Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Chapitre 3 du livre / Réflexion pour la réunion du 27/3/15
«LES ECRITS DU TEMPS DE LA GUERRE »


Jean-Pierre Frésafond  /  La Communion avec Dieu
(A) LE MONDE DES AMES

Selon Teilhard le christianisme serait la seule religion à se référer aux âmes, mais cette assertion n’est pas tout à fait exacte car toutes les religions en parlent. Teilhard propose deux possibilités en ce qui concerne les âmes :

-1ère possibilité : Le cosmos ne serait qu’une tige flétrissable et la seule chose qu’il puisse véhiculer ce sont les âmes, unique vecteur de pérennité. Dans cette configuration les âmes erreraient sans but, hypothèse décourageante où Teilhard n’a pas rappelé que le cosmos est un processus permettant à la matière d’accéder à un état supérieur lequel, bien au contraire, est extrêmement encourageant.

-2de possibilité : Les âmes ne se forment pas dans le monde mais, mieux que dans un rêve panthéiste, à la manière de centres autonomes, elles apparaissent, se regroupent et se spécialisent en vue de la création d’une unité supérieure. Pour expliquer l’existence des âmes Teilhard propose une lapalissade : Dieu est à la naissance, à la croissance et au terme de toute chose ; réponse à jamais mystérieuse qui n’empêche pas de dire : quoi de plus beau que de considérer l’esprit comme étant la quintessence de la matière !

Pour clore la réflexion sur ce sujet, Teilhard propose la formule hermétique suivante : « Dieu est le centre partout répandu dont l’immensité est due à un excès de concentration ». En prenant des risques, je traduis cette phrase de la manière suivante : l’énergie divine est la Force suprême partout répandue, soit une onde insaisissable dans l’espace/temps, entité dont il faut s’extraire pour « entendre » l’écho de cette illusion mystique… Les âmes ont besoin d’être regroupées pour agir dans un centre parce qu’elles ne sont pas toutes sur la même « longueur d’onde », la noosphère est cette image inventée par Teilhard, nos âmes vont et viennent sans cesse de ce grand centre cosmique à notre petit centre cosmique personnel jusqu’au moment de notre mort physique où elle quitte définitivement le corps. Je pense que cela est valable pour tous les êtres humains, depuis le plus humble jusqu’au plus évolué de tous chez qui le phénomène christique a atteint son apogée. C’est pour cette raison que Jésus disait à ses disciple « Vous êtes des elohims. »

Dès la mort physique, notre esprit quitte l’espace/temps pour rejoindre « le grand esprit de l’univers » et atteindre ce que Teilhard nomme dans ce chapitre le « tout naturel ». Si nos âmes conservent leur individualité comme l’affirme souvent Teilhard, elles respectent la même loi naturelle que les informations envoyées dans le milieu des ondes hertziennes qui ne se mélangent pas aux autres et se retrouvent bien triées dans nos téléphones et dans nos ordinateurs. Ceci est une image. La science ira-t-elle jusqu’à Dieu ? Elle y est déjà, contenue dans les limites infranchissables pour les êtres vivants.

(B) LE CORPS DU CHRIST

Selon Teilhard " Pour les esprits timides, dans leur conception, le corps du Christ est conçu par analogie avec les agrégations humaines, ce qui affaiblit le sens des Ecritures et les rend incompréhensibles ". Je ne suis pas d’accord, c’est le langage doctoral de la théologie qui rend incompréhensible les textes sacrés.

Pourquoi les religions en perte de vitesse ne consentent-elles pas à parler un langage compréhensible par le monde des cherchants ? Le langage savant est-il indispensable pour véhiculer les hautes idées ? Le langage simple, attribué à Jésus, ne serait pas dégradant pour les universitaires. Que Jésus soit considéré comme un personnage historique ou mythique ne change rien à l’affaire car l’important est que le message existe. Une légende a autant de réalité qu’un fait historique, leur seule différence est que l’une a été imaginée et que l’autre a été arrangée. L’importante est que les deux occupent notre esprit et se mythifient en lui. La légende et l’histoire induisent un monde nouveau et vivant où nous sommes biologiquement unis dans le processus évolutif.

J’ai particulièrement aimé l’idée de Teilhard concernant l’arrivée du phénomène christique nommé « La Bonne Nouvelle ». :" Il fallait une opération d’ordre transcendantal qui grefferait, dans des conditions mystérieuses mais naturelles, physiquement possibles, la « Personne d’un Dieu » dans le cosmos humain. " Ici Teilhard fait allusion, peut-être, à l’Ange Gabriel qui, dans l’Evangile de Luc, dit à Marie « L’Esprit Saint viendra sur toi, la vertu du Très Haut te couvrira de son ombre, et pour cela l’enfant né sera saint, il sera appelé Emmanuel (ce qui se traduit par : Dieu est en lui) (…) » La traduction de ce langage symbolique dit clairement : l’ombre est l’agent naturel des choses. Dieu ne transgresse pas les lois de la nature qu’Il a Lui-même mises en place en vue de ce que Teilhard nomme « évolution naturelle » Dieu est dans la matière et Il nous le fait savoir par l’intermédiaire de Jésus qui fait davantage que de vivifier la matière en créant le sacrement de l’Eucharistie. « Il consomme l’union des hommes en Lui et y introduit un « germe » de résurrection spirituelle et éternelle. » On peut affirmer que Jésus aimait l’humanité et plus particulièrement les pécheurs, personnes qui vivent en dehors de la loi que Dieu a donnée par Moïse, et celle de la Loi d’Amour du prochain.
Teilhard termine magistralement ce paragraphe avec une prière : « La chose qui est pour moi la plus difficile pour avoir part avec vous, Seigneur, est qu’il ne faut pas rejeter le monde. »
Cela signifie, à mon sens, qu’il ne faut pas rejeter les bonheurs naturels de la vie, ils ne sont pas en contradiction avec l’amour du prochain. Par là même, Teilhard condamne le culte de la souffrance gratuite et sans objet. On peut aimer son prochain tout en aimant la vie ; il suffit de « partager. »

C) LE SCANDALE DU ROYAUME DE DIEU

Implicitement des croyants, dans leur ensemble et quelle que soit leur foi, disent et pensent qu’en dehors de leurs religions il n’y a pas de salut possible, faisant fi de la loi d’amour qu’elles proclament. Les chrétiens ont parfois étés au premier rang de ce scandale, la loi d’amour étant le fondement de leur doctrine.
La vie ne se résume pas à « blanc ou noir », surtout en ce qui concerne les convictions cultuelles. Beaucoup de ceux qui se prétendent non-croyants sont, en réalité, hostiles à certaines attitudes religieuses. Personne ne croit en rien et tout le monde se fait une idée du Principe Créateur du monde. D’autre part, les religions n’ont pas le monopole de la charité et de la fraternité : il existe une morale laïque qui s’apparente à la spiritualité chrétienne. La théocratie est d’une autre époque ; maintenant on discerne clairement , parsemés dans le monde, les germes d’une autonomie morale et spirituelle, de fraternité et de compréhension. L’évolution du phénomène humain se fait à petits pas, un peu partout, et elle se propage comme une « bactérie de sagesse ». Cette tendance est irréversible. Le combat entre le bien et le mal est engagé mais restons optimistes et conscients, Teilhard le dit : " L’organisme surnaturel divin se développe à travers les progrès humains, indépendamment du divin, voire même en rupture avec lui. "
Finalement, il n’y a pas de scandale du royaume de Dieu, mais un miracle étrange qui nous interpelle et toutes les religions devraient s’accrocher à ce train.

Vendredi 20 Mars 2015 13:17