Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Jean-Pierre Frésafond, président / Au fur et à mesure que j’avance dans la réflexion  ........
-Les positions prises par le Pape Benoit-XVI vont faire bouger les choses, les colloques sur le thème foi et raison vont se succéder ; mais le thème « christologie et évolution » qui est la pierre d’achoppement, sera-t-il abordé ?

Au fur et à mesure que j’avance dans la réflexion concernant l’adaptation de la religion catholique au monde moderne, je suis de plus en plus convaincu que cette évolution passe aussi par une synthèse entre la doctrine chrétienne et la philosophie scientifique, et plus particulièrement par celle de Teilhard qui est l’une des mieux adaptées à cette fonction. En effet, Teilhard compte parmi l’un des rares intellectuels ayant partagé à temps égaux la recherche scientifique et la recherche théologique pendant plus de cinquante ans et ce, à une époque où les sciences n’étaient pas encore coupées en tranches fines et emballées dans des « poches plastiques ! Une vision très large s’offrait à lui grâce à ses relations directes ou épistolaires avec d’autres spécialistes dans les disciplines alors en vigueur ; notamment des biologistes et des physiciens connus qui, comme lui, étaient les pionniers des sciences actuelles.
A mon modeste niveau, je suis en train d’ébaucher cette synthèse et ce qui pourrait être son principe.
Pour commencer, il est nécessaire d’apporter des réponses à deux questions fondamentales :

-A quoi servent les religions ?
-A quoi sert la pensée de Teilhard ?


Réponses :
-Les religions servent à donner un sens à la vie, de l’espérance, ainsi qu’un lien social entre les individus.
-La pensée de Teilhard sert à transformer une croyance ancienne et traditionnelle en une conviction raisonnée. Pour cela, sa pensée apprend à ne pas opposer les sciences aux religions, mais à rapprocher la philosophie des sciences à la philosophie des religions car, elles aussi, auront à accepter cette épreuve.

Cela étant fait, les dialogues seront plus souples, on remplacera le mot hypocrite de tolérance par le mot compréhension, qualité indispensable pour suivre les échanges de plus en plus complexes induits par la synthèse foi et raison.

Pour autant, restons lucides car cette synthèse n’intéresse que très peu de personnes : celles qui ne peuvent s’empêcher de chercher, éternels insatisfaits. La recherche théologique doit comporter beaucoup moins de monde que dans la recherche scientifique étant donné qu’une immense majorité d’êtres humains, toutes religions confondues, sont heureux dans leurs positions de croyants, faisant confiance à leurs Ecritures sacrées ; et ils ont raison car ces textes contiennent une richesse symbolique infinie qu’aucune science ne peut vraiment aider à décrypter. Le symbolisme est indicible et incommunicable dans un silence qui ressemble à de la pudeur.
Entre cherchant et croyant il ne devrait pourtant pas exister de tensions si l’on se réfère à l’Evangile, parabole de la brebis égarée (Luc/XV, 1-7) qui symbolise l’aventure de la recherche mais qui retourne dans sa bergerie.

Ce n’est pas en dévorant les bibliothèques que l’on apprend à quoi servent les religions, mais en observant la pratique des cultes et rites religieux dans les pays où ils sont encore pratiqués sincèrement, avec ferveur, ce qui devient très rare avec les politiques de mondialisation. Dans les pays les plus atteints, une demande de spiritualité ne tardera pas à se faire sentir. Assister à des cultes religieux traditionnels, exécutés en partie par un « prêtre », mais surtout par l’assistance, est quelque chose d’émouvant, même si certains y assistent en touristes.

Voyons maintenant comment agissent les religions. Toutes se réfèrent à leurs Ecritures, relatant les mythes fondateurs sur lesquels leurs doctrines sont construites. Toutes les Ecritures sacrées commencent par une description symbolique de la création du monde et se poursuivent par la parole des prophètes, hommes ayant « entendu » la Parole de Dieu, Auteur de tout ce qui est.
Ici se séparent croyants et athées ; ici peut intervenir la pensée de Teilhard pour établir un lieu de contact entre disciples de la foi et disciples de la raison, car la raison est déjà une espérance et, en son absence, il n’y a que deux possibilités : la drogue ou le suicide.
Les deux « partis » noteront avec intérêt que dans le premier livre de la Bible (La Genèse et le serpent nu), la description détaillée de la création du monde montre clairement qu’il s’agit « d’un ensemble de faits qui concourent à la formation de quelque chose » ; telle est la définition du mot genèse, soit la suggestion d’une évolution qui a duré « six jours » , allant vers des étapes de plus en plus complexes et aboutissant à une Créature à la fois homme et femme se séparant ensuite. Le phénomène de Genèse a mobilisé la puissance de l’Eternel puisqu’il a éprouvé le besoin de se reposer le septième jour.
Dans les treize premières lignes du Prologue de Jean se trouve une description du même phénomène de genèse où est mise en évidence la Trinité divine…curieusement, scientifiques et théologiens évitent de répondre aux questions posées sur la Genèse et sur le Prologue ! Au mieux, ils donnent une réponse incompréhensible au commun des mortels.
Encore plus curieux, Teilhard n’utilisa pas ces deux textes pour défendre son livre « le phénomène humain » contre le Saint Office qui lui interdit de le publier ; notons que cette interdiction n’était pas argumentée par quelques références bibliques ou évangéliques. La plus grande surprise fut la position du Pape Benoît-XVI qui, à maintes reprises, encouragea les chrétiens à prendre connaissance de la pensée de Teilhard, de la Genèse et du Prologue de Jean… J’avoue que personnellement, je ne m’attendais pas à cela de sa part ; de plus, j’aimerais connaître les sentiments que cela inspire dans les milieux pratiquants, le « navire Argos » de l’Eglise va être obligé de changer de cap à 180°.

Je pars du principe que même les athées et autres catégories de non croyants croient en quelque chose car personne ne croit en rien, tout le monde pense et imagine, personne ne peut empêcher son cerveau de penser donc, quand l’évolution dynamique de la matière sera admise par tous, personne ne pourra éviter d’admirer les merveilles de la nature et de l’évolution lesquelles ne sont pas apparues ex nihilo, mais résultent de la volonté d’un Principe Créateur et peu importe son nom lorsque l’humanité sera arrivée à ce stade. Subsidiairement, se posera la question de savoir si le Principe Créateur a besoin de l’humanité pour finir le travail …en toute logique, la réponse devrait être OUI. Si la réponse est NON l’humanité méritera d’être traitée d’hypocrite et de « sépulcre blanchi » comme le fit Jésus en s’adressant aux docteurs de la loi, un jour de grande colère.

Lundi 24 Décembre 2012 08:16