Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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-Dans ces 40 points il ressort un ensemble de 7 courants, soit un véritable testament philosophique auquel j’adhère globalement, il met une fois de plus en évidence la cohérence de la logique teilhardienne. Ci-dessous la présentation de ces sept courants d’idées et les remarques qu’ils suscitent.

-1er courant (citation) : « Je crois que l’univers est une évolution, que l’Esprit s’achève en du personnel, je crois que le « personnel » suprême est le Christ Universel ».
Cette formule est parfaitement cohérente avec la logique du « Phénomène Humain », à savoir : « dedans des choses », puis « émergence » du principe d’informations de ce « dedans des choses » ; ensuite « atomisme de l’Esprit », qui correspond à cette théorie de l’achèvement en du « personnel » et, finalement, extrapolation du « personnel » dans le « Personnel Suprême » qu’est le Christ Universel et dont le Christ historique est la manifestation terrestre, preuve irréfragable de la compatibilité de la théorie de l’évolution avec la christologie. Cette théorie est compatible avec le principe d’un Créateur de l’univers, bien entendu, car vu depuis la planète terre, il faut bien qu’il y ait un « commencement » symbolique sur lequel la pensée humaine peut s’appuyer. Mais il faut tout de même admettre l’idée incompréhensible de l’éternité, inconcevable, sauf à la formuler en termes mathématiques, seule « croyance a priori » incontournable. Pour le reste, on peut s’en remettre au raisonnement logique et à la théorie de Teilhard.
Il est évident que cette théorie est difficilement explicable dans un dogme qui s’adresse au grand public. En revanche, il faudrait encourager ce grand public à lire et relire le livre de la Genèse et le Prologue de Jean, lesquels disent symboliquement la même chose.

-2ème courant (citation) : « Par son ontogenèse chaque être est coextensif à la durée entière de l’univers, il n’est que l’élément infinitésimal d’une cosmogénèse en laquelle s’exprime finalement l’individualité comme étant une face de l’univers. »
De cette pensée se dégage une délicate question : Dieu est-Il un individu, tel qu’Il est présenté par la doctrine divulguée au grand public ? Dieu nous voit, nous parle, nous aime, nous punit, etc … le pire se trouve dans certaines prières demandant à Dieu de prendre « pitié » de nous.
La difficulté de communication est bien ici : Dieu n’est pas un individu, du moins dans le sens courant du terme ; Il est un principe, ce terme n’est pas un échappatoire et l’une de ses meilleures définitions est celle proposée par Teilhard : « Dieu fait que les choses se fassent ».
La seule recommandation anthropomorphique que nous puissions formuler est la suivante : l’Auteur et Créateur de l’univers ne verrait certainement pas d’un mauvais œil que les êtres humains coopèrent davantage à la réussite de son « entreprise » pour laquelle Il a pris des risques énormes (si l’on peut dire) en jetant dans l’arène toutes ses forces d’élans vitaux et d’élans moraux. Ces élans, à la fois opposés et complémentaires, sont vraiment une des « faces » de l’univers comme le propose Teilhard.

-3ème courant (citation) : « J’ai senti évoluer une croyance et j’ai ressenti qu’il n’était rien d’avoir découvert de sens de l’évolution de l’univers sans y adjoindre la notion d’irréversibilité. Il ne faut rien moins que l’attrait d’un résultat indestructible, nous ne marchons que sur l’espoir d’une conquête de l’immortel. Il y a de l’immortel en avant de nous. »
Ici Teilhard nous « vend » du rêve, il est un prince du marketing avant l’heure, rejoignant en cela les politiciens et les commerciaux, l’humanité est suspendue à un rêve… il n’y a pas d’autres solutions, et cela est une vérité concrète … hélas !
En effet, le pari va être difficile à soutenir, tout ce qui nous entoure, ainsi que nous-mêmes, est mortel et donc incompatible avec la notion d’irréversibilité ; la matière est finie, l’univers est indéfiniment fini. Comment donc défendre l’idée proposée ici par Teilhard ? Je ne vois qu’une solution : il faut imaginer une suprême énergie qui domine et compose toutes les énergies connues et reconnues par la science ; une Energie initiale hors du temps et de l’espace, une Energie divine en somme, à laquelle il faut croire , elle est inconnaissable par l’homme, nous ne pouvons que l’adorer …
Teilhard a trouvé la formule : il faut adorer l’évolution qui est la manifestation tangible à la fois incontestable et mystérieuse.

-4ème courant (citation) : « Si à l’achèvement de la terre le Tout de la conscience est retourné à zéro, nous désarmerons, ce sera la grève et la perspective d’une mort totale. L’humanité sera placée entre deux choses : le suicide ou l’adoration. »
Choisir entre le suicide et l’adoration, telle serait donc la règle du jeu ? A l’échelle de l’univers le « suicide » de l’humanité ne serait qu’un « point de détail » par rapport au nombre incalculable de planètes habitables probables dans le nombre incalculable des galaxies pouvant les contenir … La notion de déchet fait aussi partie de la règle du jeu engagé par le Créateur de l’univers, tout progrès a un prix ; il vaut mieux le savoir et fixer notre position de partenaire actif et coopérant. Est-ce vraiment la bonne attitude de prier Dieu de « prendre pitié de nous » ? L’homme doit être conscient et donc responsable de ses actes ; il les assume.

-5ème courant (citation) : « Quand toute la matière sera consommée il restera l’Esprit. »
La voici cette mystérieuse Energie évoquée dans le « courant n° 3 ». Mais que signifie le mot consommé rapproché du mot matière, la matière serait-elle brûlée et son énergie récupérée ? Cette citation de Teilhard contient du symbolisme alchimique d’origine Rose-Croix qui se traduit par la phrase : Igne Natura Renovatur Integra (La Nature est renouvelée entièrement par le feu). Cette formule datant de l’hermétisme de la Renaissance italienne rappelle une formule plus ancienne attribuée à Enoch : « Le feu brûlera le feu » ; il s’agit là de l’Energie de l’Esprit qui est plus forte que celle de la matière… Ce symbolisme mérite réflexion.

-6ème courant (citation) : « Ici s’arrêtent et culminent les développements de ma foi, en un point où il m’arrive de perdre confiance en toutes les religions révélées. Ce qui était « intuition » est devenu « sentiment raisonné » quant à la possibilité d’une « Présence ». Une Présence n’est jamais muette. »
Tout comme Spinoza en son temps, notre Teilhard « homo modernus » suggère que les religions aient des limites, elles doivent être dépassées par la réflexion personnelle, laquelle n’est plus une faute mais presque un devoir ou, pour le moins, un conseil avisé.

-7ème courant (citation) : « Si par suite de quelque renversement intérieur je venais à perdre ma foi au Christ et en Dieu, je continuerais invinciblement à croire au monde. »
Cette confession est dans le prolongement de la précédente citation, elle est chargée d’optimisme. Sans les recherches et les réflexions sur les données scientifiques que Teilhard a découvertes durant toute sa vie, il n’aurait pas eu ce rebondissement de conviction prenant le relai d’une foi religieuse désarmée ; la réflexion scientifique a balayé le doute. Le trésor à découvrir est en nous, nous seuls pouvons le trouver.

En revanche, n’oublions pas la formule évangélique « Heureux les simples en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux » .
J’ajouterai : heureux sont les humains qui ont le « bonheur »facile, la foi et l’amour suffisent (voir du côté de St Jean l’origine de cette réflexion).

Vendredi 11 Janvier 2013 21:28