Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Contraction de texte du sujet de travail à présenter le 25 avril 2014


L’étude de ce livre requiert un point de vue théologique, condition sine qua non pour en faire une analyse et une synthèse convenables. Cependant, il faut aussi tenir compte des faits suivants : cette œuvre a été écrite à Pekin entre 1926 et 1927, Teilhard avait autour de 45 ans et il venait de se faire retirer la chaire de sciences naturelles qu’il détenait à l’Université catholique de Paris, son enseignement étant trop en avance par rapport à la doctrine chrétienne de l’époque. Il fut envoyé en Chine pour conduire une étude géologique demandée par les chinois. On peut imaginer que Teilhard fut traumatisé par cette brutale mutation et qu’il éprouva le besoin de s’expliquer. Dans ce tome 4 j’ai ressenti sa sensibilité panthéiste et il n’est pas innocent que la devise du blason de la famille Teilhard de Chardin soit présente dans l’édition originale du Seuil et je la cite : « De feu est leur énergie et céleste leur origine. »

Page 31,Introduction

Quand nous agissons spontanément, nous sommes menés par des choses que nous croyons dominer, en réalité, l’expansion de notre énergie n’est que l’obéissance à une force supérieure inconnue et inattingible.

Page 32, 1er paragraphe : existence certaine du fait et difficulté de son explication. Le problème chrétien de la sanctification de l’action.
Cherchons à voir, à travers nos actions que nous croyons spontanées, comment le divin fait pression sur nous. Quoi que vous fassiez, disait St Paul, faites le au nom du Christ et en union avec lui, unissez votre destin au sien.

Page 33 Nos actions concernées ici dans ce texte ne sont pas exclusivement celles de notre vie religieuse, mais celles de notre vie toute entière. Les directions de l’Eglise ont pour objet de transfigurer en Dieu le devoir d’état, la recherche de la vérité naturelle et le développement de l’action humaine. Ce fait est incontestable, mais sa cohérence avec l’esprit chrétien n’est pas immédiatement visible. Comment les perspectives du règne de Dieu ne bouleversent-elles pas l’économie et l’équilibre de nos activités ? Comment ce qu’il y a de plus chrétien en nous peut-il donc conduire à remplir totalement notre devoir humain dans le même esprit que la recherche de Dieu ?

Page 34 Le problème se pose ainsi : le CREDO chrétien estime que l’existence d’ici bas se continue dans une vie céleste, dans le bonheur et l’harmonie. A cette différence s’ajoute une doctrine de condamnation du monde vicié dans lequel nous vivons, risquant de nous détacher de nos devoirs terrestres ; aussi le fidèle entend-il répéter d’austères paroles l’invitant au détachement par rapport à ces basses contingences.
Dans de telles conditions, comment le chrétien peut-il être incité à se donner en exemple vis-à-vis des non croyants ? Comment faire admettre à ces personnes que les efforts exigés ici bas nous conduiront au bonheur dans l’au-delà ?

Page 35 Les prêcheurs de telles promesses ne sont-ils pas en proie à une véritable dualité spirituelle ; entre Dieu et le monde lequel des deux choisiront-ils ? Suivant la nature de leur conflit interne trois issues sont possibles :
1- Tantôt le chrétien écartera les plaisirs terrestres et se plongera dans un monde divinisé irréel,
2- Tantôt agacé par l’opposition interne qui le déchire, il s’immergera dans les plaisirs terrestres,
3- Tantôt il renoncera à ces deux options opposées et se retranchera dans une tiédeur religieuse et le refus de comprendre, se réfugiant ainsi dans une prudente compromission minimaliste. Ce cas est le plus répandu, et je parle d’expérience …

Page 36 Qu’on se trompe soi-même, qu’on se dégoute ou qu’on se dédouble, dans les trois cas le résultat est mauvais. Mais il existe sans aucun doute un moyen de sortir de cette situation négative qui est le suivant : Sans la moindre concession faite aux besoins de la nature et à la religion, mais par soif d’une plus grande perfection, on peut concilier l’amour de Dieu avec le sain amour du monde, l’effort de détachement avec l’effort de développement, soit la divinisation de l’effort humain.

Page 37 2ème paragraphe. Une solution incomplète : l’action humaine vaut et ne vaut que par l’intention avec laquelle elle est faite.
Comment peut-on aimer ce que l’on fait quand on méprise le monde ? Il ne faut pas moins agir, mais agir mieux, en mettant de la bonne volonté comme on le fait dire au Créateur.

Pages 38,39 Ce qui plait à Dieu c’est l’usage que l’homme fait de sa liberté. (ndlr : se référer à la note de Teilhard sous le titre de la 1ère partie dans laquelle il fait allusion au « pélagianisme », doctrine du moine Pelage qui donnait trop de liberté de penser à l’homme et qui fut condamné par le concile d’Ephèse en 431).
Les choses de la vie nous sont données comme moyen d’exercer notre esprit et notre sensibilité, à titre d’épreuve et la grossière enveloppe des œuvres humaines ne sont jamais que les imbrûlés du combustible spirituel contenu dans la matière. Et si les buts terrestres de l’homme ne valent rien en eux-mêmes, ils ont tout de même valeur d’acte de fidélité à Dieu. Cette attitude exalte le rôle fondamental de l’intention qui est la clef pour découvrir la présence divine : la divinisation de nos efforts donne une âme à nos actions mais elle ne donne pas l’espoir d’une résurrection, or c’est de cela précisément dont l’homme a besoin. Contentons nous de découvrir que nous aimons Dieu, ce qui est déjà un espoir quant à l’éternisation de nos actes.

Pages 40,41 Plus je m’analyse, plus je suis convaincu qu’aucune action ne serait entreprise si elle n’était mue par une conviction de pérennisation, ensuite mes actes sont les vôtres et inversement. Douter de cela dégrade sans remède ma passion d’agir. Les fils du ciel ne peuvent concourir avec nos actes qu’à armes égales avec les enfants de la terre.


3ème paragraphe / la solution définitive : tout effort coopère à achever le monde.

Pages 42,43 L’économie du salut de nos œuvres tient dans les trois branches d’un syllogisme :
(a) Dans l’univers toute âme est pour Dieu dans le Christ. Cette majeure exprime le dogme chrétien. Nous l’appelleront “liaison mystique”. En vertu de l’incarnation du Verbe, notre âme est vouée au au Christ, elle est centrée sur lui.
(b) Et maintenant dans un univers où tout esprit va à Dieu, par le Christ, tout le « sensible » à son tour est voué à l’esprit. Cette mineure ne fait qu’exprimer un fait naturel incontestable : notre être spirituel s’alimente continuellement aux énergies du monde tangible.

Page 45 Si nous voulons vivre la plénitude de notre humanité et de notre christianisme, il faut surmonter cette insensibilité qui tend à nous cacher les choses à mesure qu’elles deviennent trop proches de nous et trop grandes. Par la matière en chacun de nous, c’est partiellement l’histoire du monde qui se répercute. Si autonome que soit notre âme, elle hérite d’une existence prodigieusement travaillée avant elle par l’ensemble de toutes les énergies terrestres.

Pages 46,47,48 Il n’y a pas en nous un corps qui se nourrit indépendamment de l’âme. Tout ce que le corps a admis et transformé, il faut que l’âme le sublime à son tour. Ainsi l’âme va se perfectionnant pour son bonheur et à ses risques, développant sa puissance particulière pour comprendre et aimer tout en formant sa plus immortelle individualité. Dieu ne veut pas que les âmes répètent les maîtres de la vie spirituelle, et par chaque âme Dieu aime et sauve partiellement le monde que cette âme résume. C’est nous, par notre activité, qui devons en rassembler les éléments. Ainsi chaque homme doit construire en commençant par les zones les plus naturelles de lui-même, une œuvre où entre quelque chose des éléments de la terre. Il se fait son âme et en même temps il collabore à l’achèvement du monde.

Page 49 (c) Nous pouvons maintenant rapprocher la majeure et la mineure de notre syllogisme pour en saisir le lien. S’il est vrai de par notre Credo chrétien que les âmes passent par le Christ et en Dieu ; s’il est vrai de par constatation de l’analyse psychologique que le sensible passe dans les zones les plus spirituelles de nos âmes ; force nous est de constater que TOUT ne fait QU’UN dans le processus qui agite et dirige les éléments de l’univers. Pour constituer et sauver ces énergies sublimes, la puissance du Verbe Incarné s’irradie jusque dans la matière et descend jusqu’au fond des puissances inférieures. Aussi, l’Incarnation ne sera achevée que lorsque la part de substance élue que renferme tout objet aura rejoint le centre définitif de sa complétion.

Page 50 Nous imaginions que la création était finie ; erreur, elle se poursuit dans les zones les plus élevées du monde de l’esprit. En vertu de l’inter liaison matière/âme/Christ, nous ramenons à Dieu une parcelle de l’être qu’Il désire . Ainsi, nous travaillons à construire le plérôme.

4ème paragraphe, La communion par l’action

Chacune de nos œuvres, par la répercussion qu’elle a sur le monde spirituel, concourt à parfaire le Christ.

Page 51 Dans l’action nous adhérons à la puissance créatrice de Dieu, nous en sommes l’instrument et le prolongement vivant. Tout accroissement que nous apportons se chiffre par une augmentation du pouvoir d’aimer et de progrès de la mainmise du Christ sur l’univers.

Pages 53, 54 / 5ème paragraphe, La perfection chrétienne de l’effort humain

On pourrait craindre que les perspectives chrétiennes perturbent les activités humaines, c’est possible mais pas obligatoire et cela dépend du niveau d’imprégnation religieuse , mais ce qui est certain c’est que la conscience religieuse modifie notre façon de voir les choses et par voie de conséquence, notre comportement aussi.

Pages 55,56,57,58 (a) sanctification de l’effort humain
Pour les neuf dizièmes des chrétiens pratiquants il n’est pas possible de mêler une pensée religieuse au travail terrien. Autrement dit, il faut « changer d’habit » avant de passer d’une activité à l’autre ! Ce qui est vrai par contre c’est qu’il existe dans la journée des moments plus appropriés pour se livrer à la prière ; si cela n’existait pas nous perdrions presque l’idée de Dieu. En dehors de ces instants consacrés à Dieu, non perturbés par les pensées profanes, comment se fait-il qu’on ne puisse vouer la totalité de notre vie à Dieu ? C’est une fausse-bonne question.. Qu’est-ce être saint pour une créature si non voir partout la présence de Dieu ? Il n’y a pas que les religieux qui puissent vouer leur vie à Dieu, les laïques peuvent en faire autant, à tout moment, sans ostentation. Depuis les mains qui pétrissent la pâte jusqu’à celles qui la consacrent, la grande Hostie universelle ne devrait être préparée et maniée qu’avec un sentiment d’adoration. Oh ! Vienne le temps où toutes les actions de la vie seraient sacralisées ; ce moment étant venu, peu de choses sépareront la vie dans les cloîtres et la vie dans le siècle.

Pages 59,60 (b) L’humanisation de l’effort chrétien
La grande objection de notre temps contre le christianisme ne concerne pas des questions théologiques mais de société , la religion rendrait ses fidèles inhumains ! Confrontés à de telles circonstances combien de chrétiens ne se sont-ils pas demandé s’ils ne faisaient pas fausse route en se séparant des « gens normaux » ? Ainsi, seuls les gens de terrain connaitraient les problèmes de tous les jours ? Qui sont-ils ces chrétiens qui prétendent « être déjà sauvés » ?

6ème paragraphe, le détachement par l’action


Pages 63,64 La divinisation des efforts humains fait consensus entre chrétiens, mis à part certains d’entre eux que cette doctrine inquiète. Ce sentiment parait normal si l’on considère le peu de chemin parcouru dans leur recherche spirituelle. Toute pratique religieuse implique un certain renoncement. Mais quoi que l’on pense de l’attitude terre à terre de certains chrétiens, ils ont au fond d’eux-mêmes une amorce de détachement inconsciemment induit par l’approche de la doctrine chrétienne, ainsi que le sentiment latent qu’il faille lutter contre l’égoïsme et la paresse.

Page 65 En vertu du « dedans des choses » qui définit ce qu’est la matière, toute action d’arrangement « radial » ou « tangentiel » conduit au gravissement d’un nouveau palier dans l’échelle de la complexité, et le christianisme a été conçu dans cette perspective.

Pages 66,67 Toutes les actions accomplies dans l’esprit chrétien s’accomplissent par Dieu et en Dieu, au nom du Fils de Dieu dans le cadre du phénomène christique.
Tels sont les pré requis et le but de la démarche spirituelle.

Mercredi 26 Mars 2014 15:01