Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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réunion du 26/4/12


Le paradis de la Bible est, pour certains, l'Atlantide à jamais disparue, pour d'autres, la chimère que cherchent les âmes errantes en quête d'absolu, ou encore le mythe ancré, comme un trésor inaccessible, au cœur de la vie des croyants.

Ces temps d'avant
-Ils me font rêver et semblent vouloir me retenir, me subjuguer... Nostalgie de ce qui n'est plus, envie de choses qui étaient, c'est sûr, plus agréables, puisque c'était avant...plus simple, plus tranquille, l'arrêt, le repos, presque la béatitude... Visions peintes par de nombreux artistes remarquables, Giotto, Fra Angélico et plus près de nous Henri Rousseau dit le Douanier Rousseau dont le tableau, le Rêve, hypnotise par son réalisme innocent et mystérieux.

-Paradis, oasis, ces mots sonnent bien dans l'inconscient de l'humanité, qu'on appelle inconscient collectif.

Plusieurs siècles avant notre ère, la mémoire ancestrale s'inscrit sur les tablettes d'argile. Quelques érudits ou initiés, calames en main, gravent des signes en alphabet cunéiforme dans la glaise encore souple et transmettent la parole des dieux.
Puis apparaissent plus tard, peut-être en même temps pour les hiéroglyphes, les écrits en araméen, en hébreux, en grec, qui transmettront pour longtemps, dans la pierre, la terre, et sur bien d'autres supports..., les savoirs.

Et ainsi nous est transmise la Bible dans le premier des cinq premiers livres de la Genèse qui donne le récit des origines du monde.

-Mais aujourd'hui nous savons que le paradis qui est décrit, est en désaccord avec les données de la science actuelle; notre théorie de l'évolution est plus qu'éloignée des paroles des saintes Ecritures ; la géolocalisation d'une région paradisiaque est quant à elle, bien difficile à trouver et fait figure d'idée fantaisiste.

-Alors, le mythe du jardin, du fruit défendu, du serpent, tout cela ne tient plus?

Avec l'aide de Teilhard essayons de regarder autrement les narrations de la Genèse.
Je ne reviendrai pas sur « l'évolution des espèces », mais sur ce qui, je crois, peut être important de rappeler : à un moment une nature intelligente est arrivée. Laissons parler notre savant:

«...Après des milliers d'années qu'elle monte sous l'horizon, en un point strictement localisé, une flamme va jaillir, La pensée est là ! » (Le Phénomène humain p:175)
Une nouvelle nature, un animal pensant, l'intelligence constructive et réflective se sont constitués à la suite et à côté des autres animaux.

Il me semble qu'il n'est pas suffisamment fait attention sur ce tournant, l'arrivée d'un nouvel état dans la nature : d'un primate « phénomène » parmi les mammifères; détachement, distance, compétition, luttes, morts, un autre monde se constitue ; rien (avec celui qui est maintenant homme, je me permets d'insister), ne sera plus comme avant...

Il est fruit de la terre, nature animale avec, en plus, une lumière en lui : la réflexion, une étincelle, une brillance. Maintenant il fait partie de la transcendance. Difficile de comprendre l'arrivée de cet état car Homo Sapiens de jadis en est, et nous en sommes après lui, acteur bénéficiaire et non auteur créateur !

Un jour viendra où nous en saurons davantage...
Est-ce à propos de ce passage, hors du commun, unique à l’hominisation ( permutation de la nuit-animale à la lumière-intelligence) que les Anciens ont pressenti comme une luminosité qui les a envahis et leur a fait voir -à en être saisis de crainte et d’envie- l'Arbre de la Connaissance du bien et du mal dont parle l'ancien testament ?. (Genèse II,17) ?

…Et parlons de ce fruit défendu. Au chapitre III,4 de la Genèse il est dit :
« Mais du fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas, sous peine de mort ».
N'y a-t-il pas paradoxe ? Car l'arbre, comme il est dit, est au milieu du jardin ; pas dans un coin où il serait facile de l'ignorer, mais en évidence, là où il est impossible de ne pas le voir. Il brille en importance, comme une invitation à en consommer les fruits ; et c'est ce qu’Ève et Adam feront.

L'homme a osé ; vient-il de faire le pas vers la déité ?!
Ne peut-on pas dire que c'est à ce moment qu'il s'est humanisé, entièrement humanisé ? Un nouvel en-avant est réalisé ; la route sera longue...Il y aura l’Alliance avec Abraham, les allés et retours du Peuple Elu, puis la Nouvelle Alliance d’où naîtra le Nouvel Adam...

Mais continuons à réfléchir sur ce paradis perdu.
Pourquoi le narrateur met-il Ève en cause car il est dit (ch.III,6) que c'est elle qui donna du fruit défendu à son mari ?
-Est-elle plus proche de Satan avec qui elle va s'entendre ?
-Est-elle un être malfaisant qui pousse Adam à commettre la faute en mangeant de la pomme après elle ?

Nous dirons que lorsque la Bible fut écrite les rapports de force n'étaient peut-être pas en faveur de la femme, (donc il est facile de l'accabler !) ; tradition qui se perpétuera encore longtemps. Mais en ce qui concerne les sentiments il devait y avoir inversion et donc prédominance du féminin et in fine c'est Elle qui devient la gagnante. (ch.III,5)

Plus généralement, à ce moment là, ce sont les affects qui imprègnent l'humain : l'homme se sent mal, se voit dominé par son ombre, matérialité dont il se trouve imprégné, se regarde envahi; peut-être que nous pouvons penser qu'il se dédouane, en parlant pour lui-même de souffrance et de peine infligée à sa descendance.
Pour que les mauvais rêves qui emplissent l'esprit deviennent supportables il faut une pénitence en réponse aux actes passés vécus délictueux.

Les mythes du paradis terrestre et du péché originel vont vivre pendant plusieurs siècles et apaiseront bien des esprits. Teilhard savait qu'il heurterait, ébranlerait beaucoup d'âmes accrochées à des traditions confortables. Il devait en quelque sorte réécrire la Genèse. Il a senti que, sous peine de se fourvoyer, l'homme moderne doit penser autrement, aiguillonné par les découvertes des sciences.
 La paléontologie dont il est un chercheur et découvreur éminent va donner des nouvelles réponses en ce qui concerne nos origines.
 La psychologie analytique pourra offrir des réponses pour une meilleure compréhension des mécanismes de l'âme.

A propos du péché un regard nouveau est donné par Teilhard :
« Le péché originel exprime, traduit, personnifie, dans un acte instantané et localisé, la loi pérenne et universelle de faute qui est en l’humanité en vertu de sa situation d'être en DEVENIR » (p:68)
Comme il le dit, cette manière d'imaginer le péché originel est cohérente avec les sciences et, l'idée ancestrale de faute originelle est reconsidérée. Pour autant, le mal et le bien ne sont pas minimisés, bien au contraire car les deux sont bien là; il suffit de regarder autour de soi.

Paul rappelle (Rom.VII,19 et XI,33) :
« ...je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. » et enfin :
« O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu! Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles »

Samedi 28 Avril 2012 11:15