Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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CHAPITRE 9, TOME10 travail pour mars 2013


-Ce memorandum n’a que cinq pages, il n’y avait pas lieu de le contracter ; c’était même impossible. En revanche, compte tenu de l’ambivalence, de la complexité et des contradictions de ce chapitre 9, le problème était d’en dégager les idées fortes (il n’y a même que ça, elles partent dans tous les sens), qui sont nombreuses, et un axe directeur, qui n’est pas évident. Ce texte a été écrit à Paris en 1939, il n’a pas été édité et Teilhard l’avait classé dans ses dossiers.
Teilhard était décédé depuis 14 ans quand le Comité Scientifique ressortit ce texte pour le placer dans le tome-10 qui est une compilation, assemblée par le dit Comité Scientifique selon une logique évidente : rendre Teilhard politiquement correct . Une dizaine de ses livres ont été traités ainsi.
Dans les compilations teilhardiennes l’ordre chronologique ne suffit pas, il faut tenir compte de sa culture religieuse familiale traditionnelle, ineffaçable, et de sa réflexion scientifique et philosophique qui le tirait dans le sens opposé. En 1939 son « Phénomène Humain » avait déjà été interdit par sa hiérarchie, il était mortellement blessé, non pas dans sa fierté mais dans son élan généreux de communication contrarié.

L’assemblage du tome 10 est discutable, c’est dommage car le titre « Comment je crois » est accrocheur, mais on reste sur sa faim. Le Comité Scientifique aurait pu faire un recueil plus progressif, plus dynamique mais telle n’était pas leur intention. Heureusement que le tome-1 (Le Phénomène Humain) existe, entièrement écrit et bâti par Teilhard, seul livre à lire peut-être car toute sa pensée y est contenue. Dans l’introduction de cette œuvre, Teilhard nous prévient : ce livre est exclusivement un traité scientifique. Malheureusement, je le rappelle, le Comité Scientifique a trahi Teilhard en ajoutant à la fin du livre un article qui n’avait pas été écrit pour cette oeuvre, intitulé « Le Phénomène Chrétien », lequel est très bon d’ailleurs, mais n’a rien à faire dans le livre scientifique qu’est « Le Phénomène Humain »… N’ayons pas peur des mots, c’est discourtois, mais les membres du Comité Scientifique ne m’entendent pas, ils sont tous décédés et l’Eglise qui les commanditait est toujours vivante. A la décharge de ce Comité, le tome-7 « L’Activation de l’Energie », qui est une compilation, est excellent, dans la suite logique et l’explication du « Phénomène Humain » . Il est donc recommandé de le lire après le tome-1.

-Mais revenons au chapitre 9 où Teilhard réutilise quelques bonnes idées et les améliore, par exemple, sous des formes différentes, le schème du cône se retrouve trois fois dans le tome 10 :
-Chapitre 5 page 66,
-Chapitre 9 page 155
-et chapitre 13 page 224
Le symbole du cône est déjà présent dans les tomes 1 et 7.

-Si je devais proposer les points les plus importants du chapitre 9 ils seraient les N°s 7 et 9 dans lesquels Teilhard ajoute d’autres qualités au principe christique : « Homme prophète extrêmement conscient de Dieu » et, ne craignant plus l’anthropomorphisme : « Dieu pénètre dans sa création par le seul moyen possible, le Phénomène Christique »… « Le christianisme satisfait au mieux la tendance qui porte l’Homme vers une sorte de panthéisme, celui dans lequel les éléments (que nous sommes) s’achèvent par accession à un centre plus profond qui unit, tout en différenciant ».
Quand Teilhard écrit « extrêmement conscient de Dieu » à propos du Christ historique, il s’exprime comme le feraient des sages et érudits musulmans qui, rappelons le, vénèrent le Christ et sa Mère.
« Etre extrêmement conscient de Dieu »évoque pour moi la méditation. Pourquoi Teilhard ne développe-t-il pas le concept d’expérience mystique ? Donner des arguments techniques pour donner la foi est bien, mais insuffisant ; il faut donner en plus les moyens techniques de réflexion, et la méditation est le principal de ces moyens.
Teilhard évoque « l’étonnante puissance mystique liée au Christ historique », il ne peut plus le cacher, il a une expertise en la matière ; est-ce dans sa poésie qu’on peut la trouver ? Parle-t-il quelque part de la théorie de la docte ignorance cachée dans l’ésotérisme chrétien, qui est tout le contraire de l’ignorance, mais l’art de faire le vide en soi, condition sine qua non pour être en état de méditation ?

-Toujours dans le point 9 de Teilhard je reviens à ceci : « Si l’on regarde Dieu comme étant le Centre des centres, si l’on regarde l’Homme comme étant un axe de progression de la conscience, alors, on échappe aux faiblesses du christianisme … simplement par un changement de dimensions. » Je doute que cette démarche soit suffisante s’il n’y a pas un renouveau dans la sensibilité humaine, un réchauffement spontané de cette humanité… Comme le dit Teilhard, seule la compression des sociétés humaines peut provoquer ce réchauffement. Comme chacun le sait, les réchauffements provoquent des courants, où nous emmèneront-ils ?

Mardi 12 Mars 2013 12:49