Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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« ECRITS DU TEMPS DE LA GUERRE »
Réflexion pour le 24/04/2015


Jean-Pierre Frésafond / LA COMMUNION AVEC DIEU PAR LA TERRE
Ce chapitre 4 est composé de 14 pages. Il traite de cosmogénèse et de christogénèse. Six sous-chapitres, très distincts, le structurent et il est difficile d’en faire une synthèse ; je les énumère :

-Le Christ cosmique,
-La sainte évolution,
-La Main de Dieu sur nous,
-La lutte avec l’ange,
-Le sens de la Croix
-La place de l’enfer
Un programme très varié en somme dont j’ai fait ressortir 14 idées fortes mais brouillées par les multiples qualificatifs attribués au Christ : cosmique, universel, mystique, historique, etc …C’est beaucoup pour un seul Homme dont le destin est de se diviniser en 33 années de vie sur terre.
Quant à Teilhard, il ne parle pas beaucoup ni de Dieu, ni du Saint Esprit, et encore moins de la Sainte Trinité. J’invite les lecteurs qui le souhaiteront à relire la contraction de texte correspondant à ce chapitre.
Dans cette réflexion, je me polariserai sur 14 idées fortes et, selon celles sur lesquelles l’accent est mis, le profil de Teilhard en est modifié. Certaines de ces idées fortes ont été reliées à d’autres qui se complètent et modifient le sens de l’idée

-1ère idée forte (alinéa 3)Ni le Christ mystique n’a pas atteint sa pleine croissance, ni donc le Christ cosmique ; l’un et l’autre « sont » et ils « deviennent ». Teilhard emploie ici une expression hébraïque. Dans cette langue, le verbe « être » n’existe pas, il est remplacé par le verbe « devenir » ; le verbe « être » n’existe pas car tout change sans arrêt. Dès lors, le verbe « devenir » est plus approprié lorsque l’on parle d’ évolution. Cette idée est confirmée dans l’alinéa 5 que je cite : « Le monde se crée encore, et en lui c’est le Christ qui s’achève. » Dans cette citation c’est l’évolution qui se poursuit, comme le dit Teilhard dans l’idée forte qui suit en fin d’alinéa : « Bénies soyez vous saint vie et sainte matière par lesquelles je communie en même temps à la genèse du Christ ».
Dans le lancement du phénomène humain Dieu y avait prévu les germes d’un phénomène christique sans lequel « la grande manip » irait droit à l’échec. Quelle « Bonne Nouvelle » !

-2ème idée forte (alinéa 5)Comment le Christ se réalise-t-Il ? »
Voici la réponse de Teilhard : « Le Christ a voulu et a dû prendre une vraie chair et Il sanctifie la chair humaine par contact spécial, Il en prépare physiquement la résurrection. »

Voici comment je ressens les choses : Le Christ veut démontrer ce que Dieu, qui est dans la matière, peut obtenir d’elle dans la durée d’une vie humaine le niveau humain est atteint en 33 ans et l’on sait que la démonstration est réussie.
La deuxième citation est moins évidente et voici comment je l’interprète : en tant qu’être humain le Christ prépare physiquement la résurrection. Ici, il y a un malentendu sur le mot « résurrection » dont la définition donnée par le Larousse est : « retour à une nouvelle vie ». Si l’on comprend bien il ne s’agit pas d’une vie physique éternelle, mais d’un « passage » de l’ancienne vie physique à une nouvelle vie qui, elle, est spirituelle. Avant ce passage, la vie spirituelle est très diluée dans la vie physique ; après le passage, c’est l’inverse. Cette idée est acceptable, elle est conforme aux lois de la nature, tandis qu’une vie physique durant éternellement est un non sens. D’ailleurs dans ce même chapitre Teilhard le confirme : « Le cosmos est périssable ».

-3ème idée forte (alinéa 5-7) A un autre point de vue, la philanthropie , vertu entièrement laïque, est bien apte à se transformer toute entière en divine charité. Pourquoi le culte de la terre ne se muerait-il pas en une grande vertu innommée qui serait la forme la plus générale de l’amour de Dieu ? »
Teilhard nous surprendra toujours : il ouvre les portes du salut aux personnes qui vivent en dehors des religions. Ainsi met-il en évidence un épisode de l’ Evangile où Jésus raconte la parabole de l’ouvrier de la dernière heure, ainsi que l’Evangile du retour de la brebis égarée. Tout cela conforte le fait qu’un laïc peut être croyant en dehors de toute religion.

-4ème idée forte (alinéas 8,9,10). dans un paragraphe intitulé « Le sens de la Croix ». Nous sommes ici en plein dans le thème concernant les dysfonctionnements inévitables dans un processus évolutif où le facteur temps est de première importance. Je cite Teilhard : « La lutte coûte, la terre gémit pour enfanter le Christ, le progrès avance lentement. »

Comme on peut s’y attendre, Teilhard n’évoque pas le mythique péché originel. « L’information » cachée dans la matière se dégage lentement en utilisant l’improbable (mais réel) processus de complexification de la matière qui fait accélérer de manière exponentielle les pouvoirs de performances du processus évolutif. Cela fait dire à Teilhard : « L’Homme doit accepter le rôle de l’atome qui accomplit fidèlement, mais sans honneur la fonction pour laquelle il existe. »

Cette idée, à la fois nous abaisse mais paradoxalement elle nous réhausse dans la hiérarchie des valeurs de l’univers. L’Homme est davantage qu’une pierre taillée de l’édifice (objet inerte), mais il est un acteur associé dans la vaste entreprise. Mais il y a un « mais » dit Teilhard : « Plus l’humanité se raffine et se complexifie, plus les probabilités de désordre se multiplient et leurs gravités s’accentuent. »

Tout cela est normal. La montée de la complexité entraine la centréité, laquelle fait monter la conscience. C’est l’un des grands principes universels découverts par Teilhard, le principe de complexité/centréité/conscience. Autrement dit : la montée de l’Homme crée des tensions que l’homme découvre et à propos desquelles il doit décider par lui-même de les réduire ; et ainsi de suite …

-5ème idée forte (alinéa 12) : « La place de l’enfer »
Voici comment Teilhard présente la chose : « Le Christ, en s’insérant dans l’évolution, en a fécondé et perfectionné à l’extrême les ressources et les mécanismes. Pourquoi faut-il alors que la genèse du Corps mystique, théoriquement possible sans perte, s’accompagne en fait de perte d’énergie ? »

-Remarque : cette perte est théoriquement impossible, mais c’est théologiquement qu’elle est possible, pour les besoins de la cause… Teilhard avait-il un couteau sur la gorge pour dire une chose pareille ? En revanche, j’accepte son idée suivante : « L’enfer est le corollaire du ciel. » Si les phénomènes humains et christiques réussissent, ce sera le « Ciel ». Dans le cas inverse ce sera « l’enfer ». L’enfer n’est pas l’empire de satan, il « est cendres froides ». Le Ciel est le Royaume de Dieu.
Et je terminerai par une citation de Teilhard, dans l’alinéa 13 : « La Croix est le symbole du travail ardu de l’évolution, plutôt que celui de l’expiation ». J’adhère !

Samedi 18 Avril 2015 14:50