Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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"Comment je Crois" Editions du Seuil


t_4_u.tif t 4 U.tif  (199.81 Ko)

Au début de son essai, Teilhard parle du « Panthéisme » et du « Christianisme » comme de deux « doctrines ». Pourtant, il me semble qu’il ne les place pas au même niveau : le panthéisme part du sentiment (« du Tout »), de la conscience (Teilhard parle de la « conscience cosmique »), il correspond plus à notre expérience quotidienne (quand je parle à quelqu’un, je l’envisage dans son unité, il est « un » tel... ; je ne m’adresse pas à un ensemble de cellules, de molécules, d’atomes…). Le Christianisme en revanche serait bien, a priori, une « doctrine » c’est-à-dire un ensemble d’énoncés. D’ailleurs, il s’appuie sur une Révélation qui est une Parole à entendre !
Dans l’essai de Teilhard, on peut voir, dans un premier temps, cette séparation entre un panthéisme qui serait du domaine du monde des objets et des sentiments et un Christianisme qui serait plutôt du domaine du discours. Teilhard ne fait pas lui-même directement cette séparation, et elle serait bien sûr à nuancer, mais mon hypothèse est qu’elle aide à mieux voir ce qu’il dit. Ce cadre posé au départ nous permettra d’ailleurs de voir qu’à la fin de son essai, Teilhard cherche justement à sortir de cette séparation en affirmant notamment que le Christianisme n’est pas qu’une doctrine, mais qu’il doit être incarné !
Mais n’allons pas trop vite : pour le moment, Panthéisme et Christianisme ne s’accordent pas. Ils sont situés à deux niveaux différents.
Le problème du panthéisme, c’est qu’il n’a pas les mots, la théorie, pour exprimer ce qu’il expérimente. Il a certes cherché, par la philosophie ou la poésie ou même la science, à dire ces expériences (avec les mots d’ « Unité », de « Tout »). Mais cette recherche ne trouve pas de solution satisfaisante (Teilhard dira plus loin que « dans sa tentative « unitarienne » le Panthéiste, sous prétexte d’unifier les êtres, les confond, c’est-à-dire anéantit en fait, par le monisme, le mystère et la joie de l’Union. » : le panthéisme n’a pas la théorie selon laquelle « l’union différencie » !).
Pour le Christianisme, le problème est inverse : il a les mots que lui donne la Révélation, mais il a bien du mal à les incarner dans le « réel ». Teilhard voit bien ceci et invite à comprendre « avec tout le réalisme voulu le mystère de l’Incarnation ». Cette incarnation, ce n’est pas seulement la naissance de Jésus, c’est tout le Corps mystique ; et il est grand temps que les chrétiens prennent au sérieux et au sens « réel » les liens qui les unissent.
Avec l’incarnation, Teilhard invite son lecteur chrétien à s’ouvrir au monde (des objets, des sensations…). Ouvert au monde, il pourra laisser le panthéisme qui est en lui s’exprimer… et alors, l’ « adoration du monde » ne sera pas perdue, elle sera adressée au Christ.
On pourrait schématiser ainsi la situation, avec en haut le niveau du discours et en bas celui du monde (des objets et des sensations) : voir pièce jointe ci-dessus

Le Christianisme donne les mots que le panthéiste (qui peut être en chacun de nous) attend (comme celui de « Christ »), tandis que le panthéisme (disons ce sentiment de l’unité du monde qui pousse à agir dans un certain sens) apparaît comme l’incarnation manquant au discours chrétien.
Désormais, le Christianisme ne peut plus être, pour le chrétien, une simple « doctrine ». La richesse du chrétien, c’est la relation entre ce qu’il croit (discours) et le domaine de ses activités (monde). Et Teilhard tire toutes les conséquences de cette relation, qu’il développera plus longuement dans Le Milieu Divin (1926-1927).
Le Christ auquel croit le chrétien, il Le retrouve « au bout de [s]a plume, de [s]on pic, de [s]on pinceau, de [s]on aiguille » : le Dieu des livres et des idées est « attingible » (cf. Le Milieu Divin). De même, la « charité », l’ « obéissance », l’ « Eucharistie » ne sont plus que des formules mais prennent une consistance bien plus grande : c’est bien sa relation (réelle, physique, biologique) au Christ et aux autres qui est en jeu !
Finalement, si le lecteur chrétien a suivi Teilhard, s’il a accepté de s’ouvrir au monde et de reconnaître le panthéiste qu’il y a en lui, s’il fait coïncider le Christ de sa foi avec l’objet d’adoration que le monde provoque en lui, alors il prend conscience qu’« il se trouve en relation personnelle, déjà, avec le Centre du Monde » (p. 87). Et ce monde de la conscience et des sensations, il voudra sans doute l’habiter avec plus d’intensité :
« Le Christ est revêtu de la Terre. – Grandisse donc cette Terre, toujours davantage, pour que le Christ en soit toujours plus magnifiquement drapé ! – Le Christ guide, par le dedans, la marche universelle du Monde. Progresse donc sans cesse pour nous faire davantage sentir le Christ, notre conscience de la liaison et du devenir des choses ! » (p. 91)




Lundi 29 Octobre 2012 13:19