Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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-1ère partie : La Différence entre darwinisme et teilhardisme, comment Teilhard est utilisé par l'Eglise d'une certaine manière
-2ème partie : Qui opposa le Vatican à Teilhard : Monitum ou Index ?
-3ème partie : Suite et fin : communication que nous fait parvenir un prêtre (références à certains passages du livre d'Etienne Fouilloux, "Eugène, Cardinal Tisserant, 1884-1972"


L’AFFAIRE TEILHARD, 1ère partie :
LA DIFFERENCE ENTRE DARWINISME ET TEILHARDISME
COMMENT TEILHARD EST UTILISEE PAR L’EGLISE D’UNE CERTAINE MANIERE

Darwin développa une théorie partielle de l’évolution, celle concernant le monde animal. Elle fut longtemps réprouvée par les Eglises chrétiennes.
Parallèlement à ses recherches paléontologiques, Teilhard développa une théorie générale, celle de l’évolution de la matière, dont la portée universelle inquiète les défenseurs du dogme chrétien concernant la création du monde sous toutes ses formes. Il fut réprouvé par l’Eglise catholique.
Curieusement, Darwin fut réhabilité par les Eglises chrétiennes, sa théorie finalement fut jugée moins dangereuse que celle de Teilhard, étant plus réductionniste, on l’utilisa comme coupe-feu ou encore comme un arbre pour cacher la forêt, espérant ainsi faire oublier Teilhard.

1) DARWIN
A la suite des travaux de Buffon et de Lamarck sur l’évolution des espèces animales, Darwin, après une longue et minutieuse observation sur le terrain, construisit une théorie sur la pression du milieu dans le processus d’évolution et d’adaptation aux conditions de subsistance et de prolifération des espèces animales. A son époque, cela représentait un énorme progrès malgré la superficialité des facteurs évoqués. Darwin n’a pas approfondi le lien entre la matière et le monde vivant, mais sa théorie est intéressante ; elle fut une marche dans l’escalier de la connaissance. Et elle est un chainon sur la courbe ascendante de l’évolution générale de la matière.

Les scientifiques qui ont succédé à Darwin inventèrent le «néo-darwinisme » en ajoutant à sa théorie les lois de la génétique, encore peu connues du temps de Darwin. A son époque, il faut reconnaître que les idées de Darwin étaient révolutionnaires et, à ce titre, il a été chahuté par les milieux scientifiques ; contesté aussi et réprouvé par les Eglises européennes. Curieusement, il fut mieux compris par les Eglises protestantes d’Allemagne. Ces positions des Eglises chrétiennes au XIXe siècle s’expliquent tout à fait, sachant que leur dogmes s’appuyaient (et s’appuient encore) sur le récit de la création du monde dans le Livre de la Genèse de la Bible.

2) QUANT A TEILHARD (presque un siècle plus tard)
Sa théorie de l’évolution concerne, non pas un fragment, mais toute l’évolution de la matière, depuis le big bang jusqu’à l’homme. Sa théorie est universelle, elle est considérée comme panthéiste (avec quelques nuances, Teilhard l’admet lui-même). C’est pour cette raison qu’elle dérange l’Eglise catholique. Teilhard a eu beau se justifier, son étiquette de « spinoziste » lui colle à la peau.
Pourtant, à bien y regarder, Teilhard ne nie pas la création mais il la place seulement bien avant l’apparition de la vie, au commencement de la matière. Pour lui, l’évolution de la matière va au-delà de l’homme puisqu’elle concerne aussi l’esprit, cette énergie consubstantielle à la matière ; l’homme étant en quelque sorte un « alambique » distillant l’énergie esprit, composante de la matière. Teilhard est maintenant rejoint par certains scientifiques actuels qui disent que « la matière est un système destiné à fabriquer de l’information », sous entendu que le processus commence avant le big bang et se poursuit au-delà de la matière spatio-temporelle. Cette énergie esprit se comporte comme la matière, elle s’enroule sur elle-même et converge vers le point suprême de toutes les énergies, que Teilhard désigne par le terme Point Omega.
Voici succinctement comment Teilhard présente l’évolution de la matière en quatre phases :

Une première phase active succède à une phase zéro hypothétique, hors de la portée de la connaissance humaine. Ce moment-1 voit le départ d’une courbe d’évolution par diversification dans les 92 éléments chimiques, comme s’il existait un « dedans des choses ».

Une deuxième phase durant laquelle la matière se complexifie à l’extrême dans des arrangements infiniment complexes et performants dès qu’ils procèdent à un état de centréité. Cette phase, découverte par Teilhard, offre un espoir pour l’homme en plaçant entre les deux angoissants infinis, l’infiniment grand et l’infiniment petit, l’infiniment complexe où l’homme se retrouve, étant lui-même infiniment complexe.

La troisième phase voit la courbe de l’évolution atteindre un seuil critique, celui du pas de la réflexion qui débouche sur la conscience, état qui donne à l’homme le pouvoir d’être responsable de l’usage de sa liberté : décider et choisir des actes déterminants pour l’avenir de l’espèce.

Quatrième phase, celle de la fin hautement probable de la matière dans « x » milliards d’années en ce qui concerne notre planète. Consommatum est fait-on dire au Christ mourant sur la Croix. Tout est consommé, la matière a dégagé toute l’énergie qu’elle était capable de produire en chaleur et en esprit. On suppose, pour respecter les lois de l’entropie, que la chaleur dissipée est récupérable dans un quelconque arrangement. Mais on sait par un acte de foi que l’énergie esprit se comporte, selon Teilhard, comme un atomisme de l’esprit et rejoint par convergence le Point Omega.
Avec une telle intuition Teilhard est véritablement le pionnier de la science de l’évolution.

3) POURQUOI TEILHARD DERANGE ?
On comprend maintenant pourquoi sa théorie dynamique sur l’évolution universelle de la matière, qu’il nomme cosmogénèse modifie le dogme chrétien dans son apparence statique. D’ailleurs Teilhard qualifie de fixistes les défenseurs de l’ancienne théologie. Ces défenseurs sont d’autant plus inquiets que la théorie de Teilhard suggère davantage une montée qu’une chute originelle. Placée devant une telle situation, l’Eglise n’hésite pas à reconnaître la théorie de Darwin pour faire « coupe-feu » contre la théorie de Teilhard ; Darwin qui fut rejeté par l’Eglise est élevé en « Monsieur Evolution » après qu’un Pape eut proclamé que « la théorie de l’évolution n’est plus une hypothèse ». On peut comprendre la crainte de l’Eglise à propos d’une petite modification du dogme, avec un milliard et demi de chrétiens dont une forte proportion n’a suivi aucune scolarité ; l’expliquer relève d’un miracle de communication. Mais "l’histoire de l’évolution » ne serait pas plus difficile à expliquer que l’histoire biblique et ce d’autant plus qu’elle est plus vraisemblable . Peut-être faudra-t-il 500 ans pour y parvenir mais avec l’accélération de l’histoire humaine on peut espérer ce miracle.

4) DIFFUSER PAR TOUS LES MOYENS LA PENSEE DE TEILHARD
Si Teilhard est toujours proscrit par le Saint Office du Vatican, en revanche, il faut que son nom soit inscrit dans les listes scolaires et universitaires des auteurs, philosophes et scientifiques à étudier. La France, dite Fille aînée de l’Eglise est un des rares pays à ne pas l’avoir fait car le black-out est le plus en vigueur ; zéro publication universitaire sur Teilhard et des centaines de milliers ailleurs dans le monde.
Le « Réseau Blaise Pascal», tel est son nom, rassemble des professeurs d’études supérieures
d’Universités Catholiques Françaises. Ayant été invité à l’un de ses colloques annuels, j’ai été témoin d’une entreprise de démolition en règle de la pensée philosophique et scientifique de Teilhard : « C’est un poète … ses conceptions scientifiques sont décalées » etc …
Seule la facette mystique de Teilhard est reprise par quelques théologiens, pour donner un coup de jeunesse à l’Eglise. Peu de théologiens et scientifiques catholiques abordent honnêtement la présentation, l’étude et la réflexion des trois livres « piliers » de la pensée de Teilhard que sont LE PHENOMENE HUMAIN, L’ACTIVATION DE L’ENERGIE et L’AVENIR DE L’HOMME ; On ne reforma jamais plus le Comité Scientifique tel que celui qu’avait réuni Mademoiselle Mortier, la Secrétaire de Teilhard, après sa mort en 1955 afin de faire publier ses œuvres. Les membres de ce comité scientifiques sont morts de vieillesse et ils n’ont pas été remplacés par des personnalités de même niveau scientifique et philosophique et, surtout, aussi intellectuellement libres.
En supposant qu’un jour un directeur de thèse de doctorat choisisse Teilhard pour un jeune doctorant, l’inscription de Teilhard dans le codex se ferait de facto. Mais en conjecturant que cela se fasse, il faudrait que toute l’œuvre de Teilhard soit numérisée et accessible par internet car les étudiants ne travaillent plus à l’ancienne. Or, la Fondation Teilhard de Chardin dont le rôle est celui d’un conservateur n’a pas fait ce travail, mise à part une tentative de numérisation complètement obsolète et par là inaccessible aujourd’hui. Quant à l’Association des amis de Pierre Teilhard de Chardin, créée en même temps que la Fondation en 1955, elle pourrait si elle le voulait faire inscrire Teilhard dans le codex puisqu’elle est composée de quelques universitaires jésuites, si tant est que ces derniers fassent la démarche, mais je n’y crois pas..

5) ET POUR CONCLURE
On parle de Socrate, de Galilée, etc … longtemps après leurs morts, on peut espérer qu’il en sera de même pour Teilhard. On ne compte plus les exemples de ces grands cerveaux, enterrés vivants durant leur activité intellectuelle, et qui ressuscitent quelques siècles plus tard, parce que rien ne peut arrêter une idée, comme l’a dit Teilhard dans ses livres.
Même le Monitum 1962 ne pourra pas tuer la pensée de Teilhard. Croyant le tuer, l’Eglise le fait vivre car la force d’une société est dans ses non-conformistes qui, plus ils sont combattus, plus ils deviennent efficaces pour lutter contre la lobotomie. C’est la lutte contre les marginaux qui suscite par réaction l’axe de progression. La théocratie est vouée à l’échec tandis que l’avenir appartient aux libre penseurs . La vérité est au fond de chaque homme et pas seulement dans les livres autorisés.
On peut tuer un appareil idéologique, on ne peut pas tuer la vérité quand elle est au fond de chaque homme. Un homme fort défendra mieux ses idées qui viennent de lui que celles des autres quand elles lui sont imposées.






« AFFAIRE TEILHARD » (2e partie)
QUI OPPOSA LE VATICAN A TEILHARD : MONITUM OU INDEX ?



Un monitum dans le langage canonique est un avertissement dont on mesure la gravité par le texte qui le compose. Dans l’échelle des gravités, le monitum est placé juste en dessous de l’index lequel est, lui, une interdiction absolue. Les motifs et les commentaires ne sont pas nécessaires.

En 1962 le Vatican prononça un monitum extrêmement sévère contre la pensée de Teilhard de Chardin. Actuellement les ecclésiastiques, quand on les interroge sur le sujet, répondent que Teilhard n’est pas interdit puisque l’index n’existe plus, que le monitum n’était qu’un avertissement, et qu’il n’est plus en vigueur aujourd’hui.
Ce n’est pas mon avis, d’après le texte de ce monitum que nous allons étudier ci-après. Pour que l’effet d’une telle sanction soit éteint il faudrait une autre déclaration officielle du Vatican, prononçant la caducité du texte de 1962. D’ailleurs, si les effets du monitum étaient éteints, la pensée de Teilhard serait inscrite dans les programmes universitaires ; ce qui n’est pas le cas en France, seul pays à l’ignorer. Aux U.S.A. des milliers de thèses sont publiées.

Voici donc le texte du monitum (l’original est écrit en latin comme il se doit pour toutes les déclarations du Vatican). Il est clair et sans appel.

« Avertissement : certaines œuvres, même posthumes du Père Teilhard de Chardin se répandent et connaissent un succès qui n’est pas mince. Sans juger ce qui concerne les sciences positives, il est suffisamment manifeste qu’en matière de philosophie et de théologie, lesdites œuvres fourmillent d’ambiguïtés, ou plutôt d’erreurs graves qui portent atteinte à la doctrine catholique. C’est pourquoi les E.M. et les R.E.V. Pères de la Suprême Sacrée Congrégation du Saint Office invitent les Ordinaires et aussi les Supérieurs d’Instituts Religieux, les Supérieurs des Séminaires et les Recteurs d’Universités à défendre efficacement les esprits, surtout des jeunes, contre les dangers des œuvres du Père Teilhard de Chardin, et de ses acolytes. »
(Rome, Saint Office, 30 juin 1962).


Plusieurs fois dans sa vie, de 1923 jusqu’à sa mort en 1955, Teilhard reçut des injonctions lui demandant de faire uniquement de la science et pas de la philosophie. Il faut préciser que durant toute la période précédant les publications de ses œuvres, ses écrits circulaient « sous le manteau ».
A mon avis, ce monitum n’est pas qu’un simple avertissement, mais une interdiction pure et dure qui n’est toujours pas désactivée. Je suis convaincu de cela car, après quatre années d’animation et de communication de notre Association Lyonnaise Teilhard de Chardin, j’ai pu mesurer l’épaisseur du « mur de silence » construit autour de Teilhard par les hautes autorités de l’Eglise, depuis les Curés de Paroisses jusqu’à l’Archevêque qui, répondant à ma question me dit que Teilhard « avait des trous dans sa théologie ». Ce même Archevêque répondit à un des Curés des Paroisses voisines demandant l’autorisation de nous recevoir pour une controverse concernant Teilhard « à traiter avec une extrême prudence » ce qui signifie en langage pratique une fin de non recevoir.

Voici maintenant des dates et des faits historiques concernant cette affaire Teilhard :
-1920 : après la soutenance de sa thèse de doctorat Teilhard fut chargé de cours de géologie et de paléontologie à l’Institut Catholique de Paris.

-1923 : la hiérarchie catholique de France, à la demande de Rome, lui retire ce poste d’enseignant, au motif que sa théorie sur l’évolution est contraire à la doctrine chrétienne. On lui interdit de publier autre chose que des données scientifiques. Pour lui éviter la mise à l’index, la Direction Générale de l’Ordre des Jésuites le nomme à un poste de direction d’un Institut chinois de paléontologie à Pekin, les chinois en ayant fait la demande aux Jésuites. De plus, on lui interdit de résider en France, mis à part pour les brefs séjours pour raisons familiales. Désormais, il réside officiellement à New-York.

-Entre 1939 et 1946 : il est bloqué à Pekin en raison de la guerre sino-japonaise. Les japonais occupent Pekin et les étrangers sont assignés à résidence. Teilhard met à profit ce « temps libre » pour achever son œuvre maîtresse, Le Phénomène Humain pour laquelle il essayera à maintes reprises d’obtenir l’autorisation de publication auprès des autorités de Rome.
-1948 : il demande et il obtient un rendez-vous avec le Père Général des Jésuites afin de lui présenter une triple requête :
1- Demande d’autorisation pour accéder à la chaire qu’on lui propose au Collège de France.
2- Demande d’autorisation pour publier Le Milieu Divin (écrit entre novembre 1926 et février 1927)
3- Demande de publier Le Phénomène Humain.
Quinze jours après l’entretien, Teilhard est informé que les trois demandes sont refusées. Il est très affecté par cette décision.

-1951 : un de ses amis et supérieur hiérarchique Jésuite, spécialiste en Droit Canon, lui conseille de léguer les droits moraux de ses œuvre à sa secrétaire, Mademoiselle Mortier, afin que son œuvre ne soit ni perdue ni détruite. (Il faut préciser que la famille de Teilhard, très catholique et traditionaliste, n’approuvait pas les idées dérangeantes du Père). Cette disposition testamentaire était d’autant plus urgente que la santé de Teilhard était devenue fragile (cœur et poumons).

-1955 : Teilhard décède à New-York. Mademoiselle Mortier créa la FONDATION TEILHARD pour conserver son œuvre, et L’ASSOCIATION DES AMIS DE PIERRE TEILHARD DE CHARDIN pour la diffuser.
Mademoiselle Mortier constitua un COMITE SCIENTIFIQUE INTERNATIONAL de très haut niveau pour rassembler les textes, les classer par ordre d’intérêt et de sujet afin de composer une douzaine de livres qui paraîtront aux Editions du Seuil dès 1955 pour Le Phénomène Humain et très rapidement, devant le succès mondial des œuvres de Teilhard, le Saint Office demande qu’elles soient mises à l’index. Cette demande est refusée par le Pape Jean XXIII.

-1962 : Pour avoir le dernier mot, le Saint Office promulgue le fameux monitum que nous avons vu plus haut. Cependant, ne pouvant ni interdire la lecture des œuvres de Teilhard ni en enrayer le succès qui durera une décennie, l’Eglise construisit un « mur de silence » autour de lui et de son œuvre. Cette « omerta » arrangeait tout le monde, y compris de nombreux scientifiques, heureux de piocher dans l’œuvre de Teilhard sans avoir à en citer les références.
Le repli des fidèles à l’Eglise catholique s’accentue régulièrement depuis plus d’un siècle. Après analyse pour lutter contre cette tendance alarmante, l’Eglise utilise une certaine partie de l’œuvre de Teilhard, parcimonieusement tout de même, dans l’espoir de se donner une allure plus moderne. La « certaine partie » en question est la facette catholique et mystique de Teilhard, conforme à la doctrine officielle chrétienne.
Le monitum déclare que la pensée de Teilhard « fourmille d’ambiguïtés » et cela dit bien de quoi il s’agit : Teilhard qui avait baigné toute sa jeunesse dans un catholicisme traditionnel, évolua en même temps que ses recherches scientifiques ; lesquelles induisaient en lui des conceptions différentes, compatibles avec les données scientifiques modernes. Ces deux conceptions très différentes provoquèrent en lui une déchirure cornélienne bien normale, contre laquelle il travailla toute sa vie pour la résoudre. Toute sa vie il tenta de réconcilier foi et raison, science et religion ; pour lui c’était très clair, évident et possible mais l’Eglise n’était pas et n’est toujours pas de cet avis, jugeant cet arrangement explosif. Par rapport au grand public chrétien, l’Eglise ne peut pas tenir deux discours : l’un pour les traditionalistes et l’autre pour les progressistes.
Comme pour l’affaire Galilée, après des siècles, les esprits auront suffisamment évolué pour qu’une majorité se dessine dans le rang des progressistes ; ce qui permettra d’envisager la réhabilitation de Teilhard (et pourquoi pas sa canonisation … on a vu pire !)
L’humanité est encore si jeune que tous les espoirs sont permis, à condition de ne pas laisser les choses se faire toute seules mais de les aider un peu.


SUITE ET FIN de l’AFFAIRE TEILHARD (3e partie)
Communication que nous fait parvenir un prêtre

« Veuillez prendre connaissance des extraits d’une biographie du Cardinal Tisserant. Tout le clergé n’était pas hostile à Teilhard. Etienne Fouilloux, a écrit un livre : « Eugène, Cardinal Tisserant, 1884-1972 une biographie » Paris 2011, Editions Desclée de Brouwer, dans la collection « Pages d’Histoire »

Page 275 : « Au fond, le Cardinal Tisserant reste un savant qui compte sur les progrès scientifiques pour démontrer ce qui a toujours été sa conviction profonde : Il n’y a pas, il ne peut pas y avoir d’incompatibilité entre la foi et la science sur ce terrain des origines. D’où son admiration pour l’Université de Louvain qui le reçoit enfin en 1952 : ses professeurs « animés du véritable esprit de recherche scientifique […] ont toujours le désir de pousser plus avant la connaissance des sciences qu’ils enseignent » Prince de l’Eglise accablé de fonctions diverses, le Cardinal regrette visiblement de ne plus pouvoir sacrifier à cet idéal.

Voilà pourquoi il accueille favorablement Le Phénomène Humain du Père Teilhard de Chardin, qu’il n’a jamais rencontré, envoyé par Bruno de Solages (note 118) : « A le lire, l’ouvrage ne m’a pas paru si dangereux. Il m’a fourni plus d’un thème de réflexion. Et je pense qu’il y a lieu de pénétrer comme il l’a fait dans les mystères de la vie du monde matériel, si l’on veut pouvoir défendre le monde spirituel. » écrit-il au baron Blanc le 12 janvier 1956. Et il n’hésite pas à peser du poids qui lui reste, tant auprès d’adversaires déterminés du jésuite que de Jean XXIII lui-même, lorsque circulent des bruits de condamnation en 1959. Des conversations récentes avec quelques savants de réputation mondiale, comme le physicien Louis Leprince-Ringuet l’ont convaincu du mauvais effet que produirait dans le monde scientifique un acte officiel quelconque contre le Père Teilhard (voir aussi la lettre du jésuite Guy de Broglie du 17 janvier 1959) .
« J’ai eu plusieurs fois l’occasion de parler de ses idées et j’ai toujours protesté qu’il était un parfait catholique et un prêtre conscient de sa situation au milieu des hommes » écrit-il ainsi à Henri de Monfreid le 12 décembre 1963. Il ne cessera de défendre Teilhard jusqu’à sa mort, y compris contre certains de ceux qui ont écrit de lui qu’il le connaissait insuffisamment ou l’avait mal compris (lettre à Bruno de Solages, 6 mars 1967). « On peut certes « discuter certaines de ses positions », mais « il faut estimer ses conceptions géniales » (lettre à Jean Obbeliane, 29 juillet 1969)

Page 523 : « Dans votre dédicace (aux profils parallèles) vous dites que je me reconnaîtrai en Pascal en Newman, en Bergson, en Claudel, écrit-il à Jean Guitton, j’aurai bien du mal à me reconnaître dans le personnage de Claudel car je n’ai probablement rien lu de lui (voilez-vous la face !) […] quant à Heidegger, j’ai vu bien souvent son nom dans des ouvrages techniques, mais je n’ai pas touché un seul de ses livres. De Teilhard de Chardin et de Bergson, au contraire, j’ai lu passablement. »

Page 555 : « Celui-ci (le nouveau pape Jean XXIII) le consulte sur certaines questions, tandis que je prends l’initiative de lui parler de certaines autres » Confie-t-il à l’abbé Breuil le 7janvier suivant, à propos de Teilhard de Chardin, dont il se propose de plaider la cause.

Lundi 12 Décembre 2011 17:09