Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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chapitre 11 Tome 10 « Comment je Crois » écrit par Teilhard à Pekin en 1944
Editions du Seuil


SOMMAIRE DU CHAPITRE 11


-Paragraphe 1 L’essence du christianisme

b[-Paragraphe 2
Crédibilité du christianisme, Christianisme et évolution

-Paragraphe 3 Points forts et point apparemment faibles du christianisme, un tour d’horizon. Subdivisions de ce paragraphe :

1- Trinité

2- Divinité du Christ historique

3- Révélation

4-Miracles

5-Péché originel et Rédemption


6-Enfer

7-Eucharistie

8-Catholicisme et christianisme

9-La sainteté chrétienne

-Paragraphe 4 Christianisme et panthéisme
-5 Conclusion


1- Introduction
Dans le travail de réflexion sur le chapitre 11, je laisse courir mon imagination en utilisant uniquement la grille du sommaire, sans avoir analysé en profondeur le texte de Teilhard (ce que je ferai après) ; pseudo liberté, car mon imagination est imprégnée de sa pensée. Ma pensée n’est pas entièrement la mienne, sauf quand je suis en désaccord avec lui. Ces divergences sont dues au siècle qui nous sépare : évolution du sens des mots et des sensibilités générationnelles.

2- Paragraphes 1 et 2
Ces deux paragraphes n’en font qu’un, ils présentent le christianisme dans ses trois phases de développement : son essence, sa crédibilité, et ses rapports avec l’évolution. Nous avons là un travail logique pour expliquer un phénomène religieux issu de traditions qui se perdent dans la nuit des temps, il faut les considérer comme la genèse de l’humanité, qui est un processus à transformer de l’énergie physique en énergie spirituelle.
Toutes les religions ont les mêmes origines depuis que le monde est monde, comme en témoigne la pensée de St Augustin, évêque d’Hippone au IVe siècle (Afrique du Nord) ; il était grand connaisseur en religions païennes et disait : « La chose même que l’on dénomme religions chrétiennes existait chez les Anciens et n’a jamais cessé d’exister depuis l’origine du genre humain, jusqu’à ce que le Christ Lui-même étant venu, on a commencé à appeler chrétienne la vraie religion qui existait auparavant. » Autrement dit, aucun phénomène, qu’il s’agisse de biologie ou de religions ne peut sortir de rien (voir « principe d’émergence » de Teilhard : rien ne saurait apparaître qui ne soit discrètement présent depuis longtemps … Selon le principe augustinien, voici comment se présente la généalogie du christianisme :

(a) 8 à 10 000 ans avant JC : on trouve des traces de religions en tous lieux du globe où émerge l’humanité. C’est d’ailleurs ces mêmes traces de rituels qui permettent de différencier les humains des préhominiens.

(b) 6 millénaires avant JC : surgissent des traces religieuses certaines en Mésopotamie, en Afrique; ce qui fait dire à Teilhard que “Les occidentaux marchaient encore à quatre pattes dans leurs grottes qu’en Orient existaient déjà des cultures philosophiques ». En Afrique apparaissait un embryon de « doctrine du Verbe Lumière » qui se manifesta clairement dans les premières religions égyptiennes.

(c) 2000 ans avant JC : Abraham fuit les religions chaldéennes qui pratiquent des sacrifices humains. Il s’installe en Palestine pour dialoguer avec « son Dieu » qui lui dit : « Ta descendance sera aussi nombreuse que les grains de sable du désert ». C’est ainsi que fut constitué le peuple hébreu avec sa religion des Patriarches et des Prophètes.

(d) Environ 1 100 ans avant JC : Moïse quitte l’Egypte avec les Hébreux pour « donner un peuple » à son Dieu. C’est ainsi que la tradition hébraïque fut imprégnée de la doctrine du Verbe Lumière, reprise plus tard par St Jean.

(e) An-1 : Naissance de Jésus devenant en grandissant, un homme de religion juive qui, sur les traces de Moïse, fustigeait le peuple juif pour leurs attitudes religieuses relâchées ; ce qui détermina sa condamnation à mort par le sanhedrin(les romains exécutèrent la sentence).

(f) Après la mort de Jésus
: après un siècle de péripéties, ses disciples créèrent des religions dites chrétiennes, plus ou moins concurrentes, qui se développèrent sur les bords de la Méditerranée (Egypte, Grèce, Rome, la Gaulle, etc) jusqu’à ce que l’empereur Constantin, pour des raisons politiques de sauvegarde de l’empire, déclara l’une des religions chrétiennes « religion d’état ».

(g) Vingt siècles plus tard : le christianisme catholique recense un milliard et trois cents millions d’adeptes à travers le monde, auxquels il faut ajouter les adeptes des autres religions chrétiennes qui se sont développées à travers le monde, s’imprégnant plus ou moins des religions qui les ont précédées. Actuellement le christianisme se partage le monde à parts plus ou moins égales avec les religions vedantes (hindouisme, bouddhisme), ainsi qu’avec l’islam, sans oublier et les religions animistes qui s’inspirent du panthéisme.
Curieusement, le judaïsme, qui est à l’origine du christianisme et la plus ancienne des « religions du Livre » s’est peu développé ; peut-être à cause de son attachement au mythe de la « Terre Promise ». Curieusement aussi, Teilhard n’en parle pratiquement pas et c’est dommage car, justement, le judaïsme est à l’origine de l’ésotérisme chrétien.

Enfin, très surprenant, Teilhard conclut ce chapitre 11 en disant que la seule voie possible pour que les religions chrétiennes soient dominantes (j’ai horreur de ce mot !) est la mystique panthéiste ! Après cette déclaration, qui osera dire que Teilhard n’avait rien à voir avec cette voie spirituelle ? Bien au contraire, une telle déclaration de foi correspond tout à fait à mes conceptions de la spiritualité. Par contre, je ne suis pas du même avis lorsque Teilhard écrit que la religion catholique est la seule voie possible pour que l’humanité soit sauvée. Pour moi, il suffit que l’Homme admette la puissance d’un Principe Créateur, ainsi que la perfectibilité de l’Homme pour que son âme vive éternellement.

Pour leur survie les religions ont peut-être intérêt d’entretenir un état de psychose dans les sociétés afin que leurs messages soient écoutés ; pour le moment il n’y a pas d’autre moyen. Les pôles d’influence que sont les Eglises (toutes religions confondues) changeront, en voici la raison. Considérée à l’échelle du temps cosmique l’humanité est très jeune, adolescente tout au plus. Les astrophysiciens ont calculé que notre système solaire, âgé de cinq milliards d’années, avait une espérance d’existence à peu près équivalente. On peut donc donner à notre planète une durée de vie inférieure de quelques milliards d’années et son habitabilité peut être estimée à un milliard d’années. Que seront devenus les êtres humains et les religions d’ici là ?
Dans mille ans, à la vitesse accélérée des progrès technologiques, on ne peut pas imaginer ce que sera la société humaine qui n’évolue qu’à la suite d’évènements brutaux comme les révolutions et les guerres, de crises économiques en crises économiques, d’épidémies en épidémies, etc … Quelle influence auront les religions dans de telles conditions ? L’humanité en nombre excessif d’individus va-t-elle être décimée et réduite à une élite confinée en milieu artificiel se référant à des concepts correspondant à un nouveau style de vie ? Mais on peut aussi imaginer une humanité devenue sage, intelligente, entièrement mure et prête à affronter la Parousie pour rejoindre un Christ universel Glorieux.

Pour le moment le christianisme est crédible (Teilhard pose la question) mais Teilhard lui-même est inquiet, une grande proportion de croyants chrétiens, dans leurs élans de spiritualité, raisonnent en terme de cosmos, non pas en terme de cosmogénèse, ils sont fixistes. L’évolution des mentalités s’évalue en termes générationnels, alors patientons. Mais plus technique et plus inquiétant donc, comment échapper à l’angoisse existentielle due principalement aux effrayants infinis : l’immense et l’infime, sans admettre le troisième, celui dont nous faisons partie, l’infiniment complexe ? Il n’est pas situé à des milliards d’années, mais ici, en ce moment, en nous qui en sommes la plus merveilleuse expression.

3-Paragraphe n° 3

Teilhard énumère 9 points forts du christianisme (forts ou faibles selon lui). Nous allons les parcourir ensemble ; sont-ils des problèmes ou de faux problèmes ?

(a)La Trinité
Dans les trios religions du Livre, seules les religions chrétiennes se réfèrent à la Trinité ; ce qui explique que ni le judaïsme, ni l’islam reconnaissent le Christ. Les juifs attendent encore le Messie et, pour les musulmans, Jésus qu’ils vénèrent ainsi que sa Mère, est un des plus grands prophètes, Il n’est pas Dieu. Juifs et musulmans n’adorent que Dieu, ils ne parlent pas du Saint Esprit. Dieu ne peut ni être nommé ni figuré dans ces deux religions ; on ne peut que désigner ses qualités supposées : l’Eternel, le Tout Puissant, Celui qui est a été et sera (Yahvé), etc …une centaine de « surnoms »chez les musulmans et un peu moins chez les juifs.
Selon les religions chrétiennes réformées, la Trinité est un symbole (3 facettes) dont l’utilité est de rendre Dieu plus compréhensible. Teilhard avait une très bonne approche de ce problème de communication avec Dieu en parlant à son sujet de Milieu Divin.
L’Eglise catholique a une autre approche de ce problème de communication, elle évoque le mystère de la Sainte Trinité. Si c’est un mystère, pourquoi en parlons-nous ? Est-ce nécessaire ?

(b)La divinité du Christ historique
Je ne l’admets qu’à une seule condition : le Christ ne devient Dieu qu’après son passage dans le monde de l’esprit, le Point Omega. De son vivant Jésus a seulement atteint (si l’on peut dire) l’évolution spirituelle maximale possible à un être humain. Dieu est bien plus en Lui, de son vivant, qu’Il ne l’est dans n’importe quel être humain normal. Au Golgotha, l’un des deux larrons crucifiés le met au défi : « si tu es Dieu, délivre toi et nous avec. »Naturellement Jésus ne voulut pas le faire puis, avant son dernier souffle Il dit à son Père : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? », ce qui prouve son état humain. Quelques minutes plus tard, il acquit un état divin.
Lors de ses apparitions à ses disciples, il a recommandé à Marie-Madeleine de ne pas le toucher car elle ne connait pas sa nouvelle nature; idem avec l’apôtre Thomas. L’Evangile confirme sa nouvelle nature, dans chaque récit Il apparait brutalement et étrangement, personne ne le reconnait tout de suite et Il doit leur dire qui Il est. Idem pour ses disparitions mystérieuses. Tout cela confirme sa nature spirituelle et non charnelle, les textes ne disent pas autre chose. D’ailleurs, à mon avis, l’apparition de nature spirituelle est un phénomène beaucoup plus important que ne le serait une apparition de nature charnelle.

(c)Révélation
Dans la mesure où l’esprit de Dieu est en nous , corps et âme, Il peut communiquer à notre âme un message reçu par notre conscience, le tout à des degrés divers en fonction de notre adhésion à ces choses là. C’est ainsi que Dieu communique son message aux prophètes et aux hommes de bonne volonté, ceux qui admettent son existence (sauf dans les cas de conversions foudroyantes comme pour St Paul).

(d)Les miracles
La question qui se pose est : Dieu peut-il transgresser les lois de la nature qu’il a Lui-même définies ? Je pense qu’il ne le peut pas, sauf à utiliser des lois secrètes, inconnues de l’Homme, et à « bousculer » un peu le hasard et le temps qu’Il connait mieux que nous. Un ami médecin me disait un jour : « Notre état d’esprit peut creuser des trous dans notre estomac, mais il peut aussi les reboucher. » Miracle ?

(e)Le péché originel et la rédemption
Les notions d’un péché commis par l’Homme et celle d’un Rédempteur qui donne sa vie pour effacer cette faute sont des mythes destinés à culpabiliser l’Homme et à le soumettre à une obéissance aveugle. Cela ne marche plus et pas davantage le mythe de la création instantannée et achevée du monde. C’est cette interprétation de la Bible que Teilhard conteste.
Si on lit la Genèse, on ne peut pas voir autre chose que la création lente et progressive d’un monde en évolution, inachevée, dans lequel un couple mythique est soumis à la tentation d’acquérir la connaissance, malgré l’interdiction du Créateur. Serait-ce la faute originelle ? Ici Teilhard n’est plus d’accord et considère qu’il n’y a pas de faute originelle commise par l’Homme, d’où la crainte de l’Eglise de voir disparaitre l’utilité d’un Rédempteur alors même qu’il n’y a plus de faute à effacer pour cause d’absence de celle-ci. Voici ce que dit Teilhard à ce sujet : pour créer le monde Dieu s’est investi dans l’espace-temps et dès lors sa perfection est diluée dans la matière de l’univers dont l’évolution tend à transformer de l’énergie en information jusqu’à ce que Omega, Dieu qui est dans la matière, se retrouve à nouveau à l’état pur dans sa perfection. Jusque là il n’y a toujours pas de faute. Alors, que devient le Rédempteur ? Selon Teilhard le Rédempteur a pour fonction de révéler à l’Homme le sens de l’univers et d’en indiquer le but final.
Au niveau de l’Homme, qui est à la fois animal et esprit, deux forces en lui s’affrontent :
-La première, l’élan vital, lui dit qu’il est normal de jouer des coudes pour être le meilleur, c’est la loi de la nature ;
-La seconde, l’élan de la conscience lui dit : l’élan vital a raison dans les limites où sa conscience lui dit que les hommes sont frères en Dieu, tout n’est pas permis car la liberté s’achève où commence celle d’autrui.

La mission du Rédempteur est de nous faire comprendre cela, mission bien plus belle et utile que celle de se sacrifier pour une faute inexistante.
La mission de l’Eglise moderne est de faire la synthèse entre la théorie de l’évolution et la théologie du Christ universel, mission théoriquement facile en s’inspirant des textes de la Genèse et des premiers logions du Prologue de Jean, tous deux incontestés.

(f)L’enfer
Dès qu’il a franchi le pas de la réflexion, l’homme s’est constitué une âme, il doit la développer toute sa vie durant, elle est le reflet de Dieu en lui. Pour survivre après la mort physique de l’Homme, l’âme doit franchir un seuil critique de complexité. Au dessus de ce seuil elle est sauvée et éternelle ; en dessous de ce seuil elle ne peut survivre à la mort physique et disparait, engloutie dans l’énergie de la matière. C’est cela l’enfer.

(g)Eucharistie
Vient des mots grecs eu = bien et karista = grâce doù la traduction française « action de grâce ».
Catholiques et orthodoxes partagent la même doctrine dans le rituel sacrificiel de l’Eucharistie : le corps et le sang du Christ ont une présence réelle dans le pain et le vin. C’est cela la transsubstantiation.
Dans la conception des Eglises réformées la présence du corps et du sang du Christ est symbolique, se référant à une interprétation de la parole de Jésus pendant la Cène : « Faites ceci en mémoire de moi ».
A mon avis, les deux interprétations ne sont pas si contradictoires qu’il y parait : dans un cas comme dans l’autre, si le rituel de l’eucharistie est célébré sans conviction, il n’a aucune valeur, il est réduit à néant en vertu du fait qu’une pensée sincère est aussi concrète que l’acte qui l’accompagne. La pensée est une réalité universelle inconnue.

(h)Catholicisme et christianisme
Teilhard reconnait que les autres religions chrétiennes reprochent au catholicisme de monopoliser le Christ ; non seulement il le reconnait mais il le justifie en écrivant (à plusieurs reprises dans toute son œuvre) que le catholicisme est la seule religion valable pour les siècles à venir. Les raisons qu’il avance sentent la querelle de clochers. Il ne prend pas la peine de signaler les points sur lesquels les autres religions chrétiennes (plusieurs dizaines) seraient inférieures au catholicisme, il ne les nomme même pas. Dommage, c’est une tache dans la pensée d’un homme aussi brillant. On lui pardonne d’être prisonnier d’un système.

(i)La sainteté chrétienne
D’après Teilhard, les religions chrétiennes considèrent différemment la notion de sainteté ; selon lui, dans son ensemble le christianisme respecterait l’intégrité corps/esprit et ce contrairement aux religions orientales pour qui la matière est mauvaise et doit être rejetée. Les chrétiens ne chercheraient pas l’annihilation du corps mais sa sanctification.
Sur ce sujet les arguments de Teilhard pour défendre la cause chrétienne sont ambigus, il défend mal la cause de l’Eglise sur le sujet matière/esprit. Une seule de ses déclarations est bonne dans ce passage : « Le bon chrétien est celui qui est le bon serviteur de l’évolution ». Malheureusement, Teilhard n’a actuellement que peu de succès dans sa défense de l’évolution. Mon vœux est le suivant : quand récitera-t-on son « Hymne à la matière » dans les offices religieux catholiques ? Ce texte a de l’avenir mais il reste inconnu du grand public (Le Cœur de la Matière, tome 13)

4-Paragraphe 4 / conclusion : christianisme et panthéisme
Paragraphe dans lequel Teilhard redevient un peu « hérétique », sa pulsion panthéiste reprend le dessus, ce qui ne plaira pas à tout le monde. Voici quelques citations que j’ai extraites de sa conclusion qui tient en une page.
-« Le christianisme est une foi en l’unification progressive du monde en Dieu ; il est universaliste, organique et moniste. »
-« L’unification des êtres en Dieu ne saurait se concevoir par fusion, mais par synthèse différentiante. »
-« Dans l’univers chrétien totalisé, Dieu n’est pas seul, mais Il est TOUT en TOUS. Seul un tel panthéisme super-centré par union avec le Christ interprète exactement et satisfait pleinement les aspirations religieuses humaines dont le rêve est de se perdre consciemment dans l’unité ; il est conforme à l’expérience qui montre que l’union différencie. Seul, il prolonge la course de l’évolution où, la centration de l’univers sur lui-même, ne progresse qu’à force de complexité organisée. »’


Après de telles déclarations, j’adhère à sa conclusion que j’ai déjà citée au début de ce travail et que je cite à nouveau : « La seule voie possible pour que les religions chrétiennes soient dominantes est la mystique panthéiste ».

Vendredi 12 Avril 2013 20:45