Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Jean-Pierre GIROUD /  La maitrise du monde et le règne de Dieu
Il ne me semble pas inutile de rappeler que, dans ce temps où il affine, clarifie ses pensées , ses idées novatrices de la Terre et du Ciel, notre auteur est brancardier quelque part près de Verdun. C’est l’année 1916. Teilhard n'a pour arme qu'une civière et quelques nécessaires de premiers secours. Il va, avec d'autres, secourir les plus démunis et les plus vulnérables.

Il a trouvé un moment pour écrire à Marguerite sa cousine, fibre féminine qui est pour lui, écoute, apaisement et réconfort. Il est profondément triste et en grand désarroi d'avoir perdu il y a peu, un ami, Pierre Boussac, tué par un éclat d’obus dans le dos, et combien d'autres, dans cet affreux carnage ont été , atteints . . Après quelques instants de révolte il écrit à Marguerite :
« Dieu permet la disparition prématurée des instruments les plus adaptés à procurer sa gloire...Et je me suis dit que je continuerai... »
Et c'est dans ce décor -mais le mot n'est-il pas absurde ?- que Teilhard nous donne sa vision du monde et du règne de Dieu.

Il souffre vraiment, il perçoit le décalage qu'il y a entre la vraie vie et l’enseignement de certains chrétiens : il s'étonne que l'humain empreint du sens de la terre puisse encore adhérer à des idées devenues depuis quelques temps déjà obsolètes . Le sens, le « bon sens » à travers celui de la Terre Mère n'existe plus ou si peu.
Vingt siècles c'est peu et c'est beaucoup ; peu si avec la science l'homme regarde l'avant et aussi imagine tous les après possibles. Mai le temps devient terriblement long si du religieux vient la frilosité, la paresse, l'immobilisme, le quant à soi : nous sommes bien entre nous et tant pis pour les autres Tous ces freins à la Vie deviennent tellement présents que dans cette religion, autrefois si vivante, tant se découragent et abandonnent.

« L'ouvrier, dit Teilhard page 103, sincère et croyant du Progrès est, un grand et perpétuel renoncé. Il travaille ; il s'oublie ; il se détache, même, car il aime les causes plus que lui-même, et il cherche le succès de la vie bien plus que sa réussite égoïste et personnelle. »
Haïr le monde de celui qui prend au pauvre, de celui qui a et qui veut encore plus, de celui qui piétine le moins fort afin de prendre la place, de celui qui parle, égo tellement démesuré qu'il ne sait plus écouter l'autre, etc.

Il termine par un regard, une dynamique pour une direction de vie :
« La foi religieuse n'est pas une ennemie du Progrès, mais elle représente, au contraire, une force de plus, par où les croyants, au nom de ce qu'ils ont de plus sacré, se trouvent appliqués au labeur commun de l’Évolution ».
 

Lundi 1 Juin 2015 16:40