Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






I) A PROPOS DES ECRITURES SAINTES

-Les religions chrétiennes ne devraient pas être nommées « judeo-chrétiennes » mais « summero-egypto-judeo-chrétiennes » car leurs traditions forment un pont qui s’appuie sur trois piles : Abraham qui donna un Dieu à un peuple, Moïse qui donna un peuple à un Dieu, et Jésus qui donna un sens à la religion de Moïse.
-Abraham quitta son pays et ses dieux (qui exigeaient des sacrifices humains) afin de s’établir dans le désert, « lieu où l’on regarde en haut » et de dialoguer avec ce Dieu unique qu’il entendait dans le fond de sa conscience. Comme le lui avait dit le Très-Haut, sa descendance serait aussi nombreuse que les grains de sable. Quelques siècles plus tard, son peuple fut réduit à l’esclavage en Egypte.
-Moïse, qui était membre du clergé par sa filiation royale dans l’empire égyptien, tomba amoureux de ce peuple hébreu qui l’étonnait par sa force de caractère et sa ferveur mystique, influence caractéristique des peuples du désert, imperméables à la religion sophistiquée des pharaons.
Moïse entraina ce peuple dans un exode qui dura quarante ans, errance dans le désert et le Sinaï afin de le donner, ce peuple au Dieu unique qui l’avait saisi, dont le noms était multiple et pourtant le même (plusieurs noms dans le même nom). Ce peuple, épris de croyances multiples mais dont la ferveur était naturelle, Moïse le donna à son Dieu unique, ce peuple, représentant la diversité du monde.
A travers Moïse, le Dieu unique annonça plus de mille ans à l’avance qu’Il enverrait un Dieu fait Homme pour confirmer le message de l’Esprit ; Il annonçait le Messie.
-Jésus, Lui, quand Il arriva, rétablit la loi de Moïse laquelle n’était pas respectée, celle des Dix Commandements. Il donna un sens à cette religion en la résumant en un seul mot : c’était la loi d’amour.

Ces trois personnages, Abraham, Moïse et Jésus avaient en commun l’inspiration divine qui était en eux. Moïse, avant de partir avec son peuple vers la Terre Promise construisit l’Arche d’Alliance , meuble aux dimensions sacrées, temple portatif qui les accompagnait pendant leur périple. L’Arche contenait un livre écrit par Moïse, inspiré par Dieu, où était décrite l’origine du monde, selon la doctrine du Verbe-Lumière qu’il avait, lui Moïse empruntée aux égyptiens. Plus tard, elle fut reprise par Jean l’Evangéliste dans son Prologue.
Moïse, haut dignitaire de la religion des pharaons dont le polythéisme n’était qu’apparent , cachait un monothéisme central se référant au dieu soleil, Amon-Raa. Ce polythéisme apparent était dû à un principe des plus politique visant à maintenir la paix et l’unité d’un empire constitué par les conquêtes des pharaons depuis plusieurs millénaires. Un incident s’était produit avant Ramses-II, lui-même contemporain de Moïse, avec Akhenaton qui « réinventa » le monothéisme en créant une religion nouvelle vouée au dieu Aton. En fait, ce ne fut qu’une tentative d’émancipation par rapport au clergé qui détenait les richesses et le pouvoir réel. Cette expérience dura une dizaine d’années avant de disparaitre et que ses temples fussent enterrés sous les sables mouvants. Le dieu Amon-Raa régna encore pendant plus d’un millénaire. En réalité, il n’y avait pas de différence de fond entre les deux cultes ennemis, tous deux se référant à la doctrine du Verbe-Lumière. Mais qu’est-ce donc cette doctrine du Verbe-Lumière sur laquelle s’appuyaient les religions égyptiennes ?

On n’en connait pas exactement les origines car elles ne sont pas égyptiennes et les avis sont partagés à ce sujet. Elles se situent cinq à six millénaires avant notre ère, l’Ethiopie est évoquée ainsi que le Caucase, la Mésopotamie, l’Indus, et même la légendaire Atlantide.
En Egypte, cette doctrine s’exprime par un hiéroglyphe, un cercle dans une ellipse, représentant un soleil dans une bouche (la lumière et le verbe). Dans le même contexte, il existe un autre hiéroglyphe qui ressemble au précédant : un œil, souriant ou larmoyant selon les cas. Il représente celui qui a vu la lumière. Ces deux hiéroglyphes sont courants sur les murs des temples et autres lieux pharaoniques.

-Pour avoir plus de détails sur les hiéroglyphes on peut consulter :
- le livre d’Enel publié en 1985 par les éditions Maisonneuve et Larose, « Les Origines de la Genèse et l’Enseignement des Temples de l’Ancienne Egypte » (page 24 et la suite notamment dans le chapitre intitulé « Le Verbe »).
-En ce qui concerne Moïse et l’Exode, on peut se référer au livre de Christiane Desroche-Noblecourt publié en 1996 chez Pygmalion : « Ramses-II, la Véritable Histoire » . Pages 248 à 256 il est question de Moïse et de la méthode de Ramses-II consistant en l’envoi d’aventuriers plus ou moins gênants pour conquérir des territoires dont on leur promettait la propriété en cas de succès. L’empereur des Hittites faisait la même chose de son côté, lui et Ramses-II étaient rivaux pour dominer cette région.

-Il est intéressant de lire les premières pages de la Bible et d’en faire le rapprochement avec le Prologue de Jean. Dans ces deux textes le même message ressort : Dans le Prologue le Créateur est Force et Information de toutes choses (Lumière puis Verbe) ; dans la Bible, le Créateur sépare la lumière des ténèbres et met en action la dualité créatrice, invente l’espace-temps. En 7 jours le monde est achevé. J’ai remarqué que Teilhard s’appuie beaucoup sur la notion d’espace-temps sans laquelle, dit-il, les théologiens rencontrent plus de difficultés.

II) A PROPOS DE LA MEDITATION.

-Les religions juives et musulmanes traitent abondamment les thèmes se rapportant à la méditation. Elles en font un moyen d’établir un « dialogue » entre le Créateur et sa créature, soit un
« reflet » de la manifestation, tel est le but de la cabale juive et du soufisme.
Quant à lui,Teilhard écrit que la méditation est un moyen d’augmenter la quantité d’énergie spirituelle générée par la complexification de la matière.
-L’ésotérisme chrétien, connu sous les vocables hermétisme dans le meilleur des cas ou hérésie avec une connotation péjorative est d’origine orientale ; les croisades ont accéléré le phénomène. Plusieurs théologiens chrétiens s’en sont inspirés : Maître Eckart, Nicolas de Cues entre autres, ainsi que le juif Spinoza. Pour ces maîtres de la pensée occidentale, il s’agit bien d’un outil qui permet d’entrer dans un état de méditation.

-Les ésotérismes liés à la méditation de nos trois religions du Livre sont plus ou moins bien tolérés par les appareils religieux car ils ouvrent la voie à la liberté absolue de conscience ; ce qui crée des schismes partant dans tous les sens. Cette situation est incompatible avec la gestion des milliards de fidèles avec lesquels le « maintien de l’ordre » voulu par les religions est de première nécessité. Les religions préfèrent un rituel bien construit et des prières répétitives qui sont la meilleure protection contre ces risques.
Et pourtant ! Il faudra bien, un jour, ouvrir la soupape pour libérer la pression de spiritualité sous jacente dans l’humanité. La présence de cette énergie est normale puisque Dieu nous a créés à son image.

-L’entrée en méditation nécessite des méthodes, lesquelles ont un point commun dans toutes les traditions : faire le vide en soi afin que les ondes spirituelles de l’au-delà puissent envahir ce lieu.
Dans les traditions occidentales cette méthode est, entre autres, la pratique de la docte ignorance et ce dans les milieux ésotériques. Dans les milieux exotériques et religieux, elle est déviée de son sens initial. Il en est de même pour la méthode utilisant les prières répétitives (mantras) dont le rôle est aussi de faire le vide en soi. Elles sont déviées de leur rôle initial par les religions et, comme je le disais précédemment, ces déviations sont bien compréhensibles. Avant d’obtenir les résultats de la méditation, de longues années de travail sont nécessaires pour séparer ce qui est psychologique de ce qui est spirituel.

-La docte ignorance n’est pas ce que l’on pense à première vue, une méthode d’abrutissement, mais bien au contraire : son but est de faire taire en soi les brouhahas de l’environnement, des cultures scientifiques et philosophiques et de tous les présupposés accumulés tout au long de la vie quotidienne. Cela atteint, les conditions pour entrer en contact avec le silence du Créateur sont possibles, la conscience peut être pénétrée, l’âme « activée », nous quittons le biologique pour que le spirituel nous envahisse ; mais encore faut-il différencier les deux états… Teilhard évoque souvent cette nuance
-Enfin, pour vaincre les archaïsmes religieux, je me réfèrerai à deux citations incontestables en faveur de la méditation :
La première est une pensée attribuée à Socrate ( ?), gravée sur le fronton du temple de Delphes : « Connais toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux ».
La seconde, qui est incontestablement dans la continuité de la première, les Evangiles faisant dire à Jésus, Galiléen et de culture helléniste : " Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice; et toutes choses vous seront données en plus". (Mt 6:19-34)

III) APROPOS DE LA NATURE DU CHRIST

-Jésus : vrai Dieu ? Vrai Homme ? Ou les deux à la fois ?
Ce questionnement a généré bien des schismes dans les religions chrétiennes ; autant de combats sanglants dont la motivation n’était pas mystique, en réalité : il s’agissait de volonté de puissance, le plus sauvage des instincts.

Pour intégrer le symbolisme de la tri-unité , mieux vaut sortir des sentiers battus pour s’engager dans la voie étroite, celle de la voie mystique. C’est en partie ce qu’a fait Thierry Magnin dans son dernier livre où il traite de la coïncidence des opposés, de la complémentarité et propose l’expérience de l’incomplétude qui est le moteur de recherche du fond des choses.
-Pour comprendre la nature du Christ je proposerai ci-dessous une comparaison, discutable certes, mais qui peut être une piste de réflexion :
.Personne maintenant n’oserait douter que la matière, même la roche la plus solide, se résout dans l’énergie.
.Peu de personnes maîtrisent la physique quantique et pourtant, la théorie (admise par toute personne qui réfléchit un peu) selon laquelle l’énergie en question peut se présenter tour à tour ou simultanément sous forme corpusculaire ou sous forme ondulatoire n'est pas remise en question.
.Alors, l’information selon laquelle Jésus est à la fois « vrai Dieu et vrai Homme » est un peu de même nature que la théorie scientifique donnée en exemple.
.Dès lors, pourquoi ne pas admettre le postulat selon lequel Jésus aurait cette double nature en même temps ? Autre manière de présenter le mystère de la tri-unité.

IV) CONCLUSION

Selon la doctrine du Verbe-Lumière de la Genèse dans la Bible au Prologue de Jean dans les Evangiles, si l’on admet que le Créateur est Volonté, Energie et Information de toutes choses, pourquoi ne pas admettre la consubstantialité de l’Esprit et de la matière ? La Sainte Matière comme l’a décrite Teilhard page 90, Tome 13 de l’œuvre « LE CŒUR DE LA MATIERE ».
Corrélativement à ce qui précède, pour les personnes qui ont la croyance difficile ? Pourquoi ne pas admettre l'existence de Dieu en utilisant en utilisant le raisonnement laplacien « Il n’y a pas d’effet sans cause » ? Cette hypothèse de travail est difficilement attaquable.

Messieurs les théologiens, Messieurs les scientifiques, contrairement à vos usages, ne vous défaussez plus , placez vous au centre de l’idée, en condition d’expérience d’incomplétude.

Vendredi 27 Juillet 2012 18:10