Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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-Teilhard de Chardin invoque souvent le principe de non-absurdité de l’univers pour apporter la preuve de l’existence d’un Créateur et de la possibilité du Point Omega.

-Les scientifiques actuels invoquent un « principe anthropique » assez similaire à l’idée de Teilhard, à savoir : les effets prouvent les causes ; l’absurdité étant d’aller vers le probable et la non-absurdité d’aller vers l’improbable.

Dans ces deux hypothèses, la matière serait une substance distillant l’information initiale ou, si l’on préfère, l’énergie spirituelle qui la constitue.
Cette énergie ainsi libérée parait s’orienter vers l’une des deux destinations suivantes :
(a) Soit l’énergie distillée par l’homme converge vers le, Point Omega sous forme d’atomes de l’esprit, intégrant la puissance divine créatrice,
(b) Soit cette énergie humaine spirituelle est l’aliment dont la puissance divine a besoin pour se maintenir dans un état potentiellement positif par rapport à sa création.
Dans l’option (a) il y aurait un commencement et une fin de l’univers spatio-temporel, suivi d’un état éternel, mais cela pose deux problèmes :
Le premier : qui a créé Dieu ?
-Le second : un univers spirituel éternel est forcément statique ; ce qui est incompatible avec une telle concentration d’énergie, fut-elle spirituelle (par définition l’énergie est mouvement et s’il y a mouvement il y a temps).

-L’option (b) est plus crédible si on l’assortit d’un univers en création continue, hypothèse selon laquelle il n’y a plus de commencement. Le problème de l’après-univers ne se poserait pas non plus car, pour être cohérent, avec la théorie de la création continue, il y aurait une production continue de l’énergie spirituelle, « carburant » du Créateur, seul aliment possible. Il n’y a plus ni commencement ni fin, plus ni convergence ni de point Omega, mais un cycle éternel et continu d’un processus physico-spirituel.
Cette option (b) n’est ni plus absurde ni désespérante que l’option (a), les deux sont des postulats possibles.

Certes, l’option (a) correspond mieux à l’antique pulsion d’éternité reprise par toutes les religions ; elle a même l’avantage de placer l’homme comme futur partenaire de Dieu après la fin du monde apocalyptique qu’elles promettent..

D’un point de vue marketing des religions, l’option (b) a l’inconvénient de nous réduire au rôle peu gratifiant de carburant spirituel du Créateur et c’est difficile à vendre, il n’y a plus le côté merveilleux des fables apocalyptiques. Cependant, cette vision est assez proche des religions védantes qui, justement, comme le Bouddhisme, ne sont pas des religions mais des voies.

Schopenhauer avait déjà tiré une conclusion assez semblable en répondant à ceux qui l’interrogeaient sur l’au-delà : « Après la mort, vous serez ce que vous étiez avant votre naissance ». Il ne s’engageait pas beaucoup avec cette évidence humaine, cynique et rationaliste très répandue.

A mon avis, il n’y a que des différences de détails entre l’option (a) et l’option (b) qui, l’une et l’autre, sont inatteignables à notre connaissance humaine. La seule chose dont nous puissions être certains c’est que le cycle des atomes qui constituent notre corps est du domaine scientifique. Ce dont nous pouvons être certains aussi c’est de l’existence de la mystérieuse information présente dans la matière et qui la pousse à s’organiser et à se complexifier à l’infini. Le principe anthropique est conforme à la pensée scientifique. On peut même aller plus loin, vers la métaphysique en disant qu’il ne peut exister quelle que sorte de néant que ce soit ni avant, ni après l’existence de l’univers ; rejoignant ainsi encore une fois Schopenhauer.

Le vrai problème existentiel est la possession et le maintien du goût de vivre sans lequel l’humanité court à l’échec. De ce point de vue, on peut saluer les religions si elles ont compris cela, et on ne peut pas rejeter les fables qu’elles utilisent si elles parviennent à donner ce nécessaire goût de vivre. Je pense que le symbolisme de ces fables est en mesure de conduire l’humanité vers plus de paix et plus d’harmonie.
L’idéal selon lequel tous les hommes, spontanément, sans l’aide des religions, puissent s’organiser en paix et en harmonie est une utopie, l’anarchie est une illusion statistiquement irréalisable. L’humanité ne peut être sauvée que par un élan de masse cohérent. Un homme seul, fut-il le plus grand, ne peut sauver l’humanité.

La seule vraie question qui subsiste est : l’illusion religieuse que nous projetons en avant de nous peut-elle devenir réalité dans l’au-delà ? Il n’est pas interdit de le croire et cela n’est pas absurde, dans le domaine de l’esprit une pensée doit être considérée comme une réalité.

Jeudi 21 Juillet 2011 16:07