Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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TRAVAIL A PRESENTER EN SEPTEMBRE 2014


Jean-Pierre Frésafond / REFLEXION PARTIELLE SUR LA 3ème PARTIE DU TOME 4, MILIEU DIVIN  PAGE 133,
Page 135 1) LES ATTRIBUTS DU MILIEU DIVIN

-Teilhard écrit qu’en dépassant les zones sensibles on peut ainsi apercevoir les manifestations du milieu divin…Ici commencent les difficultés d’enseignement pour accomplir un tel travail sur soi-même… Où commencent les manifestations mystiques ? Qu’est-ce qui les différencie de la folie ? Sommes-nous visités par un esprit supérieur ou bien notre cerveau est-il en train de se raconter des histoires ?Ces histoires seraient-elles inspirées par une puissance supérieure ? Cela pourrait expliquer le phénomène des révélations. Il faut aussi entrer dans le domaine des pathologies physiques pour faire la différence ; je fais référence (entre autres) aux méthodes d’hypnose ericksonienne qui opèrent d’incontestables miracles de guérisons partielles et même totales sur des pathologies abandonnées par la médecine classique.

L’existence des énergies spirituelles est incontestable. Mais qu’il s’agisse de manifestations mystiques ou de guérisons, nous ne sommes plus dans le domaine de communications de type grand public, pour la bonne raison qu’il doit y avoir entente entre le visiteur et le visité. Il faut que le visité soit en mesure d’exciter les « diodes » de ses réseaux secrets, et procéder avec une certaine méthode … . Nous somme ici dans le domaine intime et secret, il ne faut pas trop en parler au risque de passer pour un fou (« Dieu m’a parlé »). A mon avis il vaudrait mieux parler « d’écho » que de « parole ».

Dans ce texte, Teilhard demande d’admettre l’existence d’un Principe divin capable de se connecter sur les régions supérieures de notre pensée. Autrement dit, il faut adhérer à la doctrine du Verbe-Lumière, soit, Dieu est Energie et information de toutes choses ; sa volonté a fait que cette information soit consubstantielle à la matière. Dieu est donc TOUT, son information est en nous et il n’est donc pas étrange que notre pensée le perçoive plus ou moins consciemment, comme une caisse de résonnance.

Page 136 Compte tenu de ce qui est écrit plus haut la pensée de Teilhard parait moins étrange lorsqu’il écrit : « J’attends Dieu en ceux que j’aime dans la mesure où nous sommes spiritualisés. »

Pages 137,138 « Le Milieu divin est un centre où tous les éléments de l’univers se touchent… » Je penserais plutôt que Dieu est partout et nulle part ; gardons nous d’être trop catégoriques en la matière, l’Arbre de la Connaissance n’est pas infini ; « De là, par Lui et en Lui nous commanderons le tout » est une phrase un peu trop audacieuse.

Page 139 « L’homme qui se livre au Milieu divin se sait orienté… »Il n’y a là rien d’étonnant puisque le Milieu divin est un champ de forces. Par contre je ne suis pas du même avis que Teilhard quand il ajoute « Il n’est pas panthéiste l’hôte du Milieu divin. » car cette phrase est contraire à ce qu’il a écrit de plus beau, « L’Hymne à la matière » ; contraire aussi à ce qu’il a écrit page 39 du tome-10, « Comment je crois » : « Dieu fait que les choses se fassent… » Je sais très bien que les théologiens se prennent les pieds dans le tapis quand ils abordent ce sujet tabou qu’est le panthéisme qui peut être défini de manière indiscutable en déclarant que Dieu est dans la matière. Si l’on refuse cette hypothèse on est obligé d’admettre une création subite, ex nihilo, complètement incompatible avec le phénomène de cosmogénèse proposé par Teilhard.

Page 141 Teilhard a donné la meilleure définition qu’il soit du Christ-Universel et pour mettre fin aux dérives d’interprétation voici un résumé de ce qu’il en a écrit : Le Christ-Universel est dans le cosmos l’aboutissement normal des phénomènes christiques planétaires, dans le prolongement des phénomènes humains, et cela dans le cadre naturel de l’évolution de la matière. Ainsi donc, nous sommes loin du concept d’un seul Christ terrestre qui dominerait le reste de l’univers. ; je proposerai un Christ par planète similaire à la nôtre.
Il n’est pas blasphématoire d’imaginer des phénomènes christiques dont le Héro arriverait à son achèvement autrement que par une horrible mort voulue et préparée. On peut imaginer des phénomènes humains moins stupides que celui de la planète Terre lesquels, spontanément, convergeraient vers Omega.

Page 142 Citation retenue : «Au sein du Milieu Divin les choses se transforment, mais par le « dedans . Elles baignent dans la Lumière, elles exaltent ce qu’il y a de plus définitif dans leurs traits. Nous ne pouvons nous perdre en Dieu qu’en prolongeant au-delà d’elles mêmes les déterminations les plus individuelles des êtres. »
Cette pensée est merveilleuse, sauf l’expression « Nous perdre en Dieu » car je préfèrerais dire : »Nous retrouver en Dieu ». « Se perdre en Dieu » est en contradiction avec ce que Teilhard a souvent écrit : plus nous nous synthétisons dans l’Autre et plus nous devenons nous même : une synthèse personnalisante donc … Je rapprocherai cette idée teilhardienne d’une pensée de F. Nietzsche que le père se plaisait à citer : « L’être qui devient, devient pour être soi-même.La vie est la genèse des forts, le corps est le départ radical pour saisir l’être.
Teilhard aurait pu écrire la même chose.

Page 143 La citation suivante de Teilhard est un écho aux deux citations précédentes :-"Le monde ne s’illuminera de Dieu qu’en réagissant à notre élan. "(Nietzsche a raison de dire qu’il faut protéger les forts contre les faibles). C’est sur , la « grande manip » divine n’est pas gagnée d’avance et Dieu a besoin des hommes pour achever son œuvre. Il a même autant besoin des chrétiens que des païens, il suffit qu’ils aient la foi. La Foi est un instinct humain qui fait le pendant à l’instinct animal, mais à un palier supérieur. Les oiseaux ne savent pas où ils vont quand ils migrent, mais ils y vont, attirés par un champ de force inconnue, tandis que l’homme, lui, réfléchit et décide.

Page 147 2) LA NATURE DU MILIEU DIVIN, LE CHRIST UNIVERSEL ET LA GRANDE COMMUNION

-Avant de parler de communion Teilhard aurait dû éviter de faire de la ségrégation religieuse ; ce qui est assez récurrent dans son œuvre. Je le cite : « A priori, le Milieu divin est une condition et une conséquence des attributs chrétiens » (il aurait dû écrire des attributs humains !). Il est difficilement admissible que Teilhard privilégie les chrétiens par rapport aux autres croyants. Il aurait été curé de campagne au Moyen Age, on le lui pardonnerait… mais il est scientifique, philosophe, théologien, paléontologue internationalement reconnu, il est du XXe siècle et, en plus, il est un homme brave et humain (voir guerre 14/18). Que les gens de bonne société me pardonnent : pourquoi n’envoie-t-il pas un message œcuménique ? (J’entends par ce mot de réunir toutes les religions, et pas seulement les chrétiens).

Pages 148,149 Il n’y a pas de religion meilleure que les autres car elles descendent toutes de la même Tradition, elles sont toutes impulsées par la même Force intérieure inconnue issue de l’universelle doctrine du Verbe Lumière, elles éprouvent les mêmes frayeurs provoquées par les forces naturelles, de la même pensée de la mort, et de la même invention commune, celle du Dieu Terrible qu’il faudrait amadouer. Les religions sont aussi anciennes que l’humanité, elles ont plusieurs millions d’années. Les religions sont le reflet des régions de la terre et de leurs cultures, elles sont adaptées aux divers modes de vie, elles on foi en un Principe divin à qui elles attribuent des noms différents.
Telle est la nature du Milieu divin dont il est question dans le paragraphe de ce chapitre. C’est la raison pour laquelle un « envahisseur » n’a pas le droit de convertir de force à sa religion un peuple envahi. Toutes les religions ont commis les mêmes excès et les mêmes violences au nom des mêmes valeurs vénales, au nom des mêmes Etats de droit divin. Alors, n’évoquons pas la prééminence de la foi chrétienne, contentons nous d’aimer et de respecter notre prochain et la religion à laquelle il adhère.
Si une chose peut mettre en valeur la foi chrétienne ce sont les attendus du procès de Jésus face au sanhédrin qui ne toléra pas de se faire traiter d’hypocrite par Jésus. La loi d’amour universel est la seule force créatrice du Milieu divin et de la matière. A cette occasion et au nom de la force d’amour, Teilhard se réfère à l’apôtre Jean ; ce qui est très rare de sa part et mérite d’être signalé.

Pages 150 à 158 Avec la notion de Milieu divin Teilhard glorifie le phénomène christique et sa plus forte représentation qui est l’Eucharistie. A mon sens, le Pain et le Vin ne sont pas les seuls refuges de ce Dieu qui est dans la Matière, mais l’homme doit se persuader de la plus forte présence de ce Dieu qui est en lui même. Et cet Homme qu’est Jésus est la preuve vivante que l’homme est créé à l’image de ce Dieu sans qui rien de ce qui est n’aurait existé, telle est sa volonté. L’Homme-Dieu qu’est Jésus est la preuve que l’achèvement de l’humanité est possible mais, pour elle, ce sera plus long à se réaliser, trente trois ans n’y suffiraient pas ; seul un Homme achevé dès sa naissance peut y parvenir, c’est cela le phénomène christique.
Evidemment, tout cela est difficile à expliquer « aux simples », encore que, peut-être comprennent-ils mieux le langage symbolique que les théologiens de métier car le symbole Eucharistique remplace les mots. « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux » (Matthieu 5/3). Les symboles ne s’expliquent pas, ils se ressentent.
Cela est très bien expliqué par Teilhard : « Depuis les origines de la préparation messianique jusqu’à la parousie, en passant par les manifestations historiques de Jésus, un seul évènement se développe dans le monde, c’est l’Incarnation réalisée en chaque individu par l’Eucharistie. » mot issu du grec eukharistia « reconnaissance, action de grâce, bienveillance » qui signifie l’Alliance Esprit/Matière. L’homme est une Hostie vivante.
Avec l’Eucharistie, Il faut reconnaître que le Christianisme est allé plus loin que les autres religions. Mais si l’on situe ce Sacrement dans le contexte sacrificiel uniquement on peut dire que les autres cultes sont sur la même voie, ne serait-ce qu’en considérant le sacrifice que Dieu a demandé à Abraham. Tout sacrifice demandé par Dieu a une valeur universelle. Globalement, il est nécessaire que l’humanité acquière un sixième sens, celui de l’intuition et du symbolisme car il est le code d’accès au Milieu divin.

Page 158 3) LES ACCROISSEMENTS DU MILIEU DIVIN
-Voici une citation de Teilhard qui est à la fois une parole évangélique révolutionnaire et une bonne définition du phénomène christique : « Le Royaume de Dieu est au-dedans de nous-mêmes. Quand le Christ apparaître Il ne fera que manifester une métamorphose accomplie au cœur de la masse humaine. ». Cette pensée devrait permettre d’adhérer à l’évolution dans la doctrine chrétienne. Ainsi que je l’ai dit précédemment, le Christ ne rachète pas une faute, inexistante, mais Il éclaire la voie que peuvent emprunter les hommes. (référence à une phrase du Cardinal Ratzinger en 1985)

Page 159 « Un jour l’homme prend conscience qu’il est devenu sensible à certaines perceptions du divin, un esprit nouveau a traversé sa vie. » Cela prouve la consubstantialité de Dieu et de la matière ; au-delà d’une certaine intensité de l’énergie spirituelle qui est en nous.

Page 160 « Cet homme nouveau sera peut-être païen » Ce n’est pas souvent que Teilhard évoque la pensée gnostique, par de telles paroles il se positionne dans l’avenir.

« Ne nous laissons pas prendre par les apparences et les discours de bien des mystiques… La réalité que les hommes on pressentie ne concerne souvent qu’un concept métaphysique ou une idole. »
Teilhard fait-il son autocritique, est ce volontaire ou inconscient? Disons que parfois il se perd dans un discours d’extase métaphysique, hors de la portée du commun des hommes. C’est beau, mais l’incompréhensible peut causer des dommages dans les milieux profanes.

Page 161 « Les déviations panthéistes témoignent du besoin d’une parole révélatrice tombant de la bouche de Celui qui Est ». Voilà qui fera plaisir aux chrétiens insatisfaits de notre époque. Actuellement la doctrine chrétienne traditionnelle s’ouvre timidement et c’est bon signe pour l’avenir. Il faut être patient et ne pas aller trop vite dans cette ouverture, les sensibilités des croyants sont comme une harpe couvrant toutes les notes de la gamme sonore. Il faut absolument prévoir un accompagnement pour cette percée sur la gnose de St Jean l’Evangéliste . Chacun doit pouvoir progresser à son rythme, l’important est d’avancer.

Page 162 Et voici une citation de Teilhard pour confirmer ce qui précède sur le sujet de la communication : « S’il est permis de modifier légèrement un mot sacré, nous dirons que le grand mystère du christianisme ce n’est pas exactement l’apparition mais la transparence de Dieu dans l’Univers. O oui, Seigneur ! pas seulement qui affleure, mais le rayon qui pénètre. Pas votre épiphanie, Jésus, mais votre diaphanie. »
Cela change tout.

Pages 163 à 164 Ces pages proposent des structures imaginaires du monde céleste. Ce monde étant inaccessible, j’accorde une liberté absolue de conscience aux poètes qui l’abordent.

Page 165 Teilhard traite de la question des progrès individuels du Milieu divin selon une culture traditionnaliste : pureté, foi et fidélité, trois mots dont le sens a été oublié à notre époque profane s’il en est.
-La pureté : Teilhard la définit par son contraire. Est spirituellement impur celui qui s’attarde dans la jouissance égoïste. Mais je me souviens que dans un chapitre précédent il a écrit que l’excès posait aussi des problèmes. Je me sens mal placé pour parler de cela. Il n’est pas interdit d’être heureux si dans le même temps on se préoccupe de l’autre. Surtout, ne mêlons pas le mystère de l’Annonciation à ce sujet humain immergé dans le quotidien ; l’important étant qu’au moment de notre mort notre degré de spiritualisation doit être supérieur à celui de nos débuts de vie d’adulte.

Pages 169 à 173 - La foi, définition de Teilhard : « La foi n’est pas la seule adhésion intellectuelle au dogme chrétien, elle est surtout la croyance que l’univers, qui est entre les mains du Créateur, est l’argile don tIl pétrit à son gré les multiples possibilités. » C’est à mon avis suffisant pour qu’à l’instant de la mort l’âme soit sauvée ; c’est le minimum requis pour qu’elle échappe à la disparition. C’est un seuil critique qui définit un palier spirituel, en dessous duquel nous sommes dans le tas des « cendres froides » (l’enfer) et au-dessus duquel nous sommes dans la noosphère.

P.174 et suite P. 177 -La fidélité : définition de Teilhard : « Si la foi consacre le monde, la fidélité y communie. Ce geste sera celui d’une correspondance active au devoir quotidien. » Il faut que le mot « devoir » retrouve du sens.
« Par la fidélité nous nous trouvons situés au point de convergence des innombrables faisceaux des forces extérieures et intérieures du monde. » C’est là que, surmonter notre paresse naturelle, devient une nécessité absolue car se défausser est un réflexe « normal » dans ce qui est convenu vulgairement.
« Par la fidélité nous rendons à Dieu le baiser qu’Il nous offre par l’intermédiaire du monde ». Et Dieu sait s’il en a besoin !
Ces trois vertus nous ramènent à la case départ (cf : le Phénomène Humain). La vie a-t-elle un sens ? Teilhard est le seul philosophe à répondre positivement à cette question, et il le prouve quasiment scientifiquement dans ce livre.
 

Vendredi 5 Septembre 2014 15:09