Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Jean-Pierre Frésafond /  DE GIORDANO BRUNO A TEILHARD DE CHARDIN
Après l’excellent texte de Jean-Louis Réquin intitulé « De Thalès à Teilhard de Chardin », que nous avons publié en avril 2013, qui relie la pensée de notre Jésuite à celle des philosophes de la Grèce antique, nous constatons que cinq siècle avant J.C. ces penseurs avaient déjà eu l’intuition d’un « dieu naturel » (panthéisme avant la lettre). Cette idée a été reprise par Teilhard tout à fait ouvertement et, comme le fit le dominicain Giordano Bruno quatre siècle plus tôt mais pas avec les mêmes conséquences puisqu’il fut brûlé sur un bûcher de l’inquisition ; Teilhard, lui, fut seulement entouré par un mur de silence. La pensée de Spinoza, contemporaine de G. Bruno, était elle aussi similaire à celle de nos deux héros, sauf qu’il était juif et fut seulement banni par ses coreligionnaires.

Mais qu’est-ce qu’il y avait de sulfureux dans la pensée de la Grèce antique ? Il y a qu’elle s’inspirait d’une pensée beaucoup plus ancienne, celle de l’Egypte qui est à l’origine des religions judéo chrétiennes, elle-même inspirées aussi des religions persanes d’où était issu Abraham, leur fondateur, et d’autres courants extrême orientaux. La pensée égyptienne était, quant à elle, inspirée par des traditions éthiopiennes (voir Verbe Lumière). Rien n’est nouveau sous le soleil !
Giordano Bruno s’inspirait entre autres de textes écrits en grec par le mystérieux Hermès Trismégiste (trois fois maître), grec d’origine qui, après des années d’études dans son pays, continua ses recherches à l’Ecole d’Alexandrie, à une date incertaine (entre 10 et trois siècles avant J.C.). Ces textes furent redécouverts au XVème siècle de notre ère par Marsile Ficin qui les traduisit en latin. Ces textes sont à l’origine de ce que l’on dénommait « courants hérétiques » à l’époque de la Renaissance italienne. Notre dominicain, G. Bruno, ne fut pas le seul à s’y intéresser en Europe, on peut citer : l’italien Pic de la Mirandole, le hollandais Erasme, le suisse Paracelse, l’italien Galilée, mais aussi des artiste comme Botticelli, Michel Ange, Léonard de Vinci entre autres. Tous avaient la conscience tranquille puisque plusieurs siècles auparavant St. Augustin faisait les louanges de ce courant de pensée contenu dans les textes écrits par Hermès Trismégiste dont le principal est intitulé « Corpus Hermeticum »

Dans le même temps, d’autres idées se développèrent en Europe comme l’alchimie qui ne consiste pas vraiment à transformer le plomb en or mais qui, sous couvert de mystérieuses « manipes » chimiques, concernait plutôt un travail sur soi même. Il y avait aussi les « magies » : la blanche qui était bénéfique et la noire qui était maléfique. Ces disciplines s’appuyaient sur ce que l’on pourrait qualifier de « spiritisme ». La Kabbale, voie ésotérique du judaïsme, fut très influente en tant qu’école de méditation (voir « la docte ignorance » dont s’inspiraient maître Eckart et Nicolas de Cues)

Toutes ces disciplines produisirent des synergies et des synthèses utilisant plus ou moins ces idées à des dosages différents. Qu’il s’agisse de commerce ou de philosophie c’est fou ce que l’on voyageait en Europe à cette époque ! D’ailleurs la franc maçonnerie naissante au XVIIe siècle emprunta beaucoup à ces courants de pensées.

Il faut rappeler que depuis la plus haute antiquité, jusqu’à l’ère industrielle, sciences, mathématiques, astronomie, philosophie et spiritualité faisaient partie d’un même groupe de pensée et Giordano Bruno apporta son soutien à l’héliocentrisme copernicien ; il fut l’un des précurseurs de Galilée, il fut aussi l’un des premiers à défendre l’idée d’un univers infini et la pluralité des mondes habités. . Il avait même pressenti les lois de la gravitation universelle.

Giordano Bruno « communiquait » beaucoup, il était gênant pour le Vatican qui le chassa d’Italie. Il se déplaça beaucoup en Europe pour diffuser ses idées. En France, il fut bien accueilli par le roi Henri-III, mais l’opposition de la ligue, conduite par le duc de Guises, l’obligea à se séparer de G. Bruno, il l’envoya en Angleterre chez son Ambassadeur à Londres, pays déchiré lui aussi par les guerres de religions, mais cela ne continua pas et Giordano Bruno dut poursuivre sa vie nomade. L’attirance de notre roi très catholique Henri-III est surprenante, était-ce une opération diplomatique ? Toujours est-il qu’il fut assassiné par un moine catholique.
Finalement, Giordano Bruno fut arrêté par la police vaticane, jugé et condamné au bûcher. Cela servit de leçon à Galilée qui échappa à la peine de mort en abjurant et détruisant son œuvre. Bien sur, les savants du Vatican savaient que Galilée avait raison, mais ses idées étaient trop en avance pour être comprises par le peuple catholique.

Pour en connaître davantage sur l’hermétisme, je propose à ceux qui seraient intéressés de lire l’œuvre d’une spécialiste de la Renaissance, Madame Frances A. Yates (1899/1981), professeur d’Histoire à l’université de Londres, qui a écrit plusieurs livres sur cette époque dont « Giordano Bruno et la Tradition Hermétique » publié en 1977 et 1996 chez Dervy.

Voici donc un résumé très succinct des sujets traités dans ce livre.
Le dieu égyptien Thoth, scribe des dieux et lui-même divinité de la sagesse, fut identifié par les grecs au mystérieux Hermès ; il existe des légendes qui l’identifieraient à Moïse.
Naturellement, tout cela est faux puisque la datation de ses œuvres, dont la principale »Corpus Hermeticum » écrit en grec et traduit en latin par Ficin au XVe siècle a été situé au début de l’ère chrétienne. La cause de cette confusion avec Moïse provient sans doute du fait que ce texte relate la création du monde dans un style similaire à celui de la Genèse (cf le livre de Fabre d’Olivet dont le titre est « La Langue Hébraïque Restituée », chapitre premier « la cosmogonie de Moïse » pages 309 à 316. On peut constater que ce texte est similaire .à celui de la Genève. L’œuvre est disponible chez son éditeur, l’Age d’Homme, -Dephica à Genève.
Cette œuvre traite aussi de l’ascension des âmes, d’astronomie, de « structure » de la matière. Ce livre traite aussi du contexte païen au début du christianisme, proche de l’animisme, soit aussi d’une religion cosmique invoquant l’Etre Suprême, le Fils de Dieu et le Verbe Créateur. Le thème récurrent du Verbe-Lumière assimile Dieu à Force et Information de toutes choses. On y distingue l’influence de plusieurs gnoses : celle qui est pessimiste se rapportant à la magie noire, et celle qui est optimiste pour laquelle le « Milieu Divin » imprègne la matière. Le monde serait ainsi animé par la vie divine.

-L’hermétisme représente Dieu par le Feu, la Lumière et le Souffle : « l’homme est à l’image de Dieu, il est mortel par son corps et immortel par son esprit »
- ou encore : « la matière est l’énergie de Dieu, Dieu est le Tout, et dans le Tout il n’y a rien que Dieu ne soit pas » (on dirait le Prologue de Jean).
-ou encore : « l’homme est un microcosme qui reflète le divin » (là on dirait du Teilhard).
-Puisque St. Augustin était un sympathisant de l’hermétisme, je rappelle une de ses déclarations : « La chose même que l’on appelle aujourd’hui « religion chrétienne » existait chez les anciens et n’a jamais cessé d’exister depuis l’origine du genre humain, jusqu’à ce que le Christ Lui-même étant venu, on a commencé à appeler « chrétienne » la vraie religion qui existait auparavant ».
-Enfin, je dirai à titre personnel car cette idée n’est pas dans le livre en question : pour des raisons de similitude avec l’hermétisme, il faudrait peut-être regarder du côté des esséniens , ordre qui aurait été fondé ( ?) par Samuel afin de conserver, quoi qu’il arrive, la tradition des prophètes.
Certains se posent la question de savoir si Jésus était essénien. Que fit Jésus entre quinze et trente ans ? Il disparait des récits évangéliques, à part ses mystérieuses « randonnées » dans les déserts de la région ?
En lisant sa « prière Sacerdotale » dite juste avant son arrestation, je suis troublé par le style hermétique que l’apôtre Jean est le seul à nous transmettre, comme s’il était le seul à pouvoir parler de ces choses là !
Et la Mère de Jésus, Marie, était-elle essenienne ? Que signifie le testament que fit Jésus du haut de sa croix avant de mourir en s’adressant à sa Mère et à l’apôtre Jean : « Mère, voici ton Fils / Jean, voici ta Mère ».

Dimanche 12 Mai 2013 19:58