Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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réflexion sur LE MILIEU DIVIN, Tome-4, 1ère PARTIE/Editions du Seuil
Sujet de travail à présenter le 25 avril 2014


Jean-Pierre Frésafond / DIVINISATION DES ACTIVITES (pages  31 à 67)
Sur la trentaine de points forts qui ressort de ma contraction de texte, j’en ai retenu onze car certains se recoupent ou sont indiscutables. Les citations sont entre guillemets.

1) Page 31 « Quand nous agissons spontanément, nous sommes menés par des choses que nous croyons dominer, en réalité, l’expression de notre énergie n’est que l’obéissance à une force supérieure inconnue et inattingible. »

Voici donc ce qu’a écrit Teilhard dans son introduction, cela constitue le fond du problème et le pilier de toute théorie sur la spiritualité ; je dis bien «spiritualité » et non pas « religion car nous entrons dans une ère de synthèse laïque et malheur aux scientifiques qui feraient allusion à quelque dogme religieux, en langage « correcte » il faut dire la même chose mais en changeant les mots, par exemple : il ne faut pas parler de « spiritualité laïque » mais de « morale laïque ».
Teilhard va parler de cette énigmatique force qui est en nous et nous fait agir parfois comme si nous étions téléguidés. Je pense que nos idées intuitives proviennent de cette origine mystérieuse, qu’il s’agisse des domaines artistiques, scientifiques ou philosophiques. Au passage, je signale que dans les paroles de certains philosophes, ce n’est pas l’intuition qui en est à l’origine, mais le pillage anonyme de la pensée des autres. Par exemple : actuellement, Teilhard est une source très utilisée et ce qu’il nommait « dedans des choses » est maintenant nommé « intelligent designe ou « holomatière (matière totale) pour expliquer qu’il existe une information initiale cachée dans la matière ; cette notion a un certain succès et c’est ce qui est important. Certains prêtres scientifiques, au contraire, n’osent pas exprimer cette idée car elle sent l’hérésie panthéiste...

2) Page 32 Comment le divin fait-il pression sur nous sans démystifier pour autant les mythes fondateurs des révélations sur lesquels sont construits les religions ?
On peut citer Bouddha, Abraham, Moïse et Jésus comme des héros ayant réellement vécu et à qui Dieu a directement communiqué certains secrets. Ce phénomène est d’ailleurs la définition même du mot « Messie », Celui qui a le secret.
On peut expliquer cela de plusieurs manières et en voici une qui est plausible et à notre portée. Nos yeux ne voient rien, c’est notre cerveau qui voit quelque chose en décryptant une sorte de code barre, le seul message que lui envoient nos yeux. Nous-mêmes, en fermant les yeux ou en dormant, ne voyons-nous pas des images suggérées par nos rêves ? Partant de là, on peut imaginer que Dieu intervient directement sur un cerveau humain pour lui faire voir des images ou entendre des paroles et, ainsi, révéler certaines choses. Je considère qu’un rêve a autant de réalité qu’un objet physique, il n’a pas la même nature, c’est une onde.
Relisons la Bible et les Evangiles où les révélations divines se déroulent de manière similaire : l’intéressé est seul à voir ou à entendre le phénomène. Abraham entend une voix lui imposant une épreuve ; Moïse entend une voix lui dictant des ordres avec ou sans un phénomène de feu ; après sa résurrection, Jésus apparait à des personnes qui ne le reconnaissent qu’après un décalage de temps. Souvent Jésus apparait dans un espace clos et il disparait ensuite comme il est venu. Dans l’Evangiles de Jean on apprend que Jésus refuse qu’on le touche, argant que sa « nature » nous est inconnue. Avec Saül, Jésus apparait dans le tonnerre et l’éclair , les soldats qui l’entourent ne s’aperçoivent de rien ; etc …
En conclusion, Dieu a le pouvoir d’intervenir directement sur un cerveau humain pour lui communiquer un message et dans tous les cas les apparitions n’ont pas de réalité matérielle, ce sont des ondes sonores et lumineuses.
Ont peut rétorquer qu’il s’agit là d’hallucinations, des scenarii de notre cerveau qui n’arrête pas d’en produire mais, dans le cas du rêve ils sont le plus souvent absurdes. Dans le cas d’une révélation ou d’une transmission de pensée, le message n’est pas absurde et il correspond à une certaine actualité d’ordre personnel ou général.

3) Page 33 Comment les perspectives du règne de Dieu ne bouleversent-elles pas l’économie et l’équilibre de nos activités ?
Avec cette question on n’est plus dans la métaphysique mais dans les sciences humaines. Une conférence sur le règne de Dieu serait rejetée dans un amphithéâtre universitaire car les jeunes se préoccupent davantage de leur ego et de leur avenir que du monde divin jusqu’à l’approche de la quarantaine , l’homme se croit immortel ; c’est à partir de l’âge mûr qu’il commence à compter le temps à l’envers lorsqu’il arrive à la fin de la bobine, à ce moment là ils commencent à « paniquer » et à souscrire des « assurances vie céleste ».

4) Page 37 “L’action humaine vaut et ne vaut que par l’intention avec laquelle elle a été faite. »

Citation très lucide de Teilhard. Les mauvaises intentions sont comme la poussière, on ne peut les balayer et les pousser sous le tapis des bonnes intentions, dire « je suis désolé ». D’ailleurs, dans notre fort intérieur, sommes-nous capables de les définir, nos intentions ?

5) P. 38,39 "Ce qui plait à Dieu, c’est l’usage que l’homme fait de sa liberté. »
La liberté est la conséquence du « pas de la réflexion », lequel est la définition du mot conscience ; alors le mot liberté ne devrait jamais être utilisé sans être accompagné du mot responsabilité. Seul, le mot liberté n’a aucune signification..
Il en est de même des mots égalité et fraternité.
-Pour le premier il faut préciser « égal en quoi » ? (par exemple, nous sommes égaux devant la loi)
-Pour le second il convient d’ajouter « frères en Dieu » Ce jumelage a un sens qui conduit à ce que Teilhard nomme « divinisation de nos actes ».


6) P. 40, 41 « Plus je m’analyse, plus je suis convaincu qu’aucune action ne serait entreprise si elle n’était mue par une conviction de pérennisation.

Ici, Teilhard aborde le drame humain. Depuis qu’il a atteint le palier de la conscience, l’Homme sait qu’il est mortel et pour se protéger il a inventé les dieux, puis les religions. Par la même occasion il a découvert que les religions étaient un instrument de pouvoir. De là l’Homme a pensé : « rien n’est éternel, tout est relatif », et c’est avec cette conviction qu’il a pensé qu’en utilisant le jeu des interactions une entreprise donnée peut générer une suite, représentant une structure de pérennité. Je ne dis pas éternité car c’est un autre concept. Rien n’est éternel, tout est fini mais indéfiniment fini, on peut toujours ajouter « un ».

7) P. 42,43 « En vertu de l’Incarnation du Verbe, notre âme est vouée au Christ (…) et maintenant dans un univers où tout esprit va à Dieu par le Christ, tout le sensible à son tour est voué à l’Esprit ».

Par cette déclaration, Teilhard plonge dans le Prologue de Jean, le seul disciple intellectuel de Jésus. Jean s’inspirait de l’hermétisme de Moïse. La pensée de cet apôtre définissait déjà une sorte d’équation Esprit/matière, précédant en cela celle d’Einstein, son équation énergie/matière.
De son côté, et en son temps, Teilhard fusionne ces deux équations en écrivant (tome-7) qu’il n’existe qu’une seule énergie dans l’univers, elle est initiale, puis se manifeste différemment au fur et à mesure que sont franchis des paliers de complexité. Le phénomène humain, puis le phénomène christique sont les conséquences de cette croissance de complexité qui se dirige vers l’infini.

8) P. 49,50 « Aussi, l’Incarnation du Christ ne sera achevée que lorsque la part de « substance élue » que renferme tout objet aura rejoint le Centre définitif de sa complétion. »

Ah ! Que voici une bonne définition du phénomène christique, objet et commencement de l’évolution de la matière dont le rôle est de distiller l’Esprit, composante de la matière.
Certains scientifiques actuels déclarent avec audace que l’évolution est un process conçu pour fabriquer de l’information… cela cadre avec ce qu’a écrit Teilhard « rejoindre le Centre de complétion ». Dans les deux cas il y a compatibilité avec la Parousie.

9) Page 51 "Chacune de nos œuvres, par la répercussion qu’elle a sur le monde spirituel, concourt à parfaire le Christ. »

Si nos actes concourent à parfaire le Christ, cela signifie qu’Il est notre Frère en Dieu. Chaque être humain reçoit une sorte de « gelée royale » qui fait de lui un être différent des animaux. Le Christ a dû en recevoir beaucoup plus que nous, de cette « gelée royale » puisque son ascension vers sa complétion fut telle que, lorsqu’Il sortit de l’espace-temps, Il atteignit la perfection de l’état divin. Mais il fallut qu’il meurt pour en arriver là.

10) P. 63,64 « Détachement par l’action »: « Toute pratique religieuse implique un renoncement et les chrétiens ont au fond d’eux-mêmes un certain détachement. »

Il est peut-être plus facile d’être pieux quand on n’est pas une personne riche, mais l’aisance matérielle n’est pas incompatible avec une vie consacrée à Dieu et au prochain. Riche ou pauvre, c’est une question de conscience et de détermination que je nommerai : détachement et sagesse.
Le culte de la souffrance est une dérive masochiste qui devient rapidement perverse ; les exemples du passé sont multiples, la sainte inquisition à son époque voit maintenant son équivalent avec l’intégrisme musulman.

11) Page 65
Je reviens sur ce que j’ai écrit plus haut : les religions sont aussi un instrument de pouvoir, dans la mesure où elles outrepassent leurs devoirs qui sont avant tout d’initier à la vie spirituelle, et non pas de dire quoi et comment penser. A ce propos, Teilhard a mentionné le moine Pélage , condamné par le concile de Nicée en 325, au motif que sa communication incitait les croyants à penser par eux-mêmes. Cinq siècles plus tard, Voltaire défendait la même autonomie de la pensée. Il ne fut pas condamné, comme quoi l’humanité progresse par petites touches.
Je vais conclure ma réflexion par une dernière citation de Teilhard : « En vertu du « dedans des choses » qui définit ce qu’est la matière, toute action d’arrangement, radiale ou tangentielle, conduit au gravissement d’un nouveau palier dans l’échelle de la complexité, et le christianisme a été conçu dans cette perspective. »

Mercredi 23 Avril 2014 17:46