Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Tome-4 LE MILIEU DIVIN, Editions du Seuil


Jean-Pierre Frésafond, contraction de texte pour étude prévue en novembre 2014 / EPILOGUE, ATTENTE DE LA PAROUSIE, pages 195 à 203
Ségrégation et agrégation sont des éléments bons ou mauvais du monde. Sous l’influence de ce double mouvement caché, l’unité se transforme et mûrit lentement, donnant l’impression que les choses se répètent, ce qui n’est pas le cas mais tout le contraire.

-Croyons en la Révélation, fidèle appui de nos pressentiments sous l’enveloppe banale des choses, grâce à nos efforts s’engendre la terre nouvelle.
Un jour, annonce l’Evangile, la tension accumulée entre l’humanité et Dieu, atteindra les limites fixées par les possibilités du monde, alors ce sera la fin, la présence du Christ dans les choses se révèlera.
-Sous les forces enfin libérées des vraies affinités, les atomes spirituels du monde viendront occuper dans le Christ la place que la structure vivante du plérôme leur désigne. Comme un incendie, l’attraction du Fils de l’Homme réunira dans son corps tous les éléments de l’univers. Telle sera la consommation du Milieu Divin. Sur cet évènement il serait vain de spéculer, nous devons attendre. La fin du monde est une issue .
-Historiquement l’attente n’a jamais cessé de guider notre foi. Les israélites ont été de perpétuels expectants ; les chrétiens aussi. Noël qui avait dû inverser nos regards et les centrer sur le passé n’a fait que les reporter plus loin en avant.
-Le Christ, brièvement apparu parmi nous, ne s’est laissé voir et toucher que pour se perdre vers l’avenir, plus lumineux que jamais. Mais maintenant, nous devons encore l’attendre. Jésus ne reviendra vite que si nous l’attendons beaucoup ; c’est une accumulation de désirs qui fera éclater la parousie.
-Chrétiens, chargés depuis Israël de maintenir la flamme du désir, qu’avons-nous fait de cette attente ? L’erreur de perspective qui fit croire à un retour imminent du Christ nous a laissés déçus et rendus méfiants. Une conception outrée de la déchéance originelle nous a laissé croire que le monde est mauvais et inguérissable… Sans doute voyons-nous avec angoisse approcher notre mort individuelle et nos prières : « Que le règne de Dieu arrive » sont dites pour calmer nos angoisses-; mais si nous sommes sincères, nous serons forcés d’annoncer que nous n’attendons plus rien.
-Il faut à tout prix raviver la flamme, le désir et l’espoir du grand avènement. Mais où chercher la source de ce rajeunissement ? Avant tout, c’est dans le Christ que nous ferons cette découverte des chemins qui conduisent à la parousie.
-Ne l’oublions pas, le surnaturel est un ferment, une âme, un organisme complet. Il vient transformer la matière mais il ne saurait se passer de celle-ci.
-Si les hébreux se sont tournés 3000 ans vers le Messie, c’est qu’Il leur apparaissait nimbé de la gloire de leur peuple.
Si les chrétiens vivaient haletants dans l’attente du grand jour, c’est que du Fils de l’Homme ils attendent la solution personnelle et tangible des injustices de la vie. Quel corps donnerons-nous à nos espérances d’aujourd’hui ? Celui d’une espérance immense et totalement humaine.
-Regardons la terre, que se passe-t-il sous nos yeux dans la masse des peuples ? D’où vient ce désordre dans la société, cette agitation inquiète ? L’humanité traverse une crise de croissance, elle prend conscience de ce qui lui manque et de ce qu’elle peut. Devant l’humanité l’univers devient lumineux, comme l’horizon d’où va sortir le soleil, elle pressent, donc elle attend…
-Soumis à cette attraction, le chrétien s’inquiète, ne serait-ce pas vers une idole qu’est attirée son adoration ? Notre étude maintenant achevée du Milieu Divin permet de répondre à cette crainte. Non, nous ne devons pas hésiter, nous disciples du Christ, à capter cette force qui a besoin de nous et qui nous est nécessaire ; c’est à cette école que notre génération chrétienne réapprendra à attendre.
-Nous nous sommes longuement pénétrés de cette perspective : le progrès de l’univers humain n’est ni une concurrence faite à Dieu ni une déperdition d’énergie. Plus l’homme sera grand, plus l’humanité sera unie, consciente et maîtresse de sa force, plus le Christ trouvera des extensions mystiques et un corps digne de sa Résurrection. Pour désirer la parousie nous n’avons qu’à laisser battre en nous, en le christianisant, le cœur même de la terre. Pourquoi, hommes de peu de foi, bouder les progrès du monde et multipliez-vous des prophéties pessimistes ?
-Voici, juste au contraire, ce qui précède la véritable attitude chrétienne ; diviniser n’est pas détruire mais sur-créer. Nous ne saurons jamais tout ce que l’Incarnation attend encore des puissances du monde …Lève la tête, Jérusalem, regarde la foule immense de ceux qui construisent, de ceux qui cherchent, les vois-tu tous ces hommes qui peinent, tout ce qui fermente par eux d’art et de science, de pensées, tout cela est pour toi. Allons, ouvre tes bras et ouvre ton cœur, accueille, comme ton Seigneur Jésus, le flot, l’immolation de la sève humaine. Reçois la cette sève car sans son baptême tu t’étioleras sans désir, comme une fleur sans eau.
-La terre peut maintenant me saisir de ses bras géants, elle peut me gonfler de sa vie ou me reprendre dans sa poussière, ses ensorcellements ne sauraient plus me nuire depuis qu’elle est devenue pour moi, par delà elle-même le Corps de Celui qui EST et de Celui qui VIENT, le. Christ TOUT en TOUS.
(Tientsin, novembre/mars 1927)

FIN DU LIVRE
 

Jeudi 16 Octobre 2014 16:01