Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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SUJET DES TRAVAUX DE REFLEXION A PRESENTER LE 23 JANVIER 2015, Editions GRASSET


Jean-Pierre Frésafond / LES ECRITS DU TEMPS DE LA GUERRE
NOTE DE LA REDACTION CONCERNANT NOS PROCHAINS TRAVAUX

-En 2007 nous avons commencé l’étude du PHENOMENE HUMAIN (tome-1 aux Editions du Seuil).
-Puis nous avons poursuivi nos travaux avec L’ACTIVATION DE L’ENERGIE (tome-7 aux Editions du Seuil).
-Ensuite, nous avons étudié L’AVENIR DE L’HOMME (tome-5 aux Editions du Seuil)
-Après, nous nous sommes attelés à l’étude de COMMENT JE CROIS (tome-10 aux Editions du Seuil)
-Maintenant, nous venons de terminer notre réflexion sur LE MILIEU DIVIN (tome-4 aux Editions du Seuil).

-A partir de janvier 2015 nous allons nous exercer sur LES ECRITS DU TEMPS DE LA GUERRE, édité chez Grasset en 1965. Ce livre fut écrit dans les tranchées de la guerre 14/18. Le premier texte de cet ensemble de notes fut rédigé à Nieuport le 24/3/1916. Pendant toute la durée du conflit, Teilhard se sentait probablement libre vis à vis de sa hiérarchie et il a écrit ce qu’il ressentait car le matin en se levant il n’était pas certain d’être de ce monde le soir.
Ces vingt notes étant d’une haute qualité d’écriture, elles sont très difficilement contractiles aussi ai-je décidé de la méthode suivante pour que nos lecteurs sachent de quoi nous parlons : j’ai repris intégralement la première et la dernière phrase de chaque paragraphe. Peut-être que cela incitera nos visiteurs à lire intégralement l’œuvre,et pour ce faire, j’engage les lecteurs à prendre connaissance des 20 chapitres de ce livre énoncés ci-dessous
TABLE DES MATIERES
-ch. 1 La vie cosmique
-ch. 2 La maîtrise du monde et le règne de Dieu
-ch. 3 Le Christ dans la matière
-ch. 4 La lutte contre la multitude
-ch. 5 Le milieu mystique
-ch. 6 La nostalgie du front
-ch. 7 L’Union créatrice
-ch. 8 L’Ame du monde
-ch. 9 La Grande Monade
-ch.10 L’Eternel féminin
-ch.11 Mon Univers
-ch.12 Le Prêtre
-ch.14 Forma Christi
-ch.15 Note sur l’ « Elément Universel » du monde
-ch.16 Note pour servir à l’évangélisation des temps nouveaux
-ch.17 Terre promise
-ch.18 L’Elément universel
-ch.19 Les noms de la Matière
-ch.20 La Puissance spirituelle de la matière

INTRODUCTION -Des pages 5 à 8 (NDLR : page 6 Teilhard évoque son panthéisme)

J’écris ces lignes par exubérance de vie pour exprimer une vision passionnée de la terre et pour chercher une solution aux doutes de mon action , parce que j’aime l’univers, ses énergies, ses secrets, ses espérances, et parce que, en même temps, je me suis voué à Dieu, seule origine, seule issue, seule terre …
Et voilà la parole que je désire par dessus tout faire passer et entendre : celle de la réconciliation de Dieu et du monde …Ces pages où j’ai voulu faire passer le meilleur de mon regard sur les choses, la solution loyale par où s’est équilibrée et unifiée ma vie intérieure, je les tends à ceux qui se défient de Jésus, parce qu’ils le soupçonnent de vouloir défigurer, à leurs yeux, la face irrévocablement aimée de la terre ; à ceux là aussi qui vont aimer Jésus, se contraignant à ignorer ce dont leur âme déborde ; à ceux enfin qui n’arrivent pas à faire coïncider le Dieu de leur foi et le Dieu de leurs plus anoblissants travaux, se fatiguent et s’impatientent de leur vie partagée en des efforts obliques.

CHAPITRE 1er : L’EVEIL COSMIQUE (des pages 10 à 18)

(A) LA VISION (p. 9 à 10)
(1) La multitude : La vision fondamentale est celle de la pluralité et de la multitude, de la multitude qui nous enveloppe et de la multitude qui nous constitue, de celle qui s’agite autour de nous et de celle qui s’agite en nous. ..
(2) L’unité de l’éther (p. 10 à 13) : (NDLR : par note en bas de page, Teilhard se réfère à Einstein pour dire que ce mot « éther » est maintenant inapproprié et que le mot « onde » serait plus adequat). Le premier aspect de cette unicité profonde de tous les éléments de l’univers c’est leur « radiation » commune dans l’entité mystérieuse, cosmique par excellence, nommée « éther ». inexorablement, et malgré les propriétés étranges qui le font aussi réel physiquement qu’un bloc de pierre, et en même temps qui les font aussi insaisissables qu’une limite abstraite, l’éther s’impose à la physique… une seule chose nous intéresse ici c’est qu’outre une identité originelle des centres et d’un réseau tendu entre eux de liaisons statiques, il existe indubitablement pour la multitude atomique ou astrale, de larges courants d’ensemble par où est infusé au corps commun de tout ce qui est à base d’éther, l’Ame commune d’une évolution. Et cette étape nous mène aux confins de la vie.
(3) L’unité de la vie (p. 13 à 15) . Rien n’est plus isolé, en apparence rien de plus exclusif de toute existence extra-individuelle, que la monade vivante. Immatérielles ou spirituelles, les âmes sont le type de l’achevé, du pelotonné sur soi même, de l’autonomie ; pour notre expérience et notre pensée, elles constituent des microcosmes…
Oh, la révélation de l’Ame unique après celle de la matière ! La vision de la nature, après celle du laboratoire, la vie après l’éther ! Qu’aveugles et inhumains sont donc ceux qui, regardant l’univers, prétendent les ignorer ; ou bien, assurant qu’ils les voient, ne frémissent pas sous le choc d’une grande surabondance qui les envahit tout entiers ! Car c’est trop peu d’entendre parler de la science, de regarder se dessiner du dehors, dans leur tourbillonnement individuel ou leurs trainées d’ensemble, les courants cosmiques. Les courants, ils nous constituent, ils passent à travers nous, il faut pouvoir les sentir.

(B) LA SENSATION (p. 15 à 17)
-Et j’ai fait refluer ma conscience jusqu’à la périphérie extrême de mon corps pour éprouver si je ne me prolongeais pas en dehors de moi-même. Je suis descendu au plus caché de mon être, la lampe à la main et l’oreille aux aguets, pour essayer si tout au fond du noir qui est en moi, je ne verrais pas luire les eaux du courant qui passe ; si je n’entendais pas bruire leurs eaux mystérieuses qui viennent de très bas et vont jaillir qui sait où ? Et j’ai constaté, plein de frayeur et d’ivresse, que ma pauvre petite existence faisait bloc avec l’humanité de tout de qui est et de tout ce qui devient …
-Descendons en nous, je le répète, et nous serons épouvantés d’y trouver, en dessous de l’Homme, des relations et de la réflexion superficielle, un inconnu à peine dégagé de l’inconscient, à demi assoupi encore, faute d’excitant approprié, dont les traits dans la pénombre, semblent aller rejoindre la figure du monde. Non, aucune brutalité de heurts, aucun frôlement de caresse ne sont comparables à la véhémence et à l’enveloppement de cette prise de contact de notre individu avec l’univers, quand sous la banalité de nos expériences les plus familières , nous remarquons subitement, plein d’une horreur sacrée, que le grand cosmos affleure en nous.

(C) L’APPEL (p. 17 et 18)
Cette vision, nul ne l’ayant vue une fois ne pourra l’oublier, mais semblable au marin qui a touché l’ivresse azurée des mers du sud, il demeurera -pour jamais- savant, philosophe, humble travailleur, quel que soit celui que le rayon aura effleuré ; en face de sa nostalgie du plus grand, du plus fort, du plus durable, de l’absolu dont il a un instant senti la présence et l’action autour de lui. L’éclaire qui a dessillé son regard reste comme une lumière fixée au fond de ses yeux ; et il frémit toujours à la sensation de l’universel contact …
Et pour voir sa figure, pour répondre à son appel et en comprendre le sens, pour apprendre à vivre plus, il nous faut, dans le vaste courant des choses, plonger et voir où son flot nous porte.

Fin de chapitre

 

Mercredi 26 Novembre 2014 17:27