Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Résumé de la seconde partie du chapitre 8 sous le titre « La Confluence des Religions » écrit à Pékin en octobre 1934
du livre, tome 10, « COMMENT JE CROIS »


La seconde partie du chapitre 8 va des pages 139 à 152. On peut y relever 27 idées fortes (« IF »). Ici, Teilhard fait une analyse très lucide des courants religieux de son époque. La situation actuelle est quelque peu différente, ce qui est normal et on peut imaginer que Teilhard aurait suivi cette évolution s’il avait vécu aujourd’hui.

Page 139

-IF N° 1 Le phénomène religieux n’est rien moins que la réaction à l’univers de la conscience et de l’action humaine et collective en voie de développement.

-IF N° 2 La religion est attachée et coextensive, non à l’individu mais à l’humanité.

-IF N° 3 Rien n’est plus inexact que de regarder la religion comme un stade primitif et transitoire traversé par l’humanité au cours de son enfance. Plus l’Homme sera Homme, plus il lui sera nécessaire de pouvoir et de savoir adorer.

Page 140

-IF N° 4 Dans l’ancienne apologétique, le choix d’une religion était guidé par la considération du miracle.

-IF N° 5 Je n’ai aucune difficulté à accepter le miracle pourvu qu’il n’aille pas contre les règles que nous découvrons, concernant l’évolution naturelle du monde. Bien plus, convaincu comme je le suis que les déterminismes de la matière ne sont que des servitudes résiduelles de l’Esprit, je ne comprendrais pas qu’autour de l’axe principal de spiritualisation de la « vraie religion », il ne se manifeste pas une libération progressive du corps.

-IF N°6
Je suis croyant, non pas en vertu des miracles, mais en dépit de ces phénomènes.

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-IF N° 7 Le miracle bien compris reste à nos yeux un critère de vérité subordonné et secondaire.

-IF N° 8 Le foisonnement des religions est dû à l’insatisfaction des fidèles, plus qu’à la naissance d’un nouvel idéal et, à mon avis personnel, je dirais que l’on pourrait réduire ces courants religieux à trois types de croyances : (1) le groupe des religions orientales, (2) les néo panthéismes humanitaires, (ndlr : Teilhard n’employait pas le terme « humanitaire » dans l’acception actuelle qui est caritative, mais dans le sens de l’époque : présence de Dieu dans la nature et de l’intégration de l’Homme dans celle-ci) (3) et le christianisme. Malgré le nombre de ses adeptes et sa progression, l’Islam n’est pas considéré ici, parce qu’il n’apporte aucune solution aux problèmes modernes des religions. L’Islam me parait représenter un judaïsme résiduel sans individualité, il ne peut se développer qu’en devenant humanitaire ou chrétien.

-IF N° 9 b [(A)]b Les grandes religions orientales (hindouisme, bouddhisme, etc…) séduisent par leur côté universaliste et cosmique, jamais le sens du TOUT qui est la sève de toute mystique n’a jailli avec autant d’exubérance, c’est dans ce contexte que doit s’écrire une histoire synthétique des religions et qu’il faudra placer la naissance du panthéisme. L’Europe est tournée vers l’Asie.

Pages 142/143

-IF N° 10 L’Esprit, pour le sage hindou, c’est l’unité homogène où le parfait vient se perdre en supprimant toutes les nuances et toutes les richesses individuelles. « L’Esprit » au contraire, pour moi, c’est l’unité de synthèse en laquelle le « Saint » vient s’achever en poussant sa nature à l’extrême.

-IF N° 11 Savoir et pouvoir, voilà le seul chemin menant à la libération.

-IF N° 12 L’Orient me fascine par sa foi en l’unité finale de l’univers. Mais il se trouve que nous avons lui et moi deux conceptions opposées des relations de passage entre la totalité et ses éléments ; pour lui le UN apparaît de la suppression du multiple et pour moi il naît de sa concentration. Deux métaphysiques et deux mystiques, sous la même apparence moniste.

-Page 143

-IF N°13 (B) Les panthéismes humanitaires sont des religions peu ou pas codifiées ; elles sont sans Dieu apparent et sans révélation, mais des religions au vrai sens du terme, si par ce mot on désigne la foi contagieuse en un idéal auquel vouer sa vie au progrès universel.

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-IF N°14 Depuis bien longtemps nous n’avions pas assisté à un tel progrès de conversions. Nous voyons naître depuis un siècle une foi nouvelle : la religion de l’évolution. Je suis à ma place dans un temple construit à la gloire de la Terre. Tel est le panthéisme moderne. Malheureusement ce panthéisme refuse de voir l’Esprit doué d’immortalité et de personnalité.

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-IF N° 15 (C) Déçu par les courants orientaux, il ne me reste plus qu’à me tourner vers les courants chrétiens pour trouver ce que je cherche. J’ai tenté de faire coïncider ma petite religion personnelle avec la grande religion de Jésus, mais je dois dire qu’une troisième fois l’accord ne s’est pas établi, je ne me suis pas reconnu dans les Evangiles, pas immédiatement dans un premier temps.

-IF N° 16 Le christianisme est par excellence la religion de « l’impérissable » du « personnel ». Son Dieu pense, aime, parle, punit, récompense comme « quelqu’un, son univers culmine en des âmes immortelles, responsables de leur destinée ; un tel « ciel » est fermé aux panthéismes.

-IF N°17 A force d’entendre exalter la valeur de l’Esprit et la « surnaturalité » du divin, le chrétien moyen en est venu à regarder l’âme comme un hôte de passage dans le cosmos et une prisonnière de la matière.

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-IF N° 18 Pour le chrétien moyen l’opération de salut est devenue une « affaire » de réussite personnelle qui se développe sans tenir compte du phénomène de l’évolution cosmique et sans croire au progrès humain.

-IF N° 19 Moi, dont toute la sève monte de la matière, mon adhésion à la théologie du chrétien moyen est forcée, conventionnelle, seule la foi en Jésus me rattache au christianisme.

-IF N° 20 Le Christ universel est une synthèse du Christ et de l’univers, Il n’est pas une divinité nouvelle, mais le mystère de l’incarnation.

-IF N° 21 La croyance la plus chère du chrétien est que le Christ l’enveloppera et le fera participer à la vie divine.

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-IF N° 22 Comment la puissance divine doit-elle combiner l’univers pour qu’une incarnation y soit biologiquement réalisable ?

-IF N° 23 Si nous, chrétiens, voulons conserver au Christ les qualités mêmes qui fondent son pouvoir et notre adoration, nous n’avons rien de meilleur à faire que d’accepter jusqu’au bout les conceptions les plus modernes de l’évolution. Sous la pression combinée de la science et de la philosophie, le monde s’impose de plus en plus à notre pensée et à notre expérience, comme un système d’activité s’élevant graduellement vers plus de conscience et de liberté, convergent irrésistiblement en direction d’un centre cosmique universel où tout s’explique.

-IF N° 24 La théologie de la scolastique se sent dispensée de chercher comment peuvent se concilier les exigences du dogme avec les possibilités de la terre.

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-IF N° 25 Dans aucune autre espèce de cosmos que celle que j’ai décrite, aucun être, si divin soit-il, ne saurait exercer la fonction universelle de consolidation et d’universelle animation, que par le Christ Universel en lequel je crois. L’évolution, en découvrant un sommet au monde, rend le Christ possible, tout comme Jésus donnant un sens au monde rend possible l’évolution.

-IF N° 26 Ainsi, pour mon compte personnel, je me suis engagé sans hésiter dans la seule direction où il me semblait possible de faire progresser et donc de sauver ma foi. Je m’émerveille sans arrêt devant les infinies possibilités que l’universalisation du Christ ouvre à la pensée religieuse.

Page 149

-IF N° 27 Maintenant je reconnais que la notion de Christ universel ne me sauvera qu’en faisant corps avec l’univers ; et ce sont du même coup mes aspirations panthéistes les plus profondes qui se trouvent satisfaites ; tout le monde autour de moi devient divin et pan-christique.

Page 150

IF N° 28 Ces lignes que j’ai écrites sont une confession personnelle, mais en les écrivant, c’est au grand nombre que je les adresse, elles sont les traces d’inquiétude que j’éprouve quant à l’état religieux du monde d’aujourd’hui.

-IF N° 29 Sur le grand fleuve humain, les trois grands courants religieux que j’ai décrits s’opposent encore, mais à certains signes incontestables, on peut dire qu’ils tentent à se rapprocher ; mais pour que cela se produise, il faudrait que prospère la notion de Christ Universel.

Page 151, Epilogue

-IF N° 30 Je suis de plus en plus persuadé qu’il me faut marcher dans l’existence comme si au terme de l’univers m’attendait le Christ, je n’éprouve cependant aucune assurance particulière de l’existence de Celui-ci ; croire n’est pas voir. Autant que personne j’imagine que je marche parmi les ombres de la foi. Pour justifier cette obscurité si étrangement incompatible avec le soleil divin, les « docteurs » nous expliquent que le Seigneur, volontairement se cache afin d’éprouver l’amour que nous lui portons …Il faut être incurablement perdu et n’avoir jamais connu la souffrance du doute pour affirmer des choses pareilles ! L’obscurité de la foi n’est, à mon avis, qu’un cas particulier du problème posé par le mal.

Page 152

-IF N° 31 Pour justifier ce scandale du mal, je n’aperçois qu’une voie possible : si Dieu nous laisse souffrir, pécher, douter, c’est qu’Il ne peut pas faire autrement tout d’un coup, ni maintenant se montrer et nous « guérir ». Et s’Il ne le peut pas c’est uniquement parce que nous sommes encore incapables de le « voir », en raison du stade actuel d’avancement de l’évolution de l’humanité.
Ce mal que nous constatons est inévitable pour le moment, mais il s’atténuera au cours de l’évolution future. Il faudrait toute la durée des siècles pour que notre regard s’ouvre à la Lumière; nos doutes comme nos maux sont le pris à « payer » et la condition même d’un achèvement universel.


Jeudi 24 Janvier 2013 17:16