Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Chapitre 14 TOME 10 « COMMENT JE CROIS » (Indédit de Teilhard, mai 1950)




INTRODUCTION
Selon Teilhard, le christianisme serait le dernier courant religieux apparu sur notre planète et le seul à pouvoir s’adapter aux évolutions futures de l’humanité. En fait, il ne tient pas compte de l’islam qui est apparu vers 622 après J.C. et, ajoute-t-il, que cette religion est une récupération archaïque du judaïsme, ce en quoi il a partiellement, raison, l’islam étant un mélange de religions païennes, nestoriennes, judaïques, etc …a été conçu pour des marchands nomades du désert afin de structurer leur vie et de faciliter les échanges et, sur ce dernier point, elle a fort bien réussi (en Indonésie notamment). Quant au judaïsme, Teilhard n’en parle presque pas. A propos des religions védantes (hindouisme et bouddhisme) il est aussi péremptoire : les adeptes de ces cultures sont, dit-il, trop intériorisés pour maîtriser les technologies modernes. L’avenir lui a encore une fois donné tort. Pierre Leroy, fidèle compagnon de Teilhard en Chine, confirme cette allergie à toutes les cultures non chrétiennes (voir son livre « Pèlerin de l’Avenir » rassemblant les écrits épistolaires de Teilhard). Ayant parcouru ce livre, je me suis aperçu que cette attitude était une forme de défense contre l’énorme pression que le Vatican exerçait sur Teilhard par l’intermédiaire de l’Ordre des Jésuites. Cependant, il n’y avait pas que cela pour expliquer l’attitude de Teilhard : tous les pays colonisateurs du XIXe siècle pensaient que les habitants de ces pays baptisés, dirigées par « le goupillon et le sabre » étaient des sauvages. Les occidentaux sont allés trop loin dans ce domaine, ils auraient dû se contenter d’exploiter les richesses , construire des équipements et apprendre à lire et à écrire aux indigènes, mais ne pas leur imposer une religion d’importation et sans rapport avec les cultures locales.

Le comportement brutal de quelques pays musulmans à l’égard des églises chrétiennes ne s’explique pas pour autant. Nous reconnaissons que l’attitude individuelle de certains occidentaux du XXIe siècle à propos des mosquées n’est guère mieux. Les européens ne passent pas à l’acte mais il y a ici des braises sous les cendres .
Toutes ces brutalités inter religieuses ne sont pas des cas isolés. L’exemple est donné par le capitalisme sauvage et ultra libéral qui ne connait ni les frontières ni les différences de cultures. Guerre du fric, guerre des religions, même combat : la loi de la jungle règne sur terre.

Dans ce chapitre Teilhard s’inquiète de la baisse de notoriété du christianisme et se questionne sur ce qu’il sera dans quelques millénaires, et si aucune modification de la doctrine chrétienne n’est opérée pour l’adapter aux théories scientifiques qui sortent sans cesse. Le’ problème se pose en quatre points :
1- On ne peut concevoir une cosmogénèse dans le cadre d’un cosmos fixe.
2- Les scientifiques qui étudient l’origine de la matière et son évolution sont très écoutés et ils sont de plus en plus nombreux à penser qu’il existe une « information divine » cachée dans la matière ; certes les scientifiques disent cela autrement, mais ils ont moins peur de le dire, ce n’est plus un tabou.
3- L’évolution de la matière dans le contexte de cette « information » cachée conduit tout droit au « dieu nature » ou à la « sainte matière » de Teilhard et, dans le monde chrétien face à ce danger présumé, on brandit l’épouvantail du spinozisme, du panthéisme et de l’animisme, religion la plus ancienne de toutes, présente sur tous les continents, qualifiée de païenne voire hérétique quand elle s’approche du christianisme.
4- La probabilité existe que dans quelques milliers d’années les religions du Livre ne subsisteront que dans les bibliothèques universitaires, les grandes religions seront remplacées par des nébuleuses de micro religions et familiales . Classiques et familiales, les religions animistes ne seront pas inquiétées parce qu’elles sont déjà discrètement sous la forme de micro religions.. Quant au bouddhisme, il ne risque rien parce qu’il n’est pas vraiment une religion mais une voie philosophique, laquelle se diffuse facilement dans les pays occidentaux.

1er PARAGRAPHE : CHRISTIANISME ET MONOTHEISME
Le monothéisme, contrairement à ce que dit Teilhard, ne peut pas être considéré comme la forme élémentaire du sentiment religieux car, à l’origine, les religions s’appuyaient sur la peur qu’inspiraient les éléments de la nature qui donnèrent naissance à des milliers de divinités dans le monde, avec toutes les hiérarchies divines que cela suppose (le panthéon égyptiens en est l’exemple type. ) Au contraire, le monothéisme est issu de l’élite intellectuelle et d’une longue maturation doublée d’un besoin humain, celui d’avoir un « roi » (voir la fable de Jean de la Fontaine : « les grenouilles qui demandent un roi »). Une fois de plus l’Egypte est l’exemple type avec son Dieu Soleil au sommet de la hiérarchie, Amon-Raa, pendant 10 ans, remplacé par Aton, mais qui repris définitivement sa place avec la doctrine du Verbe-Lumière transmise par Moïse au peuple juif, transmis à son tour au christianisme par l’apôtre Jean (voir son prologue). Teilhard confirme cette filiation dans le présent chapitre : « Un point est bien assuré, il y a trois ou quatre mille ans, ce qui devait devenir le trône du monothéisme moderne, émerge distinctement dans les régions qui s’étendent du Nil à l’Euphrate ; à la chaleur dégagée par l’Egypte, l’Iran et la Grèce en sont la tige judéo chrétienne. » Cette doctrine du Verbe-Lumière existait déjà en Afrique Centrale et en Ethiopie avant que l’Egypte la récupère.

Toutefois, rendons au christianisme ce qui lui appartient : les religions qui le composent sont les seules à évoquer la « loi d’amour », point fort clairement exprimé par rapport au judaïsme et à l’islam dans lesquelles l’individu humain n’est pas le « fer de lance de l’évolution, mais un sujet, directement et entièrement soumis à Dieu. Dans l’islam il est davantage question d’aumône et de charité que d’amour dans le sens chrétien. De leur côté, si les deux autres religions du Livre veulent survivre elles devront, elles aussi, opérer des transformations profondes : le judaïsme devra attacher moins d’importance au « Peuple Elu » et l’islam devra déléguer le pouvoir juridique à la société civile. C’est ce qu’ont fait les occidentaux depuis environ deux siècles, cependant il reste à ces dernières à reconnaître les autres religions du Livre car elles ont le même Dieu que celui des Chrétiens.
Sur un plan général, Teilhard est dans le vrai lorsqu’il écrit que la foi judéo chrétienne s’exprime encore en termes néolithiques. C’est pour cette raison qu’il est urgent d’actualiser la doctrine chrétienne dans les zones où elle est contredite par l’évolution des connaissances scientifiques de plus en plus divulguées et le grand public en est friand ; raison de plus pour opérer rapidement cette actualisation afin d’éviter les erreurs d’interprétation que les profanes ne sont pas à même de détecter. Il faut éviter que le passage allant du cosmos à la cosmogénèse se fasse sans les Eglises chrétiennes. Expliquer à tous les chrétiens la différence entre cosmos et cosmogénèse ne sera pas une mince affaire …
Que dit Teilhard sur ce problème ? « Comment Dieu le Père d’il y a deux mille ans qui était alors un Dieu-Cosmos ne se transforme-t-il pas en Dieu-Cosmogénèse ? »
Teilhard n’a pas franchement répondu à cette question et je vais essayer de le faire :

A mon sens, la transformation d’un Dieu-Cosmos en un Dieu-Cosmogénèse n’est plus à faire, elle existe déjà. . Pour s’en rendre compte, il suffit de lire les trois premiers livres de la Bible. La Genèse y est présentée comme la description d’un processus évolutif :
-Dieu sépare la lumière des ténèbres,
-les cieux sont constitués,
-la terre est séparée des eaux,
-les végétaux apparaissent, puis les poissons et les reptiles, puis les mammifères,
-et enfin l’Homme est créé avec de la glèbe et le « souffle » que Dieu lui insuffle dans les narines.
… et ainsi de suite. Il s’agit bien de la description d’une cosmogénèse. Comment ne pas le remarquer ? Le Père T. Magnin, Recteur de l’Université Catholique de Lyon, m’a confirmé il y a plusieurs mois que les trois premiers livres de la Bible faisaient bien partie de la doctrine chrétienne. C’est donc une référence absolue dans le dogme chrétien. Le Père Magnin a précisé qu’il existait une vingtaine d’exégèses officielles et je serais très intéressé de les connaître.
En ce qui concerne directement Teilhard, je ne comprends pas pourquoi il ne s’est pas servi des trois premiers livres de la Bible pour défendre son « Phénomène Humain » face au Saint-Office du Vatican car c’était une arme absolue. (nous étudierons ce point dans le chapitre XVI)
Albert Einstein avait examiné ces trois premiers livres de la Bible et il en avait conclu, il y a presque un siècle, ce que j’ai rappelé ci-dessus et ses notes étaient intitulées « La Formule de Dieu ». Vraisemblablement et à la même époque que Teilhard, ces deux « jeunes hommes » étaient arrivés aux mêmes conclusions sur l’hypothèse cosmogénèse.

2ème PARAGRAPHE : MONOTHEISME ET NEO HUMANISME
Teilhard revient sur la question du monothéisme. Etait-il nécessaire de débattre encore sur cette question qui est un sujet inaccessible à l’homme et, qu’est-ce que cela change ? Dieu est-il le UN, le DEUX, le TROIS, le TOUT ? Dieu est-il un sénat à lui tout seul ou est-il un « dictateur » sur son nuage ? Dieu est-il un immense organisme pour la construction duquel il aurait besoin des hommes ? Si tel était le cas, cela expliquerait la mystérieuse »pression d’intentionnalité » qui serait le moteur de l’évolution; j’aime cette expression, moins rude que le mot « déterminisme ». Les scientifiques modernes utilisent une autre expression : « principe anthropique ». Finalement, avec des mots différents tout le monde dit la même chose et c’est plutôt rassurant. Mais sur le sujet qui est cher à Teilhard, je lui laisse le dernier mot : « sur une substance vivante complètement indifférente ou détendue, aucune excitation du milieu, aucun jeu des grands nombres ne sauraient avoir la moindre prise. » Ainsi est faite la place au « dedans des choses ».
Rien ne peut arrêter la force d’évolution, sauf si l’humanité perd le goût de vivre. Cependant, selon la foi chrétienne, jusqu’au dernier moment un sursaut peut sauver l’humanité et pour ce faire, Teilhard a inventé un nouveau principe, celui du « besoin d’irréversible ». Les scientifiques seront réticents à le suivre sur ce point. Plus scientifique serait d’évoquer une règle qui exigerait une « taille » critique en dessous de laquelle un palier supérieur ne peut être ni atteint ni franchi. Dans ce cas, la substance et son énergie ne sont pas définitivement perdues mais retournent dans le grand creuset de la matière ; ainsi définirais-je l’enfer … Et puis Teilhard n’exclut pas cette éventualité : si ça ne marche pas sur la planète terre, la réussite peut être envisagée sur une planète équivalente dans une autre galaxie.

3ème PARAGRAPHE : CHRISTIANISME ET AVENIR

“La confluence des consciences mystiques et le sens de l’évolution sont les deux formes de foi s’éclairant réciproquement. » Cette réflexion de Teilhard est un message d’avenir qui réconcilie la foi et les sciences ; de surcroit, il touche les non-croyants, plus nombreux que les croyants. Nous devons les traiter comme la « brebis égarée » pour laquelle on quitte provisoirement les 99 autres qui sont restées dans la bergerie. Tel est le symbole de cette parabole dans l’Evangile..
En principe le croyant considère que la vie a un sens, alors que le non-croyant est perplexe. Mais il suffit qu’il découvre la merveille qu’est l’évolution de la matière pour échapper au nihilisme. Cela n’exclut pas le doute auquel les croyants n’échappent pas non plus. C’est là que toutes les religions convergent, vers « une messe annonciatrice d’un plérôme final ». Ce n’est pas de la méthode Coué dont l’humanité a besoin. Ne croyons pas celui qui prétend ne pas connaître le doute. Seul le merveilleux de la nature peut donner l’espérance.

Samedi 26 Octobre 2013 16:18