Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Jean-Pierre GIROUD/ L'AME DU MONDE


Jean-Pierre GIROUD / L'AME DU MONDE
"Une Divinité est en train de naitre parmi nous.Un astre nouveau (et très ancien) se lève dans la conscience humaine, et à son attraction nul ne saurait échapper" écrivait notre auteur en 1918, et encore, "Qui sait ce que nous découvririons, si nous interrogions plus souvent (par la méditation?) , ces régions mystérieuses où l'Univers se relie à l'Infini".
Un moine, Henri Le Saux, moine chrétien et Sannyasi Hindou(*) écrivait un peu plus tard, en 1956, (un an après la mort de Teilhard) :
"Anges et démons sont les personnifications de forces cosmiques en évolution vers le point Oméga, quel qu'il soit. Achèvement de l'homme. Ce fait que l'homme dans l'achèvement de sa destinée, s'il est le déterminant essentiel, est "aidé" (en relation), plus ou moins intensément, par ces forces qui se comportent comme des entités personnelles et libres. L'homme n'atteint pas seul sa destinée. Il l'atteint avec l'univers."

Il est réconfortant que des traditions venues d'horizons bien différents puissent s'enrichir. Il ne pourra qu'éclore un nouvel attrait pour la spiritualité. Les anciens rites sont "revisités", il leur est donné une nouvelle saveur.
"L'incarnation, représentation symbolique suprême, manifestation au cosmos du mystère intérieur qu'au fond de soi porte chaque homme; elle est le sacrement suprême, la plénitude de toute magie, de toute théurgie par la communion à laquelle l'homme s'atteint au fond de soi. Le Christ est en vérité l'expression cosmique et sociale de ce que chaque homme porte en soi. C'est la dualité de centres, et qui est pourtant cet advaita (non-dualité) essentielle." (Henri Le Saux).

Les traditions des orants d'Orient et des priants d'Occident se rejoignent;
le soi que d'autres traditions ont pressenti et intégré, nous est encore bien souvent étranger nous montrant, s'il le fallait encore, les limites de notre rationalisme.
Ne sommes-nous pas au coeur de l'âme du monde?
Teilhard parle de l'urgence de situer le Christ dans l'âme du monde. Avec l'autre religieux son confrère, ils ajoutent quelques pierres neuves dans la construction de la Cité Nouvelle. Le moine hindou rappelle les paroles de Jésus: seul trouvera son âme, celui qui acceptera de la perdre(MarcVII,35) ou dit autrement: "Ne marche jamais sur le chemin tracé, car il ne te mène que là où d'autres sont allés (Alexander Graham);
Ne pas se contenter d'apprendre ce que d'autres ont appris; l'âme du monde c'est la terre qui à chaque printemps se renouvelle; elle semble pareille dans son cycle des saisons mais les naissances sont différentes; avec moi ou sans moi les créations se pressent, éclatent, occupent à nouveau l'espace. Resterai-je tranquille sur la route balisée, lisse et confortable? Ou bien, écoutant ce moi intérieur ultime, la source, suivrai-je l'autre voie? Celle parfois inconfortable, incertaine certes, mais combien plus riche de dépassements, de joies de sentir que là est le vrai et la Vie.

"Un astre nouveau se lève dans la conscience humaine..." dit l'auteur. Profondément homme de la terre et aussi pleinement religieux il a pressenti l'Ame du Monde, vivante, active, prête à vivre de feux nouveaux, espérances pour le présent, et ouvertures pour le monde futur.

(*) Henri Le Saux né en 1910 entre chez les bénédictins de Kergonan, en Bretagne à l'âge de 19 ans. Depuis longtemps les Indes le fascinent et représentent pour lui le symbole de l'intériorité. Il ne parviendra à les rejoindre qu'à l'âge de 38ans; il s'y enracinera et y demeurera jusqu'à sa mort en 1973 à l'âge de 63ans.
L'idéal d'Abhishiktananda était d'être un sannyasi (renonçant, ascète, moine), à la fois chrétien et hindou. Il s'y est tenu; sans rompre avec son passé, sans le répudier, il a pu le transformer grâce à sa foi et à sa fidélité. Il a réalisé en lui-même une synthèse de deux traditions; d'aucuns y attribuent une valeur paradigmatique capitale, et pensent qu'il est le symbole d'une vie vécue en profondeur. Ne pas abjurer sa foi initiale et réaliser en soi une synthèse des deux traditions, relève des couches ultimes, et de l'être humain et des traditions religieuses. Il ne choisit pas entre deux traditions, il conserve deux amours dans son coeur.

Mercredi 2 Mars 2016 19:19