Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






Galerie

"ECRITS DU TEMPS DE LA GUERRE"


Jean-Pierre GIROUD / L'EVEIL COSMIQUE
S'éveiller et parler, ouvrir pleinement son cœur à l'espace de l'univers, c'est ce qu' invite à faire l' auteur qui voudrait aider à faire percevoir ce qu'il a entrevu. Mesure t-il bien à quel point il est privilégié d’avoir tant reçu ? Il est de ceux qui ont « beaucoup reçu » et qui ont beaucoup à donner afin de partager cette profusion (Luc au chapitre 12 : « , "A qui on aura beaucoup donné, il sera beaucoup demandé, et à qui on aura beaucoup confié, on réclamera d'avantage.")

Teilhard a des paroles étonnantes car tant d'entre nous arrivent difficilement à élucider ce qu'ils ont perçu et les emplit à en devenir autre ; tels l’errant, l’incompris. A la fin du chapitre l’auteur est sûr de son trésor qui le rend partout lui-même, un en communion avec le Grand Tout. C’est pourquoi il se voit condamné à la marginalisation, mais en paix . Il est tellement unifié par ce don qu’il accepte d'être différent, l’étranger. Cette vision le subjugue, il la fait sienne. il veut rester malgré tout plein d'humilité.

La vision d'être un « parfait », Teilhard sait qu'elle peut être un leurre.
Il se sait homme enraciné dans la Terre et il veut le rester ! Alors qu'il côtoie la part divine qu'il transcrit dans « ses papiers de guerre » et comme il le dira plus tard, sa part humaine est là, bien présente. Il participe maintenant à l'aventure ô combien humaine.

-C'est le printemps en 1916. Comme des centaines de milliers d'autres Teilhard est dans les tranchées. Sa mère a déjà perdu deux de ses enfants dans ce conflit. Lui, le brancardier, il la connait cette terre qui s’agrippe à ses godillots parce que le sol n'est plus gelé. Le ciel est si bas, si lourd de l’infernal orage humain, que les oiseaux sont partis, fuyant cette calamité. La boue et la mort ont tout envahi. Bien des années après cette tragédie, que d'âmes ne pourront plus jamais trouver la paix, emparées par les cauchemars. En ces moments, le pire côtoie le meilleur.
« Que tes pensées, ô Dieu, me semblent impénétrables ! Que le nombre en est grand » (Ps 139, v 17).
Quel est ce mystère de la vie qui fait naître dans les lieux les plus ultimes de noirceur les mouvances les plus belles ?

Teilhard a la vision de l’instant. Essayons de l'approcher, de le comprendre.
-Il y a la multitude, une agrégation innombrable de centres écrit-il.
Le nombre gigantesque de combattants fourmille en ces lieux broyés, années sombres. Cette densité humaine est certainement pour quelque chose dans « les vues ardentes », (ce sont ses propres mots), pour l'évolution et la clarifications de ses idées novatrices.

-Il y a l'intensité, les unités, les centres qui se rassemblent, vitalité des cellules, des corps, les créations qui se font, grandissent, mais aussi la marginalité qui se distend, aide qui devient seconde.
En ces moments si profondément vécus, nul doute que Teilhard percevait la vivacité des forces de la matière, de la Terre . Il est des instants dans la vie où la révélation sublime devient d'importance, comme la seule durable nature : ce qui hier n'avait qu'à peine été entrevu et jugé de faible valeur, se dégage des scories qui l’encombraient et le dissimulaient. La place s'ouvre au vrai, à l’immuable qui s'inscrit magistralement comme une évidence.
Est-ce l'éternel présent qui se dévoile ? La part de divin qui se lève telle un Soleil ?

Et Pierre Teilhard de dire ;
« Je suis descendu au plus caché de mon être, et j'ai constaté plein de frayeur et d'ivresse, que ma pauvre petite existence faisait bloc avec l'immensité de tout ce qui est et de tout ce qui devient ». Cette citation peut résumer à elle seule "L'EVEIL COSMIQUE".

Homme empli de spiritualité, l'acte de méditation lui devient naturel et accompagne Teilhard chaque jour . Mais étonnamment Teilhard est au comble de l'instant, pleinement acteur, présent aux exigences, à la beauté, aux attraits de la Terre et aussi en entière communion avec le Ciel ; qu'on relise La Messe sur le Monde (Tome XIII Le Cœur de la Matière) .« Il y a un Esprit des choses, il y a quelque Absolu qui nous attire et qui se cache... » dit-il enfin.

Ces quelques mots résonnent en étonnante harmonie avec ce que murmure un texte sacré de l'Orient :
"Il n'a pas de forme qui s'offre à la vue,
Nul ne le voit de ses yeux,
On l’appréhende par le cœur, par la pensée, par l'esprit. Ceux qui le
connaissent deviennent immortels
" . (Katha Upanishads VI,9)
 

Mercredi 28 Janvier 2015 08:14