Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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LES ECRITS DU TEMPS DE LA GUERRE (pages 77 à 84, Les Cahiers Rouges / GRASSET) / Travail à présenter le 26 juin 2015


Jean-Pierre Frésafond / Chapitre 2  seconde partie : « La Maîtrise du monde et le règne de Dieu »
I) LE HEURT

Historiquement, deux courants de pensée s’affrontent
a) Celui de la nature et de la terre qui est en nous
b) Et celui qui descend du Ciel, la religion, qui prétend monopoliser la pensée, la science et les arts au nom de la Révélation.
Une dysharmonie interne entre ces deux mouvements devint manifeste. Ce fut la brisure.

-L’heure est venue cependant où la poussée autonome des aspirations naturelles s’est faite sentir de manière à faire craquer le cadre d’un équilibre instable, les deux mouvements ne pouvant jusqu’alors coïncider :
- Les religions de la Terre prétendent ne plus avoir besoin du Ciel au nom de la laïcité et du naturalisme.
- Une certaine Eglise diabolise les religions de la nature.

-Les religions de la Terre estiment pouvoir nier et oublier le besoin d’infini-absolu dans leur recherche de vérité. Mais hélas elles découvrent un vide béant plus sombre que jamais qu’elles tentent de combler en se forgeant des divinités nouvelles … mais qui oserait vouer un culte sincère à l’une de ces idoles ?
-Sur le terrain des religions de la Terre c’est le désarroi car on n’arrive pas à choisir entre la doctrine de la Charité et la rude école de la Force qui sélectionne les vainqueurs ; incapables qu’elles sont de trouver un fondement naturel à la Morale. Les libertés sont en révolte contre un devoir qui ne peut se rendre raison de lui-même.

- Le religieux s’abandonne à la jouissance et au moindre effort, ou bien à la violence, à l’anarchie, à la corruption. La notion de devoir humain a disparue.
Cependant, la religion du Ciel, elle aussi, se sent amèrement impuissante et désarmée car depuis qu’elle a répudié la nature elle se sent étrangère parmi les hommes dont elle ne comprend plus le langage. Les religions révélées voudraient supplanter les religions de la Terre, mais le sens de la vie terrestre ne leur a pas été donné car jugé inutile. En contrepartie elles tout voulu monopoliser… Que de voies interdites se sont révélées être fécondes ! Que de vains subterfuges pour faire croire que l’on maîtrisait le mouvement sur lequel on était emmené de force ! A cette vue un étonnement malheureux s’empare du disciple passionné du Christ, son âme est atténuée par une séquestration trop consciencieuse, son cœur souffre d’être indignement compris par sa Mère l’Eglise.

II) L’HARMONIE

-Entre les différents courants chrétiens, il est temps de réunir les fragments et les qualités complémentaires, du sommet à la base de la pyramide. . Religion et évolution ne doivent être ni confondues ni séparées. Elles sont destinées à fournir un même vécu organique, continu, au bout duquel elles s’achèvent réciproquement, sans s’’identifier, sans se détruire : l’une présente un idéal infini, l’autre fournit un foyer d’activités et une étoffe nécessaire au changement des Etres en croissance. Puisqu’à notre âge la dualité s’est montrée manifeste, c’est à nous de la synthétiser.

Non, le progrès humain ne saurait être suspecté d’être une force dangereuse… mais toute force n’est-elle pas dangereuse ? Il ne saurait donc être suffisant pour l’Eglise de tolérer le progrès et de le considérer comme une contrainte inévitable, il faut qu’Elle se positionne officiellement sur ce point. Aussi longtemps que l’Eglise n’annoncera pas le devoir sacré de la recherche parmi les obligations essentielles du chrétien, demeurera le déséquilibre.

-Quel sera donc le Christ idéal ?
A la foi nouvelle n’existe aucune formule toute faite car pour l’homme il lui faudra résoudre en son âme et conscience le problème de l’équilibre vital en faisant passer dans son effort vers la Divine Trinité toute la sève du monde.
Pour les autres chrétiens, le plus grand nombre, ne pas chercher et ne pas sonder jusqu’au bout le domaine des énergies de la pensées, à épurer le réel, serait une lourde faute à l’égard du Maître qui a placé l’Homme au sein des choses, au cœur de l’évolution ; faute de présomption d’abord, puis faute de loyauté intellectuelle ensuite.
L’ouvrier croyant au progrès travaille s’oublie et se détache. Il aime la cause davantage que lui-même. La souffrance est la rançon du progrès et le succès de ses efforts ne le préoccupent pas au point de lui enlever la joie et, ce faisant, il ne ressent aucune aigreur vis-à-vis de l’Eglise. Il ne s’agit pas pour le magister de s’engager inconsidérément dans le détail de chaque mode de vie particulier, mais il faut qu’enfin l’Eglise bénisse et encourage les travaux des chercheurs, fussent-ils turbulents dans leurs travaux de Citoyens du Monde.

-Autre problème : il ne faut pas que l’on puisse dire que l’influence de la religion rend les hommes paresseux et moins humains. Que plus jamais l’on puisse dire de Rome qu’Elle a peur de ce qui bouge et de ce qui pense. Il faut que Rome dise que la foi religieuse n’est pas ennemie du progrès de l’évolution.
L’harmonie, sans doute, ne sera pas complète entre les enfants du Ciel et les fils de la Terre, certains se tournant vers l’évolution pour adorer le Veau d’Or, ils cherchent peut-être une Etoile pour remplacer le Christ. La parousie n’est-elle pas annoncée comme une aurore qui se lèvera sur une ruée suprême de l’erreur ?
(20 septembre 1916)

Mercredi 20 Mai 2015 15:26