Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Ce texte a été écrit par Jean-Pierre Frésafond en 2007 pour son manuel d’étude tome-2
sur le livre « L’ACTIVATION DE L’ENERGIE » de Teilhard (tome-7, Editions du Seuil)


Jean-Pierre Frésafond / INTRODUCTION A LA PENSEE DE TEILHARD
Dans le précédent livre que j’ai écrit sur la pensée de Teilhard de Chardin, lequel est une contraction de texte et une analyse de son PHENOMENE HUMAIN, j’ai souligné que Teilhard qualifie son ouvrage d’exclusivement scientifique et il y explique comment la matière, grâce au dedans des choses s’auto-organise, se complexifie, jusqu’à franchir le pas de la vie et, continuant son évolution, franchir le pas de la réflexion.

La montée du dedans des choses en direction du Point Omega a été esquissée par Teilhard dans son livre LE PHENOMENE HUMAIN ; son autre livre, L’ACTIVATION DE L’ENERGIE, prend le relais afin de développer l’idée qu’un univers qui a si bien commencé ne peut que réussir, à condition de l’espèce humaine y croie un peu. Le rôle joué par le moral est un facteur accélérateur de tendance indispensable. Après l’élan vital, le degré suivant est le goût de vivre.

Pour commencer, voici une réflexion : les humains sont intéressés par les deux interrogations concernant le début et la fin de l’univers, mais la seconde interrogation les angoisse alors que pour la première ils pensent que tout va bien puisqu’ils sont là pour y réfléchir, d’où leur désintéressement pour la recherche des origines.
Selon Teilhard, le commencement et la fin sont les deux phases extrêmes du même processus. Les religions enseignent la fin, Teilhard enseigne le commencement.

Reprenons dans l’ordre chronologique. Teilhard, tout comme les physiciens modernes, en revient logiquement à trois phases : avant, au début et après le big bang. C’est le professeur Georges Lemaître qui le premier, a proposé la théorie de l’univers en expansion à partir de ce qu’il nommait « un atome primitif » en 1927.
-1- Avant le big bang, il n’existait rien d’imaginable au sens concret du terme. Il y avait une cause inconnue et inconnaissable. irréfragable.

-2-Pendant le big bang (le début du concret devrait-on dire) l’idée la plus vulgarisée est celle d’une boule contenant toute la matière de l’univers dont les dimensions auraient été extrêmement réduites ; les mathématiciens et les physiciens en ont calculé la densité et la taille, mais le résultat des calculs est obligatoirement faux, sauf à connaître les dimensions et la masse d’un univers. Quant à la nature de cette boule, on peut supposer qu’il s’agissait des particules élémentaires sous la forme énergie . Mais ces particules de pré-matière contenaient certainement autre chose, à savoir l’information qui leur permit d’évoluer.

-3-Après le big bang, les premiers moments du déploiement évolutif sont inconnaissables car la température ambiante était telle que la matière (sous forme énergie) ne pouvait ni s’organiser ni se stabiliser ; rien n’était mesurable et observable. Cette phase est limitée par « mur de Planck » contre lequel bute toute la recherche. La physique a passé le relais aux mathématiques lesquelles, à l’aide de la topologie, sont parties explorer le temps de Planck qui, entre autres caractéristiques, correspondait à l’étude des déformations géométriques continues (définition-même de la topologie).
Combien de temps a duré le moment de Planck ? Les mathématiciens ont avancé des chiffres, des milliardièmes de secondes, ce qui ne signifient rien par rapport à nos secondes actuelles, pour la bonne raison que le temps de cette époque était différent.

Le temps de Planck était différent, tout comme celui de la mi-temps qui nous en sépare, par le fait que le temps, associé à l’espace, ne peut de ce fait exister que s’il existe quelque chose de concret et que ce quelque chose évolue et se déplace. Or, à la mi-temps, l’univers était dimensionnellement moins développé que de nos jours ; argument plaidant en faveur d’un temps différent. Les dimensions de l’univers lors du moment de Planck nous sont inconnues et le seront probablement toujours, mais ce n’est pas pour cela que le temps n’existait pas. C’est pourquoi à ce propos les scientifiques s’expriment en espace-temps imaginaire. Nous allons revenir sur cette notion.

L’hypothèse du commencement pourrait s’envisager de deux manières :

- soit l’explosion de la boule lourde extrêmement dense et petite contenant toute la matière de l’univers actuel, ou l’expression de plusieurs boules « multivers », ou encore l’hypothèse d’un univers en pulsation.

-soit une expansion permanente entretenue par un Créateur qui l’alimenterait en créant de la nouvelle matière en permanence.
Nous verrons plus loin que cette dernière hypothèse n’est pas plus farfelue que les autres qui sont, d’ailleurs, remise en question. Elle correspondrait plutôt à un univers qui n’a pas eu de commencement.

De toute façon cela ne change rien au problème : les extrémités nous sont à jamais inaccessibles, alors que l’entre deux est du domaine de l’observable et mesurable.
Mais l’Homme est curieux par nature, il aime la recherche et les défis et sans de telles qualités il ne serait pas un homme. Il a franchi le pas de la réflexion, il sait qu’il sait. Quand il ne comprend pas le sens de l’univers il angoisse et s’entête à poser scientifiquement le problème avec la géniale invention mathématique du « zéro » ; les mathématiques sont la seule approche du mystère du commencement :
a) Il y a le moment 1 suivi des moments 2,3,4, etc … jusqu’à nos jours.
b) Il y a le moment précédant le moment 1, c’est le moment zéro et, dans le moment zéro il n’y a plus rien d’autre que de l’information et de l’énergie à l’état potentiel. On peut aussi assimiler l’état information-énergie au concept divin.

Dans ce domaine, quant aux différentes interprétations règne la liberté absolue de conscience, l’important pour l’Homme étant d’admettre un Principe Initial qui crée et donne sens à l’univers.
Ce moment zéro (espace-temps imaginaire) contient tout le programme-univers, y-compris le programme-Homme ; autrement dit tout est contenu dans le rien. On peut dire aussi que l’infini est contenu dans le zéro, se rapprochant ainsi du langage mathématique. L’espace-temps euclidien peut évoluer à l’intérieur du zéro, soit la théorie suivante :
Prenons le symbole le plus pur de zéro qui, dans la théorie des ensembles, n’est pas le zéro lui-même mais ce qui est nommé un « ensemble vide ». Cet ensemble vide est égal à zéro et en termes mathématiques on dira que le « cardinal » (le total) de cet ensemble est nul.
Avec cet élément mathématique qu’est l’ensemble vide, le zéro va générer tous les nombres. Ainsi, si nous plaçons le zéro à l’intérieur de l’ensemble vide, tout change, car cet ensemble n’est plus vide, il contient le zéro, c'est-à-dire un élément qui va créer tous les nombres ; le cardinal de l’ensemble considéré n’est plus zéro mais 1.
Si nous plaçons ce chiffre créé qu’est le 1 à côté de zéro, le cardinal est 2 et ainsi de suite jusqu’à l’infini. Nous voyons que zéro a généré tous les nombres.
C’est le mathématicien John Von Neumann qui a reformulé la théorie de Cantor, le plus grand savant de l’infini au XIXe siècle, en la dénommant théorie de l’être algébrique ; ce qui lui fit dire « Dieu a fait les nombres, le reste des mathématiques a été fait par l’Homme. »

A l’échelle zéro avant le big bang, l’univers n’a plus aucun contenu physique mais un contenu purement mathématique. L’univers serait-il codé en nombres transcendants (cf le livre « Avant le big bang » des frères Bogdanov / éditions Livre de Poche chez Grasset, préfacé par Luc Ferry) ?
Amusant, non ? Hérétique, certainement.

On peut appréhender cette énigme avec des exemples plus compréhensibles :

-celui d’un film enregistré dans un DVD par exemple :
a) Plaçons ce DVD dans un lecteur ; toutes les informations du scénario se succèdent en temps réel et logique devant les spectateurs.
b) A la fin du film, on enlève le DVD du lecteur et on le range dans un étui. On ne voit plus rien sur l’écran mais il n’en est pas moins vrai que toutes les informations numériques du DVD sont bien existantes à l’intérieur du DVD. Ainsi, on peut dire que ce film est dans le « temps imaginaire ».
Même démonstration avec l’exemple d’un sablier : quand il est placé verticalement, le sable s’écoule du haut vers le bas. Plaçons-le horizontalement et le sable ne s’écoule plus, mais il est néanmoins présent dans les bulles de verre.

-Enfin, dernier exemple utilisé par Teilhard et les scientifiques modernes pour faire comprendre la notion abstraite évoquée ci-dessus : le cône.
Sur cette figure géométrique tous les points de la surface sont identiques et correspondent à du concret mais, sous le sommet du cône, si l’on monte d’un cran de plus, on arrive à un point qui n’a plus ni surface ni existence réelle ; pourtant mathématiquement il existe et il est nommé « point de singularité ». L’intérêt du cône est de concevoir le début de l’univers, le passage de l’information à la matière ou encore, si on le tourne dans l’autre sens, le passage de la matière à l’information (le dedans des choses selon Teilhard).
Les mystiques de la cabale juive utilisent le symbole nommé tsim-tsoum qui peut être représenté par deux cônes opposés par leurs sommets : d’un côté l’esprit et de l’autre côté la matière. En faisant le vide dans son esprit le mystique (qui est constitué de matière, lui aussi) laisse passer le souffle de l’esprit qui est dans l’autre cône et envahir son propre esprit (l’autre cône). Faire le vide en soi est la pratique de base de tous les mystiques mais, pour parvenir à cet état second, il existe de nombreuses techniques qui, toutes, consistent à faire le vide en soi et descendre en soi.

Mais revenons à un mode de communication plus humain en citant Einstein : « La nature nous montre seulement la queue du lion mais je suis certain qu’il y a un lion au bout ;, même si on ne peut pas l’apercevoir en raison de sa taille énorme ». Voici une autre citation d’Albert Einstein qui écrivit le 21 janvier 1936 à un enfant qui lui avait demandé sir les scientifiques priaient Dieu : « Tous ceux qui sont sérieusement impliqués dans la science finiront par être convaincus qu’un esprit se manifeste dans les lois de l’univers, un esprit infiniment supérieur à celui de l’homme. » Voilà qui nous ramène à Teilhard et donne un sens à l’univers et à l’homme, s’il le veut bien.

Un certain nombre de scientifiques se disent athées et appuient cette déclaration sur des données biologiques incontestables. En effet, il est établi qu’après la mort, les fonctions électrochimiques étant stoppées, le cerveau cesse son activité ; aucune émission ou réception ne pouvant se manifester dans le système neuronal, c’est le néant, l’électro encéphalogramme est plat. Cela est incontestable. Mais ils ajoutent qu’aucune manifestation spirituelle du défunt ne peut se produire, que la vie de l’esprit est une affabulation, une superstition religieuse. Là, peut-être ont-ils tort : ce n’est pas parce qu’un poste émetteur-récepteur a disparu que les ondes qu’il a émises sa vie durant n’existent plus, surtout s’il ne s’agit pas d’ondes connues, mesurables comme les ondes radio, mais des ondes comme celles de la transmission de pensée que l’on ressent presque tous dans certaines circonstances et dont les scientifiques nient l’existence parce qu’ils n’arrivent pas à les mesurer avec les moyens scientifiques dont ils disposent.
Peut-être que les ondes de la transmission de pensée sont approchables aux forces énergie-information du Principe créateur de l’univers. Je sais qu’il n’est pas scientifiquement correct de rêver à des hypothèses de travail de ce genre, mais s’il n’y avait pas eu de savants-rêveurs, peut-être que la science n’aurait pas découvert les énergies contenues dans les particules. D’ailleurs ces particules contiennent des énergies encore inconnues qui seront découvertes dans l’exploration de l’encore plus petit.

Ce qui est surprenant c’est que dans le milieu scientifique, justement, en des termes divers et variés, on n’a plus honte d’admettre que, pour qu’une si belle horloge existe, il a bien fallu un grand horloger afin de la concevoir. Même si cet horloger est introuvable son existence est admise. Bien entendu le monde scientifique en général se garde bien de le nommer « Dieu ». Ce Dieu énergie-information était, avant qu’apparaisse l’univers spatio-temporel. L’énergie-pensée qui pourrait subsister après la mort de l’homme pourrait être issue de l’énergie déployée par le grand horloger.

Teilhard, prêtre scientifique, disait et des scientifiques agnostiques actuels le répètent : « L’univers est un système destiné à transformer de l’énergie en information ». Alors, soyons cohérents : construisons une espérance basée sur une direction, un accomplissement de l’univers. Donner un sens à la vie. C’est ce qu’a fait Teilhard.

Mercredi 16 Octobre 2013 19:11