Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Découvrant depuis peu l’œuvre de Pierre Teilhard de Chardin, je me positionne ici comme lecteur, et non comme ayant un savoir sur cet homme et sa pensée. C’est donc simplement une lecture de l’essai « Chute, Rédemption et Géocentrie » (tome X) que je vous propose maintenant, à partir du texte seul, sans apport de connaissances extérieur.

A première vue, le texte parle principalement de péché originel et de rédemption. Mais l’essentiel à entendre est-il bien là ? Nous essaierons de voir comment le texte parle plus que ce dont il parle.

1. On peut facilement dégager une sorte de schéma sur lequel s’appuie l’argumentation (on pourrait sans doute aussi parler de « présupposés de l’auteur », ou de « cadre de pensée ») concernant le rapport entre la science et la religion, ou plutôt entre le discours scientifique et le discours religieux.
Représentons ce schéma comme deux axes qui se coupent à angle droit : l’un horizontal correspondant au niveau du discours scientifique, et l’autre vertical pour le dogme chrétien. A
l’intersection de ces axes, on a ce que le texte nomme « la représentation historico-dogmatique ».

Dogme fondamental

Représentation historico-dogmatique ← Discours scientifique


Le texte nous place alternativement sur l’axe vertical et sur l’axe horizontal : -
Axe vertical : interprétation du dogme.
Qu’est-ce qui, dans le discours religieux, est fondamental, est la « substance » ou l’ « esprit » du dogme ? A priori c’est une question d’interprétation de la Bible.
-Axe horizontal : comparaison avec la science : vraisemblance…

La représentation historique du dogme est-elle vraisemblable avec la représentation scientifique de l’histoire du monde ?

Cette structure du rapport entre le discours religieux et le discours scientifique est présente dans tout l’essai (le dogme fondamental n’est pas comparé directement au discours scientifique) ; mais dans ce cadre, un certain flou va apparaître…

2. En effet, on s’attendrait à ce que la dimension verticale soit le lieu du croire et que la dimension horizontale soit celui du savoir, mais il est intéressant de remarquer que l’usage des verbes croire et savoir n’est pas fait systématiquement dans ce sens. Quand on regarde leur utilisation au long de l’essai, on voit qu’ils concernent tous les deux aussi bien le domaine du dogme que le domaine de la science.
Une phrase a particulièrement retenu mon attention : à propos de théologiens qui préféreraient diminuer la portée du péché originel et de la rédemption que de toucher à leur représentation historique, Teilhard dit :
« Je sais que ces hommes-là lâchent le substantiel du Dogme et de la Tradition pour une enveloppe creuse. Ils peuvent maintenir verbalement leurs positions : la vérité n’est plus en eux. » (p. 52)
D’où vient donc ce savoir au sujet de l’interprétation du dogme et de la vérité ?
Si on continue la lecture, on se rend compte qu’il vient d’un acte de foi, qui sera le dernier mot du texte : le Christ est Tout (et non pas rien…), son action s’étend sur tout l’Univers ou n’est rien du tout…
Si on relit le texte à partir de cette foi fondamentale en un Christ qui est Tout, on se rend compte que c’est à partir d’elle que Teilhard lit et interprète l’Ecriture. Je vois une recherche à faire dans cette direction : comment s’articule la lecture (et l’interprétation de la Bible) et la foi ? Est-ce que la Révélation chrétienne peut se faire seulement par la Bible ? Avec Teilhard, il semble qu’elle passe aussi par sa foi personnelle : l’Esprit Saint soufflant en chacun serait aussi source de Révélation ?

3. Une figure est intéressante dans ce texte, c’est la figure de la vérité.
Employée trois fois : une fois en lien avec la représentation historico-dogmatique, une fois pour le dogme fondamental (et dans ce cas avec une majuscule), et une fois par rapport à la science.
Employée trois fois, elle n’est jamais mise au même niveau que le discours (la vérité n’est pas « dite ») ; c’est quelque chose qui pourrait être « en » l’homme (p. 52) (mais on voit quand elle n’y est pas, pas quand elle y est !), à laquelle on peut « faire face » (p. 52) (mais à certaines conditions…), et à laquelle on peut « résister » (p. 56) (mais sans le savoir !) : la vérité se joue de nous, elle nous échappe…
La figure de la vérité : ce qui est simple, précis, unique a priori ; et qui se révèle complexe, irreprésentable, qui échappe à l’imagination et à l’intelligence… Alors comment l’approcher ?

4. La question est de savoir ce qu’on veut « sauver » et ce qu’il faut par conséquent « sacrifier » (p. 50) : Teilhard choisit de sauver sa foi en un Christ qui est Tout (et non pas rien), pour cela il est prêt à sacrifier ses représentations historiques du dogme ; on pourrait dire aussi qu’il choisit de sauver sa foi en acceptant le sacrifice de son intelligence, de son imagination, de sa compréhension…

Et si nous entendions à travers cet essai une invitation à nous demander ce que nous voulons vraiment « sauver » (recherche de vérité, foi fondamentale,…) et ce que nous sommes prêts à « sacrifier » (dans nos pensées, représentations, compréhension du monde, croyances…) ?

Mardi 1 Mai 2012 10:12