Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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"Ecrits du temps de la guerre"


Jean-Pierre GIROUD / LA LUTTE CONTRE LA MULTITUDE /
L’enseignement de ce chapitre propose un regard original sur l’humanité. Le scientifique empreint de spiritualité met en forme des vues nées de sa riche
complexité.
Il précise sa vision personnelle du monde. Dans un courrier du 24 mars 1917, brancardier à l’arrière du front, il en fait part à sa cousine Marguerite Teilhard-Chambon et de sa difficulté à formuler tout cela. Il travaille à clarifier ses idées, ce qu’il appelle:
« Le grand et unique problème, celui de l’Un et du Multiple ».

I. Le néant de la multitude,
Titre donné par lui à ce chapitre concernant les origines du monde.
Je le cite:
« Le rien-être coïncide, se confond, avec la pluralité complètement réalisée; le vrai néant, le néant physique, c’est le multiple pur, c’est la Multitude…A l’origine donc, il y avait, aux deux pôles de l’être, Dieu et la Multitude. »

Tout cela parait bien compliqué à appréhender. Et cependant, à vouloir trop simplifier, les idées seront sinon illisible, au moins bien amputées de leur véritable signification.
Ce qui veut être dit, il me semble, est qu’ au début était la non-action, le non-mouvement.
Vouloir délimiter Dieu, le temps, l’espace est difficile à imaginer; y a-t-il sens à normiser, limiter l’Infini ? Il me semble qu’il faut être conscient qu’il y a des éléments de l’Histoire, qui restent et peut-être demeureront inconnus; il y a plus de questions que de réponses mais nous avons le devoir de chercher; un voile toujours sépare et cela est difficile à accepter.
Sous d’autres formes la Bible parle de cet état du monde en disant:
« La terre était vague et vide, les ténèbres couvraient l’abîme, l’esprit de Dieu planait sur les eaux »(Genèse I, 2).

Bien sûr, tout cela n’a rien de scientifique. Cette allégorie d’une époque donne un autre regard qui peut ajouter une lumière au cheminement.
Les origines du monde soulèvent bien des interrogations et la science dans son rôle, cherche chaque jour, donne des réponses; La notion de big-bang par exemple, est une proposition pour décrire l’origine et l’évolution de l’univers.
Mais revenons à Teilhard;
« C’est alors que l’Unité débordante de vie entra en lutte, par la création, contre le Multiple inexistant qui s’opposait à elle comme un contraste et un défi… » dit-il.
A sa manière, le religieux parle de la Vie; Connaitre, expliquer, l’instant du commencement n’a pas beaucoup d’intérêt mais ce qui est important est que le mouvement, l’énergie, ce qu’il appelle « un travail de condensation », est présent, actif, ce dont parlent les cultures les plus anciennes, bien des millénaires avant notre aire.
Cette genèse si ténue à son origine, désormais ira, ne pourra s’arrêter ; arrangements, rassemblements, nouvelles créations nés de la complexification des précédentes;
« L’Addition et la fécondation mutuelle de qualités accumulées, accourues des quatre coins du Néant, l’essence exquise de l’Univers, la conscience et la pensée » nous dit encore l’auteur.
Il veut me faire comprendre, note dite en fin de page, que la matière ne devient pas esprit mais, qu’à la suite de nombreux arrangements faits de synchronicités comme de volontés créatrices, l’esprit nait sur la complexité de la matière. Voila une autre affirmation qui semble à priori bien étrange, et pourtant.
Cette notion capitale n’a pas échappé au croyant, et il a conscience que tout a changé:
L’homme, cet être le plus abouti de la création aura désormais le pouvoir de choisir; de dire oui ou non; pour toujours; il est différent des autres créatures, âme de plus en plus épurée comme il dit encore…toute l’histoire de la famille humaine.
« Le Monde travaille, et la Création se poursuit, à travers notre effort, nos souffrances et nos péchés. »

II. Le mal de la multitude.
TDC explique ce que représente pour lui la multitude, donne plusieurs visages des insuffisances qui sont en chacun, et qui sont un obstacle à plus d’unité à la vie, et donc moins de dispersion, de désagrégation dans la multitude.
- « Ce sont les innombrables racines que nous traînons » dit-il;
Mes attitudes liées aux habitudes de facilités, de repli, d’indifférence etc.
Mes fermetures face à l’autre, mes égoïsmes, les dualismes de la nature humaine non maitrisés, ce qu’il appelle:
« les élancements de notre individu mal simplifié, dont les parties jouent encore et se déchirent… la voix que nous entendons alors, c’est celle de l’Ame unique des temps avenir qui pleure en nous sur sa Multitude.»

L’individuation a été le passage pour que l’homme entre dans une nouvelle dimension; c’est-à-dire, qu’ayant pris conscience qu’il avait le pouvoir de mener, de décider (de sa vie, de celle des autres…) les pires comme les meilleurs actions devinrent possible et se firent. Passage obligé pour les états futurs.

Dans la troisième partie nous aurons une vision éclairante empreinte d’espoir de par sa direction active: La victoire sur la multitude.

Samedi 26 Septembre 2015 17:35