Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Je n’ai pas pour habitude de faire des planches de philosophie universitaire qui, pour la plupart, témoignent d’un gigantisme culturel et d’une atrophie de la fonction de réflexion.
Il faut « trouver l’idée sous le symbole » et non pas l’inverse, soit partir du symbolisme qui a pour fonction d’activer la réflexion ; éventuellement, si cela peut appuyer le discours, quelques citations de philosophes peuvent y trouver leur place.
Précisons que ces deux mots ne sont pratiquement pas utilisés dans le langage courant. Etymologiquement ils ont la même signification, sauf que les philosophes en ont décidé autrement.

Ces deux mots en sont quatre, en réalité :
-il y a théiste et théisme (l’adepte et le système)
-il y a déiste et déisme.

Selon le dictionnaire Larousse, théiste et théisme sont d’origine grecque alors que déiste et déisme sont d’origine latine.
-Le théisme est une doctrine qui affirme l’existence personnelle d’un Dieu révélé dont l’action est providentielle sur le monde.
-Le déisme est le système de ceux qui rejettent toute révélation et se réfèrent à l’existence d’un principe divin qui induit une religion naturelle et personnelle.

On peut résumer en disant : le théiste croit en ce qu’on lui dit, tandis que le déiste croit en ce qu’il pense lui-même.

J’ai vécu en étant théiste, puis déiste, sans le savoir on peut vivre sans problème existentiel dans ces deux dispositions d’esprit. Le théisme correspond au début d’une démarche religieuse, alors que le déisme est le développement de cette recherche et, il faut bien le dire, suite à un théisme insatisfait. Nous sommes ici dans le domaine intime des individus et, malheureusement, par manque de compréhension (tolérance) les individus s’enferment dans leurs convictions et pour peu qu’un agitateur intervienne, cela tourne à l’affrontement social, les parties s’excluent réciproquement.

Ces antagonismes remontent aux débuts de la chrétienté (pour ne parler que de cette religion-mère), les déistes ont toujours été assimilés aux courants gnostiques et sont classés, même à notre époque, dans la catégorie des hérétiques. Ce qui est curieux, c’est que les grands chasseurs d’hérétiques comme saint Paul et Saint Irénée étaient eux-mêmes des gnostiques. J’expliquerais ce paradoxe par la lourdeur des systèmes religieux qui ne peuvent satisfaire ni l’avant-garde ni l’arrière garde de la pensée sans risquer de perdre des adeptes de l’une ou de l’autre tendance s’il y a engagement dans un sens ou dans l’autre. Toutes les religions sont des systèmes à visée théocratique et la démagogie est la seule arme en démocratie.

Les religions chrétiennes n’ont pas le monopole de l’intégrisme : les Soufis ont toujours été combattus et le sont encore dans le monde musulman (voir ce qu’il se passe en Indonésie). Les religions Juives ont exclu Spinoza et autres courants gnostiques. Le plus bel exemple de l’intégrisme religieux fut l’interdiction des « Ecoles de la Sagesse » en Espagne qui unirent Juifs, Chrétiens et Musulmans pour diffuser la pensée des philosophes grecs dans toute l’Europe. Cela se poursuivit par l’acharnement de la « sainte inquisition » qui envoya pendant plusieurs siècles des hérétiques sur les bûchers. La lutte des théistes contre les déistes est d’autant plus forte que les intérêts financiers sont importants, voir les Cathares qui furent combattus par Saint Louis pour agrandir son royaume. Galilée a évité le bûcher parce qu’il s’est dédit ; Giordano Bruno qui s’est acharné dans toute l’Europe n’y a pas échappé.

Parmi les religions qui regroupent plus d’un milliard d’adeptes chacune, les religions animistes sont une exception, elles ne connaissent pas cette opposition entre théistes et déistes. L’explication en est que, par principe de base, ces religions sont déistes, le Principe Divin est au fond de chaque individu et c’est à lui de l’y découvrir. Ces religions animistes sont des religions naturelles et personnelles, elles ne sont pas des appareils à visée théocratique, elles n’ont pas de dogmes, elles recherchent le contact avec un ‘Dieu-Nature ». Spinoza, Maître Eckart et Teilhard de Chardin ont dû s’en inspirer.

Ainsi, l’opposition du théisme au déisme est un faux problème

Lundi 22 Novembre 2010 19:06