Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Jean-Pierre FrésafondVoeux 2013 (pièce jointe) + éditorial
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La réhabilitation de Teilhard par le Vatican relève davantage d’une opération stratégique que d’une modification philosophique. Les cardinaux sont des personnes avisées, ils savaient que Teilhard avait raison mais trop tôt. L’interprétation de sa pensée par les catholiques non pratiquants, numériquement majoritaires, reste encore une aventure. La récurrente opposition foi et raison est une controverse qui ne sera pas supprimée par cette réhabilitation mais, peut-être, débouchera-t-elle sur une approche du principe de complémentarité acide + base = sel. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le sel est symbole de la sagesse.

La cathédrale Notre Dame de Paris est l’exemple même de presque 1000 ans illustrant ce principe de complémentarité : elle est décorée par de nombreuses figurations sacrées mêlées à une quantité non négligeable de symboles alchimiques, hérétiques par définition. A l’époque une telle expérience était osée puisqu’à la cathédrale d’Autun un compagnon qui voulut faire la même chose fut exécuté.
Le mélange des genres opposés, exposés ci-dessus, sur la cathédrale de Paris prouve qu’il n’est pas explosif puisqu’il lui manque le détonateur, il a seulement une mèche qui « brûle lentement », en effet, il faut un certain temps pour décrypter et intégrer les symboles alchimiques et, la culture contemporaine est un modérateur de réaction.
Mais qu’est-ce que l’alchimie (mot arabe qui signifie simplement la chimie) ? Dans ce contexte précis il s’agit de la transformation du plomb en or, interprétation au premier degré, cela va de soi.. Sans prendre trop de risques, on peut avancer que cette transmutation est impossible avec l’énergie douce que peut fournir un combustible courant. Peut être la chose serait possible maintenant avec un réacteur nucléaire mais c’est sans intérêt, si non cela se saurait.
Cherchons alors du côté de la philosophie ; d’ailleurs ne parle-t-on pas d’or philosophal ? Avec la symbolique alchimique on peut raisonner ainsi : le plomb représente l’entropie, il est stable,il est mou, il ne brille pas, il n’est pas rare, il est toxique et peu utile. Tandis que l’or est très rare, très précieux, il brille, bon conducteur de l’énergie, inoxydable ; pour en récolter quelques grammes il faut travailler des quantités énormes de rochers, il représente donc la néguentropie. Il symbolise le travail intellectuel dont le but est de trouver la pierre philosophale, nous sommes en présence d’un processus quasi christologique de descente en nous-mêmes. L’alchimie rejoint en quelque sorte la pensée de Teilhard et celle du Christ « si tu trouves en toi le royaume, le reste te sera donné de surcroît ». D’ailleurs l’alchimie est nommée art royal et conduit à la sérénité.
Pour bien comprendre cette discipline ancienne, sachons qu’à une époque pas très lointaine encore (1000 ans ce n’est rien) toute philosophie qui n’était pas le reflet au pied de la lettre des Saintes Ecritures était absolument interdite et sévèrement punie. Le seul moyen de transmettre une telle philosophie était l’utilisation d’un langage symbolique mystérieux, l’ésotérisme. C’est très bien ainsi car, imaginons l’explication d’un seul symbole par mille personnes et nous récolterons mille interprétations différentes et c’est normal, il ne peut pas en être autrement. Extrapolé à l’échelle d’une nation, le résultat de cette expérience serait explosif, comme l’a démontré la vulgarisation de la Bible avec l’imprimerie.
Toute idée philosophique débouche sur un code moral social. A l’échelle d’une nation il ne faut qu’un seul code civil et les pensées philosophiques doivent rester intimes ou entre amis intimes. Ici, je n’évoque pas les philosophies scholastiques, elles ne font pas bouillir, elles congèlent.
Nous sommes un petit groupe d’amis et nous pouvons nous dire beaucoup de choses. C’est la raison pour laquelle nos vœux de nouvel an sont mêlés à l’alchimie.
La photo qui est sur la carte de vœux représente Cybèle, déesse du savoir et de la connaissance. Elle peut aussi être assimilée au mythe de la déesse-mère universellement étendue dans les traditions religieuses. Ce bas relief est situé sur l’un des piliers du portail central de Notre Dame de Paris et sur les cartes postales il est nommé pilier de l’alchimie.
On voit une femme assise sur un trône. Elle tient un sceptre royal d’une main et, de l’autre elle tient deux livres : l’un est ouvert (l’exotérisme) et l’autre est fermé (l’ésotérisme). La tête de cette déesse est dans le courant du vent de l’esprit. Quant à l’échelle à neuf barreaux (nombre parfait) elle n’atteint pas le vent de l’esprit ce qui signifie que l’échelle de la connaissance n’est pas suffisante pour atteindre ce niveau, il faut progresser tout seul. La quête du Graal est une aventure dangereuse. Autre symbole : la déesse de l’alchimie a les pieds sur terre, elle n’est pas assise sur un petit nuage mais sur un trône. Selon les lois de la cosmogénèse l’esprit que nous distillons est issu de la matière et par l’atomisme de l’esprit, idée si chère à Teilhard, nous pouvons rejoindre le point de convergence suprême de l’esprit, le Christ Omega.
 

Vendredi 7 Décembre 2012 10:58