveau supérieur à l’homme, dans la noosphère, Teilhard suggère l’existence d’une hiérarchie des forces de l’esprit, symétrique à ce que disent les Ecritures (anges, archanges, démons, etc…)

9ème idée forte qui prolonge la précédente : La clef de voûte de l’univers, à défaut de laquelle tout s’effondrerait, c’est la monade intellectuelle. Tout ce qui existe est à base de pensée philosophique . Nous entrevoyons comme possible la spiritualisation de l’univers, telle est la mission cosmique ! A la fin des temps l’esprit aura absorbé la matière

… j’ajouterai : ou l’inverse …
Si le rendement de cette consommation n’est pas de 100% y aura-t-il des « imbrûlés » contrairement au « consummatum est » des Ecritures ?
Quant à l’origine de l’univers , cessons de nous perdre dans des configurations mathématiques sur le binaire, le ternaire et le « un ». Voyons plutôt du côté du zéro et de l’infini car, dans cet aspect des mathématiques, on n’aura pas de réponse définitive, mais on ne perdra pas le moral pour autant.

10ème idée forte : Parvenu à ce point de l’élaboration de ses vues, l’homme se retourne sur lui-même pour aller à la recherche de l’élément absolu de l’univers. Il ne se croit plus seul car une légion d’autres hommes lutte à ses côtés et discerne enfin l’élaboration d’un « Grand Œuvre » dont l’homme fait partie. Sa seule ambition est de travailler aux progrès de l’univers.

Toutes les religions devraient suivre le même chemin, elles devraient s’adapter aux cadres nouveaux dans lesquels se déroule une telle montée en puissance. L’élite de l’humanité résultant de la « ségrégation » suggérée par Teilhard doit se dégager de la « distillation » de l’esprit caché dans la matière. Réussir ce « grand œuvre » impose non seulement la gestion intelligente des contextes géopolitiques de la planète, mais impose aussi de ne plus perdre de temps dans les conflits armés qui ne mènent à rien et où se fourvoie l’humanité.

11ème idée forte : La difficulté excite l’homme, elle est le sang de l’évolution.

La situation de notre planète est très éloignée de l’Eden des Ecritures et je crains qu’il soit impossible à réaliser : comment gèrerions-nous une humanité immortelle ? Seul le combat entre Dieu et les anges déchus est plausible dans le contexte édénique.

12ème idée forte : Du moment même où je croyais avoir atteint une paix méritée, j’entendais les cris de mon âme sacrifiée. Dans la religion de l’évolution divine, la personne ne compte pas. L’amour que l’homme dérobe pour son bonheur personnel est une dissipation d’énergie.

Est-ce Dieu ou Teilhard qui parle ainsi ? Il devait être déprime, notre jésuite préféré. Dans une autre oeuvre écrite par lui, je l’entends encore proclamer l’inutilité et la stupidité de certains sacrifices. Par ailleurs, l’Evangile de l’ouvrier de la « onzième heure » (Matthieu, chapitre 20/11 à 16) ne suggère pas que la récompense soit un péché, elle est même gérée très curieusement !

13ème idée forte : Or c’est elle, cette monade que je vois condamnée à perdre son individualité, à disparaitre sans résidus, annihilée par une hypothétique divinité.

Les crises de déprime sont assez fréquentes chez Teilhard. Il faut reconnaître aussi que, dans les tranchées de la grande guerre, l’ambiance n’était pas à la joie. La bêtise et la cruauté des chefs d’Etats étaient complètement débridées. Même en temps de paix il en était ainsi pour Teilhard : le bonheur de son âme passait d’une extrémité à l’autre et pouvait-il en être autrement avec le déchirement mystique qui était le sien ?

14ème idée forte : Des prophètes du panthéisme se sont élevés pour me promettre, au nom d’une extraordinaire métaphysique, la persistance de mon âme à travers les combinaisons de l’univers. Qu’elle descende donc du ciel si elle ne s’entend pas sur terre la Parole qui, synthétisant les ardeurs de l’âme et les exigences du cosmos, nous révèlera par quelle mystérieuse organisation des extrêmes les aspirations individuelles peuvent se consommer dans la réalisation du TOUT.

Le voilà donc, ce retour de balancier dans une ambiance de rêve édénique ! Ni très catholique ni très scientifique, ce rêve… mais il est dans la nature-même des rêves d’être ainsi ; à moins qu’il ne s’agisse pas d’un rêve mais d’une révélation. Si tel était le cas, la psychologie n’est pas adaptée pour répondre à la question. Seule la théologie pourra résoudre le problème… dans un milliard d’années !
 

Lundi 23 Février 2015 14:43