Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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L'auteur propose ce livre comme lecture de vacances, ainsi qu'à un éventuel éditeur


L’ABBAYE DES HERETIQUES/ JP Frésafond
INTRODUCTION

Ce livre ne s'adresse pas à ceux qui ont une foi bien assise, mais aux non-croyants et aux « cherchants » qui n'ont jamais adhéré à une religion, ou qui ont été déçus par elles, mais qui n'ont pas renoncé à entreprendre une démarche spirituelle.
Ce livre explique entre autres religions, l'évolution de la pensée judéo-chrétienne et ses relations avec le rationalisme occidental. Il propose une voie symbolique vieille comme le monde, utilise par toutes les religions, qui permet de développer une « alchimie » spirituelle dans chaque individu, ce qui a pour effet d'élever son niveau de conscience.

« En dehors de nous, il n'est point de salut », disent certaines religions.
« En-dehors de toi, il n'est point de salut » répond le Sage à celui qui cherche une voie.
La pensée collective fait baisser le niveau de conscience (effet de foule), tandis que la pensée individuelle le fait monter. Attention, cela ne veut pas dire qu'il faille vivre seul, bien au contraire, car le regard de l'autre est irremplaçable pour se connaître soi-même.

Une certaine partie de ceux qui se disent non-croyants serait politiquement anti-cléricale et,de plus, considère que le message des religions repose sur des fables invraisemblables et que les rituels sont des mascarades insensées. Un tel refus est assis sur le raisonnement logique imparable du rationalisme, lequel débouche sur la non-existence d'un Dieu universel et sur les conclusions qui en découlent Après la mort, c'est le néant et le hasard est le seul facteur de la création de l'univers.

Le message des religions tel qu'il est conçu, c'est-à-dire pour le grand public et au premier degré, a atteint ses limites d'efficacité sur les croyants inconditionnels et fermés sur eux-mêmes, qui depuis deux millénaires acceptent ce message sans réserve, ne se posant pas la question de savoir pourquoi d'autres personnes refusent leurs croyances ; (il faut avoir présent à l'esprit que le mot croire, selon les dictionnaires, a une connotation de fermeture : « accepter pour vrai ce qui est dit ou écrit », ce qui sous-entend que croire interdit de comprendre. Les religions qui, en principe, sont dirigées par des intellectuels auraient dû se poser cette question de la communication à l'extérieur ; leurs communautés sont responsables et coupables de l'état de désespoir de certains non-croyants.

Les prophètes fondateurs des religions disaient des paroles d'une sagesse éternelle, mais en revanche leurs successeurs ont toujours modifié leur message afin de créer une légende conçue pour abêtir et soumettre les populations, quitte à faire respecter la loi par la violence pour assouvir leur volonté de puissance ; en voici une preuve de poids puisqu'il s'agit du pape Léon X (XIVème siècle – alias Jean de Médicis) qui disait à l'un de ses cardinaux, monseigneur Bembo : « On sait de temps immémorial combien cette fable de Jésus-Christ nous a été profitable. »
En ce qui concerne les prophètes Moise et Mahommet, dans leur réalité historique, il ne faut tout de même pas oublier ou ignorer que leur mode de transmission de la loi qu'ils prétendaient avoir reçue par révélation directe avec Dieu n'excluait pas les méthodes violentes, ce qui n'était pas vraiment compatible avec les « 10 commandements » qu'ils avaient reçus.

Tout ce qui précède ne veut pas dire que les religions soient inutiles, bien au contraire, car leur histoire a démontré qu'elles ont joué un rôle structurant, permettant aux tribus de se regrouper et de constituer des Etats, des Royaumes, elles validaient le sacre des rois. Avec l'avènement de la République, leur rôle de premier plan a cédé la place au système démocratique, leur rôle est maintenant officieux et il doit l'être, il en va de la laïcité : leur rôle est différent.
Le rôle des religions n'est pas nul, car elles possèdent toujours des bases symboliques solides, mais hélas, les clercs ne savent plus ou ne veulent plus les utiliser, pour ne pas générer des individus spirituellement autonomes ; danger imaginaire à notre époque car on n'a plus besoin de la perspective du jugement dernier pour contrôler les populations, les lois fiscales et le code civil y pourvoient largement.

Le phénomène d'individuation spirituelle est la condition sine qua non de l'élévation de conscience, et les religions devraient se contenter d'un rôle initiatique et savoir passer la main au pouvoir politique pour régler les affaires sociales ; il faudra bien qu'elles finissent par admettre cette situation moderne. C'est à ce prix qu'il n'y aura plus de guerre inter ethnique : cohabitation du principe religieux avec le principe de la laïcité républicaine. Ce n'est pas une utopie, la nécessité (pression de sélection ) et le temps nous y conduiront. La pensée unique imposée par l'abêtissement et la terreur des inquisitions ne sont plus acceptés par les intellectuels d'occident et d'orient, c'est une tendance certaine de ce début de siècle, le processus est enclenché, son développement est une vague de fond qui ne peut plus être contenue, grâce à la mondialisation de l'information, de la culture et de la liberté de conscience républicaine.

L'incompatibilité de l'enseignement donné par les religions avec celui qui est procuré par le sage est connue et établie, et c'est logique qu'il en soit ainsi : pour le premier, la parole ne va que dans un sens, dans le second, il y a aller et retour.
Le prix à payer pour que l'harmonie triomphe est très élevé : les religions induisent l'intolérance et la violence, tandis que l'enseignement du sage induit l'isolement de son disciple et pour éviter sa marginalisation, ce dernier doit utiliser la seule arme à sa disposition : la sagesse.
La nature a « inventé » la reproduction sexuée dans le but d'accéder à la « pluralité », la pensée unique est donc un état contre-nature. La spiritualité qui est plurale est un phénomène humain qui défie l'entropie.

Aucune religion ne détient la vérité. D'ailleurs, qu'est-ce que la vérité? Il en existe plusieurs. Il y a la « vérité réelle des faits », elle n'est pas toujours bonne à dire ;et il y a la « vérité médiatique » qui est la transformation de la précédente. La première vérité est dangereuse. La seconde vérité est fausse, mais acceptée facilement.
La fable religieuse n'est jamais qu'un outil initiatique et symbolique qu'il faut faire évoluer en fonction du public et des époques mais surtout il faut apprendre à chaque individu à s'en servir.
La voie symbolique est le seul moyen d'appréhender les choses de l'esprit, car dans ce domaine, la pensée rationaliste est une monnaie qui « n'a pas cours ».

CHAPITRE I

Si vous descendez la vallée du Rhône, à mi-chemin entre la capitale des Gaules et la mer, vous rencontrerez une rivière aux eaux bleuies par les minéraux des préalpes. En remontant cette rivière jusqu'à sa source, vous arrivez au pays des vignes et des oliviers. Un chemin de terre quitte la vallée et s'enfonce dans la montagne sauvage. Le tracé de la piste en lacets audacieux s'élève rapidement dans un autre monde hostile et sans ressources. Si vous insistez sur ce parcours, au détour d'un lacet, vous serez surpris par une ouverture subite, le vallon sauvage se transforme en replat verdoyant de luzernes, prairies et cultures. Dans un bouquet d'arbre, l'abbaye de Tombellènne est là, mystérieuse et harmonieuse. Il y a mille ans, les moines savaient découvrir et mettre en valeur des terres propices à la méditation et à la culture vivrière. Le regard peut voir ici la terre et ses richesses, la montagne, la voie à découvrir, et le ciel prometteur de rêves.

En cette année 2050, les cloches de l'abbaye de Tombellènne sonnaient lentement à intervalles réguliers, ponctuant les prières que récitaient les moines, afin d'aider l'abbé Guergan, fondateur de leur Ordre, à surmonter l'épreuve qu'il subissait en ce moment et à laquelle il se préparait depuis très longtemps. Les moines se relayaient nuit et jour depuis une semaine, pour chanter des prières en latin, langue sacrée s'il en est, en suivant la ligne mélodique de la musique grégorienne. Dans cette petite chapelle romane, faiblement éclairée, le spectacle offert par ces moines avait quelque chose de poignant capable d'émouvoir le plus athée des êtres, à défaut de le convaincre. On ne pouvait s'empêcher de comparer cette cérémonie religieuse à celle des bouddhistes dans les monastères himalayens, voire même aux cérémonies de la Maçonnerie écossaise.
Les rites pratiqués depuis de nombreuses décennies par ces moines leurs collaient au corps, si bien qu'on eut été incapable d'imaginer ces hommes dans une autre occupation que la prière, les chants sacrés, les travaux des champs, le travail et la recherche sur la spiritualité.
Les moines priaient pour un homme qui avait donné sa vie au monde et qui était sur le point de le quitter pour rejoindre l'univers de l'esprit pour lequel il avait usé ses forces afin de convaincre ses frères des vertus de l'Espérance.

Le soleil de midi faisait briller les fleurs de la clairière, seul lien éclairé de cette forêt de chênes séculaires. A côté de la source du ruisseau qui chuintait et cachée derrière un buisson, la jeune Marie était allongée dans l'herbe, tandis que le vieux Guergan la contemplait, assis par terre, adossé à un rocher. Ils communiquaient par le silence et les regards.

La blondeur de Marie ressemblait à une touffe de boutons d'or et sa robe blanche à une plaque de neige oubliée par l'hiver ; ses yeux bleus étaient tournés vers le ciel, perdus dans ses souvenirs malheureux. Confiante dans son bonheur présent, elle repensait à cet élan de désespoir qui l'aurait précipitée du haut d'une falaise si le sage qui était à côté d'elle maintenant, ne lui avait redonné le goût de vivre. Elle avait retrouvé le bonheur, la paix et l'espérance ; le doute l'avait quittée. Elle avait fait la part des choses entre l'humain et le divin et réalisé la synthèse entre les deux.
Durant l'éducation religieuse qu'on lui avait imposée quand elle était jeune, on lui avait dit qu'elle avait une âme, elle avait peut-être trouvé ce « poste à transistors » qui était en elle, mais on ne lui avait pas dit comment il fallait l'allumer ; quand l'électricité est coupée, les diodes sont dans l'impossibilité de capter les ondes qui se promènent dans l'atmosphère, comparaison approximative : Guergan avait réussi à « activer » l'âme de Marie.
Guergan, ce vieillard chenu, était vêtu d'une robe de bure grise serrée à la taille, laissant deviner un corps sec et musclé. Ses longs cheveux gris et sa barbe encadraient un visage bronzé éclairé par un regard anthracite flamboyant de pensées. Il regardait la jeune femme qui était près de lui, en mâchant un brin d'herbe et pensait à tous ces jeunes gens désespérés qui n'attendent plus un signe de quiconque et ne croient plus en rien, même pas en eux-mêmes. Il y a un mois à peine que Marie avait frappé à la porte de l'abbaye après une tentative de suicide qu'elle n'avait pas eu le courage de réaliser complètement, mais qu'elle aurait sûrement recommencée si rien en elle ne s'était produit. Elle avait aperçu la vraie vie, la lumière avait chassé les ténèbres.
Pour Guergan, ce n'était pas la première fois qu'un adolescent venait à l'abbaye dans un pareil état, mais c'était la première fois qu'il obtenait un tel résultat en si peu de temps. Guergan était conscient que le charme de Marie n'était pas étranger à l'énergie qu'il avait mobilisée pour réussir ce sauvetage. La détresse de Marie l'avait ému au plus profond de lui-même, au point de redevenir jeune homme dans sa tête. Il prenait conscience que l'amour qu'il éprouvait pour cette jeune fille avait sauvé Marie. Une fois de plus, il constatait que seul l'amour sauve du désespoir et que l'amour induit l'amour, c'est bien cela qui l'inquiétait, il se sentait maintenant responsable de cette enfant qui s'abandonnait à lui et il vivait le présent, heureux mais inquiet de la suite.
Après une longue marche en montagne, Marie et Guergan se reposaient en ce lieu magique, moins pour effacer la fatigue du corps que pour savourer ce moment délicieux.
Marie la mystique, qui est faite pour se donner tout entière, avait retrouvé la paix à l'Abbaye de Tombellènne. Plus que la beauté des lieux, la sagesse de l'ermite lui avait fait oublier son tourment. Guergan avait allumé en elle un feu mystérieux en lui parlant de l'amour universel.
- Guergan, tu sais tout sur moi, tandis que j'ignore tout de toi, parle-moi de toi, de ta longue vie avant moi.
- Ah, petite Marie, si tu savais ce dont je rêve... mais avant de te parler de moi, je vais te raconter ce que mes parents firent pour moi. Depuis qu'ils sont morts, leur pensée ne m'a jamais quitté, tous les jours ils me parlent, tous les jours je leur parle...


CHAPITRE II


J'ai déjà vécu une centaine d'années dans ce monde désordonné qui fit mon désespoir. Ma jeunesse s'est écoulée dans le cadre le plus idyllique dont puisse rêver un enfant, mon père entretenait une forêt et ma mère l'assistait dans son travail, nous habitions dans une vieille maison de pierre et de bois, située au milieu d'une clairière. Mon père Gwydyon, tel était son nom, fut non seulement mon géniteur, mais mon initiateur à la vraie vie. Ma mère, Ganieda et moi aimions l'écouter parler.
J'ai perdu mon père depuis près de quatre vingt ans et ma mère, qui était plus jeune que lui, m'a quitté il y a une cinquantaine d'années. Les nombreuses décennies que j'ai vécues depuis n'ont pas effacé leur souvenir de ma mémoire et je suis encore ému jusqu'aux larmes, lorsque j'évoque ce que fut ma vie avec eux. Cette vie a été à l'origine de mon destin monastique et m'a permis de traverser l'existence avec une sensibilité particulière qui m'empêcha de trouver ma place dans cette société de souffrance, d'injustice et d'inconscience ; c'est pour cette raison que je l'ai quitté. Ce n'est pas par lâcheté que je m'en suis éloigné mais pour en avoir une vision plus lucide ; cela me permit d'en parler avec des mots qui aidèrent quelquefois ceux qui voulaient trouver la vraie lumière.

Depuis le début de l'humanité, la course à la subsistance a été de plus en plus sélective, d'ailleurs comment aurait-il pu en être autrement avec la guerre sauvage à laquelle se sont toujours livrés ceux qui ont le pouvoir. Il semblerait que cette tendance ait atteint son paroxysme et les conséquences en sont dramatiques. Aujourd'hui, dix personne sur cent ont le privilège de travailler pour faire vivre la planète.
Le monde est dirigé par une poignée de cadres supérieurs dont on a remplacé une moitié de cerveau par un logiciel froid, rigoureux, et sans pitié ; ces moitiés d'hommes sont programmés par les business-school pour faire fonctionner une logique capitaliste à outrance de laquelle est exclu le facteur humain. Les hommes sont capables d'être à la fois de bons pères de famille, sensibles aux relations amicales et des tyrans inhumains. Ils sont d'une inculture totale et vers la quarantaine, ils sont atteints d'un vertige et compensent leur manque de spiritualité par l'adhésion à des sectes qui exploitent leur soif de croyance.
La misère physique qui est le lot d'une grande proportion des habitants de la planète est d'un certain point de vue presque dérisoire, en comparaison de la pauvreté spirituelle qui les soumet aux superstitions. Celles-ci, que l'on croyait disparues avec le monde moderne, ont ressurgi, plus vivaces que jamais et connaissent maintenant un incroyable succès. La vente des "produits spirituels" en prêt à porter est une activité très lucrative. Les sectes ont dévoré les religions de l'intérieur, car les anciennes religions, en mal d'adhérents, les avaient fait rentrer dans leurs temples. Les sectes et les pouvoirs politiques s'appuient les uns sur les autres pour exploiter les peuples, comme ils le faisaient pendant le Moyen-Âge, à quelques nuances près. Dès lors, il est logique que les peuples soient plongés dans la misère physique et morale.
Le besoin de croyance et la superstition sont des instincts aussi profondément établis en nous que le sont l'instinct sexuel et l'instinct de conservation. Ce besoin de « signes » de l'au-delà n'est-il pas déjà en soit une preuve embryonnaire de notre nature spirituelle ? La peur de la mort est à l'origine des religions.

Etant moi-même le témoin impuissant de ce scandaleux équilibre, j'ai décidé il y a longtemps de me consacrer uniquement à l'aide morale de mes contemporains en leur transmettant l'usage des outils qui leurs permettront de découvrir l'étincelle de la vraie vie qui est en eux
C'est à l'âge de trente-trois ans que j'ai décidé de sauver mon âme avec une douzaine de compagnons qui avaient fait le même choix. Tous ensemble, nous avons travaillé sur nous-mêmes pour élever notre degré de conscience, en suivant les préceptes d'une démarche initiatique traditionnelle que nous avions redécouverte et vécue dans notre loge.
Pendant de longues années, nous avons dirigé notre esprit vers un point hypothétique : celui de la convergence de toutes les énergies, le zéro naturel, l'éternel présent, l'unité divine. Nous avons tendu à nous détacher d'un certain nombre de contingences matérielles pour acquérir la liberté qui existe en nous. Ainsi, nous avons obtenu une certaine perception et un certain regard de l'univers, par la descente en nous-mêmes : "l'implosion spirituelle" pourrait-on appeler cela... Mes compagnons du début ont rejoint avant moi la grande liberté du monde de l'Esprit et d'autres les ont remplacés.
A Tombellènne, nous ne sommes seuls qu'en apparence, notre esprit voyage dans l'univers spatio-temporel, passé, présent, futur se confondent en un seul point, celui de l'éternel présent. Cette sensibilité exceptionnelle, bien des prophètes l'ont connue avant nous. Grâce à cette mise en harmonie de notre être avec les vibrations de l'univers, notre corps a conservé une vigueur exceptionnelle que nous pourrions presque prolonger indéfiniment si nous le voulions, mais je sais que notre esprit se lassera de cette entrave corporelle et un jour, nos atomes rejoindront les cycles de la matière, pour suivre un autre destin, tandis que nos âmes rejoindront le Créateur de l'univers.
Dans notre abbaye maintenant célèbre, des personnes sans espoir viennent nous voir pour trouver ce qui leur manque, mais malheureusement, peu d'entre elles comprennent la démarche initiatique, elles nous prennent pour des fous. Elles acceptent mal la lenteur de l'alchimie de la voie symbolique. Beaucoup de gens repartent déçus, ils croyaient que j'étais capable d'opérer sur eux un miracle, en imposant mes mains sur leur tête... ils m'avaient sans doute confondu avec le Christ... cela prouve qu'ils ne le connaissaient pas, car s'ils avaient bien écouté ses paroles, ils n'auraient pas éprouvé le besoin d'avoir recours à mes "services". Dans leur esprit, c'est bien de "service" dont il s'agissait : ils venaient chercher une prestation et à la limite, ils auraient accepté de payer pour cela : ils payent, je fais le miracle, quelle misère ! Quel malentendu ! En ce qui concerne le domaine de l'Esprit, le commun des mortels est plein de contradictions : il a envie de faire la démarche, mais il en a peur, il est pressé, il veut tout, tout de suite, alors que des années sont nécessaires pour comprendre. Il a une excessive pudeur pour parler spiritualité et une incroyable intolérance dès que les autres en parlent. Et pourtant, ne sommes-nous pas tous frères en Esprit, tous frères en Dieu ? Ce sont des liaisons de centre à centre qui nous unissent, car nous sommes tous des centres de complexité/conscience, à la fois identiques dans les grandes lignes, mais complètement différents et uniques dans notre tonalité ; nous nous ressemblons tous comme deux cordes de violon peuvent se ressembler, mais nos tensions d'accord sont différentes. Ces différences sont à la fois la richesse et le malheur de l'humanité. L'ego est à la fois le bien et le mal, l'un et l'autre sont nécessaires, mais l'un doit finalement vaincre l'autre. Il n'y a pas trop d'une vie pour comprendre cela, alors pourquoi toujours remettre à plus tard ? Les gens vivent comme s'ils étaient immortels...
J'ai toujours eu beaucoup de chances dans ma longue vie et la première fut celle de naître au sein d'un couple comme celui de mes parents, car ils ont réussi à faire sortir cette petite flamme de l'espérance qu'il est si facile d'étouffer, sous le poids des vanités.
Beaucoup d'appelés et peu d'élus dit l'Evangile, j'ai toujours été révolté par cet énorme perte, le "rendement spirituel" de l'univers serait-il mauvais ? Chaque succès se payerait-il nécessairement d'un large pourcentage d'insuccès ? On retrouve hélas partout cette dure loi de la nature: tout progrès a un prix, "dissipation d'énergie" , disent les physiciens. Face à cet énorme déchet, nous ne sommes pas impuissants, nous avons le devoir de transmettre l'espérance que nous procure notre foi. En fait, quand je parle de déchet, le terme est inapproprié, il ne s'agit pas, comme pour une combustion, d'imbrûlés sous forme de cendres, mais d'une disparition de l'être spirituel. Le rôle de l'humanité est de distiller l'énergie spirituelle contenue dans la matière.
Certains penseront peut-être que mon père était dogmatique. Je suis mal placé pour le juger, mais honnêtement, peut-on reprocher à quelqu'un d'avoir une foi indéracinable? A mon avis, la foi est une "inexplicable-conviction", c'est pourquoi, ceux qui n'ont pas la même conviction disent que celle des autres est dogmatique. Les gens à l'intérieur d'une même religion, sont aussi intolérants entre eux qu'ils le sont d'une religion à l'autre. La foi est un état de tension, difficile à atteindre.
Moi, je sais que mon père était un homme sincère et que tout ce dont il parlait, il l'avait tourné et retourné longtemps dans sa tête et qu'à ce titre, son discours n'était pas inintéressant, même si la forme en était un peu abrupte.
Mon père lisait et méditait beaucoup. Je serais incapable de faire la part de ce qui sortait de lui et de ce qui provenait de ses lectures. Je serais encore moins en mesure de citer ses sources, dans le domaine de l'esprit, il n'y a pas de droit d'auteur, les choses de l'esprit sont universelles. Mon père n'était ni prêtre, ni universitaire, il n'était qu'un ermite et ce titre ne lui conférait aucun droit de parler des choses de l'Esprit, et pourtant il le fit, ce fut la cause de son isolement dans la société.
En fermant les yeux, je retrouve en moi tous les dialogues qui se sont déroulés entre mon père, ma mère et moi, je les entends comme s'ils dataient d'hier. Mon père parlait lentement et longuement ; ma mère et moi l'interrompions assez souvent par des remarques qui avaient le don de le mettre en colère... pendant au moins cinq minutes !
Marie, tu es la dernière personne ici bas à qui je transmettrai mon message, puisse-t-il t'inciter à rechercher en toi ce qui est d'essence divine. Ma conviction est que dans un univers tourné vers la spiritualité, le phénomène christique est une manifestation naturelle à haute probabilité, car il est inscrit dans l'essence de la matière : "l'esprit est la clef de la matière", disait Saint-Augustin.
« Celui qui aimera passionnément le Christ dans les forces qui font grandir la Terre, la terre, maternellement, le soulèvera dans ses bras géants, et elle lui fera contempler le visage de Dieu. » Ainsi parlait Teilhard de Chardin, ce prophète qui enchanta ma vie...
Viens Marie, je vais t'emmener dans la forêt où nous nous promenions mes parents et moi…


Nous sommes au sommet d'une colline d'où nous contemplons le Mont-Blanc, très loin, pyramide dorée sortant des brumes incertaines des plaines... Oui, je me souviens... comme s'il s'agissait d'une autre personne que moi même...
Soudain, rompant le silence, je demandais à mon père:
- Sur quel chemin veux-tu m'emmener ?
- Tu le verras plus tard.
- Gwydyon, raconte-moi une histoire.
- Laquelle ?
- Celle de tout ce qu'on voit, de tout ce qu'on touche, de la Terre, de la Lune, du Soleil... Des montagnes, des arbres, des rivières, des animaux, des hommes... Comment s'est fait tout cela, par qui, pourquoi faire ? Dis Ganieda, tu la connais toi aussi cette histoire ?
- A ma façon mon chéri ; je te raconterai ma version plus tard à l'occasion ; elle sera sans doute plus pragmatique que celle de ton père.
Mon père resta silencieux, il alluma sa grosse pipe en écume, leva les yeux, puis il me regarda, assis sur un bloc qu'il venait de gravir et commença son récit.
- Il y a bien longtemps, dit-il, bien avant que l'on commençât à compter les années et les siècles, avant que la grande horloge du Temps n'ait été mis à l'heure zéro, la terre, le ciel, les étoiles, le soleil et la lune tels que nous les voyons maintenant n'existaient pas.
Il interrompit son récit, plongea son regard dans le mien et me dit :
- Ce que je vais te raconter n'est pas la vérité, ce ne sont que des images, ce sont des légendes que l'on peut raconter de mille façons. Ta vérité, tu la trouveras en toi, en pensant bien fort à ces images. Et puis, un jour, à force d'empiler les images, nous pourrons construire quelque chose de très beau, peut-être cette construction nous permettra-t-elle de vivre très, très, très longtemps.
- Que mon fils devienne un bel homme avec une tête bien faite, comme en produisait Thélème, ça serait très bien pour lui ! ponctua Ganieda.
- Allez dis-je, tu me la racontes quand même cette histoire, de ce qu'il y avait avant que "tout" existe, , car je n'ai pas compris ce que l'on nous a dit au catéchisme à propos de la création du monde.
-... J'imagine qu'avant que "tout" fût, il n'existait rien d'autre que des immensités de "grisaille" au milieu desquelles Dieu le Père s'ennuyait énormément ; il se décida alors à agir. Il avait réfléchi depuis... Toujours... sur les causes de cette "grisaille". Il s'était dit : "Dans cette "grisaille", si j'arrivais à séparer les grains blancs des grains noirs j'aurais la Lumière d'un côté et les Ténèbres de l'autre" ; autrement dit, il y aurait deux forces contraires.
Avec la seule puissance de sa pensée, Dieu le Père réussit à mettre fin à la "grisaille" en séparant les grains noirs des grains blancs.
- Il a séparé la Lumière des Ténèbres ?
- J'imagine que Dieu le Père en envoyant son Esprit séparer la Lumière des Ténèbres, s'est retrouvé devant deux Géants de Pensée tout à fait opposés l'un à l'autre, dont l'un dictait son influence aux grains blancs et l'autre aux grains noirs.
- Elle est compliquée ton histoire, papa, sous Dieu le Père, il y aurait donc deux « sous-Dieux » ?
- C'est pour cela, que les secrets de fabrication de l'univers sont dénommés les "Grands Mystères". Oui, il n'y a qu'un seul Dieu, tout en haut de la hiérarchie de l'esprit, en lui sont les Forces, forces nécessairement opposées, que j'appellerai « Géants de Pensée », mais nous en reparlerons plus tard…

- Papa je suis encore petit, raconte-moi une histoire d'enfant...
- Oui,... une histoire d'enfant... Alors imaginons qu'avant, à part Dieu le Père, il n'y avait rien sinon une Volonté, une Force de Pensée, puis sont apparus deux esprits géants dont les forces de pensée étaient énormes. Le premier géant était ce qu'on appelle, une force du Bien. Suivant l'idée de Dieu le Père, il voulait construire un monde où toutes les personnes seraient heureuses. Ce dieu du Bien pensait que si toutes les personnes qui habitaient les planètes s'aimaient très fort les unes et les autres, elles pourraient construire une grande "cathédrale imaginaire", dont chaque pierre serait faite avec une bonne pensée et, si nous arrivions à construire une telle cathédrale, rien ne pourrait jamais la détruire. Dieu avait une idée derrière la tête : cette cathédrale brillerait tellement fort dans le ciel de l'esprit, que même ceux qui ne voudraient pas la regarder seraient obligés de la voir à travers leurs paupières fermées... Et ça, le deuxième géant l'avait bien compris et, c'est pourquoi il voulait absolument s'opposer au projet du premier géant, c'est ce que nous, les humains imaginons.
Le second géant de pensée était, en principe, aussi fort que l'autre et à première vue, on aurait pu croire qu'ils étaient identiques. Mais quand on le regardait vivre un moment, on s'apercevait qu'il était tout à fait le contraire du premier Géant et, pour ne pas les confondre on l'a nommé le Diable.
Dès le commencement donc, avant l'existence de toute chose, par nécessité absolue, les deux Géants s'opposèrent. Dans cette formidable partie de bras de fer, toutes leurs énergies étaient impliquées, on assistait à un combat d'une rare violence, pourtant leurs corps n'étaient fait ni d'os, ni de chair, mais de pensées aussi fortes que des éclairs éternels.
Bloqués l'un en face de l'autre, le dieu du Mal disait au dieu du Bien :
"Ta Cathédrale lumineuse, je n'en veux pas, parce qu'elle brillera tellement qu'elle nous empêchera de dormir tranquillement dans le noir. Moi je ne veux pas que tu la construises et je ferai tout pour t'en empêcher."
Le dieu du Bien lui répondit :
"Ecoute, on ne va pas rester tous les deux bloqués l'un en face de l'autre éternellement, je propose un jeu qui permettra de savoir lequel d'entre nous est le plus puissant. Tu vois ces flocons noirs et blancs qui flottent autour de nous sans savoir où aller, on va les rassembler en les mélangeant avec nos pensées. On va tasser le tout très fort pour en faire une boule jusqu'à ce que cela devienne de la matière très lourde. A force de la comprimer, elle va exploser. Cette explosion finira de mélanger nos pensées avec les grains de matière qui partiront aux quatre coins du ciel. Si jamais ce sont tes pensées qui sont les plus fortes, les grains de matière partiront très loin sans jamais se rencontrer, ils se perdront comme des cendres froides emportées par le vent et tout sera fini. Mais si par bonheur, mes pensées sont aussi vigoureuses que les tiennes après l'explosion de la boule lourde, grâce à l'opposition de leurs forces les grains de matière vont se mettre à tourner les uns autour des autres et se regrouper dans le ciel pour former les étoiles."
Le Diable riait en écoutant le dieu du Bien qui continuait de parler...
"Grâce à mes pensées que j'aurai mises dans chaque grain de matière, sur les planètes il y aura de l'eau, des plantes pousseront, des animaux naîtront. Parmi ces animaux, les plus intelligents seront les hommes. Si j'arrive à ce point là du jeu, tes pensées pourront reprendre le dessus et j'aurai des problèmes avec les hommes qui ne voudront pas tous construire ma Cathédrale Lumineuse et notre jeu deviendra très difficile... Mais j'ai bon espoir de te battre."
"Moi aussi, répondit le Diable. On va s'affronter comme tu le proposes, l'un de nous deux est de trop ici, je veux être le seul et je ferais tout pour que tu disparaisses."
"Moi aussi, répondit le dieu du Bien avec conviction..."
Ce qui fut dit fut fait. Les deux Géants ont mélangé les bonnes et les mauvaises pensées, les flocons blancs avec les flocons noirs, ils ont fortement tassé le tout dans la boule lourde qui a explosé comme prévu, et ils ont mis en marche la grande horloge du temps. L'explosion a été si puissante que les flammes de matière sont parties en direction des quatre coins du ciel à une vitesse proche de celle de la lumière. Le Dieu du Bien n'était pas certain de gagner, mais il souriait en pensant à la recette qu'il avait glissée dans chaque flocon blanc pour fabriquer toute la nature. Cette Pré-matière était devenue la matière initiale contenant l'évolution future de la matière sous toutes ses formes. Ordo ab chao, l'ordre provient d'un désordre apparent, le chaos est le début de l'univers.
- Tu rêves, Gwydyon, dit ma mère, moi, je suis sur terre et je ne peux m'empêcher de voir toutes ces myrtilles qui nous entourent. Je vais par le geste rejoindre mes sources d'antan et m'adonner à l'art de la cueillette, tout en vous écoutant et, si je suis faite de "bonnes pensées", je vous en donnerai peut-être...
Et mon père de continuer : le Diable riait franchement, car il connaissait le moyen pour brouiller le logiciel divin.
L'explosion a dégagé tant de chaleur, que dans chaque "flamme" on trouvait assez d'énergie pour que cela reste allumé des milliards et des milliards d'années...
Pour compter un temps aussi long, tu penses bien que nos pendules qui font tic-tac à chaque seconde ne suffisent pas. La pendule qui doit compter le temps de l'univers fait peut-être des tic-tac qui durent des milliards d'années, personne ne le sait, car peut-être l'univers a-t-il des "respirations", il se gonfle et se rétrécit alternativement, indéfiniment.... ?
- Dis Papa, il faut énormément de place pour faire tout cela.
- Oui, infiniment. D'où tu es, tu ne peux voir qu'une partie du ciel, l'univers est des milliards et des milliards de fois, des pleines pages de milliards multipliés entre eux, plus grand que ce que tu vois, alors, tu imagines le temps nécessaire pour fabriquer toutes les étoiles qui sont dans l'univers ! Dans la Bible, il est dit que le Dieu a mis sept jours pour construire le monde, mais ce sont sept jours comptés avec la grande horloge de l'univers. Peut-être même cela signifie-t-il autre chose... Chaque mythologie a sa propre interprétation de la création du monde, mais toutes se ressemblent.
Pour fabriquer les étoiles à partir des grains de matière, les forces du Bien n'ont pas eu trop de problèmes. Le brouillage du Diable n'entrait pas encore en jeu et les forces du Diable étaient plutôt une bonne chose, la mise en présence de deux forces opposées, faisaient tourner le système. Dans l'univers, tout vibre, tout tourne... On pourrait dire en plaisantant que le mal est nécessaire au bien et inversement. L'opposition de deux forces « positives » et « négatives » est nécessaire à la manifestation – quand j'emploie l'expression Bien et Mal, c'est une façon d'exprimer la notion de forces opposées, pas autre chose.
Les "flammes rouges" qui étaient parties aux quatre coins de l'univers, se refroidissaient et devenaient des "brandons" qui se mettaient à tourner les uns autour des autres, grâce justement aux forces en opposition. Cela arrangeait Dieu, car il suffisait qu'un brandon plus lourd que les autres se promenât dans le ciel, pour que tous les grains plus petits viennent tourner autour de lui et plus il en venait, plus ça en attirait d'autres. C'est ainsi que se sont constituées les boules de matière en feu plus ou moins grosses que sont les étoiles. En tournant, il y a des morceaux d'étoiles qui se détachent et qui se mettent à graviter autour de l'étoile mère; ces morceaux sont des planètes ; la Terre est une de ces planètes et elle tourne autour de son soleil. C'est parce qu'elle est plus petite que le soleil, qu'elle refroidit plus vite et c'est très bien ainsi, car s'il y a une chaleur agréable, tous les êtres vivants s'y développent rapidement.
Pour fabriquer les océans et les montagnes, les bonnes pensées qui étaient dans les grains de matière n'ont pas eu trop à se battre contre les mauvaises pensées, car les gouttes d'eau ou les morceaux de terre ou de rocher ne sont pas d'une structure très complexe. C'est facile à fabriquer pourrait-on dire. Mais il n'en va pas de même pour la matière vivante qui est infiniment plus complexe. En effet, les grains de matière se sont aperçus qu'il était plus difficile de fabriquer quelques grammes d'une fleur ou d'une souris, que les milliers de tonnes de rocher d'une montagne. Pour sortir les premiers hommes, il a fallu que les grains de matière inventent des milliards et des milliards de solutions pour résoudre les problèmes qui se présentaient. On se demande où ils allaient chercher toutes ces idées nouvelles..., l'un des grands principes de la nature est celui de tout essayer… Il faut dire que la matière a eu beaucoup de chances avec le hasard ; même quand il n'y avait qu'une seule chance sur des milliards, la matière tombait dessus, à tel point que l'on pouvait soupçonner qu'il y avait quelqu'un qui lui soufflait la solution à l'oreille... Le hasard serait-il chargé d'intentions comme s'il avait été parasité par un principe ?

Les êtres vivants sont donc arrivés à se développer envers et contre tout sur notre Terre et sur d'autres planètes probablement.
En voyant combien le dieu du Bien avait de la chance, le Diable avait dit aux mauvaises pensées qui sont dans chaque grain de matière :
"Méfiez-vous des bonnes pensées, Dieu leur a dit que c'est avec les êtres humains qu'il voulait construire sa Cathédrale lumineuse, c'est maintenant que va vraiment se jouer la partie. Vous n'avez pas pu empêcher les bonnes pensées de fabriquer les êtres humains, alors il faut absolument que vous les empêchiez de s'aimer les uns les autres, sinon ils vont essayer d'avoir autant d'amour que leur Dieu et ce sera épouvantable pour moi..."
Tu vois Guergan, disait mon père, je suis content, car le dieu du Bien a gagné la première partie du match qu'il dispute contre le Diable, mais je suis inquiet, car la seconde manche sera très difficile à jouer ; le Diable a lui aussi des chances de gagner, parce qu'il y a beaucoup d'êtres humains qui, au fond d'eux-mêmes, entendent plus sa voix que celle des forces du Bien.
Si jamais le Diable gagnait, il n'y aurait plus de lumière, il ferait très froid et, après notre mort, les pensées de chacun de nous disparaîtraient, il ne resterait plus rien dans l'univers, il serait noir comme la nuit, ce serait le néant. . Le mal est l'absence du bien, si le bien disparaît, ce sera le néant. On ne peut pas imaginer l'existence de l'univers sans l'amour, cette « force qui rassemble ».

La seconde partie va être dure, car c'est à l'intérieur de nous qu'elle se dispute. Il faut que nous rassemblions en nous même, dans ce que l'on pourrait dénommer notre "centre de conscience" toutes les bonnes pensées qui sont dans chaque grain de matière composant notre corps. Il faut admettre que ce centre de conscience existe, il est caché très profondément à l'intérieur de nous et, pour le trouver, il faut y penser très fort pendant longtemps. Il finit toujours par manifester sa présence si on l'appelle, ensuite il suffit de « l'activer ».
Cette région théorique et secrète, cachée au fond de nous, c'est la Caverne où tourbillonne le Vent de l'Esprit, on la reconnaît facilement et, si on lui parle, elle répond. Si on lui demande : "A ton avis, caverne, cette pensée que je viens d'avoir, est-elle bonne ou mauvaise ?" elle te répondra toujours ; l'écho du souffle de l'Esprit de l'univers ne se trompe jamais ; pendant toute ta vie tu pourras lui demander des conseils. Méfie-toi du Diable, il essaye toujours de se mêler à la conversation, il va même jusqu'à imiter la voix qui parle dans ta Caverne, mais comme il conseille toujours de te faire plaisir, tu auras vite fait de le reconnaître. On ne peut les confondre que si on le veut bien.

C'est grâce aux conseils que nous donne la voix de la Caverne que nous arriverons à fabriquer au fond de nous cette pierre cubique très brillante, que nous pourrons faire remonter vers le ciel pour construire la grande "Cathédrale lumineuse".
Quand la grande horloge de l'univers aura fini de compter le temps, quand elle n'aura plus de force, elle s'arrêtera. Il faudra qu'à ce moment-là, le plus grand nombre d'hommes et de femmes ait réussi à rassembler suffisamment de pierres lumineuses pour construire la "grande Cathédrale de Lumière". C'est cela qui est important.
Nos corps seront morts, mais notre esprit, rassemblé dans notre "Caverne", lui, ne pourra pas mourir, s'il tient dans ses mains transparentes notre propre "Pierre de Pensée", et c'est lui qui la portera à l'endroit théorique où Dieu veut construire son édifice spirituel.
- C'est invraisemblable cette histoire d'esprit qui peut vivre après notre mort, dis-je à mon père.
- Oui, on peut dire cela, mais écoute cette histoire qui m'est arrivée.
Nous étions sur une gigantesque montagne, deux de mes compagnons venaient d'atteindre le sommet. J'étais en-dessous depuis quatre jours pour synchroniser par radio les opérations ; deux alpinistes montaient à leur tour vers le sommet en croisant ceux qui en redescendaient. Dans la nuit, le mauvais temps se leva et dura une semaine. L'un des deux alpinistes avait réussi à quitter le bivouac sous le sommet et à redescendre au camp de base in extremis. Son camarade, physiquement et moralement épuisé était resté au camp ultime. Un des membres de l'expédition et moi étions bloqués vers 7.000 mètres et nous somnolions dans la tente violemment secouée par la tempête, en attendant de tenter une opération de secours. Soudain, j'entendis la voix de notre ami en perdition, il m'appelait : "Fais quelque chose pour moi !..." Je sursautai et sortis de la tente ; bien entendu, je ne vis personne..., j'avais rêvé. Dans son agonie, il m'avait parlé et je l'avais entendu. Très impressionné par ce phénomène, j'en avais noté l'heure et le jour.

Un mois plus tard, je rencontrai les parents de notre ami disparu et sa mère me dit: "Quand la personne que vous avez envoyée pour m'annoncer la mort de mon fils est venue, je savais déjà...". Au moment de mon rêve, il avait aussi appelé sa mère, elle avait entendu sa voix, comme moi, en même temps que moi.

C'est un phénomène de même nature qui m'arriva quelques années plus tard. J'étais dans l'état de semi-conscience qui précède le premier sommeil du soir lorsque soudain, je fus réveillé par "le bruit que faisait une violente lumière".», phénomène tellement extraordinaire que je m'en souviens encore comme s'il venait de se produire. Un très fort chuintement émanait d'un rond extrêmement lumineux. Puis je vis apparaître un "Delta lumineux", à l'intérieur duquel se manifesta la tête d'un homme dont le visage ressemblait à celui du Christ, cet homme tenait un calice d'une main et faisait un geste de bénédiction de l'autre... Cette vision fut très brève et lorsqu'elle s'évanouit, je me retrouvais complètement éveillé et choqué... Je mis un certain temps avant de me rendormir, cette hallucination me tourmenta très longtemps. Pour expliquer ce phénomène, je précise que cette nuit-là suivait une longue période durant laquelle j'avais lu et relu des textes anciens. Après cette étrange vision, je fus envahi par un sentiment de paix et de force que je ressens encore aujourd'hui.
Crois-moi Guergan, s'il y a assez de pierres pour construire notre cathédrale lumineuse, c'est le dieu du Bien qui aura gagné et notre esprit vivra éternellement, en harmonie avec les autres esprits, dans ce Temple de Force, de Sagesse et de Beauté. Dans le cas contraire, s'il n'y a pas assez de pierres lumineuses, les murs de la Cathédrale ne seront pas assez solides et tout s'effondrera, il fera froid dans les ténèbres, notre esprit mourra, il n'y aura plus rien nulle part, car le dieu du Mal et le dieu du Bien auront épuisé toutes leurs forces dans ce combat de géants et ce sera l'éternel néant.
- Mais, où en sommes nous dans tout cela ? demandais-je à mon père.
- Nous en sommes au début, au tout début de l'humanité. On dit que l'univers a 15 milliards d'années, ou plus. C'est un temps trop long pour que nous puissions nous le représenter, aussi vais-je remplacer les années par des secondes, afin d'établir un ordre de grandeur appréciable à l'échelle humaine.
Une heure comporte 3 600 secondes et, dans une journée de 24 heures il y a 86 400 secondes. En supposant donc que les années ne durent qu'une seconde, l'explosion de la boule lourde, il y a 15 milliards d'années, se serait faite il y a environ 483 ans et, la formation de la Terre vieille de 5 milliards d'années, se serait faite il y a à peu près 161 ans. Les premiers hommes, il y a 3 millions d'années, seraient apparus il y a un peu plus de 34 jours. Les savant ont calculé que le soleil chaufferait la terre pendant encore 5 milliards d'années, ce qui avec notre système d'années miniaturisées laisse à l'humanité vieille seulement de 34 jours, encore 161 ans d'existence.
Même si les estimations des scientifiques sont en deçà de la réalité, elles donnent un ordre de grandeur, l'humanité est toute jeune, elle peut vivre encore un laps de temps qui durera environ
1 700 fois ce qu'elle a déjà vécu. Si tu veux une comparaison, l'humanité actuellement n'est pas plus vieille que toi quand tu avais 21 jours... Tu ne te souviens pas à quel point tu étais malhabile à cet âge-là et que tes seuls désirs étaient de manger et de dormir.
L'humanité, elle aussi, quand elle sera adulte, ne se souviendra plus de sa jeunesse et pourtant, la société contemporaine se croit arrivée à son sommet. Une humanité aussi jeune, on ne sait pas encore comment elle va vieillir, mais tous les espoirs nous sont permis ; tous les désespoirs aussi, hélas.
- Une question me brûlait les lèvres : s'il n'y avait pas eu le Diable en face de lui, crois-tu que Dieu aurait fait le monde ?
- Dieu, le Diable, c'est une façon de donner un nom à des conceptions divines qui sont hors de notre langage, hors du domaine connaissable et ceux qui ont écrit la Bible ont employé un langage symbolique que notre raison ne peut pas comprendre, mais qui est en harmonie avec notre esprit, nous pouvons en saisir le sens si nous découvrons le centre de conscience spirituelle qui est en nous. Il est dit dans la Bible : Dieu sépara la Lumière des Ténèbres, cette parabole peut être interprétée comme la séparation de deux forces opposées qui étaient enfermées dans une force inopérante…
- Mais comment les hommes qui ont écrit la Bible ont-ils eu cette intuition ?
- Ils ont acquis une idée de la vérité en réfléchissant. Tant qu'un être vivant n'est pas très intelligent, il est heureux puisque rien ne l'inquiète à part la recherche de sa nourriture et d'un compagnon pour se reproduire. Mais à partir d'un certain niveau de conscience, il remarque que ses semblables meurent de vieillesse et que lui aussi vieillit, il en conclut qu'il va mourir un jour lui aussi. Dès lors, cet être vivant est inquiet, il se pose des questions : "Pourquoi suis-je venu sur la terre si c'est pour n'y rester qu'aussi peu de temps ? Après ma mort, que vais-je devenir ? Mais la vie, est complètement stupide si elle ne mène à rien. Qui a eu l'idée de faire tout ça ? Qui suis-je ?" etc...
Avec de telles questions dans la tête, on imagine des réponses et on construit des histoires auxquelles on finit par croire. Des milliards d'êtres humains inventent les mêmes questions, ils inventent les mêmes croyances. Est-ce une projection psychologique en réaction à notre angoisse ? Peu importe, la pensée existe, c'est là une certitude et les sages de tous les temps sont partis de ce postulat : « Je pense donc je suis ».

En fait, on trouve seulement deux histoires dans la tête des êtres humains. Il y a celle de ceux qui disent que le monde est idiot, ne sert à rien et qu'après la mort, tout disparaîtra ; ceux-là estiment que logiquement, il faut profiter au maximum de la vie en goûtant à tous les plaisirs et même pour certains extrémistes que voler ou tuer, est un moyen normal pour se les procurer. . De leur point de vue, ils ont raison, puisqu'en dehors du concept du Bien et du Mal c'est la loi de la jungle qui prévaut dans la nature.
Et puis il y a l'histoire de ceux qui ont compris que le monde et ceux qui l'habitent, n'ont pas pu se faire sans cause initiale et que, s'il existait une force capable d'induire une construction aussi complexe et harmonieuse, il y avait logiquement un but ultime. L'existence de la nature prouve celle de son Créateur.

Ceux qui adhèrent à cette idée, estiment qu'il faut aider le Créateur a accomplir le destin de l'univers.
- Mais si le monde s'était fait sans cette cause initiale que tu attribues à Dieu ?
- L'important c'est le rêve, c'est en rêvant que tu découvriras la vérité. Dieu aime les rêveurs et il te répondra.
- Des deux catégories humaines, laquelle est la plus forte ?
- On ne peut pas répondre à cette question car les gens n'osent pas en parler. Les athées sont certains que leur thèse est juste, car elle est dans la logique rationaliste, donc facile à comprendre, ils parlent plus fort que les autres et l'on n'entend qu'eux. Les gens qui n'ont pas réfléchi à la question répètent la même chose, et en remettent à plus tard l'examen. D'ailleurs, la question reviendra les torturer malgré eux quand ils seront vieux ; quand l'angoisse de la mort les saisira, ils mettront les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu.
Celui qui refuse toute sa vie de penser à Dieu et qui persiste jusqu'à sa mort n'atteint pas le niveau d'un être humain achevé, il reste au stade de l'homme-animal puisque sa conscience spirituelle n'est pas éveillée; là est la différence entre un animal et un homme : soupçonner qu'il existe un principe, maître de l'Univers. Je n'ai pas dit « être convaincu », j'ai dit « soupçonner », c'est le commencement de la démarche humaine.
Ceux qui ont une petite idée du sens où va l'univers, se taisent parce qu'il est difficile de transmettre et que la société est truffée de gens qui exploitent les croyants pour développer leur pouvoir. Des brutes font dire tout ce qu'ils veulent à leur dieu et ceux qui provoquent de pseudo guerres saintes ne font que des guerres d'intérêts. Je ne sais pas s'il n'a jamais existé de guerre sainte, au sens propre du terme, car les humains très imprégnés de la parole divine, sont par définition incapables de tuer leurs semblables.
- "L'affaire" se présente mal, Gwydyon ?
- Oui, mais cette affaire est aussi notre affaire et pas seulement celle du Bon Dieu ; d'ailleurs, il a bien vu que "ça coinçait" au niveau des hommes et il s'est dit : "Avec ces êtres humains inconscients, le Diable est fichu de gagner la partie, car je ne maîtrise plus ce qui se passe dans leur tête ; il faut que je fasse quelque chose." Dieu a décidé de tricher un peu. Tu sais, tricher contre le Diable, ça n'est pas un péché, surtout que le Diable triche sans arrêt, lui. Alors, ruse de guerre, Dieu a inventé les prophètes... Il a réussi à fabriquer, discrètement, des hommes qui n'avaient dans leurs "grains de matière", que des bonnes pensées ; ces hommes que l'on dénomme prophètes, étaient directement branchés sur sa "ligne" et il leur soufflait à l'oreille, pendant leur sommeil, des tas de renseignements sur ce qui se passait là-haut, sur la manière dont tout avait été fabriqué et sur ses projets.
- Oui, je vois, il les a "mis dans le coup"...
- Oui, on pourrait dire comme ça. Ces hommes-là, quand ils se réveillaient après leur extase n'étaient plus comme avant. Devant leur regard, les gens se mettaient à trembler... le peu de mots qu'ils disaient les secouaient jusqu'au plus profond d'eux-mêmes.
- Il y a longtemps qu'il n'y en a pas eu de prophètes, s'il en venait un maintenant, ça serait une bonne chose.
- Effectivement, l'humanité en a encore besoin. Mais après le dernier qui nous a été envoyé, il est difficile de faire mieux.
-Comment s'appelait-il ?
- Jésus. Depuis bientôt 2.000 ans on ne parle que de lui.
- Mais Jésus n'était pas un prophète ?
- Attends, nous en reparlerons plus tard.
Ceux qui sont gênés par lui diront qu'il n'a pas existé, autant dire que l'empereur des Romains qui vivait à la même époque n'a pas existé !
Même ceux qui ne pratiquent aucune religion disent que c'était un grand homme. C'est sur le chemin qui mène à lui que je veux t'emmener.
- Qui était Jésus, Dieu ou Prophète ?
A cette question, Gwydyon se tut un moment.
- Tu te souviens des flocons de matière que les deux Géants avaient mélangés avec leurs pensées fulgurantes, avant de faire exploser la boule lourde ? Tous les grains de matière partis aux quatre coins de l'univers et qui ont fait les étoiles, les planètes, les hommes, contiennent un peu de la force divine, Dieu est partout. On admet qu'il y a davantage d'esprit divin dans un homme que dans un animal, donc il est évident qu'il y a davantage de pensée divine dans Jésus que dans n'importe quel autre homme. Jésus, au début de sa vie a connu toutes les luttes intérieures des humains mais il avait quelque chose de plus, Jésus était une nécessité pour l'évolution de la nature humaine, comme Bouddha, il a été "l'Envoyé" de Dieu pour montrer la vraie direction vers laquelle devaient tendre l'humanité. Le phénomène christique était possible, puisque c'était une nécessité pour sauver l'humanité.
- Comment a-t-il fait cela, Jésus ?
- Un petit peu en vivant, mais beaucoup en mourant et en "ressuscitant".
- Là, je ne comprends plus.
- De même que ceux qui vivaient dans l'entourage de Jésus n'ont pas compris immédiatement.
- Alors raconte car moi non plus, je ne comprends pas.
- Oui Guergan, je vais raconter progressivement.
- Dis Ganieda, connais-tu ce que papa raconte ?
- Bien sûr que oui, si dans les grandes lignes nous ne pensions pas la même chose, crois-tu que j'aurais épousé Gwydyon ?
- Et si papa ne t'avait pas rencontrée et que tu aies eu un enfant avec un autre monsieur, serais-je ce que je suis ?
- Certainement pas. Toi, c'est toi, parce que c'est Gwydyon et moi qui t'avons voulu. D'ailleurs il ne pouvait pas se marier avec une autre que moi car il était écrit que nos routes devaient se rencontrer et que de cette union naîtrait le petit Guergan.
- Mais où était-ce écrit ?
- Si l'on pouvait « numériser » absolument toutes nos caractéristiques peut-être pourrait-on en les comparant, affirmer que deux êtres sont faits l'un pour l'autre
- A l'intérieur de nous, toutes les possibilités sont écrites en nous, mais nous ne les connaissons pas, alors on dit que c'est le destin qui choisit ?
- "Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers" Guydyon ne te la pas encore sortie « celle-là » ?
- Selon nos possibilités, les directions que nous prenons sont potentiellement tracées. Voici une image : avec une petite pelle, tu prendras un peu de sable, avec une grosse, tu en prendras davantage ; ou encore, avec un tamis très fin tu garderas beaucoup de sable, avec un gros tamis tu ne conserveras que les cailloux ; dans les deux cas, tu ne peux rien changer au résultat. Nous sommes constitués d'une certaine manière avec certaines caractéristiques, ce qui nous permet de faire certaines choses et pas d'autres. Alors tu vois Guergan, en plus du hasard qui joue avec les grands, notre destinée est tracée dans ses grandes lignes ; cela d'ailleurs n'exclut pas une certaine liberté d'évolution, car l'homme est perfectible, son évolution personnelle le transpose dans un autre registre, ça aussi c'est le destin.

- Mais alors, cette liberté existe-t-elle vraiment ? Si notre destin est déjà tracé, on n'est plus libre de choisir quoi que ce soit.
- En fait, la liberté de chacun ne se situe pas au niveau matériel, mais au niveau des pensées. Nous sommes libres de choisir de vouloir connaître, ou ne pas connaître et c'est par l'élévation de son degré de conscience que l'homme acquiert de la liberté.
- La devise Liberté-Egalité-Fraternité, est une tromperie alors.
- Pour la liberté, on vient d'en parler, la liberté se situe au niveau spirituel. Quand à l'égalité, c'est une idée fausse d'un certain point de vue et vraie de l'autre. Il n'y a pas deux êtres humains identiques, donc il n'y a pas deux êtres humains au monde qui aient les mêmes possibilités et l'égalité de ce point de vue est illusoire. Mais l'égalité dont nous pouvons rêver, est celle de notre place devant Dieu et là, on touche au troisième mot de la devise, la fraternité, nous sommes en principe égaux et frères devant Dieu. Vu d'en haut, les différences qui existent entre un homme ordinaire et un génie, ou entre un riche et un pauvre, ne créent pas une différence de race et à ce titre, ne confère pas de statut différent
Dans la nature, tout ce qui est nécessaire est probable, donc possible ; c'est pourquoi, la fraternité étant nécessaire, elle est possible. Nous savons que la nature est dotée, dans son essence même, de possibilités d'évolution qui entrent en jeu lorsque la pression de sélection place une espèce vivante devant l'alternative : s'adapter, ou disparaître. , s'adapter pour survivre, cela signifie que toutes les solutions de rechange existent potentiellement dans la nature, et dès qu'une espèce a des problèmes, quelques individus légèrement différents se trouvent dans des conditions de vie propices à leur développement. La nature a l'instinct très fort de tout essayer, ce qui est mauvais disparaît, et ce qui est bon se développe. C'est la force des grands nombres d'offrir ainsi une infinité de solutions de rechange. Prenons l'exemple de l'homme : il fallait qu'il soit physiquement fort et très malin, pour survivre, avec la chasse comme seule ressource ; plus tard, il a fallu qu'il soit plus intelligent encore et surtout très résistant au stress pour subsister dans la société industrielle moderne ; tout cela il l'a fait et c'est grâce à sa faculté d'adaptation que nous sommes ici pour en parler. Maintenant, il va falloir qu'il ait l'intelligence de maîtriser le progrès technique qu'il a conçu afin d'en éviter les effets pervers, le risque étant la destruction de l'humanité. La fraternité est la nouvelle caractéristique que l'homme doit acquérir pour éviter l'autodestruction de l'espèce. Cette dernière évolution est donc nécessaire et, selon une loi récurrente, puisque la fraternité est nécessaire, elle est possible, d'ailleurs, elle existe déjà chez quelques individus, elle n'est plus à inventer ; un moment viendra sûrement où cette qualité sera absolument nécessaire à la survie de l'espèce.
Sans la fraternité, nous ne nous approcherons jamais de la moindre parcelle d'égalité. La fraternité est possible, puisqu'elle est indispensable et c'est pour nous faire comprendre cela que Dieu nous a envoyé son messager sur la terre, Jésus le Messie, celui dont je vais te raconter l'histoire et dont nous allons essayer de trouver le chemin, à travers sa mère.


CHAPITRE III


- La Vierge Marie... est presque plus célèbre que son fils... La manière dont la mère de Jésus a été fécondée reste très mystérieuse, c'est un sujet tabou très intéressant. L'Evangile dit que ce fût l'ange Gabriel qui lui annonça sa divine grossesse, mais il est inévitable que cette version prête à la dérision populaire Finalement, peu importe la manière dont Jésus a été engendré, cela ne change rien aux faits historiques et naturels de sa naissance. Par ailleurs, Marie est dénommée « l'Immaculée Conception », par là, on veut dire qu'elle-même a été conçue sans acte sexuel... ce qui serait biologiquement plus naturel puisqu'il s'agirait d'un parthénogenèse
- Ce qui est tabou, dit Ganieda, c'est l'existence du mythe de la Vierge-Mère, que l'on retrouve dans beaucoup de légendes, et auquel certains rattachent l'histoire de Marie et de son enfant. Au Moyen-Âge, des chrétiens ont tué d'autres chrétiens qui se référaient à Cybèle, la Vierge-Mère Universelle, (le fait s'est passé lors de la construction de la cathédrale d'Autun) et dans le même temps, les bâtisseurs de cathédrales gravaient l'effigie de Cybèle sur le pilier de la porte centrale de Notre Dame de Paris.
- Dis Papa, il est né à Noël le petit Jésus ?
- Oui, bien sûr... entre moins 4 et plus 6 de l'an zéro de notre ère chrétienne
- Je ne voudrais pas que tu oublies de me raconter son histoire, sans digression.
- Soit, je vais te parler de cette "légende historique".
Depuis très longtemps, les prophètes avaient annoncé cet événement qui était écrit dans le ciel. Des astrologues avaient lu le message et c'est la raison pour laquelle les Rois Mages avaient quitté leurs royaumes depuis longtemps et arrivèrent au bon moment dans le village de Bethléem où était né Jésus.
- Est-ce vrai qu'il est né dans une étable ?
- Mais oui, dans une étable installée dans une caverne... C'est ce que raconte la légende ; on peut donner à ce détail de la caverne une certaine importance symbolique. En Palestine, à l'époque de Jésus et bien avant déjà, les gens s'exprimaient d'une manière différente de la nôtre : les dialectes locaux de l'époque, plus que toutes autres langues européennes qui pourtant en descendent partiellement, possèdent plusieurs niveaux de lecture. Quand on dit que Jésus est né dans une crèche entre l'Ane et le Boeuf, cela peut signifier qu'il est né quand certaines étoiles étaient à une certaine place dans le ciel. Lorsque Jésus est né, la constellation de la Crèche était placée entre celles des Anons et des Bouviers et c'est peut-être pour cela que l'Histoire Sainte fait naître Jésus dans une étable entre l'âne et le boeuf. Mais il est possible, bien sûr que la Vierge Marie ait accouché dans une étable... pourquoi pas, c'est une belle histoire qui fait rêver les petits enfants.
On pourrait aussi dire qu'il est impossible, dans un pays où l'hospitalité est une qualité très développée, que personne n'ait proposé l'abri d'une maison à une femme sur le point d'accoucher... cela aussi ce serait une belle histoire...
- Mais puisque les prophètes avaient annoncé la venue de Jésus depuis longtemps et que le jour de sa naissance était prévu par les astrologues, pourquoi les habitants de Bethléem n'avaient-ils pas préparé un endroit pour sa naissance ?
- Le contexte humain de l'époque est complexe. Bien sûr, les hommes attendaient le Messie, mais avant tout, ils pensaient à leurs problèmes du moment.
La parole des prophètes leur annonçait l'arrivée d'un sauveur et ils imaginaient qu'un tel héros devait avoir l'apparence d'un roi très fort et que sa naissance ne pouvait pas avoir lieu ailleurs que dans le plus beau palais du monde, donc, soit le Messie prenait la place du prince régnant dans la région, soit il viendrait plus tard en d'autres circonstances, mais en aucun cas, il serait un enfant du peuple naissant modestement dans une étable. La parole des prophètes ne pouvait qu'aggraver la méprise car ils parlaient toujours du peuple d'Israël en tant que peuple élu de Dieu.
- Mais quelles étaient ces caractéristiques qui firent que Dieu avait choisi ce peuple pour accueillir Jésus ?
- Les peuples de cette région détenaient une tradition spirituelle très ancienne qui devait sans doute réunir les conditions pour que puisse s'accomplir le destin extraordinaire de Jésus. Pour que le fils de l'homme devienne le fils de Dieu, il fallait que cet enfant suive une certaine trajectoire et le fait de naître dans une famille modeste et dans un environnement hostile était peut-être nécessaire pour qu'il accomplisse son destin.
- Je comprends bien pourquoi ils ont été surpris par sa naissance, mais après qu'il eût accompli de tels miracles, pourquoi n'ont-ils pas reconnu en lui le Messie qu'ils attendaient ?
- Parce que ce peuple était colonisé par les Romains et selon eux, le Messie devait commencer par délivrer le peuple élu. Ils attendaient un puissant guerrier-prophète, comme Moïse l'avait été en son temps sur ordre de Dieu, pour sortir d'Egypte le même peuple juif. Jésus était tout le contraire, d'où la déception des hébreux et c'est pour cette raison que Jean, l'Apôtre préféré de Jésus, a écrit dans son évangile : "Il a habité parmi nous et les hommes ne l'ont pas accueilli...".
Pour pallier cette difficulté, Jésus a décidé de jouer directement sur le système des valeurs spirituelles. Pour être un homme qui intéresse Dieu, il faut avoir une certaine inquiétude qui nous pousse à savoir et à ouvrir les portes de notre "Caverne secrète" pour laisser pénétrer le Souffle Divin. En cheminant timidement vers les hauteurs, il faut beaucoup de courage pour oser découvrir les splendeurs des mondes de l'Esprit. Ensuite, il est impossible de faire demi-tour, c'est pourquoi beaucoup de gens qui disent ne pas croire en Dieu, sont en réalité des personnes qui n'ont pas osé. Celui qui a osé se retrouve très seul. Il est un étranger chez les hommes qui le considèrent d'abord comme un fou gentil ; mais s'il prend trop d'importance il est gênant, et les hommes cherchent à l'éliminer. Devant autant d'incompréhension, celui qui a cheminé ne peut pas expliquer ce qu'il a ressenti en langage clair, il doit se taire car sa connaissance n'est communicable que par symboles.. Pour expliquer cela au peuple Juif, Jésus a montré que tout ce qu'il disait sous forme de paraboles était vrai en le prouvant par l'exemple de sa vie, de sa mort et de sa résurrection.
Jésus n'est pas arrivé sur terre dans une humanité au stade zéro de la spiritualité ; il se place dans la chaîne d'une longue Tradition spirituelle dont il a été, au départ de sa vie, un des maillons comparable aux prophètes qui l'ont précédé. Voici ce que dit Saint Augustin à propos de la religion chrétienne: "La chose même qu'on appelle aujourd'hui religion chrétienne existait chez les Anciens et n'a jamais cessé d'exister depuis l'origine du genre humain, jusqu'à ce que le Christ lui même étant venu, on a commencé à appeler chrétienne "la vraie religion" qui existait auparavant."
Selon certaines traditions, Jésus, sous l'impulsion de sa mère, aurait été instruit par les Esséniens dès son adolescence ; il y aurait gravi très rapidement tous les degrés de leur enseignement, avant d'être élevé par eux au plus haut grade de leur hiérarchie, celui de Nazir, c'est probablement pour cela qu'on l'appelait le Nazaréen. C'est après cet enseignement que Jésus aurait commencé sa vie publique, complètement libre de ses actes et de sa pensée. Il n'avait plus de comptes à rendre à qui que ce soit, sauf à lui-même et à Dieu le Père qui l'avait envoyé sur terre. C'est peut-être à cette époque de sa vie que sa conscience messianique s'est développée. Durant sa vie publique, Jésus a relativement peu parlé et il n'a pas du tout écrit, car il ne voulait pas récrire les "Tables de la Loi", Moïse l'avait déjà fait. Jésus savait que les mots écrits sont piégés, les hommes s'en servent pour faire des grands panneaux d'interdiction sur la route de l'Esprit, c'est pourquoi il s'exprimait avec des symboles et c'est sa vie elle-même qui fut le message d'espoir qui donna un sens à l'existence humaine.
Pour bien comprendre Jésus, il faut le situer dans l'histoire de l'humanité et, c'est pour cela que je vais maintenant te raconter le début de l'humanité en m'inspirant de ce qui est écrit dans la Genèse.
- Tu as entendu parler d'Adam, le premier homme et d'Eve, la première femme ?
- Oui, ils vivaient tout nus dans le paradis terrestre, Dieu a fait Eve avec une côte qu'il avait prélevée sur Adam. C'est une drôle d'histoire...
- Oui, je te dirai quelque chose qui peut être une explication de ce rêve collectif du passé.
- Et puis il y a le Diable qui se cachait dans le corps d'un serpent, invitant Eve à manger la pomme sur l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Alors, après qu'Eve et Adam eurent croqué la pomme, Dieu s'est fâché et les a chassés du paradis terrestre... C'est une histoire bizarre !
- C'est un mythe pour faire rêver. Voici maintenant comment la Terre est devenue ce qu'elle est.
Au début, la terre était une boule de matière en fusion ; en perdant sa chaleur, il s'est formé à la surface de notre planète une croûte froide, et puis les gaz qui étaient dans le ciel autour de la terre ont fabriqué de la vapeur d'eau qui est tombée en pluie, c'est ainsi que se sont formées les rivières qui coulent des montagnes pour remplir les océans. C'est dans l'eau de l'océan que la matière, à partir de grosses molécules, a trouvé les bonnes conditions pour fabriquer les premiers êtres vivants, ceux qui n'ont qu'une seule cellule. Nous avons dans notre corps un nombre inimaginable de cellules et c'est pour cela que se sont écoulés des millions et des millions d'années avant que la nature, qui avait inventé les animaux avec une seule cellule, inventât les premiers hommes. Les premiers êtres unicellulaires sont apparus dans l'eau des océans et l'évolution a fait apparaître de toutes petites algues et autres petites plantes marines, pour donner à manger à de tout petits coquillages, crustacés et poissons. Entre les plantes et les animaux la différence n'est pas nette, il y a des êtres vivants qui sont entre les deux ; entre certains corps chimiques et les êtres vivants, la différence est aussi floue qu'entre les plantes et les animaux et c'est encore moins facile à discerner car cela se situe à une échelle plus petite. Bien avant l'apparition des micro-organismes, on distingue dans certaines molécules des fonctions qui ressemblent à la digestion et à la reproduction. Nos sens perçoivent les grandes phases de l'évolution, mais l'évolution de la matière est continue et progressive, elle avance à tout petits pas... Les animaux et les hommes sont fabriqués avec la même matière, ils ont les mêmes origines, ils sont de même nature, nos instincts et nos réflexes plongent dans les mêmes racines... La vie est probablement apparue dans les océans, dans lesquels les conditions étaient très favorables, puis les plages ont été envahies par les animaux qui sortaient de la mer. Au début, ils arrêtaient de respirer quand ils étaient sur la terre. Petit à petit sont apparus des animaux marins qui avaient la possibilité de respirer de l'air. C'est ainsi que la terre a été envahie, elle aussi, par de nouvelles espèces animales de plus en plus perfectionnées et bien adaptées au milieu dans lequel elles vivaient et que l'évolution des êtres vivants a conduit notre espèce animale aux êtres humains.
Actuellement, ceux qui étudient les origines de l'homme en cherchant les os d'animaux et d'hommes enfouis dans les couches de terre et les grottes, sont incapables de dire où est né le premier homme et cela pour deux bonnes raisons : la première étant qu'il est difficile de définir la limite entre les singes supérieurs et les hommes primitifs. Il s'est passé presque trois à cinq millions d'années entre les premiers animaux qui ressemblaient un peu à l'homme et nous.
La deuxième raison de cette incertitude est qu'il faut une certaine densité de population pour qu'une espèce laisse des traces.
La troisième raison, c'est que les premiers animaux qui commençaient à ressembler à des hommes sont apparus à plusieurs endroits sur la terre.
Pour dire que ce ne sont plus des animaux mais des hommes , on part du principe qu'il s'agit d'êtres, au-dessus d'un certain niveau d'intelligence, capable de donner non seulement la conscience -les animaux en ont une- mais d’une qualité supérieures, c’est la réflexion. Toujours est-il que pour atteindre cet état, le cerveau doit avoir une certaine taille et pour ce faire, il faut que l'animal soit debout et pas à quatre pattes, afin que les mains deviennent l'organe de préhension en remplacement de la mâchoire ; celle-ci libérée de cette fonction préhensive devient moins volumineuse et laisse plus de place à la boite crânienne qui peut ainsi se développer. Certains singes sont debout, ont des mains et pourtant, ce ne sont pas des hommes. Nos ancêtres sont les lointains cousins des grands singes d'aujourd'hui dont la branche n'a pas évolué. Mais pour être véritablement un être humain, il ne suffit pas d'en avoir l'apparence et l'astuce, il faut quelque chose de plus, l'homme avait ce quelque chose de plus dans son "programme" et la vraie cause de l'évolution, c'est ce « programme » fait par le Créateur.
- Et quel est ce programme ?
- En ce qui concerne le phylum humain, c'est la capacité de réflexion dont nous sommes capables. Seule une intelligence suffisamment développée, permet de prendre conscience d'une sphère plus grande que celle dans laquelle on se débat pour survivre et de la place occupée par l'homme dans l'univers, de la manière dont l'univers s'est fait et du rôle que peut jouer l'homme dans cette évolution. Cette conscience que je viens de souligner est la différence entre les animaux et les hommes et nous la définissons par ce terme : le Pas de la Réflexion.
- Tous les êtres humains sont-ils des hommes ?
- On ne peut jamais rien affirmer dans cet ordre d'idée car on ne sait pas ce qui se passe au fond de la conscience de nos frères. A priori, on admet que ce sont tous des êtres humains. Mais quand on voit des hommes qui tuent d'autres hommes aussi facilement que tu cueilles une salade, on peut se poser la question de savoir s'ils sont vraiment des êtres humains...
- Fais attention, de ne pas devenir fasciste avec une telle logique, dit Ganieda.
- Les choses doivent être dites. Jésus lui-même ne tenait pas toujours des paroles à l'eau de rose, il a dit que les mauvaises graines seraient brûlées...
Il est impossible à un homme de juger un autre homme, car on ne sait pas pourquoi certains agissent bien et d'autres mal ; l'équilibre psychologique tient à si peu de choses ! C'est pour cette raison que pour juger un homme, on demande à plusieurs hommes de se prononcer sur sa responsabilité dans les crimes qu'il a commis. Et si la majorité de ces hommes dit : "Oui, il est responsable", alors le chef du tribunal proclame : "Oui, cet homme est coupable des crimes qu'il a commis". A mon avis, ce n'est pas une raison suffisante pour le condamner à la peine de mort, car celle-ci ne change rien dans ce qui a été fait ; quant à celui qui a commis des crimes à un certain moment de sa vie, il peut évoluer vers la normalité. Concernant un homme qui a commis des fautes grave, à défaut de le guérir, on doit l'empêcher de nuire, car nul n'a le droit de supprimer la vie, même pour punir ; la vengeance ne sert qu'à assouvir des pulsions animales, celles-là mêmes que l'on veut justement réprimer.
Nul n'a le droit de tuer, surtout pas un tribunal qui lui n'a pas l'excuse de la pulsion, tuer un être humain est un crime contre l'esprit. Dans ma jeunesse, j'ai même vu pire qu'un tribunal condamnant à mort ; j'ai vu des militaires qui, pendant une guerre coloniale stupide, exécutaient des prisonniers civils pour la seule raison que la justice les aurait relâchés ; dans ce cas bien précis, les militaires responsables de ces exécutions sommaires étaient des criminels, mais les membres des gouvernements qui les couvraient, eux étaient les responsables. Dans ce genre d'affaire on touche le problème de la dilution de responsabilité dans la hiérarchie : en bas, on ne veut pas savoir et en haut, on ne veut pas voir alors que l'on sait. C'est gravissime.
Pour affirmer qu'un homme est responsable des crimes qu'il a commis, il faudrait avoir les moyens de vérifier qu'il a intégré dans sa conscience la notion du Bien et du Mal, elle-même liée à la notion d'existence d'un univers spirituel... c'est uniquement là que réside la différence entre un animal supérieur et un être humain. Si un individu transgresse la loi sociale basée sur la notion du Bien et du Mal, la question que l'on doit se poser est : cet homme est-il malade, déréglé, inachevé ? Est-il guérissable ?

- Et bien alors, parlons de cette notion du bien et du mal, tu n'arrêtes pas de tourner autour du pot, sans jamais la définir.
- Marie, je vais te donner une définition lapidaire, le mal est l'absence de Bien.
- Tu te moques de moi ?
- Non, on ne peut pas traiter séparément les sujets du bien et du mal. Plus je vieillis, moins je suis convaincu qu'il y a un pôle des forces du bien et en opposition un pôle des forces du mal. Il n'y a, à mon sens, que le pôle de l'amour universel, il serait en lutte permanente contre le néant, il chercherait à envahir le néant. Cette force d'inertie considérable donnerait l'illusion de l'existence d'un pôle des forces du mal. Donc tu vois, je ne me moque pas de toi, les forces du mal seraient bien l'absence de bien... La loi morale vient perturber les lois de l'élan vital.
- Comment faire la différence entre le Bien et le mal ? Est-ce simple ?
- Malheureusement pour notre petite conscience d'êtres humains qui ont tendance à tout simplifier, le problème du Bien et du mal est beaucoup plus compliqué qu'il n'y paraît de prime-abord, dès lors que l'on cherche à l'approfondir. Le tigre qui mange un homme ne fait qu'écouter la loi de la nature.
Le concept du Bien et du mal, tel qu'il est exposé dans les catéchismes des religions, induit l'idée manichéenne de deux forces contraires : les forces du Mal s'opposant aux forces du bien ; et comme dans ce concept, Dieu est « l'Esprit » et Satan la « matière »,tout ce qui Esprit est le Bien, tout ce qui est matière est le Mal... (cf. l'hérésie cathare). Je ne pense pas que cela fonctionne ainsi, car Dieu est dans la matière, il est l'Energie, il est l'Information primordiale et principielle, il est la matière, on ne peut donc pas séparer l'Esprit de la matière. Avant d'avancer plus loin dans l'analyse du Bien et du Mal, je vais tenter de définir ce qu'ils sont l'un et l'autre, ce sera chose délicate car ce qui est bien jusqu'à un certain stade de l'évolution de la matière, devient mauvais au stade suivant et, une caractéristique qui est bonne peut révéler certains effets pervers, idem pour ce qui est mauvais. Le tigre a le devoir de tuer pour survivre c'est sa loi, l'homme n'en a pas le droit, c'est sa loi.
Pour donner une idée du concept que je voudrais développer, je proposerais la définition suivante : « Les forces du bien seraient un courant de force, orienté dans la direction d'un certain objectif supérieur qui perturbe les courants sauvages, aveugles et égocentriques, des forces primitives de l'évolution de la matière ».
Selon ce schéma cadré dans l'univers spatio-temporel, le créateur doit se « heurter » à un « mur d'inertie ».
Le créateur est à « l'intérieur » des forces qu'il a déchaînées pour qu'existe l'univers manifesté, il doit faire en sorte que l'évolution de la matière ait un sens et c'est à ce niveau que doit intervenir son « courant de force orientée et perturbateur des lois de la nature ».
Mais revenons sur terre... on pourrait dire que les personnes vouées au mal, n'ont pas, à priori la volonté de faire le mal, car elles n'ont pas la « conscience du mal » elles n’ ont que la notion du Moi et dans ce cas l'on conçoit très bien qu'elles n'aient pas la notion du bien, tel que l'entendent le code moral et les religions, et ce pour la bonne raison qu'elles n'ont pas la notion de l'Autre.
Pour ces personnes, n'écoutant que la loi de la nature tout ce qui est bon pour elles est le Bien. Dans le prolongement de ce raisonnement, selon le point de vue des « gens moraux », on pourrait dire que le Mal est l'absence de Bien.
Et si notre tigre était un homme qui ne connaît pas le code moral qui régit la société, il en serait de même, sauf qu'à cet « homme-tigre » on pourrait, bien que ce soit difficile, lui faire prendre conscience de notre code moral. On pardonne à l'homme-tigre (au moins une fois) parce qu'il ne sait pas ce qu'il fait. Après « initiation » aux lois de la société si l'homme continue à se comporter en homme-tigre, à ce moment-là seulement il devient « forces du mal ». (Père, pardonne-leur, parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font ».Ainsi s'exprimait le Christ sur la Croix). Cette « Parole » est la base des religions chrétiennes.
Au fil de ce raisonnement, nous constatons que la notion de bien et de mal n'apparaît qu'à un certain stade de l'évolution, celui de la découverte de l'autre, comme étant un « autre nous-même ». Au passage je ferais remarquer que l'homme n'a pas le privilège de cette conscience de l'autre, car cette notion existe déjà dans le comportement de certains fauves pendant leurs affrontements à l'intérieur de la même espèce.
En guise de morale à ce chapitre, je dirais que celui qui « a pris conscience » est non seulement responsable de lui-même, mais des « autres » restés au bord du chemin.
Maintenant, nous pouvons admettre que penser à l'Autre n'est pas une chose qui va de soi, résumons :il faut une initiation pour prendre conscience, il faut une conviction et une volonté pour faire ce travail sur soi. Ainsi présenté, on comprend mieux le fait que beaucoup de gens ne pensent qu'à eux-mêmes et peu de personnes pensent aux autres (bien souvent, seul l'intérêt personnel pousse les gens à utiliser l'Autre, donc à ne pas l'ignorer totalement !).
Nous constatons que la conception du Bien et du mal est une notion relative, plus ou moins intégrée dans les forces qui régissent les sociétés selon des degrés de conscience et des références diverses.
L'univers est composé des trajectoires aléatoires de tous les individualismes qui se coupent se bousculent et s'éliminent entre elles ; l'univers de la matière n'est donc pas en soi une « force du mal », mais un chaos de forces rivales qui ignorent que ce chaos contient une information pour un certain ordre. L'univers est un fouillis d'inerties vis à vis des forces qui voudraient y mettre de l'ordre et qu'il est convenu d'appeler Forces du bien, à défaut d'autre définition; voilà, je t'ai dit ce que je pensais du bien et du mal, maintenant, en ce qui te concerne, le seul juge, c'est toi-même.
- Excuse-moi de cette digression Guergan, je reviens au premier chapitre de la Bible, la Genèse, dans lequel il est écrit que Dieu créa le monde en sept jours. Après avoir formé le premier homme, appelé Adam, avec la poussière de la terre, il souffla sur lui pour qu'il lui ressemble, ainsi, « l'information divine » est glissée dans la matière initiale, symbolisée par cette poussière de terre. Souviens-toi de cela : il souffla... Le souffle de l'Esprit..., c'est la volonté de Dieu de créer l'homme à son image. Puis, après l'avoir endormi, il lui préleva une de ses côtes et, avec elle, il forma la première femme, appelée Eve. Le créateur est parti de l'homme pour faire la femme, ce symbole du prélèvement de la côte signifie que la femme est plus complexe et plus complète que l'homme; partie après, elle va plus loin, elle est différente et complémentaire.
Ce couple vécut dans le paradis terrestre conçu spécialement pour eux. Dieu leur dit : « Tout ceci est à vous ; vous pourrez manger au centre du jardin les fruits de l'Arbre de Vie, mais vous ne mangerez pas les fruits de l'Arbre de la Connaissance du BIEN et du MAL qui est aussi au centre du jardin ; si vous transgressez mes paroles vous ne serez plus des êtres éternels et vous mourrez ».
La Bible dit que sous l'apparence d'un serpent, l'Esprit de la connaissance du Bien et du Mal a poussé Eve à manger les fruits défendus et à les partager avec Adam. Alors ce qui avait été annoncé par Dieu arriva, ils furent chassés du Paradis Terrestre, car ils avaient commis le Péché Originel. J'oserais même dire "l'inévitable" Péché Originel que représente cette nécessaire transgression : oser avoir la liberté d'évoluer vers plus de conscience, c'est cela la « faute originelle »... A-t-elle besoin d'être expiée ? La pseudo-faute originelle est un pur produit des chefs religieux, il constitue l'un des moyens employés pour contenir le besoin de connaissance de l'Humanité, et mieux la tenir en main.
Leur faute avait résidé dans le fait qu'ils osèrent avancer vers la Connaissance du Bien et du Mal et perdirent ainsi leur innocence. Ils prirent conscience de leur degré d'évolution par rapport à l'animalité, ils devenaient responsables. Ils ne pouvaient pas ne pas commettre cette faute, elle était inévitable et Dieu a dû se réjouir en secret qu'elle fut commise.
L'imperfection est liée à la matière. La matière est dans l'univers Espace-Temps et cet univers est imparfait, puisqu'il évolue, il est donc perfectible. Dieu est en dehors du spatio-temporel, il n'est pas touché par cette imperfection. Quant à l'imperfection qui est la nôtre, nous ne sommes que les acteurs involontaires de cette universelle tragédie. Cette "faute originelle" est inhérente à notre nature qui, par essence, est le terrain de la lutte des forces opposées. Avant de manger les fruits de l'Arbre de Vie, il faut avoir goûté à ceux de l'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. Ceci est l'ordre incontournable des choses, car avec cet Arbre de Vie, il s'agit, de la vie éternelle de l'Esprit. Les passages de la Bible traitant de ce sujet sont extrêmement hermétiques et se prêtent à de nombreuses interprétations. On pourrait dire que l'Arbre de Vie est la Voie Royale, car il fait appel aux qualités d'intuition et, en cela, en opposition avec l'Arbre de la Connaissance, qui est un chemin dangereux, car lui, il fait appel aux qualités rationnelles...
Adam et Eve eurent des enfants, l'un d'eux, Caïn, tua par jalousie son frère Abel, qui était meilleur que lui. Depuis ce jour, il y eut des hommes bons et des hommes méchants. Toute l'humanité, d'après la Bible, descend de ce couple mythique : Adam et Eve...
- Pourquoi dis-tu toujours "d'après la Bible", alors que tu dis toi-même que ce qui est écrit dans ce livre doit être pris avec des réserves ?
- Parce que la Bible a plusieurs niveaux de lecture. Dans l'écriture hébraïque, chaque caractère contient déjà une idée complexe, l'assemblage de ces caractères produit quelque chose d'encore plus complexe. Les hommes ont inventé l'écriture pour les choses sacrées, l'utilisation commerciale est venue après, on ne peut pas comprendre la Bible sans connaître certaines clefs et le risque est d'aller vers de fausses religions...
je vais t'avouer une chose, Guergan, l'opprobe que la société a jeté sur moi vient du fait que je mets en doute la réalité des auteurs de la Bible. Qui l'a écrite ? Des milliers d'inconnus, il y a des milliers d'années. Pour renforcer la thèse des auteurs de la Bible proposée par les Eglises, on dit que c'est Dieu qui l'a révélée aux prophètes… alors malheur à ceux qui disent le contraire.
Les civilisations se sont développées depuis plusieurs foyers, et celui qui a le plus influencé notre Europe méditerranéenne était situé au Moyen Orient, d'où l'importance de la Bible dans notre tradition judéo-chrétienne. Nous verrons plus tard que cette tradition a elle-même été influencée par la religion égyptienne qui l'a précédée, Moïse en fut le maillon de liaison et par les religions persanes du temps d'Abraham.
Il y a des millions d'années, les hommes étaient déjà pervers et Dieu, voulant les punir, décida de les faire disparaître de la surface de la Terre en les noyant sous des trombes d'eau, on appela cela le Déluge. Dieu voulut épargner la famille de Noé qui était juste et de bonne volonté, ainsi que les animaux qui, eux, étaient innocents. Cette innocence des animaux, n'est pas sans rapport avec ce que je te disais à l'instant à propos de la faute originelle ; cela confirme que lorsqu'on franchit le pas de l'hominisation, on devient responsable. Dieu ordonna à Noé de construire une arche, avec des normes très précises et d'y faire entrer sa famille et un couple de chaque espèce animale. Noé fit ce que l'Eternel lui avait demandé. Pendant quarante jours et quarante nuits, la pluie tomba et les inondations détruisirent toute vie sur la terre, sauf les poissons et les oiseaux sans doute... L'eau du déluge confirme le symbole purificateur de cet élément.
Sur le plan symbolique l'Arche est la demeure protégée par Dieu, elle contient l'essence de la Tradition ; elle flotte entre deux eaux, les eaux inférieures liquides et les eaux supérieures représentées par l'arc en ciel qui l'accompagne souvent dans les représentations graphiques du déluge. Ces eaux se complètent symboliquement pour constituer l'unité du cycle Esprit-Matière... A propos de l'eau, les Egyptiens initiés disaient : "Par l'eau de la vie, la nature humaine est transformée en nature divine". Le mythe du déluge est donc bien une oeuvre de purification.
Quand la pluie s'arrêta, Noé attendit sept jours, afin que la terre s'assèche, avant de descendre de son bateau. Noé envoya trois fois des oiseaux en reconnaissance avant de mettre pied à terre : d'abord un corbeau noir, symbole de perspicacité et de transmutation vers l'Esprit ; cet oiseau revint bredouille ; puis une première colombe puis une deucième colombe, symbole de l'Esprit ; ce fut la troisième qui revint avec un rameau d'olivier, arbre qui symbolise le Paradis des élus. La légende dit que ce fut sur le mont Ararat, situé entre l'Arménie, la Turquie et l'Iran, que l'Arche de Noé se posa.
On ne peut préciser la part historique contenue dans ce mythe. Si l'on n'a pas les preuves que cette inondation fut planétaire, on en trouve néanmoins les traces dans la région citée. Je t'invite à approfondir les symboles de l'Arche de Noé : l'eau purificatrice, le nombre 40 qui est très maléfique, puis le nombre 7 qui est un accomplissement et le nombre 3, emblème de la divinité.
Les descendants de Noé furent nombreux et s'éloignèrent les uns des autres, parlèrent des langages différents et ne se comprirent pas toujours entre eux... Malgré tout, ils décidèrent de construire un point de ralliement. Ce fut la célèbre tour de Babel. Cette tour orgueilleuse, véritable défi à la sagesse, s'effondra et porta malheur aux descendants de Noé.
Plus tard, XIX siècles avant Jésus-Christ, le sage Abraham, patriarche d'une famille de paysans, que l'Eternel avait mis à l'épreuve en lui demandant de sacrifier son fils, fut choisi par Dieu qui lui apparut et lui dit après avoir arrêté son bras armé du couteau sacrificiel :
« Abraham, tu as accepté de sacrifier ce que tu avais de plus cher au monde, pour suivre le chemin que je t'indiquais, je te donnerai ce pays ainsi qu'à tes descendants, qui seront aussi nombreux que les grains de sable sur les rives de la mer et que les étoiles du ciel ; toutes les nations de la terre seront bénies en toi... »
C'est un véritable contrat d'engagement que, par l'intermédiaire d'Abraham, Dieu proposa à l'humanité.
- Et si Abraham avait choisi de sacrifier sa fille plutôt que son fils, crois-tu que le seigneur eût arrêté son bras ?
- Cette hypothèse est tout à fait impossible dans le contexte mythologique sacré et dans ce cas précis, le fils n'est pas d'un sexe particulier, il est androgyne. Il s'agit là du mythe du Père Eternel sacrifiant son fils, nous retrouverons la même chose avec Jésus. Le sacrifice d'Abraham est d'un certain côté l'annonce de celui de Jésus et Dieu arrêta le bras d'Abraham car le moment du sacrifice n'était pas encore venu. D'un autre point de vue, on peut dire que par cette histoire, Dieu voulait signifier à l'humanité qu'il n'appréciait pas du tout les sacrifices inutiles, surtout lorsqu'ils sont humains et qu'il préférait d'autres engagements, c'est d'ailleurs pour cette raison qu'il a choisi Abraham, car, celui-ci était contre la pratique des sacrifices imposés par la religion persane.
Enoch, Melchisedech puis Abraham furent les premiers patriarches de ce qui devint plus tard le peuple hébreu, peuple élu de Dieu, fondateur de la lignée des prophètes et des religions du Livre que sont par ordre chronologique : le judaïsme, le christianisme et l'islam.
Ces hommes, ces prophètes, on pourrait les appeler ces grands Initiés, n'ont cessé de dire à leurs frères ces paroles que j'imagine dans ce style !
"N'ayez pas peur, descendez à l'intérieur de vous-mêmes, partez à la recherche de votre âme. Laissez-vous envahir par la lumière de l'Esprit qui n'attend que ce geste pour vous pénétrer. L'Esprit de Dieu vous dira des choses auxquelles il vous est impossible de vous dérober, si vous êtes sincères."
"Méfiez-vous des faux prêtres, des fausses religions et de ces marchands de bonheur, ils ne cherchent qu'à vous dominer et vous asservir au nom de dieux imbéciles et brillants..."
"Un jour Dieu enverra son fils fait homme, cet homme sera le Messie, il sauvera l'humanité..."
Bien qu'ils pressentissent le destin d'un Messie, les prophètes ne pouvaient pas dire comment il sauverait l'humanité, d'ailleurs l'eussent-ils faits, que personne ne les aurait compris car la manière dont le Christ sauvera l'humanité demande à chacun beaucoup de réflexion.
Depuis le début de l'humanité une même inspiration traversa la conscience de certains hommes, comme si un voile d'Esprit entourait la terre. On pourrait appeler ce voile la "religion universelle", nous l'appelons la Tradition.
Après Abraham, sont apparus d'autres sages qui ont laissé les mêmes messages au peuple juif.
- Mais dis moi, Gwydyon, si cette tradition, cette marche vers la connaissance suprême, n'était qu'une illusion ou un fantasme de l'humanité ?
- Et alors ! le fantasme c'est l'esprit et l'esprit c'est la vie, s'il n'en était pas ainsi, nous ne serions pas ici pour en parler et, si nous postulons que nous sommes pétris de l'Esprit Divin, nous ne pouvons en conséquence qu'aller vers lui. Pense au caractère sacré et merveilleux de la vie que le hasard seul ne peut expliquer. Tu te souviens des grains de matière dans la boule lourde dont nous avons parlé ? Je te redis cette phrase : "ordo ab chao" : l'ordre vient du désordre, un désordre secrètement organisé de l'intérieur, pénétré du Principe divin.
Pour te persuader du caractère sacré et merveilleux de la vie, je te demande de penser à ceci : quand le papa met sa petite cellule dans le ventre de la maman, elle rencontre l'autre cellule qui l'attend ; les deux moitiés d'informations contenues dans chaque cellule s'unissent et forment à elles deux une première cellule génétiquement complète. Le miracle est là : un plus un égal un... Dans cette nouvelle cellule tous les caractères qui définiront l'homme sont déjà inscrits, d'une manière totale et pratiquement infaillible. Prenons pour exemple tes oreilles, cet instrument merveilleux qui transmet à ton cerveau des informations lui permettant de faire la différence entre un bruit fort ou faible, proche ou lointain, entre le grondement de la foule et la musique de Mozart ; pour fabriquer cet instrument merveilleux, imagine qu'il aurait fallu en jetant les dés, jouer mille fois mille fois et qu'il sorte à la suite mille fois mille fois "un double six"... Pour avoir une telle chance, il fallait que les dés soient "truqués". Le désordre n'est qu'apparent, l'information sacrée est cachée à l'intérieur. Le chaos est de la "pré-matière chargée d'intentions". Déjà, dans la « boule lourde », avant qu'elle n'explose, toute l'évolution de la matière était déjà écrite. La nature est la preuve de l'existence du Principe, sans lui, rien de ce qui est n'aurait pu exister. Les effets prouvent la cause.
- Je veux bien te croire mais si le Bon Dieu utilise le hasard avec des "dés truqués", pendant qu'il y était, pourquoi n'a-t-il pas fait l'univers parfait tout de suite ?
- Le principal argument des athées est de dire :
"Si Dieu existait et s'il était parfait, il n'y aurait pas autant de misère ici-bas. Comment Dieu, s'il est amour, peut-il tolérer cela ? J'ai cru en Dieu jusqu'au jour où j'ai été frappé par le malheur... etc..." La perfection de Dieu est relative, si lui est parfait, son oeuvre ne l'est pas encore, lui est hors de l'espace et du temps, tandis que son oeuvre est en plein dedans. L'horloge du temps des hommes n'est pas la même que celle du grand horloger qui est en train de construire l'univers, pour lui, passé, présent et futur, se confondent dans son éternel présent, le cadran de son horloge n'a ni chiffres, ni aiguilles, puisqu'il est hors matière et donc hors du temps.
Les églises commettent une erreur lorsqu'elles disent aux fidèles : « Dieu t'aime, t'écoute, te regarde, si tu es sage il t'accordera ce que tu souhaites, si tu es méchant il te punira ». Ces paroles sont souvent interprétées au sens premier et lorsque celui qui les a entendu a des problèmes graves, bien qu'il ne se soit pas comporté en méchant, il se retourne contre Dieu en disant que si Dieu avait existé, il n'aurait pas permis de telles misères... Dieu est un Principe créateur éternel, très loin de nos misères terrestres, c'est à l'humanité de régler ses problèmes. La vie de chaque individu est placée sur une trajectoire aléatoire à peine modifiée par l'environnement et la volonté de chacun.
Tu verras que pendant près de 2 000 ans, entre Abraham et Jésus, le fond de l'histoire a toujours été le même : de temps en temps apparaissait un homme qui remontait le moral des peuples, puis après sa mort le message s'oubliait et tout était à refaire avec le prophète suivant. Mais, reprenons le fil de l'histoire.
Après Abraham, il y eut Isaac, puis Jacob qui prophétisa la venue du Messie ; Joseph puis Moïse, qui dirigèrent les hébreux. Moïse... Celui-là vaut la peine qu'on s'y arrête ; c'est le pilier principal du pont qui va d'Abraham à Jésus en passant par Daniel, Isaï, Samuel et les autres prophètes...


CHAPITRE IV


Si Moïse n'est pas une légende, il en a en revanche suscité beaucoup, car il est un personnage situé entre l'histoire et le mythe, au même titre que Jésus qu'il a annoncé douze siècles à l'avance. Moïse, pour le situer par rapport à un personnage connu, a vécu sous Ramsès II.. Bien que nationalistes, les égyptiens n'étaient pas xénophobes et il est tout à fait possible, comme ce fut souvent le cas, que des travailleurs émigrés lorsque leurs mérites étaient suffisants, fussent affranchis ou adoptés par leurs maîtres (ce fut le cas de Joseph qui eu une carrière magnifique), et la thèse de l'adoption de Moïse par une fille de Séthi 1er et soeur de Ramsès II est tout à fait vraisemblable, ainsi que son éducation, son initiation religieuse et sa haute situation dans l'Etat. Mais pour extraordinaire que fut la vie de Moïse, elle n'en défraya pas pour autant les chroniques de l'époque. De même, le massacre des enfants mâles est une pure invention, absolument pas envisageable en Egypte et serait plutôt à attribuer aux Hyksos. Ces dix plaies de l'Egypte qui forcèrent le Pharaon à laisser partir le peuple hébreu sont le résultat d'une accumulation de légendes juives écrites plusieurs siècles plus tard, tout comme l'Exode telle qu'il est relaté par la Bible ; ces événements n'ont laissé aucune trace dans les chroniques pharaoniques. N'oublions pas que la Bible n'est pas du tout objective, elle a été écrite par les juifs, pour les juifs.
Le nom même de Moïse, d'origine égyptienne, a un sens religieux et initiatique très prononcé et son origine égyptienne ne laisse aucun doute. D'ailleurs, ceci n'est pas en contradiction avec le fait qu'il s'intéressait au peuple hébreu, les Apirous, les "hommes de la poussière", ainsi que les égyptiens surnommaient ces nomades sémites venus casser de la pierre dans les grands travaux pharaoniques pour gagner leur vie à titre permanent ou saisonnier.
Ce que l'on peut dire avec une certaine certitude, c'est que "le haut-fonctionnaire" Moïse fut utilisé pour les relations diplomatiques avec les nations voisines, il devient un personnage très important sous Séthi 1er, père de Ramsès II. L'accident du contremaître égyptien frappant un hébreu et tué par Moïse est vraisemblable, ainsi que sa fuite à Madian, pour échapper à la justice.
Moïse attend la mort de Séthi 1er pour revenir en Egypte, Ramsès II ayant oublié ou ignoré l'événement ne lui en tient pas rigueur. "L'Exode" pourrait être assimilé à une demande de pèlerinage dans le Sinaï faite par Moïse à Ramsès II pour le peuple hébreu. De toute façon, Ramsès et son fils avaient d'autres soucis que courir après les fuyards hébreux, car la guerre contre les Hittites pour conquérir toute les régions du Jourdain leurs posaient de gros problème ; les petits royaumes de cette région se donnaient au plus offrant.
Le fait d'autoriser Moïse et son peuple à guerroyer pour conquérir sa "terre promise" n'est peut être pas étranger à la stratégie diplomatique de Ramsès II : terre promise par qui ? par Dieu ; et pourquoi pas par Ramsès II qui était le représentant de Dieu sur terre... Ce serait là une version « historique » plausible, voici maintenant la version biblique.
Bien avant Moïse, qui vivait treize siècles avant J-C., le vieux patriarche Jacob était parti de Mésopotamie pour rejoindre Joseph, son fils préféré, alors Ministre du Pharaon qui lui avait demandé de finir ses jours auprès de lui en Egypte. Jacob était accompagné de sa famille, soit près de soixante personnes.
A l'époque de Moïse, quatre cents ans après la mort de Jacob, ses descendants établis en Egypte étaient plus de six cent mille. Fiers, indépendants, trop nombreux et mal intégrés, ils devenaient gênants pour les Egyptiens, et le Pharaon de cette époque ne se souvenait plus des services que Joseph avait rendu à l'Egypte, aussi aurait-il ordonné de massacrer tous les nouveau-nés de sexe mâle pour réduire le nombre de la population juive.
En ce qui concerne Moïse, qui aurait échappé à ce massacre, voici ce que dit la version officielle : la mère de Moïse avait caché son bébé pendant trois mois, mais celui-ci devenait trop voyant et pour le soustraire aux soldats, elle le plaça dans un berceau flottant parmi les roseaux du fleuve... Il fut recueilli par la fille du Pharaon qui, émue par ce bébé abandonné, se l'appropria et le confia à une nourrice qui n'était autre que la propre mère de Moïse, introduite par ruse à l'intérieur du palais. La mère de Moïse ne devait pas appartenir à une famille ordinaire pour avoir ainsi ses entrées dans le palais du roi...
Cette histoire d'enfant caché pendant trois mois puis couché dans un panier flottant se réfère clairement au symbolisme de l'eau.
La vie de ce rude et intelligent garçon fut exceptionnelle, Dieu veillait sur lui... Moïse en avait besoin car son destin promettait d'être tourmenté.
Lorsqu'il était encore tout jeune homme, voyant un Egyptien frapper un Hébreu, Moïse tua l'Egyptien et le cacha dans le sable. Quelques jours plus tard, il s'interposait entre deux Hébreux qui se disputaient et celui qui avait tort lui répondit :
« Qui t'a donné le droit de me juger, est-ce que tu veux me tuer comme tu as tué l'Egyptien ? » Pris de panique devant cette menace, Moïse s'enfuit dans le village de Madian, à proximité du Sinaï, où il prit pour épouse la fille du sage Jethro, qui l'avait recueilli.
Un jour, conduisant le troupeau de son beau père, il fut intrigué par un buisson qui brûlait sans se consumer ! La voix de Dieu en sortit :
« Moïse ! n'approche point d'ici, ôte tes chaussures, car la terre que tu foules est sainte. Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob. J'ai vu les malheurs de mon peuple en Egypte, aussi vais-je le délivrer et le conduire dans un pays où coule le lait et le miel. Je t'envoie vers le Pharaon et tu lui demanderas de laisser sortir mon peuple d'Egypte. Je serai avec toi. »
Obéissant aux paroles de Yahvé, Moïse présenta sa requête devant le Pharaon qui, malgré les prodiges de magie que Moïse exerça devant lui, refusa de laisser partir le peuple juif.
- Qui est Yahvé ?
- Dans la tradition juive, Yahvé est le Principe unique et suprême qu'on ne peut nommer. « Celui qui est, qui fut et qui sera ». Tel est le sens du mot IEVE, qui a été déformé en Yahvé. Chaque lettre du mot IEVE : IOD-HE-VAU-HE transmettent un message sacré.
- Pourquoi le Pharaon ne voulait-il pas laisser partir le peuple juif ? Quelques années auparavant il voulait s'en débarrasser d'une partie, cela eût été plus normal d'en laisser partir quelques-uns, plutôt que de massacrer les nouveau-nés.
- Là encore, il s'agit d'un symbole, celui du sacrifice d'innocents que l'on retrouvera plus tard sous le roi Hérode qui voulait faire disparaître Jésus, que l'on annonçait comme le futur roi des Juifs. Mais après le massacre des nouveau-nés mâles, qui s'était donc peut-être produit une vingtaine d'années auparavant, soit une génération, les effets de cette épuration ethnique se faisaient sentir et le nombre d'hébreux, vivant en Egypte à cette époque, correspondait à la demande des travaux en cours, le Pharaon ayant besoin des hébreux pour faire tous les travaux pénibles dans son pays ne voulait plus les laisser partir, n'oublions pas que Ramsès II fut un pharaon constructeur gigantesque.
- Alors, comment Moïse a-t-il fait, pour exécuter la mission que lui avait demandé Yahvé ?
- Yahvé abattit sur l'Egypte dix plaies terribles tout en épargnant les Juifs ; c'est avant de frapper une dernière fois que Yahvé dit à Moïse :
« Cette lunaison sera pour vous la première de l'année. Chaque homme du peuple juif devra être circoncis, ceux qui ne voudront pas l'être, seront exclus du peuple juif. Chaque famille devra choisir un agneau mâle, d'un an, il sera égorgé et, avec son sang, vous badigeonnerez la porte de vos maisons pour que je vous reconnaisse. Vous ferez cuire sur feu de bois ces agneaux, vous les mangerez cette nuit. A minuit je passerai dans toutes les maisons du peuple égyptien et je ferai mourir chaque enfant aîné de chaque famille, de la plus humble jusqu'à celle du Pharaon. Ce jour-là vous le fêterez toujours, en mémoire de ce que j'aurais fait pour vous. Pendant 21 jours, vous ne mangerez pas de pain fermenté, puis je vous ferai sortir de la terre d'Egypte, où vous travaillez comme serviteurs. »
Après cette dernière plaie frappant l'Egypte, le peuple égyptien lui-même demanda à son Pharaon qui avait perdu son fils lui aussi, de laisser partir le peuple hébreu, il accepta.
L'interdiction de manger du pain fermenté me fait penser à un champignon vénéneux comme l'ergot du seigle, qui a fait mourir des milliers de personnes. Quant à cet agneau que les Juifs devaient immoler, il faut peut-être y voir le symbole du passage de l'ère du Taureau à l'ère du Bélier ; ce n'est pas pour rien que Moïse est représenté avec deux cornes de bélier sur le front.
En mémoire de cet événement, chaque année, les juifs célèbrent une fête qui s'appelle la Pâque.
- Le Yahvé de la Bible ne m'a pas convaincue, il était loin de prêcher l'amour, jamais je n'aurais écouté les paroles d'un tel Dieu. Idem pour le voyage des hébreux vers la Terre Promise, plus de quarante ans, à travers les déserts et les montagnes... Même si le nombre quarante est un symbole, pourquoi si longtemps, ils allaient loin ?
- Non, quelques centaines de kilomètres à vol d'oiseau. Mais plusieurs centaines de milliers de personnes, avec leurs biens et leurs troupeaux, n'ayant pas très envie de partir, ne marchent pas très vite, surtout s'ils font de nombreux détours pour éviter les tribus hostiles et zigzaguent d'oasis en oasis, livrant ça et là des batailles pour s'y installer... Au début ils ont marché assez rapidement, car ils avaient les Egyptiens à leurs trousses. C'est ici que s'est produit le fameux miracle de la Mer Rouge, s'ouvrant pour les laisser passer et se refermant pour engloutir leurs poursuivants. Un peu plus loin dans le désert, il y a eu le miracle des cailles et de la manne tombant du ciel pour les nourrir ainsi que le miracle de l'eau pour les abreuver ; lequel miracle d'ailleurs ne porta pas chance à Moïse puisqu'il frappa deux fois le rocher avec sa baguette magique pour faire jaillir l'eau, alors que Yahvé lui avait conseillé de ne frapper qu'un seul coup... ce manque de confiance lui valu de ne jamais connaître la Terre Promise.
- Elles sont incroyables ces histoires ?
- Les miracles font toujours appel à des forces naturelles. Le miracle de la Mer Rouge se retirant et revenant à sa place, on peut l'expliquer par un séisme déclenchant un raz de marée... Dans cette région les tremblements de terre sont des phénomènes assez fréquents, c'est à cette époque qu'a disparu partiellement l'île de Santorin. Quand à la manne tombant du ciel, cela pourrait être du pollen de fleurs tropicales apporté par le vent. Tout l'art du faiseur de miracle réside dans la possibilité de faire coïncider son affaire avec un événement naturel dont il a la prémonition.
- Mais comment Moïse pouvait-il savoir ?
- Mais parce que le prophète Moïse était "branché sur la ligne du Bon Dieu" !
- Mais alors, comment fait le Bon Dieu pour prévoir un événement ?
- Parce qu'il possède la vision du passé, du présent et du futur et qu'il a la connaissance de toutes les choses de l'Univers ; il connaît toutes les liaisons de cause à effet.
- Qu'est ce que cela veut dire ?
- Tout ce qui se produit a une cause. Quand on scie une branche d'arbre, la chute de cette branche est inéluctable. Celui qui sait cela, prendra soin de se mettre du bon côté ; celui qui ne le sait pas, se mettra de n'importe quel côté et il aura une chance sur deux de tomber ; s'il ne chute pas, il ne pensera rien, car il ne savait pas qu'il y avait danger ; s'il tombe, il dira qu'il est maudit des dieux. S'il est prévenu du danger par quelqu'un "qui sait", il sera très impressionné et criera, ô miracle.
- Oui, en fait le Bon Dieu connaît tous les "trucs" de l'Univers, il suffit d'être bien avec lui !
- C'est un peu ça. Mais revenons à Moïse qui avait des tas de problèmes avec son peuple. Il avait beau faire des miracles quand la situation était désespérée, ça ne suffisait pas à tenir les Juifs tranquilles. Presque tous regrettaient le temps où, bien qu'exploités par les Egyptiens, ils jouissaient d'un certain confort. Deux clans se formèrent : ceux qui adhéraient au Dieu de Moïse et ceux qui étaient pour les anciens dieux comme le Veau d'Or, dont voici le résumé de l'histoire : Moïse s'étant absenté trop longtemps sur la montagne pour méditer, une partie du peuple, sous l'impulsion d'Aaron, frère de moïse, s'impatienta, fondit tous les bijoux en or pour faire une figurine représentant un veau lorsqu'il redescendit de la montagne, moïse entra dans une colère extrême. Pour mettre fin à cette déviation, le vieux Moïse ne s'est pas inspiré de ses "dix commandements" dans lesquels il est dit : Tu ne tueras point : il a fait tuer 3 000 adorateurs des anciens dieux, par 3 000 adeptes de Yahvé... et il a brisé ses Tables de la Loi. L'Histoire ne dit pas s'il a puni son frère qui était resté en bas avec le peuple.
- Au bout d'un certain temps, il ne devait plus lui rester que de farouches partisans !
- Rien ne prouve qu'il a fait cela, ne prenons pas la Bible au pied de la lettre. Moïse était en colère car son peuple adorait un dieu anachronique ; le Veau d'Or et le Taureau, c'est la même chose ; nous étions, à cette époque, passés de l'ère du Taureau à l'ère du Bélier et les survivances de l'ère précédente étaient tout à fait normales. Ensuite, en symbolisme des nombres, 3 000 juifs tuant
3 000 autres juifs peut être interprété différemment. Selon la science des nombres :
Zéro est le plan du « sommeil divin »;
De 1 à 9, c'est le niveau des archétypes, le milieu divin.
On élève à une puissance supérieure en ajoutant un zéro à ces nombres, de 10 à 90, on est au niveau des réalisations, autrement dit de la Création.
De 100 à 900, c'est le niveau de l'évolution cosmique.
De 1.000 à 9.000 c'est le niveau du retour au cosmique et donc 3000 contre 3000 aurait une signification de cet ordre, autrement dit, une remise à zéro, un retour au point de départ. Qu'il s'agisse de la Guématrie qui est la science des lettres ou de la science des nombres, je suis très réservé sur l'aspect prédictif de ces sciences que je considère comme intéressantes et seulement mnémotechniques.
On ne peut s'empêcher de penser que Yahvé, à travers Moïse, pendant 40 ans, a fortement utilisé la sélection pour forger son peuple élu... On peut même dire qu'après quarante années de vie dans le désert, la plupart des adultes qui avaient pris le départ ne sont pas arrivés en Terre Promise, il y a eu un renouvellement complet des générations ; cela faisait peut-être partie du plan de Yahvé : former un peuple neuf ayant surmonté des épreuves terribles. Tu vois, on peut trouver dans ces quarante années, une des explications à la signification maléfique du nombre quarante. Forger un peuple dans la conscience duquel avaient pénétré et mûri les Tables de la Loi, dont il était le dépositaire responsable ; cette idée est d'ailleurs la signification profonde du mot SINAI qui est le nom du mont sur lequel Yahvé a communiqué son message à Moïse.
Pris au premier degré, le fait de casser les Tables de la Loi sacrée est un acte absurde, mais comme rien dans la Bible ne doit être pris au sens premier, je vois plutôt une interprétation dans ce style : Moïse est un prophète, il peut recevoir directement la Révélation, il peut la comprendre, par contre, le peuple ne peut la recevoir en cet état et Moïse joue le rôle de Médium, il "prépare" la Révélation sous une forme assimilable pour les non-prophètes, il la "casse" en de petits morceaux que le peuple devra retrouver lui même ; comme un puzzle, le jeu oblige la sensibilité humaine à retrouver en elle la Parole, volontairement perdue. C'est bien en épelant que l'on retrouve les mots de la parole perdue.
On peut aussi se poser la question : quelle est la part d'inspiration divine dans les fantasmes de Moïse et tout ce que l'on fait dire à Yahvé par la bouche de Moïse ? On pourrait répondre que l'esprit de Moïse était "habité" par des "Forces supérieures" qui lui inspiraient ses paroles et ses actes. Ce phénomène est constant chez tous les prophètes. J'oserais même ajouter que c'est le cas des génies de la science et des arts, comme Einstein et Mozart, lequel disait que ses oeuvres sortaient achevées de sa tête.
- Oui... admettons... Tu m'as dit tout à l'heure que le peuple élu n'avait pas bien reçu Jésus, et pourtant, c'était bien la mission que Yahvé avait fixée au « peuple Elu ».
- Que le Messie soit mal reçu n'était pas une fin en soi. Mais Dieu voulait qu'il soit accueilli « d'une certaine façon », pour que puisse s'accomplir le destin de Jésus, destin dont je te reparlerai plus tard.
- Pourquoi Yahvé a-t-il choisi le peuple juif plutôt que les Egyptiens qui étaient plus civilisés et plus religieux ?
- Peut-être, justement, parce que le peuple égyptien était trop religieux et trop civilisé pour donner souche à une culture nouvelle et puis peut-être, parce que cinquante ans plus tôt, la tentative du pharaon Akhenaton d'établir le monothéisme avait abouti à une véritable guerre civile et un échec...
L'histoire sainte officielle a au cours des siècles été modelée par les religions. Je vais donc modifier un peu l'histoire de Moïse et te servir des faits que j'ai puisés à d'autres sources que la religion chrétienne et qui seraient plus vraisemblables.
Ainsi, Moïse n'aurait pas été un enfant du peuple juif mais le fils naturel de la soeur du Pharaon Ramsès II, un des plus grands monarques d'Egypte. Moïse se nommait en réalité Hosarsiph et c'est plus tard, dans des circonstances que je te relaterai, qu'il fut appelé « Moïse », ce nom signifiant le « Sauvé ». Le fils du Pharaon, le jeune Menepthah reçut, selon la coutume, son instruction des prêtres du temple d'Ammon-Râ, le Dieu solaire, en fait l'un des principaux dieux égyptiens ; il est l'équivalent de notre « Très haut »ou « Eternel » ou « Dieu Principe »... Le jeune prince avait pour compagnon d'étude son cousin, le fils de la soeur de son père, le jeune Moïse, que nous appellerons désormais Hosarsiph pendant quelque temps. Le nom d'Hosarsiph n'est pas sans rapport avec Osiris.
Le fils du Pharaon n'était pas doué pour les études, alors que son cousin était très brillant. Hosarsiph, depuis sa plus tendre enfance, avait vécu dans les temples avec les prêtres. Il était pour ainsi dire, imprégné de leur savoir. Hosarsiph était de petite taille, il avait l'air humble et pensif, avec un front de bélier, des yeux noirs perçants d'une fixité d'aigle et d'une profondeur inquiétante.
On l'appelait "le silencieux", tant il était concentré et presque toujours muet. Il paraissait timide, puis soudain, comme un coup de foudre, une idée terrible éclatait dans une phrase lapidaire. On comprenait alors, que si jamais "le silencieux" se mettait à agir, il serait d'une hardiesse effrayante.
La mère d'Hosarsiph rêvait du trône royal pour son fils, car il était plus intelligent que l'héritier légitime et pouvait espérer une usurpation officielle, avec l'appui du sacerdoce. Cette pratique était admise, le fait se produisait lorsque l'héritier légitime n'était pas à la hauteur de la fonction et dans ce cas, les prêtres étaient autorisés à casser la décision du pharaon pour mettre à la place de l'héritier indigne, un grand initié. On peut facilement imaginer que le Pharaon et son fils désigné comme son successeur se méfiaient d'Hosarsiph.
Un jour la mère d'Hosarsiph posa la question à son fils :
"Tu es du sang des Pharaons, mon fils, regarde autour de toi, si tu veux, ceci t'appartiendra."
D'un air dédaigneux, Hosarsiph lui répondit :
"Tu veux donc que je commande à ce peuple qui adore des dieux à têtes de chacal, d'ibis et d'hyène ; de toutes ces idoles, dans quelques siècles, que restera-t-il ?"
"Tu méprises donc la religion de nos pères ?" répondit sa mère.
"Au contraire ! j'y aspire, mais la Pyramide est immobile, il faut qu'elle se mette en marche. Je ne serai pas un Pharaon. Ma patrie est loin d'ici... là bas, au fond du désert !" dit Hosarsiph.
"Hosarsiph ! pourquoi blasphèmes-tu ? Au nom d'Osiris ! Qui es-tu donc et que vas-tu faire ?" demanda sa mère.
"Le sais-je moi-même ? Osiris seul le sait, il me le dira peut-être" répondit Hosarsiph.
A un certain degré de son éducation religieuse pour devenir un Prêtre d'Osiris, le disciple Hosarsiph dut affronter l'initiation rituelle au culte de la déesse Isis. Le mythe de la déesse Isis correspond à celui de la vierge mère que l'on retrouve dans toutes les traditions et religions ; la dévotion à la Vierge Marie, mère de Jésus, s'en inspire. Dans la mythologie égyptienne, la déesse Isis est fécondée par le dieu Osiris et le fruit de cet accouplement produit Horus, leur fils, qui plus tard sera sacrifié, lui aussi... on retrouve là une triade ou une Sainte Trinité : le Père, le Fils issu de la fécondation de la vierge Mère par le Saint-Esprit. Moïse vénérait le principe féminin, il eut avec lui une femme, la prophétesse Marie ; il appelait la femme Aisha, nom qui signifie l'âme.
Donc, Hosarsiph, après avoir traversé avec succès son initiation d'Isis, eut une conversation à peu près semblable avec l'un des grands prêtres : sa position n'avait pas changé. Ces propos ne calmèrent pas l'inquiétude de Ramsès II qui ordonna qu'Hosarsiph soit nommé à une charge religieuse très importante, qui l'éloignerait légalement à tout jamais du pharaonat.
- Mais qui était Osiris et que voulait dire Moïse avec sa pyramide immobile, qu'il fallait mettre en marche ?
- Osiris était le dieu créateur, révélé uniquement aux prêtres, tandis qu'au peuple on faisait adorer des dieux faciles à comprendre. La pyramide immobile symbolise ce dieu unique et caché et vouloir la mettre en marche comme le voulait Hosarsiph signifie : mettre cette référence à la portée de tous. En fait Moïse ne voulut pas enseigner au peuple le principe d'un Dieu tri-unitaire, car le peuple ne l'eut pas compris.
- Je ne comprends pas non plus.
- Regarde ce que je vais dessiner dans le sable, c'est le schéma de la Théogonie Egyptienne et ses analogies avec les autres traditions :



TRADITION ORIENTALE, hINDOUISME

MAHADÊVA (L'être suprême)

BRAHMA AGNI SOMA ou MAYA
(principe masculin, le père) (principe féminin, la mère)

LA NATURE
VISHNOU et SHIVA, Concept androgyne



TRADITION EGYPTIENNE

AMON-RÂ
OSIRIS (le père) ISIS (la mère)
HORUS (le fils)


TRADITION CHRETIENNE :

YAHVÉ (L'éternel)
DIEU le PERE LE SAINT-ESPRIT (la mère)
LE CHRIST (le fils)


TRADITION JUIVE (selon la Kabbal)

KETHER

OCHMA BINAH
(Principe mâle) (principe féminin)

DAATH (le Verbe, principe androgyne)

Tu vois, Guergan, dans ces quatre traditions principales, on retrouve le même schéma géométrique disposé en trois niveaux d'entités:
Niveau de l'unité originelle
Niveau de la dualité créatrice.
Niveau de l'univers manifesté)


- Mais, revenons à notre Moïse qui a dit douze siècles avant notre ère : "la dualité créatrice sort de l'unité primitive".
- Si les Egyptiens privilégiés adoraient eux aussi un dieu unique, pourquoi Moïse ne restait-il pas en Egypte pour le faire connaître à tout le monde ?
- Parce que la haute société égyptienne était bien organisée, ses systèmes de valeur étaient bien protégés et Moïse se serait cassé les dents en s'attaquant aux barrières séparant les classes sociales qui, par définition, étaient infranchissables. A quelques exceptions près, dans l'histoire de l'Egypte ancienne, le clergé a toujours été extrêmement puissant et conservateur. En Egypte, la religion était liée au pouvoir royal ; notre Charlemagne et son pape n'ont rien inventé !
- Alors, Moïse pensait donc que les hébreux comprendraient plus facilement son message ?
- Non seulement, il a choisi le peuple hébreu parce qu'il était lui aussi déjà monothéiste de tradition, mais les hébreux, ces descendants des Bédouins, hommes du désert, étaient moins attachés que les Egyptiens à la pierre et aux richesses. Nomades dans le sang, ils étaient plus sensibles aux rêveries célestes qu'au confort d'une maison.
- Qu'a fait Moïse, après sa nomination à ce haut poste religieux ?
- Il a accompli les devoirs exigés par sa fonction : gardien du symbolisme, des sciences et aussi, inspecteur des régions religieuses de l'Egypte. Un jour, Hosarsiph fut envoyé dans le Delta du Nil, province où travaillait péniblement à tailler la pierre une colonie du peuple hébreu. Indépendants et fiers, les hébreux, ne se courbaient pas facilement devant les gendarmes égyptiens et Hosarsiph leur vouait secrètement une grande admiration pour ce trait de caractère et aussi pour le fait qu'ils demeuraient fidèles à la Tradition abrahmique, en adorant simplement un Dieu unique. Un jour Hosarsiph vit un gendarme égyptien accabler de coups un hébreu sans défense, son coeur bondit, il se jeta sur l'Egyptien et le tua net...
Les prêtres d'Osiris commettant un meurtre étaient sévèrement jugés par le collège sacerdotal. Sa vie ne tenant déjà plus qu'à un fil, du fait des soupçons d'usurpateur qui pesaient sur lui, Hosarsiph préféra alors s'exiler et s'imposer lui-même une expiation.
Tout le poussait vers la solitude et l'inconnu du désert, le pressentiment de sa mission et cette voix mystérieuse et irrésistible qui lui disait : "Va ! c'est ta destinée..."
Au-delà de la Mer Rouge et de la presqu'île du Sinaï, dans le pays de Madian, il y avait un temple qui ne dépendait pas du sacerdoce égyptien. Ce temple était consacré à Osiris, mais on y adorait aussi le dieu suprême sous un autre nom : Elohim. Depuis des siècles, cette région était le centre mystique d'un culte monothéiste, beaucoup de nomades du désert venaient se faire initier dans ce temple. C'est ce lieu que choisit Hosarsiph pour se cacher et accomplir son expiation.
Le grand prêtre de Madian était un homme de peau noire, il appartenait à l'antique race éthiopienne qui, quatre ou cinq mille ans avant Ramsès II, avait régné sur l'Egypte. On le nommait Jethro, il était le protecteur des nomades et des insoumis et connaissait leur âme aspirant au Dieu unique. Jethro reçut Hosarsiph à bras ouverts. Hosarsiph voulut se soumettre sans tarder aux expiations que la loi des initiés imposait à un meurtrier, même involontaires, car le meurtre faisait perdre aux initiés le bénéfice de la résurrection de l'âme. Pour retrouver sa lumière intérieure, Hosarsiph devait se soumettre à de cruelles épreuves et s'exposer lui-même à la mort. Après un long jeûne et au moyen de certains breuvages, on plongeait le patient dans un sommeil cataleptique, puis, on le déposait au fond d'un caveau durant des semaines. Pendant ce temps, son âme était censée faire des voyages au pays des morts pour y retrouver l'âme de sa victime et se faire pardonner. Peu de pénitents sortaient vivants de cette épreuve.
Hosarsiph reçut pendant son sommeil des précisions sur ce que devait être désormais sa vie et, lorsqu'il se réveilla, pour marquer l'ère nouvelle, il prit le nom de Moïse qui signifie "Le Sauvé".
Cette version égyptienne de la vie de Moïse est plus cohérente, elle est pour ainsi dire "inscrite" sur les monuments égyptiens, quant à l'essence de la tradition Moïsiaque. Les Egyptiens n'avaient d'ailleurs aucun intérêt à faire passer Moïse pour l'un des leurs, puisque dans leur logique, il s'était comporté comme un traître, alors que l'amour-propre national du peuple hébreu commandait de faire du fondateur de leur nation un homme du même sang.
- Gwydyon ! dans les deux versions Moïse a quitté seul l'Egypte, puis y est retourné seul, pour faire sortir son peuple, comment a-t-il pu accomplir un tel exploit ?
- Il ne l'a fait sortir ni tout de suite, ni tout seul. Ayant épousé Sephora, la fille de Jethro il a séjourné de longues années à Madian pour se livrer à l'étude des fabuleux livres que mettait Jethro à sa disposition. L'origine de l'Univers l'intéressait plus particulièrement, il en fit une synthèse dans le livre qu'il écrivit et qu'il appela "Livre des Principes", dont il voulait qu'il soit le point de ralliement de toutes les nations. Ce livre était écrit en hiéroglyphes égyptiens. Les prédécesseurs de Moïse voulaient créer une religion pour un peuple, Moïse voulait créer un peuple pour la religion universelle. Une religion ne se constitue pas sans un initiateur ; toute l'histoire d'Israël prouve la réalité de l'existence de Moïse, bien que certains philosophes modernes le classent dans le monde des légendes. De même, Jésus ne se conçoit pas sans Moïse, qui a préparé les hommes aux bouleversements que provoquerait l'arrivée de Jésus. D'ailleurs, et Jésus et ses opposants s'envoyaient des flèches sur le thème du respect ou du non-respect de la loi de Moïse, principale référence du peuple hébreu.
C'est pendant son séjour à Madian que Moïse fit son premier pèlerinage au Mont Sinaï. Il alla méditer dans une caverne consacrée, dont les murs étaient couverts de hiéroglyphes et c'est en ce lieu que Dieu lui adressa son premier message, par l'intermédiaire d'une violente lumière de laquelle sortait une voix :
« Moïse ! Moïse ! »
« Me voici », dit Moïse en tremblant.
« Ne t'approche pas et déchausse-toi car ce lieu est sacré.
Moïse avait peur, il avait envie de s'échapper...
« Moïse, toi qui cherches Dieu, pourquoi trembles-tu devant moi ? »
« Qui es-tu ? » dit Moïse.
« Un messager de Dieu » répondit la voix.
« Qu'ordonnes-tu ? » demanda Moïse.
« Tu diras aux enfants d'Israël que le Dieu d'Abraham m'a envoyé vers vous, pour vous retirer du pays de la servitude. »
« Qui suis-je, dit Moïse pour retirer les enfants d'Israël de l'Egypte ? »
« Va, dit la voix, car je serai avec toi, je mettrai le feu de Yahvé dans ton coeur et sa parole sur tes lèvres. Depuis quarante ans tu évoques le nom de Yahvé, ta voix a retenti jusqu'à lui. Voici, je te saisis en son nom, fils de Yahvé, tu m'appartiens à jamais. »
Et Moïse enhardi, s'écria :
« Montre-moi Yahvé, que je vois son feu vivant !
Il releva la tête, mais la mer de flammes s'était évanouie. Moïse sortit anéanti de cette vision. Il venait de prendre conscience de sa mission et son esprit devint plus fort qu'avant. Pour faire sortir le peuple juif d'Egypte, il fallait que Moïse retournât en Egypte, alors que dans ce pays, il était condamné à mort. Le plan de Moïse était extraordinairement audacieux. Il devrait arracher un peuple sous le joug d'une nation très puissante et le mener à la conquête d'un pays occupé par des populations très puissantes et mieux armées, le traîner tel un peuples de nomades, pendant quarante ans dans le désert brûlant, sous les attaques incessantes des populations sédentaires qui défendaient leurs villes, leurs troupeaux, leurs cultures et leurs oasis.
La préparation de l'Exode fut minutieuse, elle occupa longtemps Moïse, les principaux chefs Israélites et son ami Jethro. Pour mettre son plan à exécution, Moïse profita d'un moment où Menepthah, son ancien compagnon d'études devenu Pharaon, devait, avec toute son armée, partir à l'Ouest de l'Egypte pour repousser une attaque de Mermaïou roi des Lybiens. L'Exode, cette longue file de caravanes et de troupeaux, sera grossie plus tard de toutes sortes de gens, comme dit la Bible : Cananéens, Edonites, Arabes, Sémites, attirés et fascinés par le prophète du désert. Le fait que tous ces peuples fussent attirés par la caravane de Moïse, n'avait rien d'anormal car ils avaient la même origine que le peuple d'Israël, ils descendaient tous de Sem, le fils aîné de Noé, leur Tradition était commune.
Le noyau de ces peuples en marche est formé par les fils d'Israël, hommes droits, durs, obstinés et rebelles, qui vivent dans la coutume patriarcale.
Mais, dans ces natures primitives, le monothéisme n'est qu'une conscience intermittente et le polythéisme, si naturel aux peuples de cette époque, reprend souvent le dessus et Moïse a dû combattre cette tendance par des lois draconiennes et comme on l'a vu par des répressions sanglantes.
Moïse conduisit d'abord les tribus au Sinaï, dans le désert aride, devant la montagne déjà consacrée à Yahvé par tous les Sémites et où lui-même eut sa révélation. Là où Yahvé s'était emparé de son esprit, Moïse voulait s'emparer de son peuple et lui imprimer au front le sceau de Yahvé : les dix commandements, puissant résumé de la loi morale et complément de la Vérité Divine, renfermée dans le livre secret de l'Arche d'or, ce coffre contenant les livres saints, et le "Livre des Principes" écrit par Moïse. Curieusement, cette Arche avait des proportions correspondant au symbolisme des nombres, comme celles de l'arche de Noé ; dont on dit que Yahvé en avait soufflé "le cahier des charges" à Moïse pendant son sommeil... On l'appelait aussi l'Arche d'Alliance, l'alliance avec Dieu et l'alliance entre tous les hommes. C'est la définition du mot religion en somme.
Moïse n'était pas un patriote mais un dompteur de peuples, visant les destinées de l'humanité entière. Israël n'était pour lui qu'un moyen, la religion universelle était son but. L'histoire d'Israël ne fut qu'un long duel entre le peuple et les prophètes.
- Tu m'as dit que Moïse n'a pas connu la fin du voyage, l'arrivée en Terre Promise, à cause des deux coups de baguette magique sur le rocher pour faire jaillir de l'eau, au lieu d'un seul.
- Oui, effectivement, Moïse n'a pas connu la fin du voyage. Dans une lecture symbolique de la Bible, on pourrait dire que la faute de Moïse dans cette affaire de coups de baguette pour faire jaillir de l'eau signifierait qu'il ait douté de l'unité divine en frappant deux coups de baguette pour donner la vie (l'eau étant le symbole de la vie), sinon, la punition eut été hors de proportion avec la faute.
Quand il eut conduit son peuple à l'entrée de Cannan, pays proche de la Palestine, il sentit que son oeuvre était accomplie. Le Livre était dans l'Arche, laquelle était bien gardée par un peuple fort chez qui le culte du dieu unique était profondément ancré. Moïse invoqua l'Ange de la Mort. Il imposa ses mains sur la tête de son successeur Josué, afin que l'esprit de Dieu passat en lui. Puis il bénit toute l'humanité à travers les douze tribus d'Israël et gravit le Mont Nebo, suivi seulement de Josué et de deux prêtres. Arrivé à la fin de sa vie, Moïse se retrouvait seul avec lui-même pour assumer la responsabilité de ses actes et du destin de son peuple. Il avait plus aimé Dieu que les hommes... Plus il se détachait de la terre, plus grande était sa clairvoyance. Allongé dans une caverne du Mont Nebo, dans un état de semi-conscience, il prophétisa : il vit la trahison d'Israël, les crimes des rois souillant le Temple, le Livre incompris, travesti, rabaissé par des prêtres ignorants et hypocrites, les prophètes persécutés... Dans un dernier souffle, il dit à Josué et aux deux prêtres :
« Retournez vers l'Israël ; quand le temps sera venu, l'Eternel vous suscitera un prophète d'entre vos frères, il mettra sa parole dans sa bouche. Il arrivera que, quiconque n'écoutera pas sa parole, l'Eternel lui en demandera compte. »Telles sont les dernières paroles de Moïse qui ainsi annonçait le Messie près de douze siècles à l'avance. Moïse donna la doctrine du verbe-lumière, ou, si tu préfères, la parole de l'Universelle Vérité et il annonça que le Christ en serait le Flambeau vivant.
- Gwydyon, qu'est-ce que la doctrine du Verbe-Lumière ?
- C'est la doctrine qui éclaire le monde depuis ses origines, elle est reprise par toutes les religions. La doctrine du Verbe-Lumière est clairement exprimée dans le Prologue de Saint Jean l'Evangéliste. Les hiéroglyphes égyptiens écrivaient "le Verbe-Lumière" en dessinant le cercle solaire à l'intérieur d'une bouche humaine (un cercle à l'intérieur d'une ellipse) soit, le symbole de la lumière (le soleil) à l'intérieur d'une bouche (le Verbe, la parole). Dans toutes les religions, la principe divin est représenté par une lumière et le soleil est la meilleure représentation de la lumière. Le message divin est assimilé à la parole et la bouche est la représentation la plus appropriée de la parole.


CHAPITRE V


Marie, Marie, tu m'entends ?... Marie, voici pour toi le Prologue de Saint Jean l'Evangéliste, clef de voûte de la spiritualité.

"Au commencement était le verbe, et le verbe était auprès de Dieu, et le verbe était un Dieu, il était au commencement auprès de Dieu".
"Par lui tout a paru et sans lui rien n'aurait paru de ce qui est paru ; en lui était la vie et la vie était la lumière des hommes ; et la lumière brille dans les Ténèbres, et les Ténèbres ne l'ont pas arrêtée".
"Parut un homme envoyé de Dieu, et son nom était Jean ; il vint en témoignage, pour Témoigner au sujet de la lumière afin que tous crussent par lui ; celui-là n'était pas la lumière, mais il devait Témoigner au sujet de la lumière".
"La lumière, la véritable qui illumine tout homme, venait dans le monde ; Il était dans le monde ; et par lui le monde a paru, et le monde ne l'a pas connu ; Il est venu chez lui et les siens ne l'ont pas accueilli".
"Mais à tous ceux qui l'ont reçu il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu , il a donné cela à tous ceux qui croient en son nom, car ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu".
"Et le verbe est devenu chair et il a séjourné parmi nous ; et nous avons contemplé sa gloire, gloire comme celle que tient de son père un fils unique, plein de grâce et de vérité".
"Jean Témoigne à son sujet et il crie : "c'était celui dont j'ai dit : celui qui vient après moi est passé devant moi, parce que, avant moi il était".
"Car de sa plénitude nous avons tous reçu grâce sur grâce ; car la loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ".
"Dieu, personne ne l'a jamais vu ; un Dieu fils unique qui est dans le sein du père, celui-là l'a fait connaître"...
- Hermétique ce texte !
- Marie, tu ne crois pas si bien dire, car c'est justement dans le songe d'Hermès Trismégiste que l'on trouve déjà le fond de ce texte que Jean a repris au début du Prologue, ce qui nous amène à l'époque du grand initiateur de l'Egypte que fût Hermès. Ce prologue est attribué à Saint Jean l'Evangéliste, mais en fait, on n'est pas certain que ce soit lui qui l'ait écrit ; cela pourrait aussi être ses disciples. Cet Hermès Trismégiste est un personnage légendaire et mystérieux que l'on situe entre 200 et 2000 ans avant Jésus. Son oeuvre, le « Corpus-Hermeticum » a été redécouvert à la Renaissance, il a alimenté bien des bûchers...


Après la mort de Moïse, il se passa exactement ce qu'il avait annoncé : alternance de grandeur et de décadence, perte du message sacré dont les symboles devenaient lettres mortes dans l'esprit des prêtres et persécution des prophètes porteurs du message divin.
- Des épreuves qui durent quarante ans à travers le désert et la guerre, cela forge-t-il un peuple bien mieux que les sermons ? Admettons qu'arrivés en Terre Promise, les Juifs étaient mûrs pour accueillir le Messie tout de suite ; mais, plus de mille ans après, tout le bénéfice de cette épreuve de quarante ans de voyage était perdu ?
- Non ! La parole était perdue chez les prêtres, mais pas dans le peuple et ce d'autant moins que les Hébreux avaient gardé ce goût du nomadisme de leurs ancêtres les Bédouins, ces voyageurs du désert qui abhorraient la ville et les travaux domestiques ; leur tendance naturelle les poussait davantage à rêver à un Dieu unique, en gardant les troupeaux, les yeux perdus dans la voûte céleste, qu'à adorer des représentations divines en marbre ou en or, dans des temples fastueux. D'ailleurs, c'est à des bergers que Dieu annonça la naissance du Messie. Il fallait bien mille ans pour que le message de Moïse mûrisse dans le coeur des hommes.
Tu sais maintenant, que la Révélation est aussi vieille que l'humanité, il suffit pour s'en rendre compte de pénétrer dans les livres sacrés de la Perse, de l'Inde, de l'Egypte. Et, à cette époque, si malheureusement l'Asie s'enfonçait dans le culte de la matière et si le monothéisme secret de l'Egypte ne sortit jamais des sanctuaires avant Moïse, il était toujours bien vivant dans le coeur des bergers juifs qui seront les premiers à chanter la naissance de Jésus.
Moïse, initié égyptien, fut incontestablement l'organisateur du monothéisme ; par lui, ce principe caché sous des voiles de mystères, sortit du fond des temples pour entrer dans l'histoire des peuples. Il eut le courage de faire du plus haut principe de l'initiation ésotérique, le principe unique d'une religion, la prudence de n'en révéler les conséquences qu'à un petit nombre d'initiés en attendant que le peuple soit mûr pour recevoir le message de la bouche du Christ.
Historiquement, l'importance du peuple d'Israël pour l'histoire de l'humanité est évidente : d'abord, il représente le monothéisme, ensuite il a donné naissance au christianisme, il fut le maillon nécessaire à la chaîne qui unirait l'Orient et l'Occident. A partir de ce moment le peuple juif avait toutes les conditions requises pour que s'accomplisse le destin du Christ qui, on ne le répétera jamais assez, était que le Christ meurt pour ressusciter afin que ces actes aient une résonance dans l'âme des peuples.
Prononcées à notre époque, les paroles de Moïse feraient hurler les intellectuels et pourtant... les visées très lointaines de Moïse dépassaient largement les destinées de son peuple car plus que jamais, même et surtout à notre époque, l'initiation ne peut être donnée qu'à ceux qui sont ouverts à la spiritualité et qui savent attendre.
Au cours des siècles qui ont suivi, la nation juive n'a cessé d'être dispersée, anéantie et malgré tout, l'idée de Moïse et des prophètes n'a cessé de grandir ; elle a été développée et transfigurée par le Christianisme, reprise par l'Islam, elle a fini par s'imposer à l'Occident barbare. L'humanité aura beau se débattre contre elle-même, en soubresauts convulsifs, désormais elle tournera toujours autour de cette idée centrale qu'est le monothéisme, comme la planète tourne autour du soleil. Voilà l'oeuvre immense de Moïse. Je saute ce qu’il s'est passé pendant les treize siècles qui ont suivi, car ils ne nous apprendront rien d'autre que l'alternance de la grandeur et de la décadence d'Israël et la venue des prophètes qui se sont levés périodiquement pour annoncer le Messie et apporter un message d'espoir.
Voici maintenant l'histoire de celui qui a immédiatement précédé Jésus, qui a annoncé et préparé sa venue : Saint Jean Baptiste, l'homme vêtu d'une peau de chameau, celui qui disait : "Moi, je ne vous baptise qu'avec de l'eau, Lui, il vous baptisera avec le feu de l'Esprit"


CHAPITRE VI


Pour bien comprendre Jean-Baptiste, il faut parler de la situation politique de son époque et en exposer les causes. Moïse avait laissé son peuple aux portes de la Terre Promise sous la direction de son successeur Josué. Israël avait conquis son territoire par de nombreuses actions militaires ; elles commencèrent par la prise de la ville de Jéricho où les Juifs firent sept fois le tour de la ville en soufflant dans des trompes en corne de bélier... rapprochement avec l'ère du Bélier et le Souffle de l'Eternel.
Après Josué, les tribus d'Israël se sont organisées en une sorte de fédération de peuples dirigés par ceux qu'ils ont appelés "les Juges". Cette formule a duré jusqu'en 1030 avant JC, puis est arrivée l'époque des rois d'Israël. Les rois étaient assistés du Conseil des Grands Prêtres et des Prophètes. Les rois les plus célèbres furent Saül, puis David, tous deux proclamés rois par le prophète Samuel, et l'un des fils de David, le roi Salomon, qui a construit le Temple dans sa capitale Jérusalem et qui a donné naissance à des mythes et des symboles utilisés pour certaines démarches initiatiques. Salomon devait être un chaman, car « il parlait avec les animaux »... comme Saint François d'Assise et Merlin l'enchanteur. De Salomon on n'a retenu que le Mythe, car le personnage historique eut une fin peu glorieuse, en effet, son règne s'est achevé dans la tyrannie et la sauvagerie. Il faut se méfier des bâtisseurs de temples... Ils ont quelque chose à se faire pardonner...
Après, ce fut la décadence d'Israël, les ennemis en profitèrent. De 700 avant J.C. jusqu'à la naissance de Jésus, les Juifs n'ont cessé d'être attaqués, vaincus, déportés ou colonisés, et comme toujours, le malheur a un aspect positif ; l'exil du peuple d'Israël a provoqué un brassage de pensées important pour la spiritualité de cette nation. Il s'agit de l’exile du peuple juif à Babylone entre le 9ème et 7ème siècle avant notre ère. Le mélange des religions de Zoroastre et d'Israel ne fut pas inintéressant ; le zoroastrisme apporta la notion de dualité qui était inexistante dans la religion juive.
- Après ses malheurs, la nation juive aurait dû se ressouder.
- Il eût fallu pour cela, qu'il n'y eut point de lutte fratricide entre les villes de Samarie et Jérusalem et que se levât parmi les juifs un maître capable de galvaniser durablement leur esprit. Ils entreprirent bien quelques révoltes comme celle des Maccabées vers 150 avant J.C., mais elles furent sans lendemain.
En l'An 64 avant J.C., les Romains étaient devenus les maîtres en Judée. Ils laissèrent régner le dernier roi des juifs, Hérode le Grand et renforcèrent ses pouvoirs, ils utilisèrent sa cruauté. A sa mort, ils partagèrent son royaume en une tétrarchie, le Tétrarque de Judée s'appelait, lui aussi, Hérode, Hérode Antipas.
De la religion de Moïse il ne restait en apparence que les lois imposées par les prêtres au peuple juif, l'esprit de ces lois ne subsistait plus que dans le peuple. Les prêtres avaient perdu l'Esprit du message et n'en savaient plus que quelques lettres dénuées de toute spiritualité. Ils utilisaient ces lois dans le but unique de maintenir leur situation élevée ; ils pactisaient avec l'occupant romain qui se servait d'eux pour maîtriser cette population, autrefois turbulente. Bien que de temps en temps soient apparus des prophètes essayant de secouer le peuple juif, rien n'a pu les sortir de leur asservissement.
Cependant, dans le secret de son âme, face à la décadence perse, grecque, égyptienne et romaine, à l'inverse de la classe dirigeante, le petit peuple juif avait su conserver la Loi de Moïse et la Tradition des prophètes. C'est cela qui était important car le peuple est plus nombreux que l'élite dirigeante.
Les sages et les prophètes sont toujours mal accueillis, parce qu'ils dérangent l'ordre établi par l'argent qui est élevé au rang de valeur sacrée par le monde profane et sert d'excuse à toutes les mauvaises actions : l'argent est diabolique, il corrompt. Rare sont ceux qui savent lui résister. Celui qui s'est mis hors la loi en ne récupérant que peu d'argent est massacré par la justice populaire qui le considère comme un minable individu, alors que face à celui qui amasse une grosse fortune, la justice populaire est assez tendre à son égard, car elle l'envie secrètement. Si à cette banale course au pouvoir on ajoute la collaboration avec l'envahisseur, l'esclavage et les représailles romaines, on voit dans quel contexte se situait l'arrivée de Jésus. Comme du temps de Melchisedech, d'Abraham et de Moïse, l'Esprit-Saint communiquait avec un homme exceptionnel pour lui donner un message à transmettre. Et c'est ce qui se produisit avec Saint Jean Baptiste, celui que l'on surnomma le Précurseur...
- Il est venu longtemps avant Jésus, ce Précurseur ?
- Cela varie de plusieurs décennies à quelques mois selon les versions. Dans le premier cas, ils n'auraient eu aucun lien de parenté ; dans l'autre, leurs mères se seraient fréquentées car elles étaient cousines, la mère de Jean Baptiste étant beaucoup plus âgée que la mère de Jésus. En prenant pour référence les chroniques romaines de l'époque, Jésus serait né entre quatre ans avant et six ans après le début de l'ère chrétienne, soit une imprécision de dix ans sur la date exacte de sa naissance.
Selon certains historiens, cette parenté entre les familles de Jean Baptiste et Jésus, aurait été inventée pour atténuer les effets de la mésentente qui existait entre les disciples de Jean-Baptiste et de Jésus.
Les parents de Jean Baptiste étaient pieux, respectueux de la morale. Le père s'appelait Zacharie et sa femme Elisabeth ; tous deux, assez âgés, étaient sans enfant, ce qui les désolait. Ils occupaient leurs existences en animant les cérémonies religieuses.
Un jour, alors que Zacharie était seul dans le Temple, occupé à brûler de l'encens, un ange lui apparut et lui tint ce langage :
« Ne crains rien, Zacharie, ta demande a été exaucée, ta femme Elisabeth enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jean. Il sera grand devant le Seigneur et sera rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère. Il ramènera de nombreux fils d'Israël au Seigneur leur Dieu, de manière à préparer au Seigneur, un peuple bien disposé. »
- Alors, elle a été enceinte la vieille Elisabeth ? demandais-je à Gwydyon.
- L'ange avait redonné de la vigueur au vieux Zacharie ? ironisa Ganieda. Avoue que c'est bizarre, tout ça, car la Vierge Marie elle aussi, a reçu la visite d'un ange !... Leurs cas sont assez semblables.
- Peu importe la manière dont Elisabeth et Marie ont été fécondées, elles ont toutes les deux donné le jour à des enfants, c'est un fait historique. Marie qui était de noble souche, était fiancée au menuisier Joseph, lui-aussi, comme sa femme, descendant du roi David, l'honneur était sauf.
Au sixième mois de la grossesse d'Elisabeth, Marie, qui en était au début de la sienne, lui rendit visite. Quand elles furent l'une en face de l'autre, Elisabeth sentit tressaillir l'enfant qu'elle portait en son sein, elle poussa un grand cri et dit :
« Marie, tu es bénie parmi les femmes et le fruit de ton sein est béni. Heureuse celle qui a cru que s'accomplirait ce qui lui a été dit de la part du Seigneur. »
- Et que lui avait-on dit de la part du Seigneur ?
- Ce qui aurait été dit par l'Envoyé du très Haut varie selon la sensibilité des auteurs des Evangiles. Voici les extraits des quatre Evangiles :
Matthieu : « un message de Yahvé apparaît en rêve à Joseph et lui dit : Joseph, fils de David, ne frémis pas de prendre pour épouse Marie, ta fiancée. Oui, ce qui enfante en elle est du souffle sacré. Elle enfantera d'un fils. Crie son nom Yeshua (Yeshua signifie Yahvé sauve) parce qu'il sauvera son peuple de ses fautes, Or tout cela est arrivé pour accomplir ce qu'a dit Yahvé, par son inspiré. Il a dit : voici, la Nubile aura dans son ventre et enfantera un fils, ils crieront son nom : Imaniou-El.
Marc : il ne fait pas d'annonce pré-natale à Marie, en revanche, il annonce Jean Baptiste le précurseur dans son évangile
Luc : il annonce ainsi la divine grossesse : « Au sixième mois de la grossesse d'Elisabeth (mère de JeanBaptiste) l'Ange Gabriel est envoyé par Elohim dans une ville de Galilée nommée Nazareth, vers une Nubile fiancée d'un homme. Son nom est Joseph de la Maison de David. Nom de la Nubile : Miriam. Le messager entre près d'elle et lui dit : Shalom à toi qui a reçu la paix ! Yaveh est avec toi. Elle, à cette parole s'émeut fort et réfléchit : cette salutation que peut-elle être ? Le messager lui dit : ne frémis pas Miriam : Oui, tu as trouvé chérissement auprès d'Elohim. Voici, tu concevras dans ta matrice et enfanteras un fils. Tu crieras son nom Yeshua. Il sera grand et sera appelé Benelion, fils du suprême. Yahvé-Elohim lui donnera le trône de David, son Père. Il régnera sur la maison de Jacob, en pérennité, sans fin à son royaume. Miriam dit au Messager : Comment cela peut-il être, puisque aucun homme ne m'a pénétrée ? Le messager lui répond : le Souffle sacré viendra sur toi, la puissance t'obombrera (te couvrira de son ombre), ainsi, celui qui naîtra de toi sera appelé Ben-Elohim (fils de Dieu) ». (La connotation politique de cet évangile est flagrante).
Jean : annonce dans le Prologue que Dieu se fera homme.
« L'Esprit Saint viendra sur toi, la Vertu du Très Haut te couvrira de son ombre et, pour cela, l'enfant né sera Saint, il sera appelé Fils de Dieu ».
- « Te couvrira de son ombre », cela signifierait peut être que des moyens naturels furent employés...
- Tu le sais bien Ganieda, les miracles font toujours appel à des moyens naturels ! D'ailleurs, comment pourraient-ils faire autrement.
Le mythe de la Vierge-Mère existe depuis la nuit des temps et dans ce mythe, elle est « enceinte de Soleil », autrement dit du feu de l'Esprit et, si l'Esprit la "couvre de son ombre", cela signifie que l'on fait appel aux lois naturelles ; les ombres, les ténèbres symbolisent la matière, la nature... D'ailleurs, selon le mythe de « l'Immaculée Conception » c'est la Vierge elle-même qui a été « conçue sans péché », on ne dit pas que c'est son fils. Mais où est le péché ? Qu'est-ce que le péché originel ? Dans toutes les mythologies, les Dieux ont souvent fécondé des filles du peuple, pourquoi ne pas reconnaître l'analogie entre notre religion chrétienne et les mythologies anciennes ?
- Alors, Papa, Saint Joseph ou un autre, a mis une petite graine dans la Vierge Marie pour faire le petit Jésus ?
- L'Eternel connaît bien la matière puisqu'il est dedans, il peut faire des choses qui échappent à notre connaissance.
- Tu réponds comme un jésuite... Saint Joseph a dû faire une drôle de tête, quand il a appris que sa fiancée était enceinte ?
- Exactement, il a même envisagé de la répudier secrètement. Mais un ange lui est apparu, pendant son sommeil pour l'en dissuader, tout s'est arrangé entre Marie et Joseph et d'ailleurs, après la naissance de Jésus, Marie a eu d'autres enfants d'une manière normale avec son époux.
A propos de la généalogie de Jésus, l'Apôtre Matthieu considère que Jésus est bien le fils de sang de Joseph puisqu'il le fait descendre du roi David ; d'ailleurs, les premiers chrétiens en firent de même en lui attribuant une double origine : ascendance spirituelle par le fait que Marie le voua à Dieu dès sa conception, ascendance charnelle par son père Joseph. Le fait qu'un enfant soit voué à Dieu par sa mère, dès sa conception, lui conférait le titre de Nazaréen et on ne lui coupait pas les cheveux.
A propos de l'Annonciation, les Apôtres Luc et Matthieu citent Ampedocle : "Pour l'âme qui vient du ciel, la naissance est une mort".
Mais revenons à Jean "l'Immergeur". Les hommes qui vivaient à son époque l'ont nommé ainsi, parce qu'il baptisait par immersion dans la rivière. Il avait beaucoup de succès auprès des foules car il annonçait la venue du Messie au peuple juif. La parole de Jean répondait à une espérance, celle d'un peuple malheureux à qui on avait promis depuis longtemps l'arrivée d'un sauveur à propos duquel chacun y mettait la connotation qui lui plaisait.
Pour expliquer le succès de Jean Baptiste il faut considérer qui habitait la Palestine à cette époque. On y trouvait une majorité de pauvres gens, opprimés par les Romains, peu instruits, naïfs, ne demandant qu'à croire aux paroles des prêtres. Sans classe intermédiaire, on passait de la classe dirigeante au peuple ; les pharisiens et les sadducéens exploitaient les pauvres en utilisant les prêtres et la religion. Bien entendu, la classe dirigeante se moquait éperdument de la Tradition de Moïse et des prophètes, elle en utilisait certains aspects qui pouvaient lui servir, mais elle combattait les autres qui la dérangeaient. pharisiens et sadducéens entouraient leurs démarches de tout un contexte faussement religieux et ostentatoire ; c'est à cette hypocrisie que Jésus s'attaquera principalement. Le succès de Jean Baptiste était surtout dû au fait que le peuple voyait en lui le Messie libérateur du joug romain. Ce facteur était d'autant plus important que dans la religion juive, la libération d'Israël est liée au dogme religieux.
Certains pharisiens et sadducéens jugeaient "très à la mode" de se faire baptiser par ce fou de Jean Baptiste, même au prix de réprimandes, généreusement distribuées par ce sauvage, vêtu de peaux de chameaux, vivant seul dans le désert, en se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage.
Jean Baptiste recevait les confessions, prêchait la pénitence et la charité ; il annonçait l'arrivée du Messie et le jugement dernier, après lequel les méchants seraient jetés au feu. Le succès grandissant de Jean Baptiste s'est retourné contre lui, il déplaçait trop de monde et devenait un danger pour le pouvoir, car les pauvres pèlerins le prenaient pour le Messie...
Les prêtres inquiets, lui envoyèrent des Pharisiens pour le questionner :
« Es-tu le Christ ? », demandèrent-ils.
« Non, je ne le suis pas », répondit Jean.
« Es-tu le prophète Isaï réincarné ? », insistèrent les pharisiens.
« Non ! »
« Qui es-tu alors ? il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous envoient ».
« Je suis la voix de celui qui crie dans le désert ».
« Pourquoi baptises-tu, si tu n'es ni le Christ, ni le prophète ? »
« Moi, je vous baptise avec de l'eau pour la pénitence, mais Celui qui viendra derrière moi est plus fort que moi et je ne suis même pas digne de délacer la courroie de ses sandales. Lui, Il vous baptisera par le feu de l'Esprit Saint. Celui qui vient après moi, passera devant moi, car avant que je sois, IL ETAIT..."
- Que veut dire ce langage mystérieux ? Les Pharisiens le comprenaient-ils eux ?
- J'en doute, en tout cas, ils devaient soupçonner quelque chose qui menacerait l'ordre établi. Quant à ces paroles, je les comprends en interprétant le mot "désert" dans l'acception ésotérique, c'est-à-dire : "endroit où l'on regarde en haut".
- Et les baptêmes avec l'eau, puis le feu, je ne saisis pas.
- L'eau tout d'abord. En langage symbolique il y a les eaux inférieures et les eaux supérieures ; dans les représentations de l'Arche de Noé, on voit souvent les eaux supérieures sous l'aspect d'un arc-en-ciel. Le symbolisme de l'eau a donc une double signification, celle de la vie de la matière et celle de la vie spirituelle intégrée dans la vie de la matière. Donc le baptême par l'eau, symbolise la purification de l'être qui se prépare à communier avec l'Esprit Saint. Ce rite d'initiation par l'eau, existait depuis toujours dans les Traditions anciennes. A cet égard, Jean Baptiste n'avait donc rien inventé. Le feu ? Comme pour l'eau, il a toujours deux significations et donc deux représentations ; c'est pour cette raison, que très souvent, sur les plaques des cheminées anciennes se référant à l'alchimie, on le représente avec deux colonnes, l'une étant le feu de la matière et l'autre le feu de l'esprit.
Dans le symbolisme de la Tradition, le feu représente soit l'Esprit Divin, soit le feu de l'énergie qui est dans la matière. Baptiser par le feu est une épreuve pour l'être humain : s'il n'arrive pas à s'imprégner de l'Esprit Divin, il risque de mourir sans laisser de trace spirituelle et, la matière qui le constitue, retournera dans le feu de l'énergie. Telle est la signification du symbolisme du feu. On peut dire aussi, que le "feu de l'esprit" est plus fort que le "feu de la matière", telle doit être selon moi, l'interprétation de la parole d'Enoch : "le feu brûle le feu".
- C'est un peu fou ce que tu dis là...
- Oui, et cela me fait plaisir d'être traité de fou, car l'étymologie du mot fou signifie aussi le souffle divin (le fou du roi n'était pas si fou que cela).
- Bon, revenons sur terre. Comment s'est terminée la vie de Jean Baptiste ?
- Très mal pour lui, mais un jour, avant que ses malheurs n'arrivent, il vécut le moment le plus important de sa vie. Alors qu'il baptisait les gens dans les eaux du Jourdain, ce fleuve qui descend de la montagne et se jette dans le lac de Tibériade près de Jérusalem, Jésus se mêla à la foule pour se faire baptiser lui aussi. Jean Baptiste crut reconnaître en lui le Messie et lui dit :
« C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi et tu viens à moi ? »
Jésus lui répondit :
« Laisse-moi faire, car s'est ainsi qu'il doit en être... »
Jean Baptiste baptisa Jésus en l'immergeant dans l'eau du fleuve et, dès que Jésus émergea à nouveau, une voix venue des Cieux se fit entendre :
« Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j'ai mis tout mon amour » et, au même instant, une colombe, descendue du ciel, s'arrêta au-dessus de la tête de Jésus...
- C'est vrai ?
- Pourquoi pas ! En langue hébraïque, Yahvé et Colombe ont les mêmes consonnes, d'où le symbolisme de la colombe... Jean Baptiste a connu une fin brutale et il ne put voir la fin de la trajectoire de son disciple. Tant qu'il se contenta de gronder les mauvais prêtres et les membres de la classe dirigeante, cela ne prêtait pas à de graves conséquences pour lui, mais un jour, il dénonça publiquement le Tétrarque Hérode Antipas, fils du cruel Hérode le Grand dont on a déjà parlé, qui avait pour maîtresse Hérodiade, la femme de son frère. Bien qu'il estimât et craignît Jean Baptiste, Hérode le jeta en prison, afin de le protéger du pouvoir romain en le neutralisant.. Mais un jour, la fille d'Hérodiade, la belle Salomé, dansa devant Hérode, elle lui plut à tel point, qu'il lui promit tout ce qu'elle voudrait bien exiger de lui, fusse la moitié de son royaume... Salomé demanda conseil à sa mère Hérodiade, qui haïssait Jean Baptiste parce qu'il gênait sa liaison avec Hérode, elle souhaita recevoir sa tête sur un plateau d'argent... Pour les beaux yeux de la fille de sa maîtresse, Hérode donna l'ordre à l'un de ses gardes de faire exécuter Jean Baptiste.
- L'histoire dit-elle s'il est arrivé à ses fins avec Salomé ?
- L'Evangile n'en parle pas, mais on dit quelque part que le Tétrarque regretta son geste et pleura amèrement. Il avait été lui aussi l'instrument d'un sacrifice...
- C'était un horrible bonhomme cet Hérode !
- Pas plus que les puissants de son époque, mais il a été puni, puisqu'il est mort lentement, dans les puanteurs d'une vilaine maladie, abandonné de tous, guetté par les rapaces humains qui voulaient s'emparer de ses biens et de son pouvoir.
Après la mort d'Hérode Antipas, le pouvoir romain ayant perdu un collaborateur zélé, les révoltes juives se multiplièrent et les répressions sanglantes aussi.
Soudain Ganieda n'y tenant plus intervient ironiquement :
- Elles n'ont jamais le beau rôle les femmes dans la Bible, c'est peut-être pour cela qu'elles n'ont pas accès à la prêtrise. Cela te gênerait Gwydyon qu'il existe des femmes prêtres ?
- Cela ne me gênerait pas plus que des prêtres accédant au mariage. Homme ou femme, marié ou célibataire, peu importe, avant tout, un initiateur doit être bien dans son corps pour être équilibré ; il doit être sage et la sagesse ne s'acquiert que par la connaissance de la vie ; les névrosés n'ont jamais été de grands saints.

- Comme ton père Guergan, tu me perds avec tes digressions.
- Marie, c'est le roman de Jésus qui t'intéresse, ou la trajectoire de l'humanité ?
- les deux
- Alors écoutes ce qui va suivre,nous entrons dans le coeur du sujet, le début de la vie de Jésus, celui qui aima tant les hommes et qui a pris tant de soins pour les femmes, car il les chérissait plus que les hommes, d'ailleurs, elles le lui rendirent bien.

Gwydyon reprit son récit en citant l'évangile :
« Il arriva, en ce temps-là, que l'empereur romain, César Auguste, ordonnât un recensement sur tout son empire et, chacun de partir dans sa cité d'origine pour s'y faire inscrire. Joseph et sa fiancée Marie, quittèrent la ville de Galilée où ils résidaient, pour se faire recenser dans la petite ville de Bethléem en Judée, berceau de la famille du roi David, ancêtre de Joseph. Or, pendant qu'ils étaient en ces lieux, le temps arriva où Marie devait enfanter..."
Selon la tradition, Jésus naquit à minuit, dans une étable, entre l'âne et le boeuf, parce qu'il n'y avait pas de place dans les hôtelleries.
« Dans cette contrée, des bergers veillaient la nuit sur leurs troupeaux ; un ange du Seigneur leur apparut et les enveloppa de lumière. Ils furent saisis de crainte ».
« N'ayez pas peur, car je vous annonce une grande joie, destinée à tous les peuples : il vous est né, aujourd'hui, un sauveur, qui est le Christ. Voici qui vous servira de signe : vous trouverez un petit enfant, enveloppé de langes et couché dans une crèche... »
« Les bergers allèrent à Bethléem et trouvèrent Marie, Joseph et le petit enfant couché dans la crèche. Les bergers firent connaître aux populations ce qu'ils avaient entendu et ce qu'ils avaient vu, puis ils s'en retournèrent, glorifiant et louant Dieu ».
Quand furent écoulés les huit jours à l'issue desquels le bébé devait être circoncis, on lui donna officiellement le nom de Jésus.
Jésus, "Jeshouah" en hébreu, signifie le Sauveur ; Christ, "christos" en grec et "Messhiah" en hébreu, désigne celui qui est oint, qui est possesseur du secret. Selon moi, cette double appellation Jésus/Emmanuel, peut se résoudre dans cette formule : Nous en Dieu/Dieu en nous.
- « Sauveur, celui qui est oint et Dieu en nous », en fait, ces noms vont tous dans le même sens, celui d'annoncer la double nature du Christ homme et Dieu. Est-ce que je me trompe ?
- Non, Guergan, d'ailleurs les Ecritures Saintes ne disent pas autre chose. Le problème est que ces paroles hermétiques laissent la voie à plusieurs interprétations et, en leurs noms, on a massacré beaucoup de monde.
- J'espère que l'âge des guerres saintes sera un jour révolu.
- Si cela ne tenait qu'aux croyants ton voeu serait peut-être déjà exaucé, du moins je l'espère mais la tentation est trop belle d'instrumentaliser ces différentes conceptions à des fins politiques et de ce point de vue nous ne sommes pas au bout de nos peines.
Mais revenons à l'Evangile.
« Lorsque fut accompli le temps de leur purification, selon la loi de Moïse, Joseph et Marie portèrent leur enfant au Temple de Jérusalem, pour l'offrir au Seigneur, suivant en cela le rite de la religion juive". Pendant sa consécration, ce jour-là, dans le Temple, il y avait un vieillard nommé Siméon, un saint homme, à qui un songe avait révélé qu'il ne mourrait pas avant d'avoir vu le Messie. Il s'approcha de la Sainte Famille, prit l'enfant dans ses bras et dit une prière à Dieu :
« Maintenant, tu laisses aller ton serviteur en paix, Maître, car mes yeux ont vu le salut que tu as préparé à la face de tous les peuples ».
- Mais comment a-t-il fait Siméon pour reconnaître le Christ dans l'enfant Jésus ?
- Deux esprits tendus l'un vers l'autre émettent des ondes comparables à deux cailloux jetés dans l'eau, ils forment à la surface de l'eau des cercles concentriques allant à la rencontre les uns des autres. C'est un peu cela qui se produisit, entre les foetus de Jésus et de Jean Baptiste, dans le ventre de leur mère et qui se produisit entre l'enfant Jésus et le vieux Siméon.
- Et les rois Mages ?
- Les rois Mages utilisèrent un autre moyen, ils suivirent une étoile. Lorsqu'ils arrivèrent à Jérusalem, ils dirent :
« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son astre poindre à l'Orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui ».
Ayant entendu cela, Hérode demanda aux trois rois Mages de revenir lui dire, après qu'ils aient vu Jésus, où était le nouveau roi des Juifs qui venait de naître, afin que lui aussi aille lui rendre hommage...
Quand ils eurent trouvé l'endroit où reposait l'enfant Jésus, les trois rois Mages se prosternèrent devant lui et lui offrirent la myrrhe, l'encens et l'or. Le symbolisme de ces trois éléments est la connaissance pour l'or, le subconscient pour l'encens et la purification pour la myrrhe.
Puis ils eurent un songe leur disant de ne pas aller voir Hérode, alors, ils s'en retournèrent directement chez eux.
- De quel pays étaient les rois Mages ?
- Melchior, Gaspard et Balthazar étaient des savants venus de Perse, pays des Mages. Ils n'étaient peut-être rois d'aucun pays, mais, tout simplement, des rois de la magie... Ils connaissaient parfaitement la science des astres et leur "royaume" n'était peut-être que symbolique ? On dit aussi que les trois rois Mages représentaient les cultures occidentales, africaines et asiatiques.
On dit aussi, que leur histoire est purement symbolique : du point de vue zodiacal, les Rois Mages, dorment dans le signe du taureau qui représente les religions pré-chrétiennes, et ils se déplacent en allant vers le signe du Poisson, qui représente la religion chrétienne.
Selon les alchimistes, les Rois Mages n'étaient d'aucune région de la planète. L'un d'eux était couvert d'un manteau noir, symbole de l'oeuvre au Noir et offrit la myrrhe, symbole de cet état. Le deuxième Roi Mage était revêtu d'un manteau blanc et offrit l'encens, symbole de l'oeuvre au Blanc. Enfin le troisième, offrit l'or, symbole de l'oeuvre au Rouge et aboutissement du cycle alchimique parfait, naturellement, il était couvert d'un manteau Rouge. C'est la couleur de ces manteaux qui fit dire qu'ils représentaient les races noires, blanches et rouges...
Symboliquement, selon le langage alchimique, l'oeuvre au noir représente l'homme venant d'être initié (prise de conscience) ; l'oeuvre au blanc représente l'homme ayant atteint la sagesse ; et l'oeuvre au rouge représente l'état christique.
Après la visite des Rois Mages, un ange est apparu à Joseph et lui dit :
« Lève-toi, prends l'enfant et sa mère et fuis en Egypte. Restes-y jusqu'à ce que je te dise de revenir ».
- Où sont-ils allés ?
- En Egypte, dans un site Essénien peut-être.
Hérode, voyant que les trois Mages s'étaient joués de lui, entra dans une grande colère et pour être certain de supprimer ce nouveau-né qu'il ressentait déjà comme un futur rival, il ordonna le massacre de tous les enfants âgés de moins de deux ans. Tous ces événements avaient été annoncés par les prophètes et cela accréditait la thèse du caractère symbolique de l'événement, car les chroniqueurs de l'Empire Romain n'ont fait mention d'aucun massacre d'enfant à cette époque.
Quoiqu'il en soit, après la mort d'Hérode, un ange est apparu en songe à Joseph :
« Lève-toi, prends l'enfant et sa mère et retourne au pays d'Israël, car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l'enfant". Ainsi la Sainte Famille retourna en Galilée « dans une ville appelée Nazareth, afin que s'accomplisse ce qu'avait dit les prophètes : il sera appelé Nazaréen ». La cité de Nazareth n'existe que dans l'évangile, les Romains n'avaient pas répertorié cette ville qui a été fondée plus tard. Les catholiques n'aiment pas que l'on parle de cela car ils refusent la thèse essénienne; d'ailleurs, je te reparlerai des Esséniens dans un moment.
- Je n'ai pas très bien compris cette loi du Destin qui accompagne Jésus.
- Je n'ai pas de réponse à cette question, mais seulement des éléments de réflexion. Les heures, les jours et les années qui s'écoulent constituent une échelle chronologique, dont l'existence est liée à la matière. Vue depuis le domaine de l'Esprit cette échelle n'existe pas, passé, présent, futur sont mêlés, passé, présent et futur se confondent en un même point et la vision des choses est totale ; les mosaïques des probabilités se superposent et les prophètes y lisent comme dans un livre... pour Dieu c'est "l'éternel présent".
- Pourquoi pas... Donc Jésus avait un destin.
- Lorsque Jésus atteignit l'âge de douze ans, ses parents l'emmenèrent fêter la Pâque à Jérusalem avec toutes les populations. Sur le chemin du retour, Marie et Joseph ne s'aperçurent pas tout de suite de l'absence de l'enfant, ils croyaient qu'il était dans la caravane, puis à la fin de la première journée de voyage, ne l'ayant pas retrouvé, ils retournèrent à Jérusalem. Après "trois jours" de recherches, ils le découvrirent dans le Temple assis au milieu des docteurs de la loi, les écoutant et les interrogeant. Ceux-ci étaient stupéfaits devant tant d'intelligence et de précoce sagesse.
« Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? dit sa mère, vois ton père et moi, forts en peine, qui te cherchions... »
Jésus répondit :
« Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne savez-vous pas que je dois être auprès de mon père ? »
- Qu'est-ce que cela veut dire ?
- Les parents de Jésus ne comprirent pas tout de suite, sauf peut-être sa mère... Jésus voulait rappeler à ses parents, la nécessité pour eux, d'être résignés devant le destin douloureux de leur fils. Peut-être ces "trois jours" de disparition, indiqués par l'Evangile, étaient-ils le signe de la mort et de la résurrection de Jésus trois jours plus tard ? Marie observait toutes ces choses dans son coeur de mère exceptionnelle ; elle était probablement elle aussi affiliée aux Esséniens, et surtout initiée, ainsi qu'en témoignent les peintres de la renaissance, puisqu'elle avait consacré son enfant à Dieu, tout ce que disait son fils n'était pas sans résonance dans son coeur. Un jour, répondant aux questions incisives et ardentes de l'enfant, elle lui a peut-être dit ceci :
« La parole de Dieu ne vit que dans ses prophètes. Un jour les sages Esséniens te répondront... »
On imagine Jésus à la Synagogue, écoutant discuter les scribes, les Pharisiens et les docteurs de la loi ; on le voit, déjà, rebuté par la sécheresse de leurs propos, observant la vie païenne, opulente et orgiaque. Enfin, on l'imagine témoin de la misère populaire, de la faim, des sévices de la répression romaine, entraînant des milliers de crucifixions...
« A quoi bon ce temple, ces prêtres, ces hymnes, les sacrifices religieux, puisqu'ils ne peuvent remédier à cette misère humaine... » pensait Jésus. Il comprit alors qu'il était vain de jouir d'un bonheur mystique tranquille, s'il ne pouvait le communiquer aux autres... Les regards désemparés de l'humanité ne devaient plus sortir de sa mémoire, la souffrance humaine marchait à ses côtés et sa conscience lui faisait dire:
« Père Céleste ! je veux savoir ! je veux guérir ! je veux sauver ! »
Ce que voulait savoir Jésus, il ne pouvait l'apprendre que chez les Esséniens et, suivant en cela le conseil de sa mère, il alla probablement vers eux.
- Tu sais bien, dit Ganieda, qu'on ne parle pas des Esséniens dans les Ecritures.
- Les Evangiles ont gardé un silence absolu sur les faits et gestes de Jésus depuis son adolescence jusqu'à sa rencontre avec Jean Baptiste, soit un vide d'une quinzaine d'années...
L'Evangile nous laisse un enfant d'une douzaine d'années environ, en pleine découverte et évolution mystique, elle nous ramène un homme proche de la trentaine, ayant une doctrine bien arrêtée, prenant possession de son ministère, après son baptême avec Jean Baptiste. On ne peut esquiver la question : qu'a-t-il fait pendant ces quinze années ? D'où vient cette extraordinaire évolution ?
L'Eglise dit : "Jésus était Dieu, il était parfait dès sa naissance", or, paradoxalement, elle montre un Jésus pétri de nature humaine, luttant et sortant victorieux de ce combat ; cela induit nécessairement une progressivité dans l'évolution de ce Dieu fait homme.
- Alors pourquoi a-t-on effacé quinze années de la vie de Jésus ?
- Parce que l'Eglise a construit une histoire jugée suffisante pour les hommes ; redoutant les ressources de l'esprit humain, on ne voulait pas qu'il s'éveille, ce qui aurait gêné l'Eglise pour la conquête de son nécessaire pouvoir temporel.
Il faut voir avec lucidité comment, ensemble, l'Eglise Romaine et les différentes royautés européennes ont construit ce qui deviendra sous Charlemagne, le Saint-Empire. C'est l'Eglise, pour ainsi dire, qui a "inventé" la royauté, en donnant aux rois, pendant la cérémonie de leur sacre, un pouvoir quasi-divin : c'est l'évêque, voire le Pape, représentant de Dieu sur terre, qui pose la couronne symbolique sur la tête du roi. En élevant la puissance des rois, l'Eglise Romaine garantissait sa protection et renforçait son pouvoir. Alors, pour faire accepter toute cette mascarade aux peuples, il fallait bien leur proposer une histoire sacrée adaptée à la nécessité politique et, ne plus modifier la version officielle, sous peine de déséquilibrer le système. De toute manière, on ne peut pas jeter la pierre à l'Eglise, car en agissant ainsi, elle instaurait un ordre social en tous points préférable à la barbarie qui régnait auparavant sous les Mérovingiens. L'Eglise a réinventé le pouvoir religieux des Pharaons.
Le jeune néophyte peut s'étonner du caractère confidentiel de l'initiation à la gnose, mais le vieux sage sait très bien, lui, que la divulgation de cette connaissance ne va pas sans de fortes réactions et il comprend les réserves que l'Eglise adopta tout au long de son histoire, afin de limiter les tensions sociales et préserver son autorité, qui rappelons-le, était nécessaire pour faire sortir l'Europe moyenâgeuse de la zizanie.
D'ailleurs, le « modèle catholique » n'est pas unique, on a vu le même schéma se développer sur toute la terre avec toutes les religions.
Jésus, lui, croyait en l'individu, il fut constamment obligé de s'opposer aux docteurs de la Loi qui voyaient pour l'humanité, une sorte de salut collectif et sélectif, se situant à la fin des temps, ce qui procure un prétexte imparable à ceux qui n'ont pas envie d'adhérer à la Parole du Christ : "le royaume est déjà en vous, et celui qui le trouvera vivra éternellement dans ce royaume de l'esprit". Eschatologie contre apocalypse.
Dieu qui nous aime comme un artiste aime son oeuvre, a envoyé un messager pour nous donner le goût de vivre et nous indiquer la voie. Le malentendu qui existe entre Dieu et les hommes a pour cause notre vision anthropomorphique de l'Amour divin. Dieu est un "principe" et son amour est un "aimant". L'amour divin est de même nature que ces forces dont nous avons déjà parlé. Le principe et l'amour, sont la véritable nature de Dieu et, Dieu a complètement investi cet homme qui était Jésus.
- Comment Jésus a-t-il pris conscience de sa nature divine ?
- Cette prise de conscience s'est faite progressivement.
Il est possible que la Vierge Marie, après la mort de Joseph son époux, ait envoyé secrètement Jésus à Engaddi, au bord de la Mer Morte, dans un des sanctuaires des Esséniens pour qu'il y reçoive un enseignement afin d'atteindre la plénitude de son rayonnement spirituel.
Les religions chrétiennes ont tendance à faire apparaître Jésus dans un désert spirituel, c'est à la fois vrai et faux. Vrai, parce qu'effectivement, à l'époque de Jésus, il ne restait en apparence plus grand chose de vivant de la tradition des prophètes et du message de Moïse ; faux, parce que, justement, cette tradition et ce message vivaient encore chez les Esséniens. Leur confrérie avait été fondée par le prophète Samuel, afin de préserver la Tradition des prophètes, il vécut au XIème siècle avant Jésus-Christ, il fît proclamer Saül roi d'Israël et plus tard, son fils David.
Les maîtres religieux de la Palestine, pour la plupart ambitieux et serviles, avaient refoulé les Esséniens dans la retraite et le silence, ils ne luttaient plus comme leurs prédécesseurs, qui à une certaine époque eurent une influence politique certaine.
- Pourquoi les appelait-on Esséniens ?
- Ce mot vient d'une langue utilisée du côté de la Syrie et signifie "Médecins". Leur rôle officiel, vis-à-vis du public, était de soigner les maladies physiques et morales. En fait, ils servaient Dieu avec une grande piété, non pas en lui sacrifiant des victimes mais en sanctifiant les esprits. Il n'existait pas un seul esclave chez eux, ce qui est remarquable à une époque où l'esclavage était une pratique normale. Tous les Esséniens étaient libres et travaillaient les uns pour les autres, ils pratiquaient la solidarité et la fraternité.
Les règles de l'ordre étaient sévères : un noviciat d'un an était exigé pour y rentrer. Si on avait donné des preuves suffisantes de tempérance, on était admis à participer à certains rites, sans pour autant être en rapport avec les Maîtres de l'Ordre ; il fallait encore deux années d'épreuves, pour être reçu dans la confrérie. On jurait, une fois pour toutes, d'observer strictement les devoirs de l'ordre et de ne pas en trahir les secrets. A propos de ces secrets : ils ne sont entretenus que dans le seul but d'inciter les esprits à les découvrir.
C'est après avoir prêté serment que les initiés participaient aux agapes rituelles, qui sont une forme primitive de la Cène instituée plus tard par Jésus. Pendant ces repas, on donnait la première interprétation des livres sacrés de Moïse et des prophètes.
Les frères esséniens, proprement dits, vivaient en communauté dans le célibat, en des lieux retirés du monde. Mais il existait des Esséniens mariés qui vivaient à l'extérieur et formaient une sorte de tiers-ordre discret, disséminé en Egypte et en Palestine. Ils se donnaient entre eux une hospitalité totale ; il est probable que Jésus et ses disciples ont pu voyager dans toute la Palestine sans avoir de problème d'intendance. Les Esséniens étaient d'une haute moralité et possédaient une parfaite maîtrise d'eux-même ; leur parole avait la force d'un serment et ils étaient capables de supporter la torture, plutôt que de trahir leurs concepts religieux.
Il est vraisemblable que Jésus ait été attiré par ce qu'il savait des Esséniens ; il aurait été accueilli par eux comme un frère et salué comme un Elu par les Maîtres. Il aurait reçu d'eux, ce que seuls les Esséniens pouvaient lui donner : la connaissance de la tradition des prophètes et par elle, sa propre orientation religieuse et selon cette Tradition, la plus haute manifestation de Dieu serait l'homme, qui par sa constitution, serait fait à l'image de Dieu mais, avec l'évolution de l'humanité, Dieu serait fractionné dans la multiplicité des hommes et serait ainsi mutilé par leurs imperfections ; il souffrirait et lutterait en eux car l'homme parfait est dans la pensée la plus profonde de Dieu, il est caché dans l'abîme infini de sa puissance, c'est pour cette raison que l'homme est appelé "Fils de Dieu". Telle était la doctrine des Esséniens.
Périodiquement, chaque fois que l'humanité s'est enlisée dans le marasme spirituel, Dieu a choisi un homme et a pénétré en lui pour lui donner la force, la sagesse et l'amour afin de redonner courage aux hommes et qu'ils gardent espoir en la beauté de l'Oeuvre. Cet Elu de Dieu, qui était initialement un "Fils de l'Homme" devient, en évoluant, un "Fils de Dieu" et il représente la "Parole vivante" de Dieu sur terre. Voilà, ce que les sages Esséniens étaient susceptibles de révéler à Jésus à propos de son propre destin, s'il ne le savait déjà avant d'aller vers eux.
Dans le langage des temples, il y a trois niveaux d'initiés :
"Fils de la Femme" est le premier degré, la femme signifiant ici la nature.
"Le fils de l'Homme" est le deuxième degré et représente l'initiation par l'Esprit.
"Le fils de Dieu" est le troisième degré et représente celui qui est initié aux sciences suprêmes, aux sciences cosmogoniques, c'est pour cette raison que Jésus est appelé tantôt le « fils de l'homme », tantôt le « fils de Dieu ».
- A cette époque, Jésus avait-il déjà conscience de son destin messianique ?
- Il devait probablement se poser la question tous les jours. Jésus resta probablement quelques années chez les Esséniens, soumis à leur discipline, étudiant avec eux les secrets de la nature. Et, vraisemblablement, par une nuit mémorable pour l'Ordre, Jésus reçut dans le plus profond secret l'initiation supérieure voulue par le frère et confirmée par les Anciens, celle que l'on faisait subir dans les cas rarissimes à un frère investi d'une mission prophétique.
La cérémonie a dû se dérouler dans une grotte taillée à l'intérieur de la montagne et, devant les Anciens, le vieillard chef de l'Ordre, présenta à Jésus le Calice d'Or, symbole de l'initiation suprême. Quelques-uns disaient que Moïse y avait bu, d'autres le faisaient remonter à Abraham, qui aurait reçu de Melchisedech cette même initiation, sous les espèces de pain et du vin... Jamais l'Ancien n'aurait présenté cette coupe à un homme dans lequel l'Ordre n'aurait pas reconnu avec certitude, les signes d'une mission prophétique. Cette mission, personne ne pouvait la définir à Jésus, qui a dû trouver seul et en lui-même, le tracé de son destin messianique. Telle est la loi des initiés. Désormais il était libre et maître de ses actions, livré au vent de l'Esprit qui pouvait, soit le jeter dans le gouffre des Ténèbres, soit l'emporter sur les cimes lumineuses. Jésus n'échappait pas à la loi de l'arbre de la connaissance du paradis Terrestre où vécurent Adam et Eve... Le fils de Marie devint véritablement ce jour-là, Jésus le Rédempteur.
- Mais Gwydyon, puisque Jésus était Dieu, il ne risquait pas de tomber dans le gouffre des Ténèbres, comme tu le dis ?
- Ainsi que l'enseigne, l'Eglise, Jésus est Dieu fait homme, il est pétri dans la même matière que nous et il doit s'en dégager lui-même, trouver lui-même le sens de sa destinée. Il doit lutter contre toutes les tentations, y compris celle du diable. Les Evangiles situent cette tentation après la rentrée de Jésus dans la vie publique, c'est-à-dire juste après son baptême par Jean Baptiste. Jusqu'à la veille de son arrestation, Jésus a subi les tentations et, à chaque fois, il a eu la force de les repousser. Rappelons-nous son cri de détresse la veille de sa mort : « Seigneur, éloigne de moi ce calice... » et sur la croix, avant de mourir : « Père, pourquoi m'as-tu abandonné ? »

On peut penser que Jean-Baptiste ait été un Essénien et que Jésus ait été son disciple, mais ce qui est certain, c'est qu'il fût un prophète populaire. Une piété farouche l'avait poussé vers le désert ; il menait une vie rude, faite de jeûne et de prière. Il portait à même la peau un vêtement en poil de chameau, pour s'imposer la pénitence par la souffrance physique. C'est d'ailleurs cette pratique à outrance des mortifications, de l'austérité et de l'ascétisme, qui poussera Jésus à se séparer de Jean-Baptiste.
Parfois on se demande si, conformément à sa culture judaïque, Jean Baptiste ne pensait pas, lui aussi, que le Messie viendrait comme un vengeur, soulever le peuple et chasser l'occupant romain, entrer triomphalement dans Jérusalem, s'installer sur le trône du roi des Juifs et châtier les coupables de la corruption. Il annonçait donc aux populations venant le rencontrer, l'arrivée prochaine du Messie et prêchait la pénitence, pour les préparer à son avènement. Il avait emprunté aux Esséniens la coutume des ablutions, la transformant à sa manière pour un baptême, qu'il avait imaginé. Ce baptême devait servir de symbole visible de purification intérieure. Dans les eaux du Jourdain, cette cérémonie saisissait les imaginations, leur rappelait les discours des prophètes et provoquait le choc intérieur nécessaire au repentir... On accourait de tous les coins de la Palestine et même de plus loin encore, pour entendre le Saint du désert. Les populations campaient des semaines pour l'entendre chaque jour, les esprits s'échauffaient et beaucoup étaient prêts à prendre les armes sous son commandement, pour recommencer une guerre Sainte. On comprend l'inquiétude du Tétrarque Hérode et des prêtres de Jérusalem, ainsi que l'excitation du gouvernement romain, représenté par Ponce Pilate, qui redoublait de violence dans sa répression. Pour tout arranger, comme si cela ne suffisait par pour maintenir la pression, en Egypte, les prêtres avaient annoncé le renouveau d'Israël en disant que le phénix allait renaître de ses cendres... annonçaient-ils le rédempteur ? Cette coïncidence est curieuse.
On peut imaginer Jésus, que déjà ses frères esséniens suivaient comme un Maître, voulant voir Jean l'immergeur et se soumettre à son baptême. Sentant en lui une vocation qui, pour le moment, n'était encore que prophétique, Jésus souhaitait entrer sur la scène publique, par un acte médiatique. Perdu dans la foule, Jésus s'approcha de Jean. A la robe de lin blanc que portait Jésus, Jean reconnut l'Essénien. Jésus avançait dans l'eau jusqu'à la ceinture et, arrivé devant Jean, il se courba humblement pour recevoir l'aspersion. Quand il se redressa, leurs regards se rencontrèrent, Jean tressaillit sous ce rayon d'une intense douceur et ces mots lui échappèrent :
« Serais-tu le Messie ? »
Jésus ne répondit rien, mais inclina la tête en croisant ses mains sur sa poitrine, cette position des mains est une sorte de "signe" rituel, que l'on retrouve fréquemment sur les vitraux des cathédrales. Jésus demanda à Jean-Baptiste sa bénédiction. Jean savait que le silence était la loi des Esséniens, il étendit solennellement ses mains sur Jésus, qui disparut ensuite avec ses compagnons.
Qu'était-il lui-même, face à la lumière qu'il avait aperçue dans les yeux du Maître ? se demandait Jean-Baptiste.
A partir de ce jour, il se mit à prêcher d'une voix plus sereine, plus profonde et, à ceux qui s'en étonnaient, il répondait : "il faut qu'IL croisse, et que je diminue..."
- Gwydyon, l'histoire que tu viens de nous raconter sur Jean Baptiste est différente de celle de tout à l'heure, pourquoi ?
- Parce que celle-ci est ma version préférée et j'ai tendance à adhérer davantage aux choses qui me plaisent.
- Oui, mais je ne comprends plus...
- Guergan, tu es un homme libre, forge-toi un outil qui ne servira qu'à toi pour ouvrir les portes de ton exploration intérieure. Ce que te proposent les autres te sera inutile et inversement, tu ne pourras leur donner qu'un peu de feu, quand ils te le demanderont. Te lancer dans l'aventure ou pas, c'est là ta seule liberté.
Plus tard, lorsqu'il fut en prison, Jean-Baptiste eut un doute tardif et il fit dépêcher des messagers pour demander à Jésus :
« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
En fait, dans son for intérieur, Jean pensait que Jésus était le Messie, mais sachant que Jésus, entre autres prodiges, était capable de ressusciter des morts, il ne comprenait pas que celui-ci, avec de tels pouvoirs, n'accomplisse pas sa mission en prophète et en libérateur du peuple d'Israël.
C'est peut-être Moïse qui est le responsable involontaire de ce malentendu. Il a plus ou moins fait rêver son peuple avec cette histoire de "Peuple élu", mais il n'avait pas d'autres moyens pour le mettre en route vers la Terre Promise.
Quand ils posèrent la question à Jésus, les messagers de Jean avaient vu tous les miracles que Jésus avait accomplis. Jésus leur répondit :
« Allez, rapportez à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez, les aveugles voient clair, les boiteux marchent, les sourds entendent, les lépreux sont purifiés et les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés ! Bienheureux celui pour qui je ne suis pas un objet de scandale ! »
- Comme le prouve cette réponse, Jésus avait défini sa mission.
- On pourrait le penser en effet, mais tout au long de sa vie, Jésus a eu des périodes d'incertitude.
Lors de son baptême, il fut secoué par la question posée par Jean Baptiste : "Es-tu le Messie ?"...
Depuis l'éclosion de sa conscience, Jésus avait trouvé Dieu en lui-même et la certitude du royaume de Dieu dans la beauté radieuse de ses visions. Mais la souffrance humaine et la déchéance spirituelle de l'humanité, avaient mis dans son coeur une terrible angoisse. L'appel direct de Jean Baptiste tombait sur lui comme la foudre du Mont Sinaï sur Moïse : serait-il le Messie ?
Jésus ne pouvait répondre à cette question qu'en se recueillant au plus profond de son être ; il devait passer par une longue crise intérieure qui lui dévoilerait peut-être la vérité. Il décida alors de faire une retraite dans une caverne taillée dans le rocher, que les Esséniens avaient aménagée en haut de la montagne au-dessus de leur sanctuaire d'Engadi. Ce lieu était spécialement conçu pour ce genre d'isolement de longue durée, on y trouvait quelques figues sèches, des herbes médicinales et de l'eau. La caverne du Mont Sinaï où Moïse reçu le message de l'Envoyé de Yahvé, ressemble à cette caverne où Jésus était venu méditer.
Jésus savait ce qu'il voulait. Il aurait eu la possibilité de marcher à la tête d'un soulèvement populaire et de s'installer sur le trône des Juifs ; mais la violence mettrait-elle un terme au règne de la violence, ne serait-elle pas au contraire un moyen d'alimenter les forces du Mal ?
Ne fallait-il pas plutôt rendre accessible à tous cette vérité qui était jusqu'alors restée le privilège de quelques rares initiés ? Ne valait-il pas mieux transformer l'humanité par le fond, en donnant la Vie aux individus, la vraie vie, celle de l'Esprit ?
Jésus se posait la question : qui aurait la victoire ? Dieu ou le Diable ? seraient-ce les forces de la vie qui règnent, imprégnées dans les puissances formidables de la matière, ou bien, seraient-ce les forces du Bien qui dorment dans le coeur de l'homme, comme l'étincelle dans les cailloux qu'il suffit de choquer pour qu'elles jaillissent ? La voix de l'Eternel lui criait : « Lève-toi et parle... »
- Mais, dit Ganieda, c'est la tentation de Jésus dans le désert ?
- Oui, et je vais vous dire comment j'imagine que Jésus qui avait déjà aperçu les splendeurs de l'Esprit Divin, prit conscience de sa mission de sauveur de l'homme. A partir de cet événement, Jésus saura qu'il est le Messie annoncé par les prophètes. Il ne sera plus Jésus le fils de l'homme, mais le Christ, fils de l'Esprit Divin : Jésus le Christ, le Sauveur qui a le secret. C'est le premier des plus grands moments de la vie de Jésus et je vais tenter de raconter ce drame tel que je le ressens.
- En rêvant donc ?
- Ce n'est qu'en rêvant que l'on peut comprendre certaines choses. Dieu aime les rêveurs.
Jésus avait donc décidé de ne pas combattre l'épée par l'épée, il ne serait pas un roi vengeur, mais un flambeau, un initiateur de l'humanité. Jésus réalisait l'énormité du problème et il était désespéré en constatant combien il était seul et démuni pour le surmonter. Comment un homme isolé, pendant les quelques années que dure une vie, pouvait-il transmettre un message d'espoir à l'humanité toute entière, pour les siècles à venir ?
Les miracles avaient pour effet d'attirer l'attention des foules sur le caractère exceptionnel de sa nature ; malheureusement ils ne pouvaient pas à eux seuls être porteurs de son message.
Jésus était prêt à se sacrifier pour l'humanité et conscient de l'importance de sa mission, il savait qu'il ne pouvait jouer qu'une seule fois.
Dans cette caverne creusée dans les rochers dominant la Mer Morte, Jésus jeûna et pria pendant de longs jours et de terribles nuits. Plus il plongeait dans ses méditations, plus le doute s'emparait de lui. Il eut l'impression de s'enfoncer dans un abîme de ténèbres et de perdre la félicité merveilleuse qu'il avait trouvée dans ses extases précédentes. Au milieu des ténèbres dans lesquelles il s'enfonçait, il entendait des voix qui lui criaient :
« Insensé celui qui veut l'impossible, renonce à ton rêve... ». Mais l'invisible voix intérieure répondait doucement :
« Il le faut... »
Il lutta ainsi pendant des jours et des nuits... et plus il s'enfonçait dans l'abîme d'ombre, plus il avait l'impression d'approcher de quelque chose d'effrayant.... Un tourbillon, venu du fond des espaces, transporta sa conscience au sommet du temple de Jérusalem et tout le peuple en liesse, criait :
« Gloire au Messie et au Roi d'Israël !... »
« Tu seras roi si tu veux m'adorer » dit une voix d'en bas...
« «Qui es-tu ? » dit Jésus.
De nouveau, le tourbillon l'emporta au sommet d'une montagne et tous les peuples de la terre s'étalaient à ses pieds.
« Je suis le roi des esprits et le prince de la terre » dit la voix venue d'en bas...
« Je sais qui tu es, dit Jésus, tes formes sont innombrables, ton nom est Satan ; apparais sous ta forme terrestre ».
« Je suis le prince de la terre, couche-toi seulement devant moi et je te donnerais tous ces royaumes, étalés à tes pieds », dit la voix venue d'en bas.
« Arrière ! tentateur, » répondit Jésus, « tu n'adoreras que l'Eternel ton Dieu ».
Aussitôt les visions disparurent...
Se retrouvant seul dans sa caverne, Jésus dit :
« Par quel signe vaincrai-je les puissances de la terre ? »
« Par le signe du Fils de Dieu » dit une voix venue d'en haut.
« Montre-moi ce signe » répondit Jésus.
Une constellation apparut à l'horizon, cinq étoiles avaient la forme d'une croix. Jésus reconnut le signe des anciennes initiations venues d'Egypte, conservé par les Esséniens : la ligne horizontale signifiait la ligne de vie, avec ses peines et ses joies et la ligne verticale signifiait l'amour divin, avec toutes ses merveilles. Cette croix d'étoiles grandissait dans la vision du Christ et s'approchait, comme attirée par Jésus...
« Voici le signe de la vie et de l'immortalité, dit la voix venue d'en haut, les hommes l'ont possédé jadis, puis ils l'ont perdu. Veux-tu le leur rendre ? »
« Je le veux » répondit Jésus.
« Alors regarde ! voici ton destin » dit la voix céleste.
Brusquement les cinq étoiles s'éteignirent, une montagne d'ombre s'éleva devant Jésus, elle était surmontée d'une croix sacrificielle noire, un homme agonisant était cloué dessus et autour de lui, un peuple démoniaque hurlait :
« Si tu es le Messie, sauve-toi ».
Jésus, terrifié, recula, couvert de sueurs froides, car cet homme crucifié qu'il voyait, c'était lui-même...
Jésus avait compris que pour vaincre les forces du Mal de la terre, il devait s'identifier à cette vision... La voix céleste reprit :
« La croix, tu peux la prendre, ou la repousser ».
Jésus revit près de lui toute la misère morale et physique de l'humanité et les peuples désespérés le suppliaient :
« Sans toi, nous sommes perdus. Sauve-nous, toi qui sais aimer ! »
Alors Jésus se redressa lentement et ouvrant ses bras pleins d'amour, s'écria :
« A moi la croix et que l'homme soit sauvé ! »
Aussitôt, Jésus sentit un déchirement dans tout son corps, et poussa un cri terrible... En même temps, la vision du crucifié et de la montagne disparurent, Jésus fut entouré d'une vision lumineuse et suave, une joie divine l'inonda, une voix céleste, triomphante, chanta :
« Le Diable satan n'est plus maître du monde ! Ceux qui voulaient la mort de l'Esprit sont vaincus ! Gloire au fils de l'homme ! Gloire au fils de Dieu ! »
Quand Jésus s'éveilla à nouveau au monde qui l'entourait, rien n'était changé, mais lui, Jésus, n'était plus le même. Un événement déterminant s'était accompli dans les profondeurs de sa conscience. Il avait résolu l'énigme de sa vie, il avait retrouvé sa paix intérieure ; la grande certitude était entrée en lui. Il savait qu'il était devenu le Messie, par un acte irrévocable de sa volonté. Du fond de sa propre mort physique qu'il avait sondée et goûtée d'avance, il apportait à ses frères les hommes l'espérance de la vie spirituelle, individuelle, éternelle.
Il allait maintenant mettre à la portée des simples les grands Mystères de l'Univers en leur disant :
« Croyez-moi, je suis dans le père et le père est en moi ; celui qui croit en moi fera les oeuvres que je fais, suivez mon chemin et vous aurez la lumière. »


CHAPITRE VII


Maintenant Jésus est conscient qu'il est le Messie et il voit clairement les moyens qui lui sont donnés pour accomplir son œuvre. Il sait que son destin doit le conduire au sacrifice de sa vie mais aussi que cet événement doit être préparé pour avoir une portée universelle, mais en Palestine, la situation est difficile.
A quelques exceptions près, Pharisiens et Sadducéens ont perdu l'esprit de la Tradition. Leur Yahvé ne ressemble pas du tout au Père divin de Jésus. Pour eux, la venue de ce Messie les dérange plus qu'elle ne les remplit de joie ; cela fait plus de mille ans qu'on leur en parle, rien ne pressait donc et ils auraient préféré que cet événement arrivât à leurs successeurs. Ils considéraient la promesse d'un Messie comme un des moyens de contenir le peuple et, si le Messie arrivait maintenant, ils n'auraient plus de prétexte pour s'imposer car pour eux, la religion n'était qu'un outil de pouvoir. Ils auraient bien accepté un extra-terrestre arrivant dans les éclairs et le tonnerre, mais non, c'était un petit juif bien de chez eux et qui en plus avait l'audace de s'intéresser au peuple. Insupportable ! D'ailleurs, on verra bientôt Jésus rejeter le carcan de la religion juive qu'il juge complètement dénaturée et tissée de malentendus soigneusement entretenus, on l'entendra traiter d'hypocrites les docteurs de la Loi.
En revanche, le peuple qui vivait dans la misère sous les persécutions de l'occupant romain, attendait depuis des siècles ce sauveur promis par les Ecritures, mais, peut-on reprocher à ce peuple de faire passer l'amélioration de la vie matérielle avant la notion de cette vie éternelle, promise par Yahvé ? Faire passer un message spirituel à des gens qui meurent de faim est irréaliste. Et pourtant, l'idée du Mythe n'est pas aussi irréaliste qu'il n'y paraît de prime abord, puisque les peuples en demandent et que les sacrements ne sont rien d'autres que l'utilisation des Mythes. Il faut croire qu'en l'être humain il y a autre chose que l'instinct animal, puisqu'en dépit de sa misère physique, l'humanité a soif de concepts spirituels, concrétisés par des rites et les livres sacrées.
Toutes les religions ont leur système de référence fondé sur la divinité. L'éternelle question est de savoir si la divinité est un concept réel, extérieur au monde humain, régissant celui-ci selon un plan et une finalité, ou si la divinité est une projection idéalisée de l'esprit humain qui est tourmenté par le désir de parfaire le monde et de justifier sa propre existence, une aberration psychologique en quelque sorte ? Il est possible que ce soit les deux à la fois. Conscient de cet aspect des choses, Jésus savait que sa mission aurait plus de chance de réussir avec ceux qui avaient conservé une âme d'enfant. Jésus n'avait donc pas le choix, c'est sur le peuple qu'il devait exercer son action messianique, la pâte était brute et déjà ensemencée. C'était donc pour toucher ce peuple que Jésus s'était fait baptiser par Jean-Baptiste, plutôt que de développer ses idées avec les quelques Pharisiens et Sadducéens qui avaient confiance en lui. Il avait voulu entrer dans la vie publique par un acte populaire, en utilisant le "Précurseur" Jean-Baptiste qui avait bien préparé le terrain.
Jean-Baptiste était un véritable héros qui se permettait de jeter sans ménagement les vérités au visage des puissants de ce monde, se faisant ainsi aimer des humbles gens, il était donc le tremplin idéal pour que Jésus agisse sur les Juifs.
- Et que disait Jésus à ces populations juives ?
- Il leur disait que l'annonce des prophètes était en train de se réaliser :
« Dieu a tant aimé le Monde, qu'il lui a donné son fils, afin que quiconque croie en lui ne périsse pas... Dieu n'a pas envoyé son fils dans le Monde pour juger, mais pour sauver l'homme ; celui qui croit n'est pas jugé, celui qui ne croit pas, est déjà jugé. »
- Jésus annonçait qu'il était le Messie, dont parlaient les prophètes, autrement dit qu'il était le fils de Dieu fait homme et que Yahvé était son père, et le peuple ne l'a pas lapidé comme blasphémateur ?
- Oui, comme l'a écrit Saint Jean l'Evangéliste : « la lumière est venue dans le monde, mais les hommes ne l'ont pas reconnue », et Jésus a bien failli être lapidé un jour où il avait poussé assez loin la provocation en disant :
« En vérité, en vérité je vous le dis, ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, c'est mon père qui nous le donne, le vrai pain du ciel. Avant qu'Abraham fût, je suis... » Jésus a développé ce thème dans la "prière sacerdotale" qu'il fit la veille de sa mort.
- Pourquoi Jésus n'a-t-il pas été lapidé ?
- En faisant des miracles il se mettait nettement au-dessus des précédents prophètes et c'est cela qui l'a sauvé. Jésus ne faisait pas des miracles dans n'importe quelle circonstances et ses miracles étaient toujours accompagnés de commentaires comme : "Va, ta foi t'a sauvé", faisant ainsi passer l'idée qu'il considérait les miracles comme étant aussi le résultat de la foi du demandeur et venant s'ajouter à celle de Jésus.
Après avoir changé l'eau en vin au cours d'un repas de noce à Cana, alors qu'il n'y avait plus rien à boire, un dignitaire du pouvoir était venu le trouver pour lui demander de sauver son fils qui était en train de mourir. Jésus lui a répondu :
« Ne croyez-vous en l'Esprit qu'en voyant des miracles ? » Mais le fils fut sauvé.
Jésus était très populaire, à tel point qu'un jour, en toute impunité, il s'est permis de chasser les marchands du Temple de Jérusalem ; il ne pouvait supporter que ce lieu saint soit envahi par des négociants, des brigands et autres trafiquants mal famés, et il en a profité pour dire aux prêtres, qui n'en croyaient pas leurs oreilles :
« Vous avez mis quarante ans pour construire ce temple, démolissez-le et en trois jours je le reconstruirai. »
Les prêtres pensèrent qu'il s'agissait de mettre à bas des murs en pierre... Et Jésus dut leur expliquer la notion très abstraite du Temple spirituel de l'humanité.
Cette remarque de la part de Jésus était la deuxième allusion directe à sa mort et à sa propre résurrection. Jésus répétera inlassablement que sa mission voulait qu'il mourût et qu'il ressuscitât. A l'époque très peu de personnes comprirent le sens de ces paroles, même dans son entourage le plus proche. D'ailleurs Jésus eut des discussions très dures avec ses disciples et nombreux furent ceux qui le quittèrent. En revanche, il y eut des faits totalement inattendus, comme celui de sa rencontre avec Nicodème.
Au début de la vie publique de Jésus, un notable pharisien nommé Nicodème vint le trouver la nuit pour ne pas être vu de ses pairs et lui dit :
« Rabbi, nous savons que tu es venu de la part de Dieu, car personne ne peut faire les miracles que tu fais, si Dieu n'est pas avec lui. »
Jésus répondit :
« En vérité, je te le dis, nul, s'il ne naît d'en haut, ne peut voir le Royaume de Dieu. »
« Comment un homme s'il est vieux, peut-il naître une seconde fois ? » demanda Nicodème.
« En vérité, je te le dis, nul, s'il ne se purifie par le baptême de l'eau et s'il ne renaît par l'Esprit, n'entrera dans le Royaume des Cieux. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est Esprit. Ne t'étonne pas si je t'ai dit : il faut naître d'en haut », dit Jésus.
« Mais comment cela peut-il se faire pour un homme de mon âge ? », questionna à nouveau Nicodème.
« Tu es docteur d'Israël, lui répondit Jésus et tu ignores cela ? En vérité je t'affirme que nous parlons de ce que nous savons et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu et, malgré cela, vous n'acceptez pas notre témoignage ! Si je vous parle des choses terrestres et que vous ne croyez pas, comment me croirez-vous, si je vous dis des choses célestes ? Personne n'est monté au ciel, si ce n'est celui qui en est descendu : le fils de l'homme, qui est dans le ciel. Et de même que Moïse qui a élevé sa connaissance dans le désert, il faut que le fils de l'homme soit élevé afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. »
- Pourquoi Jésus ne s'est pas servi de Nicodème, qui était une personnalité éminente pour convaincre les Docteurs de la loi ? Ainsi il n'aurait pas eu "besoin" d'être condamné à mort.
- Oui, peut-être, mais cette formule n'aurait pas "frappé" l'humanité par delà les millénaires, comme le voulait Jésus, la seule manière de transmettre son message passait par sa mort et sa résurrection.
- Il aurait pu devenir le roi spirituel, incontesté, de l'humanité de l'époque, vivre vieux et monter au ciel en chair et en os, devant tout le monde...
- Il aurait pu, aussi, naître à notre époque et faire son "coup-média" devant les caméras de la Mondio-vision... Allons Guergan, soyons sérieux, jamais Jésus n'aurait pu, malgré ses pouvoirs divins, être le maître incontesté du monde de son époque sans que des luttes sanglantes entre les hommes n'entachassent son règne. Jésus ne voulait pas vaincre l'épée par l'épée. Jésus prévoyait plusieurs points dans son plan ; nous avons vu le premier : faire des miracles, pour être connu et reconnu comme un être d'essence divine. Le deuxième était : faire connaître son message et le troisième : avoir des adeptes fidèles, sincères et efficaces, pour continuer après lui à transmettre la Parole, afin qu'elle ne soit pas perdue une seconde fois.
Jésus s'est donc mis en marche pour "pêcher" ses apôtres. Symboliquement, il en aurait choisi douze, se référant ainsi aux douze tribus d'Israël... La devise de Jésus était : ne pas construire sur le sable son église mais sur le roc ! en fait, si l'on peut dire, c'est sur l'eau que Jésus a posé la première pierre de son église, dans le milieu de modestes pêcheurs du lac de Génésareth. C'est la que Jésus recruta ses quatre premiers apôtres : Simon-Pierre, André, Jean et Jacques.
La foule se groupait autour de Jésus, au bord du lac de Génésareth, pour entendre la parole de Dieu. Jésus vit des barques sur la plage ; les pêcheurs qui en étaient descendus nettoyaient leurs filets. Etant monté dans la barque de Simon-Pierre, Jésus le pria de s'éloigner un peu du rivage, pour faciliter sa communication avec la foule. Quand Jésus eut fini de parler, il dit à Simon-Pierre :
« Avancez au large, et lâchez vos filets pour la pêche. »
Simon-Pierre répondit :
« Maître, nous avons peiné toute la nuit, sans rien prendre, mais sur ta parole, je jetterai les filets. »
Ayant fait ainsi, ils capturèrent une grande quantité de poissons à rompre leurs filets. Ils firent signe à leurs associés qui étaient dans l'autre barque, afin qu'ils vinssent à leur aide. Ils remplirent de poissons les deux barques à la limite de leurs possibilités de flottaison. Voyant cela, Simon-Pierre tomba à genoux devant Jésus et lui dit :
« Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pêcheur. »
Jésus lui répondit :
« Ne crains point, Simon-Pierre, désormais vous serez pêcheurs d'hommes, si vous voulez me suivre. » Aussitôt, les quatre pêcheurs, le suivirent... Plus tard, après la résurrection de Jésus, nous retrouverons ce symbole de la pêche miraculeuse.
- Mais, Papa, d'après ce que tu nous racontes, les gens voyaient bien que Jésus était d'essence divine, alors pourquoi a-t-il fallu qu'il en fasse davantage ?
- Il n'est pas facile de répondre à cette question. Essayons de nous mettre à la place des gens de l'époque. Ils voyaient surtout en lui un prophète capable de mettre un terme à leurs misères, à tel point, que Jésus, parfois, était lui-même fatigué de ce succès qui restait au premier degré. Il éprouvait souvent le besoin de se retrouver seul dans le désert pour prier, afin de retrouver la force de répéter sans cesse les mêmes messages. Enfin, pour comprendre la difficulté de la mission de Jésus, imaginons ce que peuvent représenter d'inertie, des millénaires d'exploitation des peuples et de désespoir.
Les gens suivaient Jésus en confiance, parce qu'ils le sentaient fort et qu'il les aimait. Voici un exemple disproportionné mais qui met en évidence la différence : les animaux domestiques ignorent les pensées profondes de leur maître et ils le suivent sans chercher à comprendre. L'écart qui existait entre les pauvres gens à qui Jésus s'adressait et lui-même, est comparable à celui qui existe entre nos animaux domestiques et nous-mêmes.
- Si tu avais Dieu en face de toi, et qu'il te demande de tout laisser et de le suivre, le ferais-tu Gwydyon ?
- Je n'ai pas encore osé me poser cette question, Ganieda, car si on ne peut répondre positivement à cette question dans la seconde qui suit, on n'a le droit de juger personne. Pour comprendre les difficultés que devait surmonter Jésus, imagine un violent opposant de Jésus dont le message risque de bouleverser le système dans lequel il s'enrichit ; dans une société, les profiteurs pèsent un poids plus lourd que les victimes qu'ils exploitent et, pour inverser une tendance, il faut quelque chose de très fort, d'excessif, d'extrême. Si Jésus n'avait pas terminé sa vie par un acte extrême, son immense notoriété se serait éteinte avec lui ; disons qu'au maximum, elle aurait duré le temps d'une génération.
- Il y a des contre-exemples, regarde Muhammad, il est mort naturellement, la tête reposant sur le sein de sa jeune épouse et pourtant son message a perduré puisque 14 siècles après sa mort, l'Islam est aussi puissant que la Chrétienté.
- Oui, mais l'Islam s'est propagé en partie militairement sous la conduite de son prophète fondateur. D'ailleurs, Jésus ne se faisait pas d'illusion à l'égard des populations, nul mieux que lui connaissait les hommes, et cette connaissance lui fit dire des choses terribles et paradoxales par rapport à son message d'amour :
« Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens, de peur qu'ils ne vous déchirent... » autrement dit, ceux qui se gaussent du sacré sont capables de devenir extrêmement méchants, si les adeptes du culte sacré menacent leurs intérêts. Cette parole signifie aussi que certains sont initiables et d'autres pas. Etre initiable est avant tout un acte de volonté. Etre initiable signifie : avoir décidé "d'ouvrir ses volets" ; c'est donc un état intérieur secret. Celui qui "ferme ses volets" à la Parole est effectivement non-initiable. Etre initiable, ou ne pas être initiable, cette sentence est extrêmement lourde, elle doit être prononcée et perçue avec beaucoup de nuances et de précaution, elle est explosive. C'est une chose que l'on peut penser à propos de quelqu'un, mais qui ne doit pas être dite, car elle peut être vraie à un certain moment, mais fausse un peu plus tard et, nul ne sait quand s'opère ce changement. C'est aussi pour cette raison qu'on n'a pasle droit de juger quiconque et le pardon est le passage obligé de la sagesse ; celui qui ne sait pardonner n'a pas encore atteint la sagesse. Le pire des êtres humains peut être frappé par la grâce au dernier instant de sa vie et il parcourt en une minute ce que les croyants mettent parfois trente ans à découvrir, la faculté de pardonner doit être un a priori.
Jésus a dit encore :
« Je veux la miséricorde et non les sacrifices inutiles... ». Par delà son dialogue avec le peuple, c'est avec des phrases de ce style, destinées particulièrement aux Pharisiens et aux Sadducéens, que Jésus créait les causes de sa nécessaire condamnation à mort. On peut dire qu'il s'est acharné à œuvrer dans ce sens pendant les trois années de sa vie publique. Il s'est acharné contre l'hypocrisie. L'hypocrisie, qu'est-ce ? sinon de la malhonnêteté intellectuelle et avant tout le mensonge avec soi-même.
Il ne faut pas perdre de vue que le combat virtuel entre Dieu et le Diable, entre les forces du Bien et les forces du Mal, est sans pitié ; Jésus le dit clairement dans ses paraboles : "le bon grain sera engrangé et la mauvaise graine, l'ivraie, sera livrée aux flammes destructrices !! » Autrement dit, il y a de l'amour pour les bons ou les presque bons, mais il n'y a pas de pitié pour les autres... La logique du Christ, est le tout ou rien , c'est dans ce but que Jésus maniait, avec une désarmante franchise l'art du paradoxe avec l'espoir d'infléchir les indécis. D'ailleurs, comment eût-il pu faire autrement que d'informer, de parler du sort qui les attendait, les âmes refusant de s'ouvrir au message divin ? En revanche, il était d'une tendresse infinie, devant le pauvre peuple souffrant de la misère physique, fléau dû au manque d'organisation de l'humanité, insuffisance dont les dirigeants sont entièrement responsables. C'est aux hommes et non à Dieu, de vaincre la misère physique qui règne sur la planète ; la chose est possible si l'humanité acquiert enfin la sagesse. C'est une manière de fuir ses responsabilités de dire que Dieu devrait y remédier ; c'est aussi un argument fallacieux de déclarer "si Dieu existait, de telles catastrophes ne se produiraient pas, donc, Dieu n'existe pas". Le grand reproche que l'on peut faire à l'église catholique, c'est de développer chez ses adeptes un certain sens de la prière "quémanderesse" : mon Dieu, faites que mes récoltes poussent bien, faites que … etc. etc., jusque dans les chants guerriers: mon Dieu, donnez-nous la victoire… c'est d'autant plus stupide que l'adversaire qui est en face demande exactement la même chose.. Dieu, il "s'en fiche" de nos misères physiques car il est l'auteur de l'univers, et sa perfection ne se réalisera qu'à la fin de l'univers.
- Mais quel doit être le rôle des églises ?
- Leur rôle principal est de transmettre le sens du sacré et le goût de vivre. On peut affirmer que sans le respect de la vie, concept sacré par excellence, la loi morale n'a aucun sens. Admettre le concept du sacré est le point de départ obligé de la démarche religieuse.
- Qu'est-ce que le sacré ?
- Ce sont les arrangements merveilleux découverts par la nature.
- Mais que dire des gens qui sont atteints de misère morale ?
- Notre attitude égoïste vis-à-vis d'autrui n'est elle pas à l'origine de l'isolement et de la misère morale qui en découle ? Dieu a créé l'univers avec sa force et les "informations" contenues dans cette force, il a lancé son évolution ; maintenant il ne peut que laisser se développer le processus. Dieu n'est pas responsable de notre imperfection. Il faut avoir la volonté de s'ouvrir à l'autre, c'est l'un des choix laissés à l'homme, la probabilité de notre destin en dépend. Tous les être humains ont en eux le "ferment divin", plus ou moins enfoui selon les individus, c'est la seule injustice de la création, mais peut-il en être autrement ? Dans l'élan évolutif de la matière, dans le monde de l'espace-temps, tout n'arrive pas en même temps, par définition.
- Mais un enfant n'est pas responsable du milieu dans lequel il vit, dit Ganieda.
- Eh bien oui, tout n'est pas parfait tout de suite, il existe de terribles iniquités dans la nature ; ce déchet injuste, il incombe aux humains de le réduire. Le Christ a fait allusion à ce problème, il a fait le maximum humainement possible pour le réduire en nous donnant la connaissance d'une vie spirituelle ; c'est à nous de faire le reste. Théoriquement, dans une humanité spirituellement majeure, il ne devrait subsister de misère physique que ce qui incombe à la fatalité : accidents cataclysmes, épidémies, etc., mais point de guerre ni d'injustice. La perfection n'est pas de ce monde, on y tend, là est ma conviction. Jésus a fait allusion à ce "terrible déchet" quand il a dit : « ceux qui ne croient pas sont déjà jugés », ou encore : "il y a beaucoup d'appelés, il y aura peu d'élus ». Jésus a toujours annoncé clairement sa mission : « Je ne suis pas venu abroger la loi des prophètes, mais la parfaire. Si votre justice ne l'emporte pas sur celle des scribes, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux... Bienheureux ceux qui seront persécutés en mon nom, parce qu'ils ont le cœur pur, qu'ils sont justes et pacifiques... Ne présente pas d'offrande sur l'autel si tu n'aimes pas tes frères... »
- Qu'est-ce que la loi des Prophètes ?
- C'est la révélation que Moïse reçut au sommet du Sinaï, elle contient entre autres messages, les Dix Commandements que l'humanité doit suivre et qui sont :
N'adore qu'un seul Dieu.
Aime ton prochain comme toi-même.
Ne jure pas au nom du Seigneur.
Ne tue point.
Aime ton père et ta mère.
Ne répudie pas ton épouse, et ne commets pas l'adultère.
Ne te détourne pas de celui qui a besoin de toi.
Ne vole pas les biens d'autrui.
Si tu ne veux pas être jugé, ne juge pas ton prochain.
N'aie pas de mauvaises pensées.
Jésus a stigmatisé l'hypocrisie humaine par l'histoire de celui qui voit la paille dans l'œil de son voisin, mais ne voit pas la poutre qui est dans le sien... Jésus a insisté pesamment sur l'hypocrisie et c'est à cause de cela qu'il a été condamné, plutôt que sur son message d'amour. En attaquant l'hypocrisie, il touchait le coeur du problème humain.
A cette époque, les Pharisiens en particulier, pratiquaient avec ostentation tout ce qui concernait le culte religieux et la charité ; Jésus ne pouvait pas supporter cela et il ne manquait pas une occasion de leur rappeler leur hypocrisie :
« Sépulcres blanchis, il ne suffit pas de m'appeler "Seigneur" pour être sauvé, il faut accomplir la parole de mon Père. Faites le bien sans rien attendre en retour, sans humilier ».
« Ce que vous faites aux plus petits, c'est à moi que vous l'aurez fait ».
« Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite, peu nombreux sont ceux qui la trouvent. Large est la porte conduisant à la perdition et nombreux sont ceux qui s'y engagent... »
« Il est plus facile pour un chameau de passer par le trou d'une aiguille, que pour un "riche" d'entrer dans le Royaume de Dieu. »

- Jésus avait douze apôtres, et jusqu'à maintenant il n'en a rencontré que quatre ?
- Les huit autres sont moins connus des croyants. Ils ont été "pêchés" un peu de la même manière que les quatre premiers. Selon certaines sources, les douze apôtres auraient tous été des membres de la famille de Jésus, famille originaire de Gamala, famille légitimiste voulant recouvrer le trône de David. A propos du massacre des innocents dont nous avons parlé sous Hérode, les victimes n'auraient pas été les enfants mais les auteurs d'une révolution qui aurait eu lieu après Jésus. Mais restons-en à la thèse classique pour ne pas bouleverser l'édifice de la religion catholique.
Les douze Apôtres étaient Simon Pierre – André – Jacques le Majeur – Jean – Philippe – Barthélémy – Matthieu – Thomas – Jacques le Mineur – Simon – Jude et Judas.
Sur le plan pratique, la bande des "treize" qu'ils constituaient alors avec Jésus, avait réparti les fonctions de chacun, ainsi, le pauvre Judas, celui qui trahira, était le trésorier de la troupe. Jésus avait institué une vie communautaire, véritable école de fraternité. Il est probable que les Esséniens laïcs les aidèrent considérablement en les hébergeant au cours de leurs déplacements.
- Quels étaient les rapports entre Jésus et ses apôtres ?
- Jésus avait choisi un mode de recrutement très sélectif pour ses apôtres et leurs relations s'en ressentaient. La proposition que faisait Jésus pour recruter était très simple : « Laisse tout et suis-moi... » On peut supposer que les douze apôtres, s'ils avaient suivi Jésus, étaient tous pareillement motivés, certains étaient davantage des résistants au régime politique que des mystiques et les relations n'étaient pas toujours faciles entre des personnalités aussi marquées. Jésus ne ménageait ses apôtres, ni dans le rythme, ni dans la qualité du travail sur eux-mêmes.
« Quand on est disciple, on doit être encore plus sévère avec soi-même... »
« Si le sel devient fade, avec quoi salerons-nous ? Ayez le sel en vous, et soyez en paix avec les autres. »
- De quel sel s'agit-il ?
- Entre beaucoup d'autres représentations, le sel symbolise la sagesse et la nourriture spirituelle, le sel est la sagesse qui conçoit ; il est utilisé pendant le sacrement du baptême, ainsi que l'eau, d'ailleurs ; cela correspond tout à fait à l'esprit du sacrement du Baptême : purification et sagesse. Le symbolisme du sel est avant tout celui du binaire qui se résout dans l'unité : acide plus base égal sel, dit-on en chimie : le symbolisme du sel se rapprocherait plutôt de la formule : Thèse – Antithèse – Synthèse.
- Quel enseignement Jésus a-t-il donné à ses apôtres ?
- C'est plus qu'une instruction, c'est une initiation progressive, tendue vers la plus haute conscience. Jésus a donné à ses apôtres le pouvoir de guérir à condition qu'ils sachent pardonner et qu'ils aient la foi. Il leur a donné la capacité intellectuelle de prêcher et a exigé d'eux la règle de la pauvreté. Apprendre la sagesse avec Jésus n'empêchait pas les apôtres de poser des questions très naïves.
« Qui est le plus grand, dans le royaume des cieux ? »
Ce à quoi Jésus donnait une réponse piégée :
« Celui qui se fera humble comme l'enfant, c'est celui-là qui sera le plus grand, dans le royaume des cieux».
Jésus ne laissait jamais passer un signe trahissant un manque de foi caractérisé de la part de ses apôtres et l'épisode de la mer apaisée rappelle cette vigilance. Après une journée fatigante au milieu de la foule, Jésus éprouva le besoin de se reposer en un autre lieu et, il demanda à ses apôtres de l'emmener sur l'autre rive du lac ; puis il s'endormit à l'arrière du bateau. Soudain, une violente tempête éclata et mit en péril le fragile esquif lourdement chargé ; pris de panique, les apôtres réveillèrent Jésus :
« Maître, sauve-nous, nous périssons ! »
Jésus qui tardait à se réveiller se leva enfin et commanda aux vents de se taire ; le lac redevint d'huile. Les apôtres lui demandèrent :
« Qui es-tu pour que le vent et la mer t'obéissent ? »
Jésus leur répondit :
« Hommes de peu de foi, pourquoi avez-vous peur, alors que vous êtes avec moi ? »
- Puisque Jésus éprouvait des difficultés pour faire passer son message à ses apôtres-pêcheurs, pourquoi n'a-t-il pas choisi ses apôtres parmi les Esséniens ? Puisqu'il voulait de solides piliers pour édifier sa nouvelle église, des hommes déjà initiés, auraient été plus efficaces ?
- Oui, effectivement, il aurait pu. Mais n'oublions pas que les Esséniens pour vertueux qu'ils fussent et en raison même de cela, étaient des marginaux et Jésus voulait implanter sa religion au coeur même du peuple, c'est donc dans le peuple qu'il a recruté ses apôtres. Deux personnalités ont dominé les autres et se sont opposées dans la postérité, celle de Simon-Pierre et celle de Jean. Simon-Pierre avait un coeur droit et simple, un esprit naïf et limité, aussi prompt à l'espérance qu'au découragement, en revanche il était un homme d'action, capable de mener les autres par son caractère énergique et sa foi passionnée, c'est en raison de ces qualités là, que Jésus lui a dit : « Tu es Pierre et c'est sur cette "pierre" que je bâtirai mon église. » Cela pourrait signifier que ce n'est pas dans le milieu intellectuel que Jésus voulait faire cette implantation, mais dans le monde concret des pauvres gens du peuple. Quant à Jean, c'était une nature renfermée et profonde, d'un enthousiasme si bouillant que Jésus l'appelait "fils du tonnerre". Il avait un esprit intuitif, une âme ardente, presque toujours concentrée sur elle-même ; il était rêveur et triste, il était capable d'éclats formidables et de fureurs apocalyptiques au sens propre du terme, car il fut un des vecteurs de la révélation divine. Jean, le silencieux, a compris la pensée intime de Jésus, il sera l'Evangéliste de l'Amour et de l'Esprit. Pierre... Jean... apparemment Jésus a joué sur ces deux polarités opposées. Après la Résurrection de Jésus, tous les autres apôtres avaient probablement compris son message. Par la suite, l'église catholique n'a retenu que quatre Evangélistes Jean, Luc, Matthieu et Marc, elle a caché les autres Evangiles comme celui de Thomas qui semble être avec Saint-Jean, celui qui a le mieux perçu l'esprit du message de Jésus et l'Evangile de Marie-Madeleine.
Les quatre Evangélistes officiels : Jean, Marc, Luc et Matthieu ainsi que Thomas étaient certainement des lettrés capables de prendre des notes en hébreu sur le vif quand Jésus parlait, on peut donner du crédit à ce qu'ils ont écrit ou fait écrire par leurs disciples. Quand il s'adressait à un public instruit, Jésus parlait en hébreu, seule langue écrite à l'époque dans cette région, à part le latin qui était utilisé par les Romains. Lorsqu'il s'adressait au peuple, c'est en Araméen, langue qui à l'époque était uniquement parlée, qu'il s'exprimait. C'est plus de cinquante ans après la mort du Christ que les Evangiles ont été écrits.
Voici une notion très importante. Le Christ a réhabilité et libéré la femme, contrairement à ce que dirent les pairs de l'Eglise qui, en rabaissant la femme au rôle de servante de l'homme, ont faussé la pensée du Maître. Les hommes, alternativement, ont glorifié la femme, ou s'en sont défiés. Le Christ l'a relevée en lui rendant sa mission d'amour et de divination tout comme Moïse, qui lui aussi, tenait la femme en haute estime, puisqu'il avait nommé la femme Aïsha, ce qui signifiait : "puissance de l'intuition et de l'amour". Depuis toujours existe ce stupide affrontement : phallocratie contre gynécocratie. Jusqu'au début de l'ère Chrétienne, la représentation de la femme était le soleil ; l'homme quant à lui, n'était, si l'on peut dire, que la lune... Les évangélisateurs du VIème siècle ont obtenu une inversion dans l'ordre de ce symbolisme ; il va sans dire que cet épisode de l'histoire a été occulté et de "rayonnante" qu'elle était (le soleil), la représentation de la femme est redevenu un "reflet" (la lune). Cette polémique "XY" n'est pas encore finie, puisque récemment, les scientifiques ont mis en évidence les difficultés de l'identité masculine, le sexe fort n'est pas celui qu'on pense. Tous les Apôtres, sauf Jean peut-être, étaient des phallocrates convaincus et pour s'en convaincre, il suffit de remarquer de quelle manière désobligeante ils traitaient les disciples Marie-Madeleine et Marthe. Par ailleurs, il a fallu attendre plus de trois siècles après J-C. pour que la Vierge Marie soit l'objet d'une vénération particulière, encore que, cette reconnaissance, ne fit pas l'unanimité dans ce que l'on nomme "les religions du Livre"...
La phallocratie dans le domaine religieux est complètement stupide. Dans le domaine initiatique c'est une grossière erreur, car la plupart des prophètes de l'humanité ont été initiés par des femmes. Le concept de la Déesse Mère, n'est pas qu'un mythe, c'est aussi une réalité historique, et Jésus en est le principal exemple, c'est sa mère la Vierge Marie qui l'a initié. La pécheresse Marie-Madeleine devint l'une des plus ardentes disciples de Jésus ; elle fut, bien avant les hommes peut-être, la première à avoir compris que le Royaume était déjà là, en nous. Ce fut elle qui, selon Jean, fut la première à apercevoir le corps spirituel du Christ ressuscité vers son tombeau... Jésus allait souvent se reposer dans la ferme de Béthanie, chez Marthe-Marie et Marie-Madeleine, afin de se préparer à son épreuve finale. Il parlait aux deux femmes des mystères divins, choses qu'il n'osait pas encore confier à ses apôtres et, les tenant toutes deux blotties dans ses bras, ils pleuraient ensemble sur les misères de la condition humaine.
A propos de ces deux femmes, voici ce qui se passa un jour. Profitant d'une remarque aigre-douce que Marthe, qui s'affairait aux travaux ménagers, fît à Madeleine qui priait avec Jésus, il lui répondit :
« La vie active des uns, doit respecter la vie contemplative des autres. »
Plus tard, Jésus reprit ce thème et insista sur la nécessité de la prière :
« Demandez, et l'on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on ouvrira... Si l'on vous demande du pain, ne donnez pas une pierre ; plus vous donnerez, plus vous recevrez... »
Jésus plaçait au même rang l'amour du prochain et la prière. La prière qui est selon lui la plus haute expression mystique, puisqu'elle peut aller jusqu'à la contemplation de l'image spirituelle de Dieu. A de nombreuses reprises, Jésus est revenu sur l'importance capitale du pardon. Sa mansuétude allait davantage à celui ou celle qui a péché par faiblesse et s'en repent, ainsi qu'à celui ou celle qui fait le mal inconsciemment, comme un animal, plutôt qu'à celui qui, consciemment, comme un être diabolique, se complaît dans le mal. On verra plus tard, que les docteurs de la loi juive ont essayé sans succès de piéger Jésus sur le thème du pardon. Voici ce qui se passa dans le Jardin des Oliviers :
La femme adultère fut amenée devant Jésus par les Scribes et les Pharisiens qui lui dirent :
« Cette femme a péché, or, selon la loi de Moïse, elle doit être lapidée, qu'en dis-tu, Maître ? »
Après un long silence et sans arrêter de dessiner avec un bâton sur le sable, Jésus leur répondit :
« Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché, lui jette la première pierre. »
A ces mots, les hommes partirent, les uns après les autres, laissant la femme seule avec Jésus qui lui demanda au bout d'un moment de silence :
« Où sont les autres ? Personne ne t'a condamnée ? »
« Non seigneur. »
« Moi non plus, je ne te condamne pas, va et ne pèche plus, tu as beaucoup aimé, il te sera beaucoup pardonné. »
- Il devait avoir un succès fou auprès des femmes ! dit Ganieda.
- Oui, et ce d'autant plus, que les femmes étant méprisées par les hommes, il leur apportait la paix intérieure, avec le réconfort de son estime. Même certaines femmes de ses ennemis, comme l'épouse de Ponce-Pilate adoraient Jésus, ce qui devait provoquer des problèmes chez ceux qui voulaient le perdre.
- Dis, Papa, où en est Jésus dans son action maintenant ?
- Rappelle-toi les trois premiers points de son plan :
Le premier point consistait à faire des miracles pour être connu. Jésus en a tant faits, soit par une parole, soit par imposition des mains et même par sa seule présence, que sa notoriété était acquise.
Le deuxième point : faire connaître son message d'amour. Jésus n'a cessé de dire que la mission doit être continuée par nous et ne sera finie qu'à la fin du monde. Jésus a dit inlassablement que la seule preuve d'amour que les hommes puissent présenter à leur Dieu, c'est d'aimer son prochain.
« Celui qui dit : j'aime Dieu, et qui n'aime pas son frère, est un menteur. »
Ensuite le troisième point : avoir un noyau d'adeptes ; les apôtres n'étaient pas encore mûrs, mais Jésus était certain qu'ils le seraient après sa mort.
Nous arrivons au quatrième point de son plan d'action. Jusque là Jésus avait provoqué "gentiment" le pouvoir en place et, désormais il allait l'affronter directement et durement, Jésus se montra intransigeant sur les questions de fond de sa doctrine. L'affrontement voulu par Jésus était incontournable car il ne voulait pas manquer ce choc, qui était pour lui le seul moyen pour créer les causes de sa nécessaire condamnation à mort, aboutissement de sa mission.
Dire que Jésus avait estimé que sa condamnation à mort et sa résurrection étaient nécessaires pour que son message divin traverse les siècles est une interprétation qui n'est pas abordée par les églises chrétiennes, elle n'est pas franchement évoquée par les Ecritures, bien qu'elle apparaisse comme évidente.
L'humanité préfère la thèse du "peuple déïcide" qui permet de focaliser la haine, sentiment naturel, sur une cible facile à atteindre. Désigner un ennemi commun est la solution de facilité utilisée depuis toujours pour faire marcher les peuples là où l'on veut. Cette idée a été avérée par les faits sans discontinuer, jusqu'à nos jours, elle est à l'opposé du message d'amour de Jésus qui, s'il a choisi d'être "la victime" n'aurait certainement pas admis que ce soit son peuple qui soit la cible de la haine. Cela est d'autant plus vrai que le peuple juif n'était pour rien dans la mort de Jésus, les romains non plus d'ailleurs, ce ne furent que certains dirigeants du peuple juif qui voulaient la mort de Jésus, pour raison d'état…
Provoquer le nécessaire choc psychologique par sa mort brutale était pour Jésus relativement facile étant donné le contexte politico-religieux de la Palestine à l’ époque.
Les Pharisiens formaient un corps de six mille hommes ; ils étaient des patriotes exaltés, souvent héroïques, étroits d'esprit et orgueilleux. Ils représentaient le parti de la restauration nationale. A côté de la tradition écrite, ils admettaient une certaine tradition orale, dans laquelle ressortait une vague croyance à la vie future, mais ces lueurs d'ésotérisme étaient noyées sous les ténèbres d'une interprétation matérielle contraire à l'esprit des prophètes. Pour les dirigeants de l'époque, la piété consistait en des pénitences publiques et ostentatoires. Mais ils vivaient dans le luxe et briguaient avec âpreté les charges du pouvoir. Stricts observateurs de la loi, ils étaient les chefs du "parti démocratique" et tenaient le peuple dans leurs mains... Les Sadducéens, moins nombreux, représentaient le parti sacerdotal et aristocratique, pour qui l'exercice du pouvoir était un droit héréditaire depuis le Roi David. Les Sadducéens étaient conservateurs, mais ils se moquaient de la Tradition des prophètes, ils avaient perdu l'esprit de la loi de Moïse, ils niaient l'existence de l'âme et de la vie de l'esprit. Naturellement, ils se moquaient des Pharisiens ainsi que de leurs vagues résurgences mystiques. Pour eux, la religion consistait uniquement dans les pratiques sacerdotales. Deux cents ans auparavant sous les Séleucides, ils avaient détenu le pontificat, ils s'entendaient très bien avec le paganisme sophistiqué des Grecs, tout en ayant repris leur place sous l'empire romain et le roi Hérode. Ils s'entendaient très bien avec le paganisme sophistiqué des Grecs, tout en ayant repris leur place sous l'empire romain et le roi Hérode. Pour résumer, ils des hommes durs, tenaces et n'ayant qu'une foi : celle de leur supériorité et qu'un objectif : garder le pouvoir détenu par filiation héréditaire.
Enfin, il y avait les Zélotes qui étaient les gens du parti de la révolte contre Rome et l'apôtre Judas était l'un de ceux-là.


Jésus connaissait l'humanité et savait parfaitement à quoi il s'attaquait, lui qui cherchait dans l'ordre social l'image de l'ordre divin ; lui qui voulait que l'homme, fait à l'image de Dieu, soit le personnage principal dans le temple de l'univers. Et que voyait-il à la place de ses conceptions trônant au-dessus du monde ? César, tout puissant, apothéose du mal, déification de la matière, seul maître possible des Pharisiens et des Sadducéens.
- Eh bien, avec de tels adversaires, il était sûr de se faire condamner à mort, il n'avait pas de souci à se faire de ce côté là...
- Et si, justement, toute la difficulté pour lui était de ne pas mourir discrètement assassiné dans une rue sombre, ce que souhaitaient ses ennemis et que n'ont jamais hésité à faire les pouvoirs politiques en place. Jésus voulait mourir en plein jour devant tout le monde. Il a su éviter les pièges en vivant au milieu de la foule, ce qui neutralisait ses ennemis qui craignaient par-dessus tout qu'un martyr ne déclenchât un soulèvement populaire.
Jésus évitait d'attaquer globalement les hommes de la classe dirigeante qui, on l'a vu, n'étaient pas tous mauvais, tous les Pharisiens ne souhaitaient pas la mort de Jésus. Mais hélas, l'effet de foule noie les pensées individuelles. Jésus ne s'en prenait pas non plus aux individus, il s'attaquait ouvertement aux doctrines et à l'hypocrisie des institutions dans lesquelles sont formés les dirigeants et qui reflètent tout ce qu'exige le moule officiel. Cela est toujours d'actualité.
Jésus était un fin politicien et un redoutable débatteur. Il a agi avec ce mélange de prudence et d'audace, de réserve méditative et d'action impétueuse, qui caractérisait sa nature merveilleusement équilibrée. Il ne voulait pas attaquer le premier, il se contentait de chatouiller le pouvoir en prêchant dans le temple de Jérusalem et les synagogues de Galilée, ses idées d'amour, d'honnêteté intellectuelle, de courage et d'abnégation. Lourd fardeau pour un seul homme et l'offensive d'un pouvoir exacerbé de crainte et de jalousie par la fulgurante ascension populaire de Jésus ne se fit pas attendre.
Je te fais à nouveau remarquer qu'il ne s'agissait pas du pouvoir romain, mais du pouvoir juif, car les romains n'étaient pas concernés par cette querelle religieuse, tant que cela ne perturbait pas l'ordre public, bien entendu.
C'est sur le terrain de la religion et de la foi, où ils étaient très mal à l'aise, que Jésus les avait attirés. En "savants docteurs" ils lui demandèrent des explications sur ses relations avec les pauvres et les brigands ; pourquoi ses disciples osaient-ils glaner des épis le jour du sabbat, etc., autant de violations "graves" à la loi... Jésus leur répondit, que Dieu se réjouissait davantage devant un pécheur repentant, que devant des centaines de pratiquants hypocrites. Pour les provoquer, il leur raconta aussi la parabole du retour de l'enfant prodigue.
Embarrassés, ses ennemis se turent, mais s'étant de nouveau concertés, ils revinrent à la charge en lui reprochant de guérir des malades et de ressusciter des morts, le jour du Sabbat...
« Hypocrites, répondit Jésus, ne conduisez-vous pas vos troupeaux à l'abreuvoir, le jour du Sabbat ? »
Alors les Pharisiens, désarmés, "l'accusèrent de chasser les démons de l'esprit des gens, au nom de Belzébuth..."
Jésus leur répondit :
« Le diable ne se chasse pas lui-même ; le péché contre le fils de l'homme sera pardonné, mais pas celui contre le Saint-Esprit. »
« Malheur à vous, Docteurs de la loi, vous avez volé les clefs de la connaissance. Vous-mêmes n'êtes pas entrés et vous avez empêché ceux qui voulaient entrer... »
On l'appelait "blasphémateur", il répondait "hypocrites"...
La guerre était donc déclarée et maintenant, Jésus, au lieu de se défendre, attaquait les docteurs sur l'esprit de la loi de Moïse qu'ils avaient perdu. Il se mit à maudire les dirigeants d'Israël, disant que le Seigneur choisirait un autre peuple... Cela les Juifs n'étaient pas près de le lui pardonner. Ils devraient en vouloir aussi à Moïse, qui lui aussi avait dit la même chose et, tout comme Moïse en son temps, Jésus était donc prêt à abandonner le peuple juif si celui-ci persistait à ne pas entendre le message. Moïse fut prêt à remplacer le peuple juif récalcitrant par un autre ; tandis que, pour Jésus il n'y avait pas de peuple élu, mais des individus qui, s'ils entendaient le message, étaient des Elus, ce qui n'est pas la même chose. C'est d'ailleurs sur le sujet du "peuple élu", que les Docteurs de la Loi tentèrent de prendre Jésus en flagrant délit de blasphème, et c'est toujours pour la même raison que les Juifs sont en désaccord avec les autres religions du Livre, dont la vocation est d'être les religions de l'humanité toute entière et pas seulement celle d'un seul peuple.
Les Pharisiens changèrent eux aussi de tactique : voyant qu'ils ne pouvaient faire taire Jésus, ils tentèrent de lui faire dire une hérésie pour l'accuser de blasphème au nom de la loi de Moïse, ou de le faire condamner comme rebelle face au pouvoir romain. C'est à ce moment de la vie de Jésus, que se place l'histoire de la femme adultère... Ainsi que la scène sur la monnaie de César : en réponse à la question de savoir si un bon Juif doit payer le tribut à César, Jésus demande qu'on lui montre une pièce de un Denier et questionne :
« Qui est représenté sur cette pièce ? »
« César, lui répondit un Pharisien. »
« Alors, dit Jésus, rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ; ce qui est à moi, donnez-le moi. »
Face aux Docteurs de la Loi, qui en principe connaissaient bien les Ecritures, cette réponse de Jésus aurait eu, à elle seule, le pouvoir de le condamner tout de suite, il faut croire qu'ils ne l'avaient pas comprise...
- Moi non plus.
- "Rendez à César..." c'est le domaine de la matière.
"Rendez à Dieu ce qui est à Dieu...", il ne faut pas confondre les choses de la terre et du ciel, car leurs références de valeur ne sont pas les mêmes.
Quant à la petite phrase "ce qui est à moi, rendez-le moi", que l'on trouve dans l'évangile de Thomas, Jésus s'attaquait ici aux relations entre Yahvé et le peuple juif. En effet, les juifs refusaient d'admettre l'origine divine de l'homme et le phénomène christique qui est son aboutissement, et pourtant, s'ils avaient tous pensé comme Nicodème, ils auraient compris cette petite phrase de Jésus.
Par cette phrase, Jésus se veut "autre", il annonce que dans chaque homme il y a un royaume spirituel à découvrir, concept complètement évacué par les Docteurs pour qui la seule référence est un Yahvé inaccessible, ce qui procure un alibi très pratique à ceux qui veulent rester dans un état de conscience superficiel tout à fait suffisant pour leurs ambitions terrestres.
Pénétrant toujours les desseins de ses ennemis, Jésus les désarmait par ses réponses.
Le sentant insaisissable, les Pharisiens décidèrent de changer de tactique et le harcelèrent physiquement. Une forte pression fut exercée sur la population, qui fut menacée de représailles, si elle ne se détournait pas de Jésus. Jésus sentait que de nombreux espions le suivaient, mais certains manquaient de conviction et ainsi, il fut interpellé par l'un d'eux :
« Hérode Antipas veut te faire mourir, quitte le pays. »
« Dis à Antipas qu'il n'arrive pas qu'un prophète meure en dehors de Jérusalem » répondit Jésus en continuant son chemin.


Quel que soit son auditoire, le message de Jésus était constitué de deux volets inséparables : le "social" et le "mystique". Nul ne peut prétendre faire une quelconque démarche mystique si, auparavant, il n'a pas "travaillé" son âme par le don de soi ; l'amour du prochain est une école pour l'âme, il la transforme. Aimer son prochain, ce n'est pas seulement aimer ceux qui vous aiment, chose relativement facile, aimer son prochain, c'est avant tout aimer ceux qui ne vous aiment pas... Aimer son ennemi, c'est lui pardonner d'avance le mal qu'il vous fera, en pensant que s'il agit ainsi, c'est parce qu'il ne sait pas ce qu'il fait et qu'il est encore conduit par un réflexe animal ; on ne peut pas en vouloir à un fauve qui attaque, car il ne peut pas faire autrement, il est commandé par son instinct. Aimer son ennemi c'est lui pardonner et admettre que Dieu est caché en lui comme dans tous les humains.
Jésus venait déchirer le voile de mystère, que l'ancienne religion de Moïse avait jeté sur la connaissance pour la protéger contre la curiosité du peuple qui à son époque n'était pas mûr pour la recevoir : Croyez - Aimez - Agissez et que l'espérance soit l'âme de vos actions, tel était le résumé du message de Jésus, il y a au-delà de cette terre, un monde de l'esprit, une vie plus parfaite, je le sais, je vous y mènerai ; mais il ne suffit pas d'y aspirer, pour y parvenir, il faut commencer par la réaliser ici-bas, en vous-même d'abord, dans l'humanité ensuite, par l'amour. "Aime ton prochain comme toi-même, pour l'amour de Dieu"disait-il. S'aimer soi-même n'est pas égoïste. S'aimer soi-même... l'Eglise n'a pas expliqué cet amour sans complaisance qu'on se doit à soi-même. S'aimer soi-même, c'est placer très haut l'image que l'on vise, c'est se respecter soi-même, son corps et son esprit et, la charité bien ordonnée, c'est celle qui vise à se consacrer à son propre enrichissement spirituel, non pas dans un but égoïste, mais dans celui de rayonner et d'aider les autres à progresser ; aide fraternelle puisque nous sommes tous pétris avec la même énergie spirituelle. Aimer son prochain comme soi-même, c'est l'aimer comme un "autre soi-même". Chaque être humain est le représentant de l'humanité devant Dieu et, le respect que l'on se doit à soi-même, c'est le respect que l'on doit à l'humanité tout entière.
Voici une anecdote qui illustre bien cet aspect de la pensée de Jésus.
Une fois, un Sadducéen l'interrogea sur la vie éternelle et Jésus lui demanda :
« Dans la loi de Moïse qu'est-il écrit ? »
Le Sadducéen répondit :
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toutes tes forces et de tout ton esprit, tel est le premier commandement ; le second est : tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
« Tu as bien répondu, dit Jésus, tu vivras. »
« Mais qui est mon prochain ? », demanda le sadducéen.
Jésus, alors lui raconta la parabole du Bon Samaritain :
Un Juif blessé gisait au bord de la route. Plusieurs Juifs sont passés à côté de lui sans lui porter secours. Un Samaritain, homme dont le peuple était l'ennemi schismatique des Juifs, s'est arrêté et a soigné l'ennemi à terre, parce qu'avant d'être son ennemi c'était un homme qui souffrait dans sa chair et à ce titre, il se devait de lui porter secours.


Oh Marie, je me souviens...
Trois amis et moi-même venions de réussir l'ascension d'une montagne de la Cordillère. Nous atteignîmes le sommet après quatre jours d'effort et depuis vingt-quatre heures nous n'avions plus de nourriture. La descente dans le brouillard fut épuisante, elle dura deux jours car nous chutâmes plusieurs fois dans des crevasses et l'itinéraire était difficile à trouver. La dernière nuit nous arrivâmes sur le "plancher des vaches" et nous nous arrêtâmes dans un parc à bestiaux construit en pierre sèche, dans l'un des angles duquel une borie de six ou sept mètres carrés devait servir d'habitation aux bergers. Quelques lamas et brebis étaient là, ruminant paisiblement. Ce lieu étant plat et abrité du vent, nous le choisîmes pour dormir et nous nous glissâmes dans nos duvets. A peine étions-nous endormis que nous fûmes réveillés par le propriétaire de ce lieu, un Indien assez jeune, il nous offrait une douzaine de minuscules pommes de terre cuites à l'eau et un litre de lait frais. Après une courte hésitation nous acceptâmes cette extraordinaire obole qui venait soulager nos organismes affamés. Le lendemain matin, le soleil nous réveilla et nous vîmes sortir de la borie l'indien, sa jeune femme et cinq enfants en bas âge ; tous étaient misérablement vêtus. L'émotion nous étreignit, ces gens n'avaient rien et ils donnaient quand même. Quelle leçon ! Emus, nous leur offrîmes quelques-uns de nos vêtements, car ils les regardaient avec envie. Les larmes me viennent encore aux yeux quand je repense à ces pauvres et, considérant notre vie de nantis, j'éprouve une honte impuissante.


Un jour je demandai à mon père quel était le message qui passait le mieux : l'amour de Dieu ou l'amour du prochain ?
- En apparence l'amour de Dieu, répondit-il, car il semblait plus facile. Mais en réalité, aucun des deux messages n'était complètement assimilé, hélas il en est toujours ainsi et c'est pour cela que Jésus a dit :
« Au royaume des Cieux, il y a beaucoup d'appelés mais il y aura peu d'élus. »
Cette sentence dramatique est difficilement contournable, car s'agissant de l'amour de Dieu ou de celui du prochain, aucun des deux est inné, sauf chez quelques individus d'exception ; dans presque tous les cas, ces deux amours nécessitent un gros travail sur soi-même.
- Alors, comment imaginer dans ces conditions une humanité parvenue à son terme ?
- Je pense qu'il y aura une immense masse d'hommes ayant refusé d'aller sur "l'effrayant" promontoire de la pensée. Ils resteront dans la "conscience ordinaire" et vivront dans un "repos ordinaire". Et d'autre part, il y aura une minorité d'hommes de conscience supérieure, qui seront le miroir de Dieu et qui partageront peut-être ses pouvoirs, comme l'a dit Jésus à ses apôtres. Personnellement, je suis choqué par le langage du Christ, dans lequel il y a les bons et les méchants mais, en réfléchissant bien à la pensée de Jésus, on conçoit mal que l'accomplissement de la promesse soit ouvert à tout le monde, sans n'avoir jamais travaillé sur soi-même. Jésus ne savait pas mentir.
« La bonne graine, disait Jésus, ne sera pas semée dans la mauvaise terre.. » Malgré tout, sachant que dans chaque être humain il y a au départ le même ensemencement spirituel, j'espère qu'à la fin de la vie de chaque athée, l'Eternel réserve une petite chance de salut en tendant la perche au moment du dernier soupir... et qu'en quelques secondes, quasiment hors du temps, il parcourt tout le chemin qui mène à Dieu. Peut être que face à la mort, le non-croyant trouve-t-il tout de suite le Royaume et que tout lui est donné ; la Parabole de l'ouvrier de la dernière heure va dans ce sens, le maître lui donne autant qu'aux autres ouvriers, présents dès le début des travaux.
Voici encore une parabole très dure que racontait Jésus :
« Celui qui possède cent brebis abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert, quand l'une d'entre elles seulement est égarée. Et quant il la retrouve, il la ramène à la maison. Ses amis et lui se réjouissent du retour de la brebis qui était perdue. » Le sens de cette parabole serait celui de la brebis "égarée" parce que trompée par de faux prophètes et qui cherche sa voie ; de ce fait elle mérite toutes les attentions du Bon Pasteur, alors que pour les quatre vingt dix neufs brebis qui ne se posent pas de questions, elles n'ont besoin d'aucune aide et à la limite il eût peut-être mieux valu qu'elles s'égarassent ! La parabole du retour de l'enfant prodigue va dans le même sens.
Jésus accomplissait de nombreux miracles pour convaincre les hommes de sa nature divine et seulement lorsqu'il s'agissait d'une personne qui avait conservé son humilité de "petit enfant". "Laissez venir à moi les petits enfants". "Les petits enfants" signifient l'homme qui n'a pas encore d'idées préconçues, celui qui s'est débarrassé des sophismes et des raisonnements compliqués, établis sur d'autres bases que sa propre réflexion.
« Le scandale est inévitable mais malheur à celui par qui le scandale arrive, il vaudrait mieux pour lui qu'on le tuât avant qu'il ne scandalise un seul enfant... »
Jésus s'en prend ici aux pseudo philosophes qui se sont égarés et qui attirent leur prochain dans la même impasse, pour se sentir moins seuls dans le désespoir sans doute…
- Les drogués, qui sont parfois des intellectuels désespérés, n'auraient-ils pas abandonné toute volonté spirituelle ?
- Oui, et je pense qu'ils sont encore partagés entre le doute et l'espoir et, plutôt que de continuer à lutter ils choisissent de fuir dans un paradis artificiel, nous devons les aider à trouver l'étincelle de Lumière qui est en eux. La seule drogue que l'on puisse leur proposer est le "goût de vivre"…
- Papa, il y a quelque chose qui m'intrigue. Tu viens de dire, il y a quelques instants, que Jésus voulait déchirer le voile de mystère que l'ancienne religion de Moïse avait jeté sur la connaissance ; mais je me souviens que Moïse avait dit qu'il voulait "mettre en marche la Pyramide", ce qui avait un peu la même signification que "déchirer le voile". Moïse n'était donc pas arrivé à faire ce qu'il voulait, puisque Jésus voulait encore le faire ?
- Moïse avait réussi partiellement à faire sortir des temples la connaissance détenue par les grands prêtres égyptiens et à la transmettre à quelques-uns de ses adeptes, en particulier à son successeur Josué, de plus il l'a transcrite dans les livres sacrés contenus dans "l'Arche d'alliance". Moïse, dans son "Livre des Principes" a décrit sa vision de la création de l'univers, on pourrait dire qu'en transmettant le contenue de l'Arche d'Alliance, il a élargi la diffusion de la connaissance. Mais la connaissance est-elle indispensable pour avoir la foi ? Il y avait selon la tradition, un voile symbolique séparant les petits mystères et les grands mystères, ceux qui n'étaient dévoilés qu'aux grands initiés. C'est ce voile symbolique que Jésus voulait déchirer. Cette tradition du voile est toujours vivante dans certains symboles rituels en vigueur ; on la retrouve dans certaines églises où était construite une séparation entre le choeur et la nef, le Jubé séparait le clergé de ses paroissiens. La lumière doit-elle être cachée aux "débutants de la foi" ? Là est la question. Qui est initié ? Ceci est une autre question !
Et quand Jésus parlait de déchirer le voile de la religion de Moïse, ce n'est pas à Moïse qu'il s'en prenait mais à ses successeurs, qui en douze siècles, avaient retransmis un message dont ils avaient perdu la clef ; les docteurs de la loi à l'époque de Jésus, épelaient bêtement un code sans en connaître la signification cachée et sans entrer en résonance avec les symboles.
L'obscurantisme a toujours aménagé les Ecritures selon les besoins du pouvoir temporel et ce besoin de dépoussiérage s'est fait sentir tout au long de notre histoire. Dès le IIème siècle après J.C., l'église dite de Saint-Pierre avait déjà, partiellement modifié le message de Jésus, les théologiens ne transmirent pas la véritable portée de ses paroles. Il n'y eut que l'Eglise de Saint Jean qui lui fut fidèle.
L'exemple le plus marquant de cette entente entre les pouvoirs spirituels et politiques se situe au début de l'ère chrétienne, période durant laquelle s'affrontèrent les différents courants de pensée chrétienne. Les anti-gnostiques et les gnostiques, ces derniers qui étaient les adeptes de l'accession à la foi par la voie de la connaissance, et qui étaient qualifiés d'hérétiques par les précédents, se disputaient pour savoir qui, dans son interprétation des Ecritures détenait la vérité, mais surtout, qui serait le chef de la chrétienté. Donc, celle qui fut plus tard l'église apostolique, catholique et romaine, a décrété à cette époque : "il n'y a qu'un seul Dieu dans le ciel, il ne doit donc y avoir sur terre qu'un seul représentant de Dieu et ce sera notre Evêque de Rome. A la décharge de l'église, on pourrait ajouter qu'elle était consciente que la Connaissance n'est pas un produit "grand public", car elle peut être utilisée aussi pour la victoire du mal. Tout au long de l'histoire des religions, le pouvoir temporel s'est approprié le pouvoir spirituel pour régner et c'est cela que Jésus voulait changer. Non seulement il voulait éclairer le message, mais donner à tous les hommes la possibilité d'avoir accès à cet enseignement.
"La lumière ne doit pas être cachée sous le boisseau, mais posée bien en vue ; car il n'y a rien de caché qui ne soit pour être découvert ; si quelqu'un a des oreilles pour entendre qu'il entende ; mais faites attention à ce que vous entendez. On vous servira selon votre mesure, celui qui n'a rien, on ne lui servira rien, au contraire on lui prendra ; mais à celui qui a, on lui donnera encore plus !" Cette phrase reste énigmatique : "celui qui n'a rien, on lui prendra", peut-être a-t-elle cette explication : celui qui n'a pas pu ou pas voulu s'ouvrir à l'Esprit Divin, ne sauvera pas le peu d'énergie spirituelle qu'il possède et il ne conservera pas son individualité spirituelle dans l'Eternité de l'univers spirituel, mais on la lui prendra pour quelle soit remise dans le grand creuset pour être utilisée dans d'autres cycles...
"La graine pousse même pendant le sommeil du semeur et c'est la plus petite graine qui produit la plus grande plante..."Cette parabole du Christ va dans le sens de la question que je me pose sur la Connaissance.
- Oui et elle fera plaisir aux paresseux, dit Guergan. Mais c'est bien gentil tout ça, continua-t-il, on nous dit qu'il suffit de croire pour posséder la vie éternelle ! Il faudrait être naïf pour marcher avec d'aussi "fumeuses" promesses.
- C'est bien là le problème avec les humains. Ils sont rationalistes et ne croient qu'à ce qui se voit. Ne croire que ce que l'on voit, c'est penser que seules existent les choses palpables par nos cinq sens physiologiques, ce qui équivaut à nier d'autres manifestations comme celles émanant de l'Esprit. Le rationalisme est une monnaie qui n'a pas cours dans le domaine de l'esprit.
C'est justement de cette qualité d'ouverture vers les choses de l'esprit dont Jésus souhaite nous voir pourvus : comme un enfant, avoir la pureté et la simplicité d'esprit qui nous permettent de croire en son message que je résume ainsi :
Je viens de là-haut, voilà ce que j'ai vu, je vous demande de me croire sur parole. La preuve que je viens de là-haut est donnée par les miracles que j'accomplis sous vos yeux. Si vous ne me croyez pas, vous ne connaîtrez pas la vie éternelle de l'esprit ; ceux qui me croiront, je les emmènerai là-haut avec moi. Maintenant, comme cela me fait de la peine de voir que trop peu d'entre vous croient en ce que je dis, je vais faire devant vous le plus grand tour de force que le Fils de l'Homme puisse réaliser : je demande à ceux qui ne me croient pas et me détestent de me tuer, trois jours après, je vous l'annonce, j'apparaîtrai parmi vous, et vous parlerai encore pour vous instruire et je vous prouverai que l'esprit existe. Après cela ce sera fini, vous ne me reverrez plus avant la fin des temps car je ne pourrai rien faire de plus pour vous.
- Croire, croire, croire, tu n'as que ce mot dans la bouche Gwydyon.
- Oui, tu as raison, pour ma part j'aurais préféré qu'on employât l'expression "avoir la conviction" ou encore celle qui est utilisée dans la Bible : "adhérer à une parole", cela suggère une notion de travail et d'aboutissement.
- Je voudrais quand même te dire quelque chose Gwydyon, dans ton discours sur la parole de Jésus, il y a quelque chose qui me rebute. L'amour, l'amour, l'amour on ne parle que de ça. Pour moi l'amour, c'est ce qui se passe dans un couple et à t'entendre, on pourrait penser que l'amour est universel et concerne aussi bien les étoiles qui tournent entre elles que tous les habitants de la planète qui devraient s'aimer d'amour sans se connaître.
- Et bien tu as raison Guergan, l'amour est universel et malheureusement ou heureusement, je ne sais, dans notre langue française il n'y a qu'un mot pour le dire : on aime sa femme, on aime les pommes de terre ; en anglais c'est différent, on dit "like" pour les pommes de terre et "love" pour sa femme. La langue arabe, elle, a une dizaine de mots pour dire ce sentiment. L'amour est une force qui rassemble ce qui est épars, autrement dit, c'est un agent de liaison entre les points communs. Si tu veux un exemple concret. Nous étions en panne sur l'autoroute avec des amis que leur chien accompagnait ; je suis parti à pied à la recherche d'un téléphone et, en l'espace de quelques minutes, des centaines de voitures m'ont dépassé, soudain, une voiture s'est arrêtée et les gens m'ont proposé de monter avec eux. Je les ai remerciés et, ils m'ont répondu qu'ils s'étaient arrêtés parce que comme eux, j'avais un chien... Extraordinaire, Non ? On pourrait donc conclure provisoirement que pour que l'amour passe entre deux êtres, il faut qu'il y ait des signes de similitude, c'est ça l'amour humain. Mais il y a une autre approche du problème, si l'on veut remonter aux sources de l'amour universel, approche qui en fait n'est pas très différente, car il s'agit de trouver là aussi le dénominateur commun, celui qui noie tout, de l'être humain à la galaxie, en passant par les montagnes, la mer, les fleurs, les souris, les microbes et les atomes. Le plus grand dénominateur commun dans le monde des particules est leur propriété de se marier entre elles selon des schémas de plus en plus complexes, jusqu'à donner le tableau des éléments chimiques naturels. Mais cette propriété de mariages ne s'arrête pas aux particules, elle se prolonge dans l'univers des atomes pour produire le monde infini des molécules. Depuis les molécules, les mariages donnent les cellules vivantes, et ainsi de suite jusqu'à l'homme et les sociétés humaines. C'est cela l'amour universel.
Dorénavant, je pourrai prendre quelqu'un dans ma voiture en lui disant : "je me suis arrêté parce que j'ai senti en vous une prédominance des forces de sociabilité", dans ces conditions, il n'est pas certain que l'auto-stoppeur acceptera encore de monter dans ma voiture, car il pensera que je suis un peu "dérangé d'esprit"... et pourtant, j'aurai fait preuve de mon penchant pour l'amour universel, à moins que tout simplement, je n'avais pas envie d'être seul, ce qui revient au même, car ne pas avoir envie d'être seul signifie avoir besoin de l'autre, ce qui est un progrès énorme dans la vie d'un être vivant. Tu as raison Guergan, quand tu fais remarquer que le Christ parle d'amour à propos de tous les comportements de notre vie humaine. Si deux êtres humains s'aiment, c'est parce qu'ils ont ressenti entre eux une identité de vue sur des sujets très divers concernant l'attrait physique, les points de vue culturels, philosophiques, les intérêts matériels, une descendance commune, des buts communs, etc... c'est pour cela d'ailleurs qu'ils sont bien, ensemble. D'ailleurs deux personnes du même sexe peuvent s'aimer platoniquement.
Je conviens qu'une telle analyse de l'amour rompt le charme et pourtant, il en est ainsi. Mais si l'on remonte à la source primordiale de l'amour selon la démonstration que je viens de faire, on est quand même obligé de reconnaître que la source en question est "sacrément belle", et si l'on décide d'avoir pour règle de vie de rassembler ce qui est épars avec les "Forces de l'amour", cela donne un tout autre éclairage à notre vie humaine et produit un "certain détachement" à l'égard des mesquineries humaines. On retrouve cette notion dans le Boudhisme : faire disparaître le Moi pour faire naître l'En-soi.
- Alors, selon toi, on peut s'aimer pour des tas de raisons scientifiques, car c'est ainsi que je ressens tes explications.
- Et bien oui, mais on n'est pas obligé de le dire à l'autre et ce n'est pas plus mal d'enrober ce "trouble étrange" dans un voile de rêve, si cela peut donner une atmosphère mystérieuse qui ajoute de l'intensité aux trop brefs moments d'harmonie humaine qui nous sont donnés de vivre. Mais quand le rêve est fini, pour ne pas sombrer dans le désespoir et pour refaire surface, il vaut mieux connaître le mécanisme de l'amour que de s'entêter à se complaire dans un chagrin qui n'arrangera jamais les choses. D'ailleurs, connaître la "mécanique de l'amour" n'enlève rien au plaisir de savourer les circonstances heureuses, désormais on sait pourquoi ça marche.
- Moi je ne suis pas d'accord, dit Gianeda, je n'admire pas du tout le modèle "viril" de l'homme dur et insensible qui analyse tout ce qui le touche, je préfère l'homme qui est capable d'avoir un gros chagrin et de pleurer parce qu'il a reçu un grand coup et qu'il ne comprend pas pourquoi, ni comment ; moi j'ai envie de croire au Père Noël, d'être surprise par la joie ou la peine.



CHAPITRE VIII


- Voici le temps venu, nous dit mon Père, où je vais vous parler de la fin du "fils de l'homme" et le commencement du "fils de Dieu". Le destin de Jésus s'est révélé le jour de la tentation sur la montagne, la croix lui était apparue et il l'avait acceptée. A partir de ce moment-là, nous voyons un drame qui se noue inexorablement. Plus l'être est conscient de son destin, plus il aide son destin à se réaliser. La conscience est un facteur accélérateur de tendance.
Jésus ne cesse de dire à la foule que le pain de vie n'est pas celui que l'on mange, que le vrai pain de vie est de croire que le fils de Dieu est le témoin du Très Haut.
« En vérité je vous le dis, celui qui croit possède la vie éternelle. »
Les Juifs qui adhèrent à ces paroles se cachent de crainte d'être ridicules et poursuivis. Jésus annonce :
« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, ils ne peuvent tuer l'esprit. »
Soucieux de l'état d'avancement de sa mission, Jésus demande à ses apôtres quelle image le peuple a de lui.
« Celle d'un prophète ancien, ressuscité, » lui répond-on ; mais Simon-Pierre ajoute :
« Tu es le Christ, le Fils de Dieu vivant. »
« Tu es bienheureux Simon-Pierre, dit Jésus, c'est mon père qui est dans les cieux qui te l'a révélé. Moi, je te dis que tu es Pierre et que sur cette pierre je bâtirai mon église. »
« Le Fils de l'homme devra souffrir des Anciens et des prêtres, il sera mis à mort et le troisième jour il ressuscitera. »
Pierre dans un élan de générosité réagit vivement et tente de s'opposer au destin du Christ :
- « Cela ne sera point. »
- « Arrière Satan, répond Jésus, tes sentiments ne sont point ceux de Dieu, mais ceux des hommes. »
La foule et les disciples lui demandent :
« Maître, apprends-nous à prier. »
Alors Jésus leur donne sa prière :
Notre Père, toi qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié - que ton règne arrive - que ta volonté soit faite, sur la terre comme dans les cieux - donne-nous notre pain quotidien - ne nous laisse pas succomber à la tentation - pardonne-nous nos offenses, comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés et délivre-nous du mal.
Dans cette prière, il y a tout l'enseignement du Christ : sept demandes, trois pour Dieu et quatre pour les hommes.
Par ailleurs, je ne suis pas d'accord avec une modification faite par l'Eglise catholique qui écrit : "ne nous soumets pas à la tentation" alors que le texte est : "ne nous laisse pas succomber à la tentation". La différence n'est pas insignifiante. Le "ne nous soumets pas" est la négation de la dualité qui règne partout dans l'univers, c'est donc mentir aux hommes. Dans un monde soumis aux forces opposées, la tentation du péché est incontournable. En revanche, on peut toujours demander de nous donner le force de ne pas succomber au péché.

Un jour Jésus est appelé par la famille de son ami Lazare qui est en train de mourir. Jésus dit au messager :
« Cette maladie ne conduit pas à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu afin que le fils de Dieu soit glorifié. »
Et Jésus, entouré par la foule, continue pendant deux jours son enseignement, avant de se rendre là où habite son ami Lazare. En chemin il dit à ses apôtres qui l'accompagnent :
« Lazare est mort et je m'en réjouis pour vous, afin que vous croyiez. »
En arrivant, il est accueilli par une famille en pleurs, lui disant que s'il était venu plus tôt son ami ne serait pas mort.
« Où est Lazare ?» demande Jésus.
« Il est dans sa tombe depuis quatre jours, maintenant il sent, tu ne pourras plus le ramener à la vie» dit Marthe, la soeur de Lazare.
« Ne t'ai-je pas dit que si tu croyais, tu verrais la gloire de Dieu ? » Puis Jésus se fait ouvrir le Tombeau et s'approchant du grand trou noir, il dit :
« Père, je te rends grâce de m'avoir toujours exaucé. Mais à cause de la foule qui nous entoure, j'ai dit cela pour qu'ils croient que c'est bien toi qui m'as envoyé. »
Après une longue et silencieuse prière, face aux ténèbres de la mort, Jésus prend une main dont la chair quitte les os et dit d'une voix forte :
« Lazare viens dehors. » Jésus aide de la main son ami qui sort, couvert de son suaire, les pieds et les mains liés par des bandelettes. Jésus dit :
« Déliez-le et laissez-le aller. »
Les Pharisiens qui sont présents, rapportent cette résurrection à Caïphe, le grand prêtre du Sanhedrin. Les grands prêtres craignent que les Romains prennent Jésus pour un agitateur et leur infligent de dures représailles ; leurs craintes, hélas, ne sont pas sans fondements car Jésus est juif, lui aussi.
Caïphe dit « que Jésus meurt pour que vive le peuple juif. » Tout comme Judas, Caïphe était l'instrument aveugle permettant que se réalise le destin de Jésus.
C'est peu de temps après, que Jésus annonce pour la troisième fois sa mort et sa résurrection à ses apôtres qui ne comprennent toujours pas pourquoi Jésus ne cherche pas à éviter son destin, ni pour quelle raison il ne s'empare pas du pouvoir, alors qu'il en a les moyens, tout le peuple est prêt à se soulever derrière lui.
« Voici que nous montons à Jérusalem, dit Jésus, le fils de l'homme sera livré aux princes des prêtres. Ils le condamneront à mort et le livreront au peuple, pour que celui-ci puisse se moquer de lui, le flageller et le crucifier, mais le troisième jour, il sera ressuscité ».
A entendre ces paroles, certains apôtres qui déjà se voyaient ministres d'un éventuel nouveau roi d'Israël, commencent à douter de Jésus, en particulier Judas, membre du parti Zélote, qui au début avait choisi de suivre Jésus, parce qu'il lui semblait correspondre à ses idées de révolte contre l'empire romain.


A la surprise générale, mais conformément aux Ecritures, « Jésus chevauchant un ânon » fit une arrivée triomphale dans Jérusalem ainsi que dans le temple. La foule en liesse jetait des rameaux de verdure sur son chemin, d'autres jetaient leurs manteaux sur la chaussée pour lui faire un tapis. Le peuple criait :
« Hosanna ô Fils de David, Hosanna au plus haut des cieux. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur et qui est roi d'Israël... » Voyant cela, les disciples et ceux qui dans la foule avaient quelques connaissances des Ecritures, se souvenaient de la parole des prophètes disant : « Dites à la fille de Sion, voici que ton roi vient à toi, doux et monté sur un ânon ».
Ces événements se situaient un jour de Sabbat, appelé maintenant fête des Rameaux, une semaine avant les grandes fêtes traditionnelles de la Pâque, dite fête des Azymes, très populaire à l'époque.
Les Pharisiens et les Prêtres disaient entre eux :
« Nous ne gagnerons pas, voyez la foule qui va à lui, en dépit des menaces que nous lui avons adressées si elle continuait à suivre Jésus ».


Encore une fois Jésus, dans le temple de Jérusalem, annonce en termes symboliques que le fils de l'homme va mourir pour sauver l'humanité et que sa résurrection sera l'annonce de la victoire de Dieu sur Satan... Enivré par la liesse, le peuple d'Israël ne l'entend toujours pas. Comment d'ailleurs pourraient-ils le comprendre alors que les apôtres eux-mêmes ne le comprennent pas ?
Pendant plusieurs jours, Jésus enseigne dans le temple, et la nuit, il campe sur le Mont des Oliviers à proximité de la ville. A plusieurs reprises, les prêtres tentent de l'arrêter en lui demandant :
« Par quelle autorité prêches-tu dans le temple ? »
Jésus répond par une question :
« Le baptême de Jean vient-il du ciel ou des hommes ? Si vous me répondez, je répondrai moi aussi à votre question ».
Entre eux les prêtres se disent :
« Si nous disons "du ciel" il dira : pourquoi n'avez-vous pas cru en lui ? Mais si nous disons "des hommes" le peuple entier nous lapidera, car il est convaincu que Jean était un prophète ». Ils répondent alors qu'ils ne savent pas d'où vient le baptême de Jean et Jésus leur dit : « Moi non plus, je ne vous dirai pas au nom de quelle autorité je fais cela ».
Jésus se moquait ouvertement du pouvoir religieux et inlassablement, Pharisiens et Sadducéens essayaient de le piéger sur son interprétation des Ecritures.

Le soir du jour appelé mardi saint, Jésus parle aux apôtres Pierre, Jacques, André et Jean :
« Prenez garde, d'autres viendront sous mon nom, ils vous induiront en erreur. Quand vous entendrez parler de guerre, ne vous troublez pas, il faut que cela arrive. On soulèvera nation contre nation, il y aura des famines, ce sera le commencement des douleurs. Mais avant cela, c'est vous qui serez persécutés à cause de moi. Vous comparaîtrez devant des juges et je vous donnerai un langage auquel ils ne pourront pas résister. Israël sera haï de toutes les nations à cause de mon nom. Il faut tout d'abord que les Evangiles soient prêchées à toutes les nations ; le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. Soyez prêts pour la fin des temps, seul mon Père sait quand cela se produira. Ce jour-là, le Fils de Dieu viendra dans toute sa gloire et il séparera les bons des mauvais ». Si on attribue ces paroles à Jésus, on le met en contradiction avec lui-même. Jésus a toujours dit qu'il n'était pas venu pour juger, car la fin des temps étant inéluctable, séparer les bons des mauvais n'aura pas à se faire, puisque ne resteront que les bons, ceux qui auront cru en l'Esprit et qui seront vivants en esprit ; ceux qui n'auront pas cru en l'Esprit, ne pourront pas être vivants en esprit et, à la fin des Temps, ils disparaîtront. Il n'y aura plus rien à séparer, il n'y aura plus de matière, seul l'Esprit subsistera. Mais comme a dit Jésus : « Ceux qui ne croiront pas sont déjà jugés ». Il faut croire en l'incroyable, pour que l'incroyable existe ; telle est la magie du mythe.
- Qu'est-ce que la fin des temps ? demandais-je à Gwydyon.
- C'est quand il n'y aura plus de matière, quand l'esprit aura "lâché" la matière.
- Pourquoi cette relation entre l'esprit et la matière ?
- La relation entre l'énergie et la matière a été démontrée par la science. La relation matière/énergie s'explique ainsi : la matière "solide" se résout dans l'énergie, des énergies de plus en plus grandes ; c'est sur ce principe qu'a été formulé l'équation énergie-matière. Explication : les molécules sont composées d'atomes, sortes de petits systèmes solaires, l'énergie de cohésion de ces atomes qui tournent les uns autour des autres est de l'énergie de cohésion et, pour séparer ces atomes les uns des autres, il faut une énergie qui est encore à l'échelle humaine, pourrait-on dire. A un niveau plus petit, si l'on considère les atomes, ils sont constitués d'un noyau autour duquel tournent des particules ; pour dissocier ce nouveau "système solaire", il faut une énergie très importante, qui n'est déjà plus à l'échelle humaine, car elle est difficilement maîtrisable par l'homme. Descendons encore plus bas vers l'infiniment petit et considérons le noyau de ces atomes, on s'aperçoit qu'il est constitué lui aussi comme un système solaire et, l'énergie pour le dissocier est une énergie encore beaucoup plus forte que la précédente et qui est très difficilement maîtrisable par l'homme. Continuons cette plongée vers l'infini et nous verrons d'autres particules encore plus petites, qui tournent les unes autour des autres par une énergie formidable et l'homme n'a pas encore trouvé le moyen de la vaincre, on peut supposer qu'il y arrivera un jour. Mais jusqu'où pourra-t-il aller ? L'homme sait qu'il y a encore une infinité de systèmes de particules vers l'infiniment petit et que les énergies de cohésion sont de plus en plus grandes ; il sait aussi qu'il n'a pas découvert dans ces systèmes et ces rayonnements la moindre trace de "l'information" qui a permis le développement de la matière la plus primitive vers ses formes les plus complexes et les plus perfectionnées, représentées par les êtres vivants. L'homme n'a pas trouvé le "Dieu-principe" de l'univers, mais il admet qu'il y en a un, car les effets prouvent la cause. L'homme n'a pas trouvé dans la matière le commencement de la matière, car la cause de la matière est "hors de la matière". Le principe de l'univers car il y en a forcément un, est "caché dans l'énergie suprême qui serait par déduction logique et intuitive, "l'énergie spirituelle' et c'est ainsi que l'on arrive à dépasser l'équation énergie/matière en posant l'équation esprit/matière". Dieu serait une "source d'énergie chargé d'intentions". Dieu serait "Force et information" de toutes choses.
Voici comment j'imagine la hiérarchie des énergies initiales :
En haut l'énergie divine du Principe Créateur, présente dans le Tout.
En dessous les énergies "dégradées" que sont les énergies de la matière, elles sont soumises aux lois de l'Energie divine du Principe Créateur. L'être humain est un alambic qui distille l'énergie spirituelle.
A partir de la "Manifestation" apparaissent les "énergies en retour" qui proviennent de la "distillation" de l'esprit divin qui est en nous, c'est nous qui la produisons. Elle compose "l'esprit de l'univers" et interfèrent sur notre destin, quand nous prions, c'est "l'esprit de l'univers" qui peut interférer sur notre destin.

- Mais pourquoi parles-tu d'une liaison du temps avec la matière ?
- Parce que s'il n'y avait pas de matière dans l'univers, le temps n'existerait pas, pour la bonne raison qu'on ne pourrait imaginer un déplacement d'un point à un autre. Le temps n'existe que si l'on peut se référer à un déplacement ou un changement d'état de la matière, lesquelles modifications se référent obligatoirement à la notion de Temps. Imagine le vide absolu : on ne peut pas mettre de limites au vide absolu, car s'il y a des limites au néant, cela signifie qu'il y a quelque chose autour et, s'il y a quelque chose, ce n'est plus le néant, donc en supposant qu'existe le vide universel absolu, il n'y aurait pas de temps, car il n'y aurait pas de matière ni de rayonnements pour poser des limites Sans limite, il n'y a pas d'espace, sans espace, il n'y a pas de temps.
- Gwydyon, qu'est ce que l'infini ?
- Par définition, c'est ce qui n'a pas de fin. Je dirais que l'univers de la matière, parce que ses composants ont des limites, est indéfiniment fini. L'indéfiniment fini... cette notion est bizarre, mais, je n'en conçois pas d'autre possible, car on peut toujours ajouter "un"... Seul le néant est infini pourrait-on dire, parce qu'il est le vide absolu, il ne possède pas de composants donc il ne possède pas de dimension, donc il n'a pas de limite. L'infini est une abstraction qui ne se conçoit que dans l'univers de l'Esprit. Pour résumer : l'univers "manifesté" est celui de "l'espace-temps", il est indéfiniment fini ; l'univers "non manifesté" est hors de l'espace-temps, il est infini ; mais il y a un paradoxe. Ces deux univers sont imbriqués l'un dans l'autre ; nous atteignons ici les limites du connaissable.
- Mais Gwydyon, je reprends ma question : comment peut-on imaginer la fin des Temps?
- Quand il n'y aura plus de matière.
- Mais toute la matière qui est dans l'univers ne peut pas disparaître sans laisser des traces et des résidus ?
- La matière se résout dans l'énergie, comme le démontre la physique des particules, la matière, c'est de l'énergie, sous toutes ses formes. Lorsque l'énergie aura "décidé" de quitter sa "forme matière", il n'y aura plus de matière, il ne restera que l'énergie initiale : l'Esprit. L'idée selon laquelle l'énergie initiale serait la Force de l'Esprit n'est pas nouvelle, elle n'est pas non plus rejetée par certains scientifiques. Comme je l'ai déjà dit, on découvre en descendant vers l'infiniment petit, des énergies de plus en plus formidables, dans lesquelles on discerne un certain ordre, certaines lois, qui laissent logiquement prévoir que l'on finira peut-être par admettre que l'énergie initiale, porteuse de toutes les informations est "l'Esprit", d'où l'équation : esprit = matière.
Si l'on admet tout ce que je viens de te dire et pour répondre à ta question : quand l'esprit se retirera de la matière, il n'y aura plus de matière et par conséquent plus de temps, puisque le temps n'existe que dans la matière. Il existera un "autre temps", celui de l'Esprit qui est éternel.
- Je ne comprends pas.
- Relis la Genèse, relis le Prologue de Jean et tu comprendras peut-être un jour. L'ésotérisme hindou nomme ainsi le jugement dernier : c'est la résorption complète de la matière par l'Esprit.
- Moi non plus, je ne comprends pas, dit Ganieda !
- Je sais que ce que je dis est difficile à admettre mais ces notions : Esprit-Matière, Espace-Temps finiront par imprégner votre conscience. Imaginez que les notions d'éternité et de temps, de fini et d'infini, ne sont pas contradictoires, mais complémentaires, elles ne se complètent pas l'une après l'autre sur la même ligne, mais sur des plans différents.
- Je comprends de moins en moins, Papa.
- Moi non plus, dit Ganieda, mais tu connais ton père... quand il est parti dans le délire, on ne peut plus l'arrêter !
- Moi, je pense que l'univers est un immense système à distiller de l'énergie Esprit" et comme tous les systèmes, il est soumis à un certain rendement et on peut de la matière dégager une certaine quantité d'esprit, elle n'est pas calculable, ni en durée, ni en quantité, sauf peut-être par Dieu lui-même qui doit déjà connaître le résultat…
Dieu a besoin des hommes et le phénomène humain va plus vite à cause des facteurs "accélérateurs de tendance" que sont les synergies nouvelles qui entrent constamment en jeu, c'est pourquoi je pense que la "divine manip." va réussir. Ces facteurs accélérateurs de tendance sont par exemple les moyens de communication et les technologies qui sont de plus en plus performants, mais ils présentent le risque énorme de jouer dans les sens positif et négatif.
Souvenons-nous de la parabole du bon grain et de l'ivraie et de la phrase : "au paradis, il y a beaucoup d'appelés et il y aura peu d'élus", le rendement de l'univers est un point sur lequel les paroles de Jésus étaient sans équivoque, tout progrès se paye par de l'énergie dissipée, le rendement Esprit/Matière dépend de notre bonne volonté.
Il y a deux personnes en nous, l'homme esprit et l'homme matière qui à la fois s'affrontent et se complètent, "l'homme esprit" ressent des choses qu'il n'arrive pas facilement à communiquer à "l'homme matière. Le drame de "l'homme-esprit" est qu'il ne peut proclamer aucune vérité, mais seulement des convictions. Et le drame de l"homme-matière" est qu'il raisonne avec sa logique matière ; pour s'en sortir il doit chercher en lui ce qu'il y a "d'esprit" et selon ce qu'il aura trouvé, percevoir une "logique de l'esprit" dont la perception des effets est incommunicable. Ces moments d'exaltation mystiques sont extrêmement rares. "L'homme-matière" éprouve d'énormes difficultés à garder le contact avec "l'homme-esprit".
- Nous aussi d'ailleurs, nous ne te suivons plus depuis longtemps, disait Ganieda.
- Si l'homme veut atteindre une plus grande conscience de l'univers, "il s'orientera en lui" plus profondément pour "ressentir" davantage.
- J'ai l'impression que je pourrais saisir tes conceptions, mais je souhaiterais que tu nous en dises encore un peu plus sur cette notion si importante qu'est le temps.
-. En apparence, pour notre conscience humaine ordinaire, le temps est un battement régulier, une ligne continue. En réalité, le temps n'est pas une ligne continue, mais de multiples lignes différentes, il est donc multiple et discontinu. Le temps n'existe qu'en fonction de la conscience que l'on peut en avoir : il faut qu'il y ait quelque part un observateur pour le mesurer. La notion de temps des particules est différente de celle des humains. Le temps d'un bébé également est différent de celui d'un adulte, les consciences ne fonctionnent pas selon les mêmes rythmes. La notion de temps de l'enfant est très discontinue car il s'échappe souvent par le rêve. La notion de temps du vieillard tend à être continue car la rareté augmente sa valeur. Les angoisses d'un bébé correspondent à des moments de conscience temporelle, après avoir rêvé en jouant, son esprit étant tout à son jeu, le jeune enfant se réveille brutalement à la réalité et se demande où est sa mère, car il a l'impression de l'avoir perdue depuis une éternité ; si la mère se manifeste à cet appel, l'enfant est rassuré, il repart pour un nouveau voyage de rêve hors du temps.
Quand il nous arrive de rêver, cette coupure entre deux phases de conscience temporelle est un trou noir, salutaire à la santé morale de l'homme. Pour celui qui n'obtient pas ce genre d'évasion, l'écoulement du temps est une obsession. Les médias sont les grands responsables de la croissance de l'angoisse, en effet, plus notre vie est perturbée par des pluies d'informations, plus notre vie, que l'on voudrait sans changement, est bousculée. Cette accélération du temps provoque une angoisse, ce qui était vrai hier, ne l'est plus aujourd'hui. Du temps des sociétés paysannes, la vie s'écoulait au rythme des saisons, peu d'événements venaient perturber leur quiétude, le fond du décor était toujours le même. L'homme moderne est sans cesse bombardé par de vrais ou de faux événements, le fond du décor, lui aussi, change en permanence, notre conscience temporelle ne connaît pas de repos et notre besoin de "recettes d'évasion" est croissant.
- Mais de quelle nature est ce temps qui mène notre vie comme une barque sur un fleuve capricieux ?
- En guise de définition, je vous réponds: lorsque notre esprit s'évade de notre corps pour rêver, notre conscience temporelle marque une halte ; ces évasions sont un avant-goût d'éternité ; l'éternité ne signifie pas : durer toujours, mais "en dehors du temps". On ne peut avoir une notion "temporelle" de l'éternité puisqu'elle est d'une autre nature : elle est "hors-matière", "hors-espace" elle n'est concevable qu'avec un autre type de conscience, celle de l'Esprit.


CHAPITRE IX


Pour Jésus aussi le temps était compté, le compte à rebours était commencé, il était dans l'état second de celui qui entre dans la phase finale de sa mortelle mission. L'étau de son destin se resserrait autour de lui. Pourtant les prêtres hésitaient à l'arrêter pendant les grandes fêtes populaires et religieuses de Pâques, ils recherchaient un moyen de le neutraliser, discrètement. Ce moyen leur fut donné par Judas, l'un des douze apôtres qui connaissait les habitudes et l'emploi du temps de Jésus. Il négocia sa trahison contre trente pièces d'argent, c'est ce qui est écrit dans les Evangiles. En fait, le tribunal des prêtres juifs n'avait pas besoin que Judas embrassât Jésus pour lui signaler sa présence et le faire reconnaître, car Jésus était très connu et il venait chaque jour au temple de Jérusalem. Non, l'information que Judas transmit à Caïphe était la récente auto-proclamation de Jésus en tant que Messie. Et Jésus a été condamné car dans l'esprit des juifs, s'il voulait être Messie-Roi, il devait être cautionné par un prophète, comme le furent tous les rois d'Israël, selon la tradition. En effet, si l'on examine bien les Evangiles, Jean-Baptiste n'a jamais proclamé officiellement que Jésus était le Messie annoncé par les Ecritures, il a seulement posé la question.


Voici comment se déroula la dernière journée de liberté de Jésus.
Jésus avait demandé à Pierre et à Jean, de contacter à Jérusalem un ami qui leur prêterait secrètement sa maison pour qu'ils puissent célébrer la Cène. La Cène était une cérémonie dont le rite s'inspirait d'un symbolisme de l'ancienne Egypte, il fut repris par les Esséniens. La Cène de Jésus précédait de quelques jours la Pâque juive. Jésus en a utilisé les symboles, car dans sa simplicité, la Cène renferme en résumé tout son enseignement. La communion sous l'espèce du pain, ce fruit de la gerbe de blé, signifiait la connaissance des mystères de la vie et le partage des biens de la terre, l'union parfaite entre les hommes. La communion sous l'espèce du vin, ce sang de la vigne pénétrée par le soleil, se situait à un degré supérieur, il signifiait le partage des biens célestes et la participation aux mystères spirituels. Jésus, en léguant les symboles de la Cène à ses apôtres, étend la fraternité de l'initiation supérieure à l'humanité toute entière. Il y ajoute la plus grande des forces, celle de son sacrifice. Ce pain de vie dans lequel il voit sa chair et cette coupe dans laquelle son esprit voit luire son propre sang, il les tend à ses apôtres en signe d'adieu suprême et leur demande de refaire cela en mémoire de lui.
Selon l'apôtre Jean, avant la Cène, Jésus prit un linge et de l'eau pour laver les pieds de ses invités, comme il était de coutume. Pierre ne voulut point humilier son maître en se laissant laver par lui mais Jésus insista et lui dit : « Je vous ai donné un exemple pour que vous agissiez vous aussi, comme j'ai agi envers vous. »
Les Apôtres lui demandèrent :
« Qui est le plus humble, du serviteur ou du maître ? En vérité je vous le dis, un serviteur n'est pas plus grand que son maître et un Envoyé n'est pas plus grand que celui qui l'a envoyé. Si vous savez cela, heureux êtes-vous si vous le faites. »
En cette approche de fête pascale, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à celui de son père, se prend à aimer ses compagnons d'un amour encore plus extrême, mais les apôtres n'ont pas encore saisi la gravité de la situation et croient encore à un impossible miracle.
Jésus est moins troublé par la perspective de son propre supplice que par le sort de son apôtre Judas qui doit le trahir sur sa demande. C'est pour lui la partie la plus amère du contenu de son calice et il ne peut s'empêcher de faire partager sa tristesse. Pendant qu'ils mangent, il dit à ses apôtres :
« En vérité, je vous le dis, l'un d'entre vous me trahira.»
Très choqués ils demandent tous :
« Serait-ce moi Seigneur ? Sinon qui est-ce ?»
« C'est celui pour qui je vais tremper la bouchée d'aliments et à qui je vais la donner.»
Ayant exécuté ce qu'il disait, Jésus tend la bouchée à Judas, qui la prend et Jésus lui dit :
« Ce que tu vas faire, fais-le au plus vite.»
Ayant pris la bouchée, Judas sort aussitôt.
Personne dans l'assemblée ne comprend ce qui se passe, Judas étant le trésorier, chacun pense qu'il part acheter ce dont le groupe a besoin mais en quittant la pièce dans laquelle doit se tenir la Cène, le pauvre Judas s'exclut de la communion.
- Si je comprends bien Papa, tu veux nous faire admettre qu'il y avait deux victimes, Jésus et Judas ?
- Absolument, c'est la plus magistrale démonstration de pardon qui puisse être donné : Jésus qui est la victime qui se sacrifie pardonne à l'autre victime, Judas, celle qui se damne en trahissant, pour que le Messie puisse accomplir son destin. Victime, Judas l'est d'autant plus qu'il commet malgré lui l'acte de trahison ; il est pris dans un mécanisme qui le dépasse, celui du destin du Christ. Le malheureux Judas a pris conscience, après coup, des conséquences de son rôle, il se suicidera après la mort de Jésus.

Bien que selon la morale chrétienne, le suicide soit condamnable, encore que je n'ai lu cela nulle part dans les Evangiles, je ne me souviens pas que Jésus en ait jamais parlé ; d'ailleurs le sacrifice suprême de Jésus n'était-il pas en lui-même une forme de suicide ? Tuer son prochain est un crime contre la nature et contre l'esprit. Se tuer soi-même est un acte que l'on commet rarement sans raisons sérieuses et dans certaines conditions, le suicide est peut-être un crime contre la nature mais pas forcément contre l'esprit, si les motivations du suicide sont valables.
Après le départ de Judas, Jésus s'adresse à ses apôtres en ces termes :
« J'ai tant désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! Car je vous le dis, je ne la mangerai plus jusqu'à ce qu'elle trouve son accomplissement dans le royaume de Dieu.» Puis saisissant une coupe et rendant grâce, il dit :
« Prenez ceci et partagez entre vous. Car je vous dis que je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne jusqu'à ce que soit venu le règne de Dieu.»
Or, pendant qu'ils mangent et boivent, Jésus prend du pain, le rompt et dit :
« Prenez, mangez, ceci est mon corps.»
Ensuite, il prend une coupe et rend grâce à nouveau, il la leur donne en disant :
« Buvez-en tous car ceci est mon sang, sang de la Nouvelle Alliance, répandu pour un certain nombre, en vue de la rémission des péchés. Maintenant a été glorifié le Fils de l'Homme et Dieu a été glorifié en lui. Faites ceci en mémoire de moi. Petits enfants, c'est pour peu de temps encore que je suis avec vous... vous me chercherez... où je vais, vous ne pouvez venir, ainsi ai-je dit au peuple juif. Comme à eux, je vous redonne mon commandement : tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, tous, vous serez démoralisés, mais après que je sois ressuscité, je vous précéderai en Galilée.»
Selon l'étymologie latine, le mot "ressusciter" signifie : "naître une deuxième fois" et, bien entendu, on peut interpréter cette définition, soit au sens littéral, c'est-à-dire, renaître à la vie, physiquement, après en être mort physiquement, soit au sens "initiatique", c'est-à-dire, comme l'expliquait Jésus à Nicodème, "renaître à la vraie vie", celle de l'esprit. Mais chacun est libre d'interpréter la résurrection du Christ selon sa propre sensibilité, car les deux interprétations ont la même finalité : montrer le lien qui existe entre l'esprit et la matière.
Je reprends la suite de la Cène : soudain Pierre se lève et dit :
« Même si tous sont démoralisés moi je ne le serai pas.»
Et Jésus lui répond :
« En vérité, je te le dis, Pierre, cette nuit même, avant que le coq n'ait chanté trois fois, tu me renieras trois fois.»
« Quand bien même il me faudrait mourir, je ne te renierai pas» dit Pierre et tous les disciples disent de même.
- Gwydyon, dis-moi, quand on nous donne l'hostie et le ciboire à la messe, est-ce vraiment le corps et le sang du Christ?
- L'Eucharistie, ce sacrement transformant le pain et le vin en corps et sang du Christ n'acquiert de réalité, comme tous les autres sacrements, que par la ferveur et la sincérité de celui qui les prononce et de celui qui les reçoit. Bien sûr, le pain et le vin sont le corps et le sang, sur le plan symbolique. Le Christ ne l'entendait pas autrement et quand il disait : « Ceci est mon corps… Ceci est mon sang…, il utilisait le choc des images pour illustrer son propos concernant "la Nouvelle Alliance". L'esprit est un concept qui ne devient réel que dans la mesure où notre conscience ayant développé des sens nouveaux admet son existence. Autrement dit, une pensée possède une existence aussi réelle qu'un objet fabriqué par la main de l'homme : une pensée persiste bien au-delà de la vie de celui qui l'a émise et si elle persiste sans avoir été écrite, son existence est d'autant plus réelle que son influence sur le comportement des hommes est importante.
- La "Parole Perdue" est-elle la pensée la plus ancienne ?
- Oui, elle est la survivance d'une tradition que notre esprit tend à retrouver ; cette parole est le Verbe, elle a été "prononcée" par Dieu au début de notre cycle cosmique. Si certains humains l'évoquent, c'est parce qu'elle existe dans l'inconscient de tout homme.
- La "Parole Perdue", c'est le rappel de l'équation Esprit/Matière ?
- Oui… et la voie de l'accomplissement de l'univers.
Après la Cène Jésus parle à ses apôtres en ces termes :
« Vous pleurez parce que je vous annonce mon départ. Quand je serai parti, le monde se réjouira, tandis que vous serez accablé de tristesse. Mais quand je vous reverrai, votre coeur se réjouira, personne ne sera en mesure de vous enlever cette joie et ce jour-là, vous n'aurez plus besoin de m'interroger sur quoi que ce soit ; tout ce que vous demanderez au Père, il vous l'accordera en mon nom. Jusqu'à ce jour, vous n'avez rien demandé en mon nom, ce jour-là vous demanderez et vous recevrez ; votre joie sera entière. Je vous ai dit ces choses en paraboles. L'heure vient où je ne vous parlerai plus en paraboles mais où je vous entretiendrai ouvertement du Père. En ce jour-là, vous prierez en mon nom et je n'aurais pas à intercéder pour vous auprès du Père, car le Père lui-même vous aime et vous entend puisque vous m'avez aimé et avez cru que je suis sorti de Dieu.»
Les apôtres répondent :
« Maintenant nous savons que tu sais tout, nous croyons que tu es sorti de Dieu.»
Jésus dit encore :
« Maintenant, l'heure est venue où vous serez dispersés et me laisserez seul, mais je ne suis pas seul car le Père est avec moi.»
Après la Cène, Jésus et les apôtres vont au Jardin de Gethsemani. Jésus leur dit :
« Mon âme est triste, restez ici et veillez.»
« Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas.»
Puis il s'éloigne quelque peu et tombe à terre pour prier :
« Père, éloigne de moi ce calice, qu'il en soit fait selon ta volonté et non selon la mienne.»
Voici la prière que Jésus adressa à son Père. Saint-Jean l'Evangéliste est le seul apôtre à nous l'avoir transmise. Elle est communément désignée sous le vocable : Prière sacerdotale du Christ.
Il lève les yeux au ciel et dit :
« Père, l'heure est venue : glorifie ton fils, pour que le fils te glorifie. Tu lui as donné autorité sur toute chair, afin que tout ce que tu lui as donné, il leur donne vie en pérennité.
Telle est la vie en pérennité : te connaître, toi, le seul vrai Elohîm, et celui que tu as envoyé, Iéshoua le Messie.
Moi, je t'ai glorifié sur la terre. J'ai terminé le travail que tu m'avais donné à faire. Et maintenant, glorifie-moi, toi, père, auprès de toi, de la gloire que j'avais auprès de toi avant que fut l'univers.
J'ai manifesté ton nom aux hommes que tu m'as donnés hors de l'univers. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. Maintenant ils le savent : tout ce que tu m'as donné est d'auprès de toi ; et ils adhèrent à ceci : c'est toi qui m'as envoyé. J'intercède pour eux ; je n'intercède pas pour l'univers, mais pour ceux que tu m'as donnés : ils sont tiens.
Et tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi et j'ai été glorifié en eux.
Et désormais je ne suis plus dans l'univers, et ils sont dans l'univers, tandis que moi, je viens auprès de toi.
Père consacré, garde-les en ton nom que tu m'as donné, afin qu'ils soient un, comme nous.
Quand j'étais avec eux, je les ai gardés en ton nom que tu m'as donné. Je les ai sauvegardés, et pas un d'eux ne s'est perdu, sauf le fils de la perdition, pour que l'Ecrit soit accomplie.
Maintenant je viens à toi ; et cela, je le dis dans l'univers, pour qu'ils aient mon chérissement parfait en eux-mêmes.
Moi, je leur ai donné ta parole, et l'univers les hait, car ils ne sont pas de l'univers, comme moi je ne suis pas de l'univers.
Je n'intercède pas auprès de toi pour que tu les enlèves de l'univers, mais seulement pour que tu les gardes du crime.
Ils ne sont pas de l'univers, comme moi je ne suis pas de l'univers.
Consacre-les dans ta vérité. Ta parole est vérité.
Comme tu m'as envoyé dans l'univers, moi aussi je les envoie dans l'univers.
Et moi, je me consacre pour eux, afin qu'ils soient, eux aussi, consacrés en vérité.
Je n'intercède pas seulement pour ceux-là, mais aussi pour ceux qui adhéreront à moi à cause de leur parole, pour qu'ils soient tous un, comme toi, père, en moi, et moi en toi, pour qu'eux aussi soient un en nous.
Ainsi l'univers adhérera à ce que, toi, tu m'as envoyé.
Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous un ; moi en eux et toi en moi, pour qu'ils soient parfaits en unité, pour que l'univers sache que tu m'as envoyé, et que tu les aimes comme tu m'aimes.
Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que, où je suis, moi, ils soient, eux aussi, avec moi, pour qu'ils contemplent ma gloire, que tu m'as donnée, parce que tu m'as aimé avant la création de l'univers.
Père juste, l'univers ne t'a pas connu.
Moi, je t'ai connu, et ceux-là pénètrent que tu m'as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je leur ferai connaître, pour que l'amour dont tu m'aimes soit en eux, et moi en eux.»

- Il est étrange ce texte.
- Oui, ce texte écrit par Saint Jean l'Evangéliste développe ce qui est dit dans son Prologue. On peut aussi rapprocher ce texte d'un extrait de la Bhagavad-Gita :
« Tu portes en toi même un ami sublime que tu ne connais pas. Car Dieu réside dans l'intérieur de tout homme, mais peu d'entre eux savent le trouver. L'homme qui fait le sacrifice de ses désirs et de ses oeuvres à l'Etre d'où procède le principe de toutes choses, et par qui l'univers a été formé, obtient par ce sacrifice la perfection. Car celui qui trouve en lui-même son bonheur, sa joie, et en lui-même aussi, sa lumière, est UN avec Dieu.»
Tu vois, ce livre de l'hindouisme est identique à la parole de Jésus.
Après cette fervente prière de Jésus, un ange lui apparut et le réconforta. Jésus pria avec plus de ferveur, une sueur de gouttes de sang coulant de ses tempes, symbolise l'Esprit Divin intervenant auprès de son fils, pour l'aider à supporter son destin jusqu'au bout.
Jésus se leva, vint vers ses disciples qui s'étaient endormis et dit à Pierre :
«Tu n'as pas pu veiller une heure avec moi ? Veillez et priez afin de ne pas entrer en tentation.»
Jésus s'éloigna de nouveau et se remit à prier. Puis, revenant vers ses disciples, il les trouva de nouveau endormis, ils ne surent que répondre... Jésus s'en alla une troisième fois pour prier puis revint vers ses disciples :
« Dormez désormais et reposez-vous. Voici que l'heure est proche où le Fils de l'Homme va être livré aux mains des pécheurs.»
Puis peu après :
« Allons ! Levez-vous, il vient celui qui me livre !»
En effet, Judas arrivait à la tête d'une troupe armée de glaives et de bâtons. Ces hommes étaient envoyés par les grands prêtres, les Scribes et les anciens du peuple. Judas leur avait dit : « celui à qui je donnerai un baiser, c'est lui, saisissez-le ! ».
Et il en fut ainsi...
Mais soudain, un des disciples, Pierre d'après certains, sortit son glaive et trancha l'oreille du serviteur du grand prêtre. Alors Jésus dit à son disciple :
« Remets ton glaive à sa place car tous ceux qui prennent le glaive périssent par le glaive.»
Puis il guérit le serviteur blessé en recollant son oreille. Et, s'adressant à la foule :
« Comme pour arrêter un brigand, vous vous êtes munis de glaives et de bâtons, alors que chaque jour, j'étais assis dans le temple pour enseigner et vous ne m'avez pas arrêté...»
Jésus fut saisi et lié. Ils l'emmenèrent chez Anne, le grand prêtre, lequel l'envoya chez Caïphe qui, cette année-là, était le Maître du Sanhedrin, ce tribunal de la religion juive... On a l'impression que le grand prêtre renvoyait Jésus, pour ne pas porter la responsabilité de sa condamnation.
Entre-temps, Pierre qui suivait de loin Jésus, fut interpellé à trois reprises :
« Lui, je l'ai vu, il fait aussi partie de la bande de Jésus le Nazir !...» disaient-ils.
Trois fois, Pierre jura qu'il ne connaissait pas l'homme dont on lui parlait... Après la troisième fois, le coq se mit à chanter. Pierre, se souvenant de la parole de Jésus pleura amèrement.
Aux questions pièges que lui posait Caïphe, Jésus éludait ou ne répondait pas. Caïphe comprit alors, que ce n'était qu'en posant des questions directes, qu'il obtiendrait une réponse claire lui permettant de condamner Jésus.
« Es-tu le Messie, le fils de Dieu ?» demanda Caïphe.
Et Jésus de répondre :
« Tu l'as dit, mais je vous dis qu'à partir de maintenant, vous verrez le Fils de Dieu assis à la droite de la Force et venant sur les nuées du ciel.»
- Je ne comprends pas, que veut dire ce langage ?
- En s'exprimant dans la langue du prophète Daniel et du livre d'Enoch, Jésus ne s'adressait pas à l'agnostique Caïphe qui était incapable de le comprendre, mais à travers les siècles, à tous les pontifes de toutes les religions de la terre capables de traduire ainsi ce message, pour faire un pont entre Dieu et les hommes : « Après ma mission, scellée par ma mort, le règne de la loi religieuse sans explications est terminé, les mystères seront révélés et l'homme verra le Divin à travers l'humain ».
Après ce tribunal religieux qui l'a jugé coupable, Jésus comparaît devant le tribunal romain qui seul peut le condamner à mort.
Ponce Pilate craint une révolte du peuple juif s'il fait exécuter Jésus qui est très populaire. Il hésite, et puis il est las des orgies et des massacres !!! Sa femme qui aime Jésus, le prie de ne pas le condamner. Comme il était de coutume de libérer un prisonnier juif à chaque veille de Pâque, il propose alors de relâcher Jésus. Mais la foule hurlante, échauffée par les prêtres juifs, demande en trépignant, de libérer Barabas, un "brigand célèbre" selon les Ecritures, arrêté quelque temps auparavant.
Ponce Pilate cherche alors un autre moyen de sauver la vie de Jésus : il croit satisfaire à l'exigence des prêtres juifs en faisant publiquement flageller Jésus... Après que Jésus ait subi ce supplice, qu'il ait reçu les crachats et les moqueries, Pilate demande à Caïphe s'il est satisfait ?... Mais celui-ci, brandit la menace que cette faiblesse ne soit perçue comme une trahison envers le César Tibère et il contraint ainsi Pilate à prononcer la peine de mort.
Ponce Pilate poursuit l'interrogatoire :
« Es-tu le Roi des Juifs ?»
« Mon règne n'est pas de ce monde»
« Tu es donc roi ?» demande Pilate.
« Oui, je suis né pour cela et pour rendre témoignage de la vérité»
« Qu'est-ce que la vérité ?» demande Pilate, en haussant les épaules...
Puis, se tournant vers Caïphe :
« Je me lave les mains du sang de cet innocent, je le livre à votre volonté.»
En vérité, Ponce Pilate fut ému au plus haut point par le Christ et après son départ, il dit de lui en termes laudatifs "Ecce Homo" (voici l'Homme). Ponce Pilate est mort quelques années plus tard en France, à Vienne près de Lyon, après avoir été sévèrement réprimandé par l'Empereur à propos des plaintes pour cruauté émanant de la région où il exerçait.
En fait, Rome demandait à ses responsables locaux de respecter les cultes des pays colonisés, dans la mesure où ils ne troublaient pas l'ordre établi ; de ce point de vue, Jésus et son message de non-violence cadrait tout à fait à l'établissement de la Pax Romana.


Les Juifs tenaient donc la vie de Jésus entre leur mains, mais il fut exécuté selon la loi romaine, par des soldats romains qui l'emmenèrent sur le lieu de son supplice, à côté de Jérusalem sur le Mont Golgotha.
En chemin, ils réquisitionnèrent un paysan du village de Cirène, appelé Simon, pour porter la croix de Jésus, ou plus exactement, le Patibulum, ce madrier qui représente la barre horizontale de la croix, la poutre verticale étant plantée en permanence sur le lieu du supplice.
Arrivé sur les lieux, Jésus refusa de boire le vin aromatisé de Myrrhe, destiné à l'insensibiliser à la douleur, que les saintes femmes, autorisées à le suivre, avaient préparé pour lui avec l'assentiment des soldats romains. C'était une "coutume" qui devait s'acheter un bon prix auprès des soldats... Jésus fut crucifié entre deux larrons qui, eux, étaient condamnés à mort pour vol. Etait-ce pour l'humilier ou bien l'ironie du sort servant les destins... Ponce Pilate avait fait mettre une inscription sur la croix de Jésus, elle résumait le motif de sa condamnation : "Jésus le Nazir, Roi des Juifs". On retrouve les initiales de cette phrase en langue latine, sur les crucifix des églises : "I.N.R.I.", mais pour l'initié, c'est l'abréviation de Igne Natura Renovatur Integra (la nature est renouvelée entièrement par le feu).
Du haut de sa croix, Jésus dit à Dieu :
« Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font.»
Pendant ce temps, les soldats romains tiraient au sort celui qui récupérerait les vêtements des brigands et la robe de Jésus, usant ainsi de leur "droit coutumier de dépouille". Ils firent quatre parts avec les vêtements des condamnés, une pour chaque solda. Il prirent aussi la tunique blanche de Jésus, et comme elle était sans couture, d'un seul morceau de tissu depuis le haut jusqu'au bas, ils se dirent ente eux : "ne la déchirons pas mais tirons au sort celui qui l'aura". La description de cette tunique accréditerait la thèse de l'appartenance esséniennne de Jésus. Les souffrances des trois hommes qu'ils venaient de crucifier ne les dérangeaient pas beaucoup ; pour peu qu'ils aient eu faim à ce moment là, ils auraient pris un repas au pied des trois croix, sans avoir pour autant l'appétit coupé par l'agonie des suppliciés. Depuis toujours, ainsi sont les hommes qui, en amont ou en aval des décisions, diluent leur responsabilité dans celle des autres pour être en paix avec leur embryon de conscience.
Du haut de sa croix s'adressant à sa mère, Jésus lui dit en désignant Jean, son apôtre préféré :
« Mère, voici ton fils.»
Et à Jean, il lui dit :
« Voici ta mère.»
Jésus en prononçant ces paroles savaient que sa mère ferait plus pour Jean, que Jean pour sa mère. La consécration de cette filiation d'adoption prouve une fois encore, combien Marie fut une initiatrice.
Voici maintenant une interprétation ésotérique de ces paroles : selon la Tradition égyptienne la Rose d'Isis pousse au pied de l'autel des sacrifices. La croix sur laquelle était Jésus représente un autel des sacrifices et c'est pour cela que l'ésotérisme chrétien dit que la rose pousse au pied de la croix. Poussons plus loin le rapprochement : la Vierge Marie au pied de la croix est la Déesse Mère et c'est pour cela que Jésus dit à Jean qu'il sera désormais le Représentant du Verbe divin sur Terre : "Voici ta Mère", afin qu'il soit initié par elle et devienne le témoin du Verbe divin sur Terre.
Le peuple juif, ses prêtres et ses magistrats, étaient présents auprès de Jésus, mais pour se moquer de lui, ils lui disaient :
« Hé, toi qui détruis le temple et le reconstruis en trois jours, si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même afin que nous croyions en toi.»
Même l'un des deux malfaiteurs, qui étaient en croix, l'insulta :
« N'es-tu pas le Fils de Dieu ? sauve-toi toi-même et nous avec.»
Mais, l'autre larron l'admonesta :
« Tu n'as donc pas la crainte de Dieu, toi qui endures le même supplice ? Pour nous, qui avons commis des crimes ce n'est que justice, mais lui n'a rien fait de mal.»
Puis, s'adressant à Jésus :
« Souviens-toi de moi lorsque tu viendras dans l'éclat de ton règne.»
Jésus lui répondit :
« En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis.»
Au cours de ses derniers instants, Jésus réalisa qu'il était en train de vivre les prédictions des Ecritures : "le Messie sera abandonné par Dieu aux mains des hommes".
Mais au fond de lui-même, Jésus savait que Dieu ne l'avait pas abandonné, cependant, il ne put s'empêcher de crier : "Eloï, Eloï, lema sabachtani," ce qui signifie :
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as tu abandonné ?»
Et puis il dit : "J'ai soif…!"
Selon l'Evangile, pris de compassion, un soldat, croyant qu'il voulait boire, lui tendit au bout de son javelot une éponge trempée d'eau avec quelques gouttes de vinaigre. Jésus but et dit :
« Toutes choses sont parfaitement exécutées.»
Cette histoire a plusieurs niveaux d'interprétation. L'une, le vinaigre dilué dans l'eau était chez les Romains une boisson couramment utilisée. Mais personnellement, je vois mal un soldat romain, habitué à tuer et torturer, prendre en pitié un condamné à mort qu'il a crucifié trois heures avant et à qui il va percer le cœur d'un coup de lance.
Je pencherais plutôt pour une autre version qui se rapprocherait des rites initiatiques traditionnels : on faisait boire de l'eau à l'impétrant avant qu'il prononce le serment de fidélité, puis, après cet acte solennel, on lui faisait boire de l'eau additionnée d'un produit très amer, en lui disant que, s'il avait menti en prononçant son serment, tous les actes de sa vie auraient le même goût amer.
Ces paroles de Jésus rapportées par Saint Jean pourraient signifier que dans ses derniers instants, Jésus revit sa vision de la montagne, il avait physiquement peur, et ses cris : "mon Père, pourquoi m'as tu abandonné ?", et "j'ai soif", signifieraient : "mon père, si je vous appelle, c'est parce que j'ai confiance en vous, mais l'épreuve que vous m'avez proposée et que j'ai acceptée est difficile à vivre, j'ai soif de savoir et de connaître le dénouement". Jésus a bu l'eau vinaigrée, il l'a trouvée agréable, l'épreuve est réussie. Jésus qui a fait confiance à Dieu en sacrifiant sa vie, exprime sa joie, car Dieu ne lui a pas menti sur la montagne ; la vraie vie, celle de l'esprit, est bien là, présente, puisqu'il l'aperçoit, lui qui est un homme de chair, arrivé aux portes de la mort physique. Il exprime ainsi l'apaisement de son angoisse en disant :
« Toutes choses sont parfaitement exécutées.»
Avant de mourir heureux, il cria une dernière fois :
« Père ! je remets mon esprit entre tes mains.»
Jésus rendit son âme à Dieu, et sur terre des phénomènes se produisirent : « Le rideau du temple se déchira en deux, de haut en bas ; la terre trembla et les pierres se fendirent ; les tombeaux des saints s'ouvrirent, et les saints apparurent à plusieurs habitants dans la ville. » Voyant cela les gens dirent : «Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu...»
- Aide-moi à comprendre, Gwydyon !
- Le voile qui se déchire est un symbole connu, c'est le mystère de la vie spirituelle qui se révèle à toute l'humanité : les apparitions des saints prouvent que l'esprit a suffisamment de force pour "faire voir" à des êtres corporels, des choses qui n'existent qu'en esprit...
Dans son Evangile, Marie Madeleine dit :
"Comment celui qui a la vision la voit-il ?", à cette question, Jésus aurait répondu : "à travers l'esprit..."

La mort ? Que se passe-t-il quand nous arrivons à ce stade de la vie ? Que ce soit pour cause accidentelle, dysfonctionnement, ou usure de l'organisme, la mort physique a pour conséquences l'arrêt des fonctions cardiaques et respiratoires, ce qui arrête obligatoirement les fonctions cérébrales. L'extraordinaire complexe neurobiologique cesse de fonctionner parce que l'ensemble des réactions électrochimiques sont stoppées. Les systèmes neuronaux de notre cerveau sont définitivement désactivés, nous perdons toute sensibilité et toute conscience des choses. On peut concevoir deux versions:
- C'est le néant absolu et définitif selon certains penseurs et ils ont partiellement raison,
- il y a une vie après la vie, selon d'autres penseurs et ils ont peut être partiellement raison
Du point de vue neurobiologique, c'est effectivement le néant, même la conscience de l'éventuelle existence de Dieu a disparu, l'existence de Dieu est d'abord une projection psychologique, un rêve, une virtualité espérée ; il s'agit là des multiples scénarios que certains systèmes du cerveau ne cessent d'imaginer.
La thèse de la vie après la mort s'appuie sur l'éventuelle existence de l'âme.
L'âme serait une sorte d'antenne et de pôle d'énergie spirituelle. De part sa nature, l'âme voyagerait en dehors du corps, passerait à travers le corps comme certains rayonnement passant à travers la matière ; l'âme pourrait aussi séjourner dans le corps ou l'accompagner comme une ange gardien. Alors, bien sûr, on peut disserter sur la question de savoir si notre âme est une création de notre conscience, ou si elle est un "visiteur" immortel, pré-existant à l'individu donc, allant d'un corps à l'autre quand le premier a cessé de vivre… Peu importe la formule, le résultat est le même, et de toutes façons, nous n'aurons jamais la réponse de notre vivant.
Mais, selon moi, ce que nous dénommons "notre âme" existe, son énergie est d'une autre nature, complètement indépendante de l'énergie vitale, donc insensible à ses fluctuations. Il serait intéressant de savoir de quelle nature sont les rapports entre notre conscience et notre âme. A mon avis, il est difficile de les placer sur un autre plan que l'autosuggestion car, si nous refusons l'idée de l'existence de l'âme, nous n'établirons jamais de contacts avec elle, sauf si notre âme en décide autrement… L'esprit de l'univers peut décider l'investissement foudroyant de la conscience d'un individu.
Mais pour tout un chacun, celui qui ne refuse pas a priori l'existence de l'âme, ni celle du "Grand Esprit de l'univers", cette connexion âme/conscience se fait normalement car nous sommes "programmés" pour cela. Au début de la "connexion" la présence de l'âme est discrète, mais cette collaboration de l'individu humain avec son âme prend de l'importance et peut même dans certains cas devenir permanente. Même chez celui qui doute, cette connexion existe car celui qui doute n'est pas fermé puisqu'il soupçonne quelque chose dans ce genre, il n'a pas de certitude. D'ailleurs qui en a ?
Il n'est pas interdit d'imaginer qu'après notre mort, notre âme soit à côté de notre dépouille, et après que nos atomes ont rejoint d'autres cycles de la matière, elle subsiste seule, à porter et conserver notre conscience acquise et développée de notre vivant.
Dieu a voulu l'univers manifesté, il en est la cause première, il n'a plus à intervenir, les choses vont d'elles-mêmes pour arriver au résultat final, lequel dépend de la réussite ou non des "centres de conscience" que nous sommes. Nous avons besoin de Dieu, Dieu a besoin de nous, Dieu et les âmes ne vont pas l'un sans l'autre, puisque c'est la même chose.


L'exécution des trois condamnés à mort s'était déroulée la veille du Sabbat, il fallait faire vite, car le jour du Sabbat, aucun travail n'était autorisé, aussi, les Juifs obtinrent de Pilate d'achever les suppliciés, afin de les enterrer avant. Les soldats brisèrent les membres des deux larrons qui étaient agonisants. Quant à Jésus, qui était déjà décédé, un soldat lui transperça le coeur d'un coup de lance. Les Ecritures disent à ce propos, en parlant du Messie : "Ses membres ne seront pas brisés". Normalement, les suppliciés n'étaient pas cloués mais attachés à la croix par leurs quatre membres. En leur brisant les membres, ils pendaient et mouraient étouffés.
Afin d'éviter que le corps de Jésus n'aille dans la fosse commune, un juif membre du conseil religieux, Joseph, du village d'Arimathie, homme juste et bon qui s'était opposé à la condamnation de Jésus, obtint que le corps de Jésus lui soit confié pour être mis dans le tombeau qu'il s'était fait construire pour lui-même, à proximité du Mont Golgotha. Nicodème, avait offert les bandelettes aromatisées et les parfums pour embaumer le corps de Jésus. Les Evangiles ont comme pour Lazard une connotation hermétique : les bandelettes sont utilisées en Egypte et pas en Judée…
Ces deux hommes firent donc le nécessaire, tandis que les prêtres et les Pharisiens se rendaient auprès de Pilate.
« Seigneur ! nous nous sommes souvenus que Jésus avait dit qu'après trois jours il ressusciterait, donne l'ordre que le sépulcre soit gardé sûrement par tes soldats jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent dérober le corps et ne disent au peuple qu'il est ressuscité des morts.»
Pilate répondit :
« Vous avez des gardes armés, prenez vous-mêmes ces dispositions, cela ne me concerne pas. »
Les juifs firent ainsi, et après que Joseph et Nicodème eurent rempli leur office mortuaire, ils placèrent des gardes à côté du tombeau de Jésus.
Après le dernier soupir de Jésus, les prêtres du Sanhedrin se retrouvèrent, malgré eux, joyeux d'être débarrassé du gêneur.
Etaient-ils les vainqueurs ou bien était-ce Jésus dont le corps était livide et froid... ?
CHAPITRE X


Après la mort de Jésus, le peuple juif a rejeté la responsabilité de cette erreur judiciaire sur les Sadducéens, qui étaient majoritaires au Sanhedrin ; eux-mêmes l'ont rejeté sur les Romains.
Le Maître a disparu et avec lui toutes les espérances temporelles qu'il portait. Les apôtres et tous les disciples de Jésus sont accablés. Cependant, de même que dans les cérémonies d'initiation des Traditions les plus anciennes, une lumière éblouissante succédait aux ténèbres les plus profondes, de même, les apôtres nous disent qu'à leur désespoir succéda une joie subite et prodigieuse, elle fit irruption comme la lumière au lever du soleil et ce cri de joie se répandit dans toute la Judée, le toisième jour après la mort du Christ : "Il est ressuscité !"
Après le Sabbat, le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine et deux autres saintes femmes, vont au tombeau de Jésus avec des arômes qu'elles ont préparés pour embaumer le corps de Jésus.
- Elles ne savaient pas que Joseph et Nicodème avaient déjà fait ce travail, deux jours avant ?
- L'intention d'embaumer doit être prise comme le symbole de la femme, initiatrice de l'homme : à la naissance et après la mort qui est la suprême initiation.
- Alors pourquoi n'y avait-il pas Marie, mère de Jésus avec les saintes femmes ?
- Selon l'apôtre Jean, avant de se manifester à qui que ce soit, Jésus serait déjà apparu secrètement à sa mère... Marie-Madeleine arrive la première, il fait encore nuit et elle découvre que l'énorme pierre qui fermait le tombeau avait été basculée et que les gardes avaient disparu... Marie-Madeleine s'approche du tombeau en pleurant et se penche à l'intérieur... elle voit deux anges, assis, vêtus de blanc, l'un à la tête, l'autre aux pieds de l'endroit où avait été déposé le corps de Jésus ; ils lui disent :
«Femme ! pourquoi pleures-tu ?»
«Parce que l'on a pris le corps de mon Seigneur, et que je ne sais pas où on l'a mis.»
Puis elle se retourne et voit un homme debout derrière elle qui lui dit :
«Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? »
Croyant qu'il s'agit du jardinier, elle dit :
«Seigneur, si tu l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis et j'irai le prendre. »
Jésus se fait alors reconnaître en prononçant le prénom familier qu'il employait avec elle :
«Mariam !»
Marie-Madeleine reconnaît Jésus, tombe à ses pieds et lui dit : "Rabouni !" (Maître !)
Jésus lui répond :
«Ne me touche pas car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va vers mes frères et dis-leur ceci : je monte vers mon Père et votre Père ; vers mon Dieu et votre Dieu. »
D'après Matthieu, Jésus serait apparu aux saintes femmes et leur aurait dit :
«Allez, faites savoir à mes frères qu'ils aillent en Galilée et là ils me verront. », paroles qu'il avait déjà dites à la fin de la Cène.
On prête cette autre phrase à Jésus s'adressant à Marie-Madeleine, voulant lui baiser les pieds :
«N'insiste pas pour me toucher car il est bien vrai que je suis là et pourtant je ne tarderai guère à remonter définitivement vers mon Père ; c'est ce que tu diras à mes frères, afin qu'ils soient mieux préparés que toi à comprendre de quelle nature est ma présence. »
- C'est là justement la question que je veux te poser, Gwydyon : de quelle nature était la présence de Jésus ?
- Guergan, pour comprendre la portée religieuse et philosophique des apparitions de Jésus, il faut s'attacher au fait que justement, il s'agit d'apparitions successives et inopinées. D'ailleurs les Evangiles n'emploient pas un autre terme que le mot "apparition " qui est on ne peut plus explicite. De plus, à chacune de ses apparitions, Jésus a insisté pour qu'on ne le touchât point et, ceux à qui il apparaissait mettaient toujours un temps assez long avant de le reconnaître. A ses apôtres, il est apparu deux fois dans une maison, alors que toutes les issues étaient fermées. Si l'événement se déroulait à l'extérieur, l'apparition était tout aussi étrange, comme un rêve qui brusquement s'évanouit.
Une apparition est pour ceux qui la perçoivent un phénomène visuel. On peut imaginer qu'un phénomène de ce type peut se manifester en deux endroits possibles : soit devant eux, soit dans leur tête. Le système optique n'est que l'organe transmettant des informations au cerveau. On pourrait concevoir que la volonté d'une force divine comme celle de Jésus, puisse agir directement sur les zones sensibles du cerveau. Prenons l'exemple du rêve, qu'il soit éveillé ou non, nous voyons tout à fait clairement des choses, des visages, dont parfois, nous nous souvenons clairement après le réveil, ce qui prouve bien que le cerveau a été impressionné "visuellement", si l'on peut dire, sans passer par le processus optique. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour les apparitions ? En tout cas, il y a eu disparition du corps, les prêtres du Sanhedrin ont même donné de l'argent aux gardiens du tombeau pour qu'ils se taisent sur ce qu'ils avaient vu et disent que les disciples de Jésus étaient venus pendant la nuit, pendant leur sommeil, pour voler le corps de Jésus... Il est impossible de faire une enquête policière 2 000 ans après les événements, alors, ne considérons que ce qui est important : le corps a disparu et Jésus est apparu aux saintes femmes, aux apôtres, aux disciples et à la foule.
D'ailleurs le cas de la disparition du corps de Jésus n'est pas unique, la même chose s'est produite pour Moïse, Apolonius de Thiane et Pythagore. Pour Jésus, on pourrait imaginer que des frères esséniens aient détruit par le feu la dépouille de leur prophète pour le soustraire aux profanations... Un gnostique du temps des églises primitives a dit : « la résurrection n'est pas une apparition, c'est une chose réelle ; c'est le monde qui est une apparition, une illusion. C'est l'existence humaine qui est une mort spirituelle, et la résurrection est un instant d'illumination, une révélation de ce qui existe en réalité. Quiconque a compris cela naît à la vie spirituelle ». Il est intéressant de noter que cette conception de la vie se retrouve dans le Bouddhisme dans lequel le "Moi" psychologique, très provisoire, est "observé par l'esprit qui lui, est éternel. Cette distanciation permet de résoudre plus facilement les problème de la vie courante, il s'agit d'un dialogue entre l'âme et le corps.
Guergan, l'apparition du corps spirituel du Christ est la chose la plus importante de la mission de Jésus, cela en est même le pivot. Jésus ne voulait pas prouver que le corps charnel était capable de revivre après la mort, car l'importance de ce fait est relativement moindre par rapport à ce que voulait démontrer Jésus après la mort charnelle, l'esprit qui s'en dégage est capable de vivre éternellement sans son enveloppe physique. On pourrait aller plus loin : affirmer que Jésus est ressuscité en chair et en os, serait aller contre la parole du Christ, la matière n'est que la manifestation tangible de l'énergie. Ce que Jésus voulait démontrer à l'humanité, c'est l'existence d'une vie spirituelle correspondante à la vie charnelle. Job a dit : «Hors de ma chair je verrai Dieu».
En ce qui concerne la résurrection du Christ, ce que j'en dis n'est pas un blasphème, j'ai repris et analysé mot à mot les Evangiles officiels.
Le processus initiatique, l'alchimie interne, la montée de conscience, toute les voies de recherche sont valables étant donné qu'elles conduisent toutes au même point. Cette évolution de l'âme humaine est rarement foudroyante, le plus souvent cette évolution est progressive et se déroule sur un grand nombre d'années. S'il n'est jamais trop tard pour entamer ce processus évolutif, fût ce au dernier instant de notre vie terrestre, il n'est en revanche jamais trop tôt pour l'entreprendre. Il ne s'agit pas d'imposer une voie, aucune n'est meilleure que l'autre, simplement certaines sont mieux adaptées à chaque individu. La grande liberté de l'homme réside justement dans la possibilité de décider de commencer sa recherche et de choisir la voie qui lui convient le mieux. Le salut est en nous.
En chacun de nous, il y a l'intellectuel, prisonnier d'un passé moral, religieux, dogmatique et le paranoïaque, victime de ses projections psychiques. L'homme doit effacer culture et superstitions, pour renaître avec l'innocence et l'ouverture de l'enfant. On doit se méfier de l'illusion générée par notre ensemble psychosomatique, ce n'est seulement qu'après avoir fait taire le vacarme qu'il produit que l'on pourra écouter et entendre le Souffle de l'Esprit qui chante dans notre âme. Pour construire une solide base de départ à cette aventure spirituelle, extrêmement périlleuse, car on peut sombrer dans une sorte de folie, nous devons nous équilibrer sur les trois points fondamentaux de l'être humain : le somatique, le psychique et le souffle de l'Esprit. Le souffle de l'esprit n'est pas un concept nouveau, on en parle dès le commencement du livre de la Genèse, souviens-toi.
La Bible est le plus vieux "roman policier" jamais publié car il est le dossier d'instruction du plus grand procès de tous les temps : le jugement dernier, notre auto-jugement dernier. Elle est composée de deux parties principales : le Nouveau Testament est la réalisation de l'Ancien Testament qui, lui, annonce. Beaucoup de gens se passionnent pour l'Ancien Testament et négligent d'étudier le Nouveau, comme s'ils avaient peur de découvrir la vérité. L'Ancien Testament laisse beaucoup de libertés d'interprétation... Dans le Nouveau Testament, la vérité est exprimée par Jésus, le Royaume est réalisé dans le Christ, la voie est tracée, il faut y aller… aucun alibi ne peut être évoqué.
Il y a deux mille ans, le judaïsme a donné naissance au christianisme, les adeptes de cette religion considéraient qu'avec Jésus, le Messie était arrivé. Le judaïsme est la religion de ceux qui, il y a deux mille ans, n'ont pas accepté l'idée que le Messie annoncé par les Ecritures était arrivé ; pour eux, Jésus est un des prophètes du judaïsme. On peut admettre les deux convictions : Jésus Dieu ou Jésus prophète. Ces deux convictions vont dans le même sens ; les adeptes des deux religions pourraient s'entendre là-dessus, car ils vénèrent le même Dieu, celui d'Abraham et de Moïse. Jésus était un hébreu de religion juive.
- Mais enfin, ce sont bien les juifs qui ont crucifié Jésus ?
- Oui et non. Le peuple juif dans sa majorité aimait Jésus. Ce sont les Sadducéens, les Pharisiens et les Scribes, qui à l'époque travaillaient sous les ordres des Romains, qui voulurent la mort de Jésus, car ne l'oublions pas, les Romains n'appréciaient pas les agitateurs. Ils n'avaient rien contre Jésus, tant qu'il s'abstenait de jouer le rôle de meneur politique. Les dirigeants juifs, quant à eux, craignaient peut être à tort que Jésus tint ce rôle d'agitateur, c'est ce qui fit dire à Caïphe avant l'arrestation de Jésus : "Qu'un seul homme meurt plutôt que toute la nation". Après tout, on ne peut pas leur reprocher d'avoir protégé le peuple juif contre l'occupant romain. Ce n'est pas le prophète que les dirigeants juifs ont tué, mais l'éventuel agitateur politique. D'ailleurs l'Evangile rapporte ce commentaire des dirigeants juifs après que la mort de Jésus eut déclenché une série de phénomènes surnaturels :
"Cet homme était bien le Fils de Dieu".
- Mais alors, pourquoi cette haine ou pour le moins cette incompréhension entre chrétiens et juifs ?
- Le judaïsme était devenu la religion d'un peuple sans terre et sans temple et il se focalise sur les pratiques des rituels pour se différencier des autres peuples, affirmer son identité, et plus que la non-reconnaissance de Jésus comme Messie, ce fut surtout la pratique des rituels qui les sépara des chrétiens. En revanche, la pratique des rituels a été le facteur de survie le plus important pour le peuple juif.
- Entre les Juifs et les Musulmans, existe-t-il une semblable haine ?
- Quand les hommes politiques sont réellement laïques, les communauté religieuses cohabitent en paix. Juifs, chrétiens et musulmans s'inspirent des mêmes Ecritures : la Bible, ils adorent le même Dieu :Yahvé, Dieu d'Abraham. Leur foi est inspirée par un même message qui est annoncé par les mêmes prophètes. La seule chose qui différencie ces courants religieux est le fait que les chrétiens affirment que Jésus est le Messie, tandis que juifs et musulmans disent que Jésus n'est qu'un prophète, la différence n'est pas grande. Il faut savoir que les musulmans vénèrent Jésus et sa mère. Nous sommes tous des "Elohimes" disait Jésus, puisque à la fin des temps, ceux qui seront "sauvés" seront en possession du même secret. Ceux qui jouent sur les mots pour dresser les peuples les uns contre les autres au nom d'une vérité qu'ils ne possèdent pas, sont des criminels, ils commettent à la fois un crime contre la chair et un crime contre l'esprit, leurs motivations étant la conquête du pouvoir, elle n'a rien à voir avec la spiritualité.
- Pourquoi les chrétiens estiment-ils avoir reconnu le Messie en Jésus et pourquoi les juifs l'attendent-ils encore ?
- Je dirais d'abord que le terme de Messie, à l'époque du Christ n'avait pas de sens de rédempteur de l'humanité qu'on lui donne maintenant, mais celui de Roi désigné et oint. Ensuite, on peut considérer Jésus de plusieurs manières : homme, prophète, Dieu et, séparer ces trois aspects de sa personnalité est une erreur, car Jésus était tout cela à la fois. Un homme qui est prophète et Messie annonce et sauve, Jésus l'a fait. En se sauvant lui-même, c'est à dire en faisant triompher son esprit de la mort physique de son corps, Jésus sauve l'humanité en prouvant qu'elle est "sauvable" et, dans le contexte de l'éternité de l'Esprit, être "sauvable" ou être sauvé, c'est la même chose. Le dogme chrétien dit qu'elle est sauvée ; pour les chrétiens, Jésus est donc Dieu. Le dogme juif, et plus tard le dogme musulman, disent qu'elle est "sauvable" et que Jésus n'est qu'un prophète ; la différence n'est pas grande, tous jouent sur les mots et le temps. Même Dieu : Yahvé, Allah, Elohim, même annonce : pour les juifs et les musulmans, l'humanité a un but et elle est "sauvable". Comme aurait pu le dire Moïse, qui voulait faire bouger la pyramide et Jésus, qui ne voulait pas que "la lumière soit cachée sous le boisseau", la pensée sacrée est descendue dans la rue et la sagesse réussit à se faire entendre de tous. "Qui a des oreilles pour entendre, entende".
Malheureusement pendant encore longtemps, les bons seront sacrifiées sur les champs de batailles et dans les prisons des dictateurs de la pensée. Le mot Dieu n'autorise aucun chef de quelque religion que ce soit, de tuer son prochain. Celui qui tue son prochain devrait être exclu de toutes religions.
- Pourquoi juifs et chrétiens se sont-ils opposés si leurs origines sont communes ?
- Après la mort de Jésus, deux communautés principales étaient en place : les juifs traditionnels qui malgré tout, reconnaissaient plus ou moins en Jésus l'homme annoncé par les Ecritures et les juifs, adeptes de Jésus, apôtres et disciples réunis, que l'on n'appelait pas encore les Chrétiens et qui étaient certains que Jésus était le Messie annoncé par les Ecritures. Ces deux communautés avaient davantage de points communs que de divergences, l'un de leurs points communs et non des moindres, était leur farouche opposition à l'envahisseur romain, tortionnaire et athée. Le peuple juif traditionnel était bien pris en main par les prêtres juifs et les adeptes de Jésus pour développer leur religion ne pouvaient que se tourner vers l'occident romain la Grèce et l'Egypte. On avait donc les prêtres juifs qui entretenaient la tradition au sein du peuple juif de Palestine et du monde entier, et les adeptes de Jésus qui avaient formé ce que l'on peut nommer les églises primitives, qui évangélisaient l'empire romain. Tant que les Romains massacraient sans distinction les deux communautés, tout allait bien entre Juifs et Chrétiens. Mais quand, vers le 4ème siècle, l'Empereur Constantin jugea opportun de se convertir au Christianisme et de rendre cette religion officielle, les Juifs considérèrent les Chrétiens comme des traîtres et refusèrent d'admettre le symbole de la croix que les chrétiens s'étaient appropriés. La croix pour les Juifs évoquait d'abord les crucifixions trop nombreuses et trop récentes pour que les prêtres juifs l'utilisassent auprès de leurs fidèles, même s'ils en connaissaient le symbolisme ancien. C'est un peu comme si on voulait développer le symbolisme du svastika, ou croix gammée, auprès des Juifs rescapés des fours crématoires nazis, alors que le svastika est un symbole sacré que l'on retrouve sous les pieds de Bouddha, qui rappelle les cycles de la Roue de la Vie.
- Le Nouveau Testament aurait dû mettre tout le monde d'accord car il est l'aboutissement de l'Ancien Testament, pourquoi n'en est-il pas ainsi ?
- Parce que l'Evangile est un défi à l'humanité, il n'impose rien, il suggère aux hommes de créer l'harmonie, personne ne le fera à leur place, surtout pas les dictateurs.


Après l'apparition aux saintes femmes près du tombeau, Marie-Madeleine est la seule à ne pas avoir perdu la tête ; les deux autres s'enfuirent affolées. Marie-Madeleine courut prévenir Pierre et Jean. Pierre pensait que Marie-Madeleine était folle, il réfléchissait sans oser se prononcer. Jean était certain que Jésus était ressuscité ; ils partirent tous les deux en courant au tombeau. Jean, le plus jeune, arriva le premier et constata la disparition du corps, Pierre le rejoignit et fit de même.
Le même jour, deux disciples de Jésus, habitant le village d'Emmaüs, quittaient Jérusalem pour retourner chez eux en discutant des événements relatifs à la crucifixion de Jésus. Jésus apparut derrière eux, puis les rejoignit. Il leur demanda :
«De qui parlez-vous ainsi ?»
Interloqués de tant d'ignorance face à l'actualité, ayant du mal à sortir de leur tristesse, l'un des deux disciples lui répondit :
«Es-tu le seul voyageur de passage à Jérusalem à ne pas savoir ce qui s'y est déroulé ces jours-ci ? Nos grands prêtres et nos magistrats ont crucifié Jésus le Nazaréen qui fut un grand Prophète en oeuvres et en paroles. Nous avions espoir qu'il délivrerait Israël... Cela fait trois jours que ces événements ont eu lieu et des femmes de notre groupe nous ont fait peur en disant que le tombeau était vide et que Jésus leur était apparu... Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau, mais n'ont pu que constater qu'il était vide, sans en tirer de conclusions».
Jésus leur fit remarquer :
«Oh ! que vous êtes peu clairvoyants ! Que votre coeur est fermé à la parole des prophètes ! Ne fallait-il pas que cela fût pour que s'accomplisse la parole de Moïse ?»
Toujours sans le reconnaître, les disciples d'Emmaüs invitèrent Jésus à partager leur repas du soir. A table Jésus rompit le pain en louant Dieu et soudain, ils le reconnurent. Mais à cet instant Jésus disparut et ils regrettèrent amèrement leur manque de foi dans les paroles que Jésus leur avait dites avant sa mort...
Alors, ils partirent annoncer la nouvelle aux apôtres.
Les apôtres étaient terrorisés, ils s'étaient enfermés dans leur maison par crainte des représailles des prêtres juifs. C'est à ce moment-là que Jésus leur apparut une première fois. Après leur avoir reproché de ne pas avoir cru celle qui l'avait vu, il leur dit :
«Paix à vous».
Montrant ses plaies, il leur dit à nouveau :
«Paix à vous ! Comme le Père m'a envoyé à vous, moi je vous envoie vers les hommes.»
Puis "soufflant" sur eux, il leur dit :
«Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.»
Thomas qui était absent ce jour-là, avait refusé de croire le récit des autres apôtres. Une semaine plus tard, Jésus leur apparut dans les mêmes conditions et, en présence de Thomas il dit à celui-ci :
«Donne ton doigt, mets-le dans mes plaies et ne sois pas incrédule mais croyant.»
Couvert de joie et de honte, tombant à genoux, Thomas répondit :
«Mon Seigneur et mon Dieu !»
Alors Jésus de dire :
«Parce que tu m'as vu, tu as cru ! Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru.»
Thomas était, avec Jean, celui qui peut-être avait le mieux compris le message du Christ, il est tout à fait possible qu'il ait été choqué par l'annonce de la résurrection charnelle de Jésus et qu'il ait refusé d'y croire, persuadé que le Christ avait annoncé sa résurrection spirituelle.
Pour appuyer ma conviction sur la pensée de l'Apôtre Thomas, je citerai seulement le 29ème "logion" de son Evangile :
« Si la chair a été à cause de l'Esprit, c'est une merveille ; mais si l'Esprit a été à cause de la chair, c'est une merveille des merveilles... ».
Quelques jours plus tard, toujours dans des circonstances étranges, sur le lac de Tibériade, une troisième fois Jésus apparut à ses apôtres.
Voici selon Saint Jean : la première et l'une des dernières rencontres de Jésus avec ses Apôtres, ce sont des scènes de pêche...
«Je vais pêcher» dit Pierre.
«Nous allons avec toi» disent les autres.
Travaillant toute la nuit, ils ne prennent aucun poisson. Le matin, s'approchant de la plage, ils voient un homme sur le rivage qui les interpelle.
«Jeunes gens, auriez-vous du poisson à manger ?»
«Nous n'avons rien pris» répondirent-ils.
«Jetez vos filets du côté droit de la barque et vous trouverez» dit l'homme.
Ils firent ce que l'homme leur conseillait et ne purent relever les filets tellement ils étaient pleins.
Puis Jean dit à Pierre :
«C'est le Seigneur.»
Entendant cela, Pierre qui était nu, mit sa tunique et se jeta à l'eau pour rejoindre Jésus à la nage, tandis que les autres apôtres tirèrent les filets sur le rivage.
Voici mon interprétation : Pierre veut rejoindre le Christ en travaillant dans la vie concrète, en se jetant à l'eau, c'est le symbolisme de l'eau, mais avant de se jeter dans "cette eau", il se revêt de la tunique sacerdotale.
Lorsque les apôtres furent tous réunis sur la plage, ils virent un feu de braises sur lequel rôtissaient du poisson et du pain. On trouve ici réunis le feu, symbole de la Parole Divine et le pain, représentant les biens spirituels de ce monde et le poisson symbole du Rédempteur.
«Apportez quelques poissons, de ceux que vous venez de prendre, dit Jésus.».
Faisant ainsi, les apôtres comptèrent cent cinquante trois gros poissons. Aucun d'entre eux n'osait dire qu'il était persuadé qu'il s'agissait de Jésus.
Après que les apôtres eurent mangé le pain et le poisson, dans cette nouvelle Cène, Jésus demanda à Pierre :
«M'aimes-tu ?»
Et celui-ci répondit :
«Seigneur, tu connais toutes choses et tu sais bien que je t'aime.»
Ainsi, trois fois de suite, la même question fut posée à Pierre et la même réponse fut donnée. Ensuite Jésus fit une allusion à la mort de Pierre par crucifixion, à la suite de quoi, Pierre demanda ce qu'il en serait de Jean. Jésus répondit que s'il le voulait, il pourrait faire en sorte que Jean soit immortel puisqu'il vivait dans l'esprit du Père, mais que cela ne changerait rien au destin de Pierre, dont la mission était de suivre Jésus jusqu'au bout dans son combat d'évangélisateur. Et cela s'est passé ainsi : Pierre a été crucifié en Palestine sous l'empereur Néron et Jean est mort de vieillesse, presque centenaire à Ephèse.
Cette apparition, telle qu'elle est décrite par Jean et uniquement par lui, cache quelque chose, c'est certain ; d'ailleurs venant de lui, on ne peut s'attendre qu'à cela... il faut trouver une clef. Jésus commande aux apôtres de jeter le filet à la droite du bateau, après quoi il en ressort cent cinquante trois gros poissons... Nous sommes ici en face d'un code secret. Le "Bateau" est le symbole des argonautes, ces héros montés sur le navire Argo allant conquérir la toison d'or, symbole de la connaissance... La barque est aussi le véhicule servant à accomplir après la mort le grand voyage vers les douze régions inférieures... La barque peut aussi représenter le moyen le plus sécurisant pour traverser les obstacles de la vie et dans la tradition chrétienne, la barque représente l'Eglise qui flotte sur les eaux purificatrices, sur les eaux de la vie.
« Jetez vos filets du côté droit de la barque… »
La "droite" est la place du Christ, à côté de Dieu le Père, quand au nombre 153 : le "1" est le symbole de l'unité divine, le "5" est, avec l'Etoile à cinq branches, le symbole du génie humain. Le "3" c'est la Trinité Divine... Enfin, la somme de ces nombres donne "9", symbole d'aboutissement de l'humanité. Autrement dit en clair, cela donne : Dieu le Père, grâce à la dualité a créé le monde d'où est sorti l'homme dont le génie conduira à l'accomplissement et le retour à l'unité.
Quand Pierre dit : "je vais aller pêcher", il annonce qu'il va évangéliser les populations ; les autres veulent en faire autant. Pierre veut "pêcher", les autres le suivent, mais Pierre est un rustre, il n'a pas encore compris et il ne "pêche" rien. Jésus apparaît et leur demande presque avec amusement s'ils ont attrapé du poisson, car il sait qu'ils sont revenus bredouilles. Devant leur air dépité, il leur donne le "mode d'emploi" et ça marche...
"Travaillant toute la nuit", ils sont encore dans les ténèbres et leur message ne passe pas. Jésus leur apparaît et leur vient en aide : "Jetez votre filet du côté droit de la barque", ils doivent oeuvrer du côté spirituel, de l'église, le côté droit, celui de Jean qui lui, a reconnu le Christ ; à partir de ce moment-là, ils peuvent évangéliser et faire passer le message du Christ. "Pierre se jette à l'eau" ; il a enfin compris et rejoint la pensée du Christ. "Apportez quelques poissons, de ceux que vous venez de prendre...", ils les mangent et retrouvent la communion du Christ qui veut leur faire comprendre que sans cette connaissance de la vérité exprimée par le nombre 153, ils ne peuvent évangéliser avec succès.
Pour comprendre le symbolisme de ce "153" il faut admettre le Principe Divin, représenté par le nombre "1".
Ensuite, l'homme doit dépasser l'animalité pour être le miroir de Dieu, c'est le nombre "5", qui représente l'homme accompli potentiellement.
Enfin, le 3 est le Principe Divin Manifesté et de ce reflet Divin sort l'homme parfait qui est le Christ soit le 9, somme des trois nombres 1 + 5 + 3. On dit aussi que la "valeur secrète" de 153 représente le Rédempteur.
Ainsi que Jésus l'avait demandé par l'intermédiaire des Saintes Femmes, les onze apôtres et de nombreux disciples se rendirent en Galilée sur la montagne qui leur avait été désignée. En le voyant, ceux qui avaient douté se prosternèrent et Jésus leur parla en ces termes :
«Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez dans toutes les nations en les baptisant, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; enseignez-leur tout ce que je vous ai commandé. Je serai avec vous en tout temps, jusqu'à la fin des siècles.»
A Jérusalem, Jésus apparut de nouveau à ses onze apôtres pour leur confirmer que ce qui avait été annoncé par les prophètes s'était réalisé, il leur enverrait, dans quelques temps, "une Force d'en haut" aussi devaient-ils rester dans cette ville jusqu'à ce moment-là... Il s'agit probablement du Saint-Esprit qui descendit sur les apôtres sous forme d'une petite flamme au dessus de leur tête ; ce mythe de la Pentecôte n'est pas relaté dans les Evangiles, mais dans les Actes des Apôtres, l'Eglise en a fait le sacrement de la confirmation ; avec le feu, ce sacrement est déjà contenu dans le baptême.
Enfin, Jésus retrouva ses apôtres vers Béthanie, petit village proche de Jérusalem. Là, il les a bénis une dernière fois, puis les apôtres virent son image vivante s'élever vers le ciel... Cet événement est célébré par la fête de l'Ascension, quarante jours après Pâques.
- La résurrection de Jésus est une période de laquelle se dégage une atmosphère bizarre comme dans un rêve.
- Oui, et l'on peut dire que les apparitions du Christ ont opéré une révolution totale dans l'âme des apôtres ; de judaïque qu'elle était, leur conscience est devenu chrétienne. Je m'explique. La pensée judaïque, qui est donc à l'origine de la pensée chrétienne, est une pensée doctrinale, en ce sens qu'elle donne des obligations sans moyens : adorer un seul Dieu, ne pas tuer, ne pas voler, respecter ses parents, etc... en résumé, ne pas se comporter comme une bête. La pensée chrétienne est différente en ce qu'elle va beaucoup plus loin car elle introduit la notion d'Amour : "tu aimeras ton prochain comme toi-même pour l'Amour de Dieu" ; il n'y a plus de directives car celles-ci sont induites dans le message du Christ ; celui qui adhère à la parole du Christ ne peut pas faire autre chose que le Bien. Avec la pensée chrétienne, on passe de l'obéissance par la crainte au libre arbitre, l'individu n'est plus un enfant, mais un adulte agissant en toute conscience et le péché d'inconscience devient un crime contre l'esprit, ce qui est beaucoup plus grave. On comprend mieux pourquoi la parole du Christ effraie tant de gens ; il est tellement plus facile de se cacher derrière les ténèbres de l'ignorance que dans la lumière de la vérité. Pour les Apôtres, il en fut de même, le Christ glorieux est "vivant" en Esprit, il leur a parlé : le ciel s'est ouvert, l'au-delà est entré dans l'en-deça, l'aurore de l'immortalité a touché leur front et embrasé leur âme d'un feu qui ne peut plus s'éteindre...
Trois ans après l'Ascension du Christ, un jeune Pharisien, nommé Saül, acharné à se battre contre la nouvelle religion du Christ, reçut un choc terrible qui bouleversa complètement sa vie. Un jour, sur le chemin de Damas, ville où il se rendait avec quelques compagnons, il fut subitement enveloppé d'un violent éclair qui le jeta à terre. En tremblant de peur, il bredouilla quelques paroles :
«Qui es-tu ?»
Il entendit une voix lui répondre :
«Je suis Jésus que tu persécutes, il te sera difficile de me désobéir.»
... Et la voix de Jésus continua :
«Lève-toi, va dans la ville quelqu'un te dira ce que tu dois faire.»
Après l'éclair, les compagnons de Saül très effrayés, avaient entendu la voix. Ils aidèrent Saül aveuglé, à se relever. Pendant trois jours (encore le nombre trois qui apparaît...), Saül avait perdu la vue et sitôt qu'elle revint, il se convertit au christianisme et prit le nom de Paul...
Au début, les disciples de Jésus avaient du mal à croire en la sincérité de la conversion de Paul, ils étaient très méfiants et pour cause. Puis, réussissant à se faire pardonner et adopter, celui-ci devint l'un des plus farouches défenseurs du christianisme. La conversion de Saint Paul est un exemple type de changement, non pas venu de l'intérieur par une lente et volontaire évolution, mais d'une mutation spirituelle, quasiment miraculeuse, venue de l'extérieur, une révélation foudroyante.
Sans Paul, la religion du Christ serait restée confinée en Orient, grâce à lui, elle a envahi tout l'Occident... Malheureusement, Paul était un extrémiste, c'est aussi à cause de lui que le message du Christ a été déformé ce qui a été la cause de nombreux conflits et massacres inutiles.


CHAPITRE XI


Nous voici arrivés à un changement de chapitre de l'Histoire Sacrée de l'humanité ; jusqu'à Jésus, le Principe Divin a oeuvré pour l'humanité et après Jésus, c'est à l'humanité d'oeuvrer pour son Créateur et si elle ne le fait pas, elle n'aura plus l'excuse de l'ignorance car les chemins qui mènent à Dieu sont maintenant tracés par le Christ.
- Mais Gwydyon, tous les humains qui sont arrivés sur terre avant Jésus ont une énorme excuse : celle de l'ignorance ?
- Non, avant Jésus, les prophètes ont vraiment demandé aux peuples la même chose que Jésus. Mais Jésus a prouvé que ce qu'il disait était la vérité et dans ces conditions les hommes qui l'ont précédé seraient moins responsables de leur inconscience... Mais Jésus n'a cessé de parler du pardon et de l'immense bonté de son Père, alors on peut espérer que Dieu a prévu quelque chose pour les premiers hommes… le petite "diode" cachée dans l'âme a peut être rougi subitement grâce à Dieu, juste avant leur mort.
Inconsciemment l'humanité a soif de Dieu et d'ordre moral. L'Eglise a eu tort d'abandonner presque totalement l'initiation symbolique pour s'adonner aux questions d'ordre social apparemment plus faciles à traiter. Il est vain de vouloir construire une structure sociale avant d'avoir constitué son unité de base qui est l'individu. L'ordre moral a besoin d'un support, celui de la recherche du Principe Divin ; sans cette conviction rien ne tient. Jésus nous a tout donné pour cette recherche intime, à commencer par ce merveilleux sacrement de l'Eucharistie, média sacré s'il en est entre le Créateur et sa création.
Je regrette que l'Eglise catholique n'utilise pas davantage l'Evangile de Saint Jean dans lequel est contenu tout le message du Christ, après cela, l'amour du prochain coulerait de source.
L'Eglise catholique a toujours été hostile aux courants gnostiques placés dans la lignée de Saint Jean l'Evangéliste, elle a préféré suivre la lignée de Saint Pierre, davantage axée sur le nécessaire et incontournable pouvoir temporel sans lequel règne le désordre. Saint Paul anti-gnostique notoire dans son action pastorale était cependant un gnostique dans sa recherche personnelle ; il ne fut pas le seul dans ce cas parmi les anti-gnostiques de l'église primitive. Pendant vingt siècles, les courants chrétiens ont toujours été placés entre ces deux extrémités.
S'adressant à un peuple ignorant, l'Eglise de Pierre, dans le droit fil de sa chasse aux gnostiques, a entériné la version de la résurrection charnelle du Christ, presque à son corps défendant, mais, pris au piège de ses positions, elle ne pouvait pas faire autrement. Rappelons nous la fameuse "Fable" dénoncée par le Pape Léon X.
Les excès de dogmatisme se manifestèrent de tous les côtés, ce fut aux alentours du IIème siècle après Jésus Christ que cette tendance atteignit son paroxysme. Certains courants gnostiques prétendaient que le Christ, à la fois homme et Dieu, n'avait pas souffert dans son enveloppe charnelle lors de sa crucifixion, car, "son Esprit Divin avait quitté son corps" et la souffrance physique n'était pas le chemin qui mène à la vie spirituelle éternelle... Ce raisonnement simpliste permis toutefois de proclamer que de se laisser martyriser par les Romains était une attitude suicidaire et stupide, et qu'il était préférable de ne pas afficher ouvertement sa foi et qu'en cas de nécessité, un reniement superficiel n'entamait en rien les convictions profondes, si cela avait pour but d'avoir la vie sauve. Les Chrétiens fidèles à la pensée de Pierre, pensaient exactement le contraire, ce fut le cas d'Irénée, Tertullien, Polycarpe, Justin, Ignace, qui tous poussaient les populations au sacrifice suprême en leur promettant la vie éternelle. Des milliers de chrétiens furent livrés aux fauves et devant cette attitude, 1 800 ans après, il est difficile de faire la part de la névrose collective et de la sainteté. Mais ce qui est certain, c'est que la ferveur avec laquelle ils affrontaient la mort n'était pas sans impressionner des multitudes de païens, qui à leur tour, venaient grossir les rangs des martyrs. Qui étaient les bons dans tout cela ? Etaient ce les "lâches" qui préféraient vivre, ou les naïfs illuminés qui se laissaient massacrer ? Difficile de juger ! Jésus avait annoncé des persécutions qui auraient lieu en son nom, vision prophétique...On peut tuer la chair, mais on ne peut pas tuer l'esprit, disait-il ?
Parmi les causes de ces holocaustes, il faut ajouter un vulgaire facteur économique : pour distraire les populations, un chariot de chrétiens livrés aux fauves, coûtait moins cher à l'administration romaine qu'une équipe de gladiateurs !!!


Jésus a réussi sa mission de sauveur de l'humanité, puisqu'il a accepté de mourir et qu'il a eu la force de réapparaître et de donner cette apparence de présence réelle. Aucun savant ou philosophe ne pourra rien prouver ni dans un sens ni dans un autre. Les miracles sont la partie inconnue de la nature ; les énergies spirituelles, que certains hommes peuvent ressentir et maîtriser en sont la cause, ces qualités existent à l'état latent au fond de chaque homme, nous sommes conçus pour cela, Jésus en est la preuve vivante. En trente-trois ans, Jésus a parcouru tous les cycles qui séparent une humanité naissante, d'une humanité accomplie ; il est notre lumière et notre but.
A posteriori, on peut dire que le Christ a eu raison de ne pas vaincre l'épée par l'épée, ni de créer un "ordre" au sens Pythagoricien du terme ; c'est peut-être pour cette raison qu'il n'utilisa pas les Esséniens comme vecteur de sa pensée, mais qu'il s'adressa directement au peuple. Selon le Christ, le salut de l'humanité ne viendra pas par la force d'un "ordre", mais par la prolifération de la pensée Divine et sa pénétration au sein des âmes d'un nombre de plus en plus grand d'individus libres et volontaires. Un ordre, quel qu'il soit, religieux, initiatique ou autre, est une organisation sélective dirigée par le haut, elle ne peut que se scléroser.
Un "ordre" est une structure intrinsèquement mauvaise, Pythagore lui-même en fît les frais à la fin de sa vie ; par son école de Crotone, il ne répandait que des bonnes pensées, mais l'aspect sélectif de cette école fît des jaloux qui ne lui pardonnèrent pas, et qui surtout n'oublièrent pas. La destruction de la ville dissidente de Cybaris que Pythagore laissa faire à son général Milon, fut le détonateur du soulèvement et de l'extermination de l'ordre Pythagoricien, et de son maître. L'ordre pythagoricien est mort parce qu'il était beaucoup trop élitiste.
Pythagore "initiait par le haut" et ne touchait ainsi qu'un petit nombre de privilégiés. Jésus "éveillait par le bas" touchant ainsi le plus grand nombre afin que ceux qui ont des oreilles pour entendre, entendent ; mais en plus, Jésus donnait aussi l'initiation par le haut, à ceux qui en avaient la capacité, pour faire d'eux des initiateurs.
Tous les espoirs nous sont permis, le temple spirituel de l'humanité, la Grande Cathédrale Lumineuse, nous avons tout en nous pour qu'elle se réalise... Dieu a besoin des hommes qui ont trouvé la Vie, il en souhaite certainement le plus grand nombre possible. Dans certains textes de la pensée ésotérique égyptienne, on trouve des traces de cette notion "d'humanité - nourriture de Dieu", il serait étonnant que l'on ne trouvât point dans la Bible quelques allusions à cette idée, quand on sait que c'est en Egypte que Moïse a puisé son savoir. On n'a jamais fini de lire la Bible, mais il faut le faire avec une extrême prudence car on peut y trouver le Diable et le Bon Dieu. Les mythes ont inspiré autant de saints que de tyrans.
La dualité Bien/Mal emprunte des chemins très étroits qui peuvent conduire à des idéaux opposés, c'est le piège de tout démarche initiatique. Les sectes, qu'elles débouchent sur le Bien ou sur le Mal, utilisent les mêmes méthodes : les initiations sélectives et l'obéissance totale. Dans le cas du Mal, cette puissance cachée est composée par un petit groupe d'hommes possédés du Démon. Dans le cas du Bien, l'ordre moral est régi par la conscience de chacun et l'idée que certains hommes se font du Dieu-Amour.
M'adressant à ceux qui ont choisi la voie du Bien, je dirais qu'à une exploration du Merveilleux extérieur doit correspondre une exploration du Merveilleux intérieur. Faire ce choix est la seule liberté réelle mise à la disposition de l'homme... Dieu nous a créés inachevés et nous a obligés ainsi à choisir entre le Bien et le Mal.
La Bible est une arme à double tranchant, méfie-toi de ceux qui voudront te l'expliquer en un résumé simpliste. La connaissance est comparable à l'arbre dont les fruits étaient défendus à Adam et Eve ; sans la connaissance, nous gardons notre innocence, avec la connaissance du Bien et du Mal, nous prenons le risque de perdre cette innocence. Si nous surmontons cette épreuve, nous avons une chance de manger les fruits de l'Arbre de Vie, cet arbre qui est à côté de l'autre au milieu du jardin d'Eden. Heureusement pour les humains, le chemin peut être trouvé sans l'aide des Livres Sacrés, par une simple démarche intérieure. Mais là est la difficulté, ce qui parait simple à un initié ne l'est pas du tout à celui qui, isolé, cherche désespérément. Et je n'ai toujours pas compris pourquoi tout le monde au moins une fois dans sa vie, n'était pas touché par la grâce., est-ce une injustice divine, ou un aveuglement des individus ? Les Janséniste ont développé cette idée à l'excès.
Peut-être certains de mes mots t'ont-ils choqué ? Les mots sont piégés et leur emploi est délicat. J'ai peut-être trop utilisé les mots "Dieu" et "croyance" ; d'un côté, cela facilite le travail d'expression, mais d’un'autre, la méthode peut fermer l'écoute d'un certain auditoire. A posteriori, je pourrais dissiper ce malentendu en remplaçant le mot "croyance" par émerveillement, et le mot "Dieu" par Merveilleux. Toutes ces informations qui régissent l'univers et cette force qui l'anime, c'est merveilleux, et l'incoercible attirance qu'ils exercent, je l'appelle Emerveillement. Pourra-t-on encore s'entre-tuer au nom du merveilleux et de l'émerveillement ? Admire les merveilles de la Nature et tu trouveras le Royaume. Ah mon Dieu, moi qui ai eu le privilège d'être frappé par la grâce que ne me donnez vous les mots pour convaincre, pour convaincre au moins de commencer la démarche initiatique.
- Si j'ai bien compris, l'homme qui a des oreilles pour entendre peut faire seul son chemin, dans ces conditions, à quoi servent les religions ?
-. Il est impossible de rester indifférent face à la question des religions car l'homme ne vit pas seul, mais dans une société. Certains déclarent pourtant que la question ne les préoccupe pas et imaginent ainsi se placer en position de supériorité et de totale liberté de pensée ! En réalité, ils font le contraire. Sans limite et sans contrainte, tout est permis et pour cette raison, beaucoup de gens s'autorisent à faire n'importe quoi pourvu que cela aille dans le sens de leurs intérêts et c'est à cause d'eux que l'humanité tombe bien bas. Actuellement, on "normalise" ce qui est amoral et l'on supprime le sacré ; les humains n'ont plus de références autres que les lieux communs qui circulent dans les médias.
En considérant les choses avec objectivité et honnêteté intellectuelle, on est obligé d'admettre qu'il est impossible de rester indifférent face à la question religieuse, pour la bonne raison qu'un être humain ne peut se désintéresser du mystère de la vie universelle et que seuls la brute et l'animal, peuvent y être indifférents. Voilà un raisonnement qui peut servir de base à une réflexion sur le sujet religieux. Si quelques personnes arrivent à se forger une indifférence sur la question, de ceux-là on peut dire qu'ils n'ont pas approfondi leur réflexion. Attention, je parle du fond des religions et non pas de ce qu'elles paraissent.
La vie en société rend nécessaire l'existence des religions, elles sont en fait absolument conformes aux lois naturelles ; tous les exemples tendant à les supprimer se sont terminés en cuisants échecs. Mais il est absolument nécessaire que les religions restent à leur place sans déborder sur le pouvoir, les religions et la laïcité républicaine doivent cohabiter. Les religions dans les cœurs et la laïcité dans les institutions.
En fait une religion tient dans les dix commandements de Moïse, le reste est superflu.
Telle ou telle confession n'est rien d’autre qu'une manière d'envisager les mystères de l'existence du monde et une codification des devoirs sociaux qui en découlent.
Les religions ne peuvent pas ne pas exister, elles ne peuvent pas se taire, parce que les instincts, les besoins auxquels elles correspondent, ne se sont jamais tus depuis que l'homme est homme et ne se tairont jamais.
- Un homme peut-il changer ?
- Malgré son patrimoine génétique, l'homme est perfectible, surtout si le contexte de son existence évolue. Nous sommes davantage l’enfant de notre époque que de nos propres parents…
Il existe une raison importante pour laquelle l'indifférence face à la question cultuelle nous est impossible, c'est le fait que nous vivions en société ; si nous vivions isolés les uns des autres, le problème religieux ne se présenterait pas de la même manière et les religions ne s'imposeraient pas à nous comme une nécessité pour ainsi dire matérielle. La force serait notre seule loi, comparable en cela à la vie des fauves, chacun pourrait suivre son rêve en ce qui concerne l'au-delà de la vie charnelle ou n'en former aucun selon la portée de son intelligence, mais une solution dans un sens ou dans un autre ne serait pas matériellement nécessaire puisque ce que ferait chaque individu n'aurait aucune incidence sur la vie du voisin, puisqu'il n'y aurait pas de voisin.
Il en va tout autrement dès lors que nous vivons en société et de ce fait un premier problème se pose à nous impérieusement et inévitablement : ce problème est celui de la loi des rapports qui doivent exister entre les êtres associés, c'est la nécessité impérieuse et inévitable de résoudre ce problème qui induit à son tour la résolution du problème religieux. En exceptant le cas où un homme asservirait ses semblables par la force, toute société comporte forcément des conventions, elle repose sur un pacte, un contrat. Cela signifie que l'existence d'un groupe humain ainsi constitué, n'a plus la force pour unique loi, mais qu'à côté de celle-ci, intervient un principe qui servira de base à l'observation du pacte. Ce principe est celui qui réglera la part de don de soi que l'individu doit à la collectivité. Il est impossible qu'un pacte social existe et qu'il soit observé, sans que ceux qui y sont liés aient à se sacrifier au service des autres. Dès lors une question se pose : au nom de qui et de quoi des individus, qui n'étaient pas nés à l'origine du pacte, se condamneraient-ils aux sacrifices imposés ? A cela on répond : au nom de l'ordre général lui-même . Actuellement, la question ne se pose même plus.
Un deuxième problème se pose : quel intérêt l'individu retire-t-il à respecter le pacte ? La réponse est : l'intérêt bien compris ; mais ce n'est pas une réponse pour tout le monde, car malheureusement, un désir dont l'assouvissement est interdit par le pacte social, fait de l'individu un être malheureux ; alors comment admettre que l'intérêt bien compris exige le malheur de l'individu ? On invoquera le bonheur futur, mais c'est une chose tellement incertaine, alors que le malheur présent est lui terriblement réel et c'est à juste titre que chacun réclamera le droit de libre examen. C'est d'ailleurs ce droit au libre examen, droit que je considère comme absolu, qui est utilisé comme faux alibi pour justifier tous les égoïsmes. Tu conviendras qu'il n'est pas de société possible sur de pareilles bases tant que la majorité des individus qui la composent n'a pas atteint un degré de sagesse suffisant. A bout d'arguments, on parlera à l'individu, non pas de son bonheur futur à lui, mais de celui des générations qui lui succéderont. C'est comme cela, qu'insidieusement progressivement, s'est posé le problème religieux, car il est certain que l'individu se préoccupera plus on moins du bonheur présent ou futur des sociétés, selon qu'il se sera forgé telle ou telle conception sur l'origine et la fin du monde, ou autrement dit, qu'il sera adepte de telle ou telle pratique spirituelle ou idéologie ou philosophie et qu'il en déduira tel ou tel devoir. Le problème religieux se pose donc impérieusement à nous par le fait même que nous vivons en société et sa résolution ne fait qu'un avec le problème social, sauf si nous voulons tout résoudre par la force.
- Les sociétés communistes avaient quand même conçu des systèmes de sociétés qui fonctionnaient sans l'aide des religions ?
- Le communisme était lui aussi une sorte de religion, dans laquelle Dieu était remplacé par une idéologie qui en fait n'était que le prétexte à la dictature des tyrans. Mais, religion ou pas, tu as vu ce qu'il est devenu ! Certains rêveurs avaient pensé le plus sérieusement du monde à l'établissement d'une société collectiviste et matérialiste dans laquelle chaque homme comblé, tant les choses y seraient bien ordonnées, la satisfaction de tous ses besoins... Supposons qu'une telle société puisse exister, il faudra pourtant qu'elle soit administrée, il faudra toujours des hommes qui conçoivent et décident et d'autres hommes qui obéissent et exécutent. Les visionnaires ont beau imaginer des sociétés où il n'y a pas de chef, les hommes seront toujours les hommes et rien n'arrêtera jamais la tendance générale à l'exploitation de l'homme par l'homme, ainsi que celle de profiter d'un système, quand on est du bon côté. Jamais on n'extirpera de l'homme ses passions et ses facultés d'être heureux ou malheureux. Quel que soit le type de société choisi, collectiviste ou libéral, il y aura toujours un ordre à respecter ; au nom de quoi faudrait-il le respecter ? C'est l'éternelle question, dont l'éternelle réponse sera toujours : au nom de la conception qu'on se fait de la fraternité ou de la non-fraternité humaine, laquelle est liée à l'acceptation ou non de telle ou telle théorie sur l'existence du monde, autrement dit, l'acceptation ou le refus de telle ou telle religion. Mais de toutes manières, on en revient toujours là, ce que nous ne saurions accepter au nom d'une idée philosophique, il nous faudrait bien l'accepter par la force, c'est d'ailleurs ce qui se produit plus ou moins dans tous les types de sociétés.
- Moi je peux l'accepter au nom d'une idée, d'une philosophie, à condition qu’elle ne soit pas érigée, établie en religion. Vois le Bouddhisme qui n'était initialement qu'une très belle et noble philosophie de vie pour tout un chacun, lorsqu'il s'affiche en religion il, devient beaucoup moins noble, surtout lorsqu'il draine un grand nombre de parasites qui ont mission de le servir, mais qui en réalité se servent de leur état de religieux pour vivre au crochet de millions de pauvres gens.
- Tu as raison Ganieda, les disciples sont toujours moins bons que leurs prophètes, mais n'est-ce pas ce que je te disais à l'instant, que dans tous les cas on retombe toujours dans les mêmes fâcheuses tendances ? A mon avis, l'emprise des religions sur les sociétés est le moindre mal nécessaire en l'absence de démocratie, de culture et de maturité des peuples. A l'époque Carolingienne, y avait-il un autre moyen pour asseoir l'autorité nécessaire à l'organisation d'un pays qui ignorait la notion de démocratie ? Le peuple avait besoin d'un roi et le roi avait besoin de Dieu, à travers les religions…
Quoi que nous fassions, nous n'échapperons pas à la nécessité sociale suivante : croire, puisqu'on ne peut pas savoir scientifiquement l'origine et la destinée de l'univers et de là en déduire quels devoirs les hommes ont, les uns envers les autres... Le choix est restreint et se résume en trois possibilités : le règne des religions, le règne de la force, ou l'absence de société.
- On peut avoir les trois à la fois, cela s'est déjà vu au cours des siècles, pire que des bêtes…
- Quoique certaines espèces animales aient, elles aussi, des règles sociales
- Qui te prouve qu'ils n'ont pas une âme ? Ils n'ont pas à réfléchir, puisque leurs règles sociales sont inscrites dans leurs instincts, tandis que chez l'homme la majorité des instincts est réduite à l'état latent et c'est la conscience qui prend le relais.
- Voilà donc comment se présente la question religieuse, envisagée sous son aspect concret et, c'est ainsi que peuvent se comprendre le rôle et la nécessité des religions au point de vue social à travers le cœur des hommes.
De toute façon, qu'on le veuille ou non en Europe, dans ces vingt cinq pays démocratiques qui la composent, nous vivons dans des pays de droit laïque, et nous avons l'impression qu'il n'y a rien de religieux dans nos coutumes républicaines, mais c'est un leurre. En réalité, nos règles sociales sont un héritage du passé, époques durant lesquelles ce sont les religions qui ont induit le droit par l'intermédiaire des chefs d'états et de gouvernement. Maintenant, sauf exception, ce ne sont plus les religions qui nous gouvernent et c'est un bien immense.
- Père, vous êtes affreusement conservateur !
- Tu m'énerves gamin, toi et la jeunesse, dès que l'on vous impose une astreinte morale, vous accusez les anciens de "réac". Si les "hommes de la liberté", qui ont fait la Révolution, étaient anticléricaux, en revanche, ils étaient croyants, c'est-à-dire convaincus de la nécessité, pour fonder le droit naturel, de l'asseoir sur une transcendance extérieure à la société. Les lois de la société ne peuvent pas s'abstraire du domaine spirituel, sinon elles s'effondrent d'elles-mêmes. Je le répète, l'homme a perdu la majorité de ses instincts animaux, il doit les remplacer par la réflexion, par la sagesse, et par un code moral assis sur la spiritualité. La laïcité à laquelle on fait tant référence aujourd'hui, est encore un concept mal défini et fragile et, tant que chaque individu ne sera pas imprégné d'amour, on aura toujours besoin de structures religieuses. Laïcité et religions sont deux concepts immensément perfectibles, condamnés à travailler ensemble pendant encore très longtemps.
- Et bien, nous ne sommes pas encore sortis du chaos...
- C'est pour cette raison qu'il faut se forger un certain état d'esprit pour ne pas désespérer. Maintenant, va Guergan, je ne peux plus rien pour toi, je t'ai donné tout ce qui était en moi... Je suis devenu le vieux, avec sa petite lampe, et qui sera toujours là pour te redonner du feu quand tu en auras besoin...
Rappelle-toi cette parole : en dehors de toi, il n'est point de salut, la révélation est en toi et nulle part ailleurs. L'esprit est dans la matière, c'est ça le chaos, cherche, tu trouveras l'ordre en toi. "Ordo ab chaos".
Si un jour, tu te sens étranger parmi les hommes, cela signifiera que tu es éveillé et que tu as trouvé le chemin de la spiritualité.
- Quelle triste perspective ! Moi je préfère imaginer mon fils en adulte épanoui chez les hommes et non en "moine solitaire" isolé parmi les siens. Ne vas pas m'en faire un marginal, jouisseur égoïste d'un seul bonheur spirituel, un triste personnage incompris de tous et de ce fait, délaissé de tous, obligé de cheminer seul, lui qui est aujourd'hui si jovial et communicatif. Cesse de l'abreuver de "bondieuseries" !
- Rentre tes griffes, tigresse, je ne veux pas faire de mal à ton "petit", car c'est aussi le mien. Je n'ai jamais dit qu'il ne fallait pas jouir pleinement de la vie. Et si cela peut te rassurer, je le crie bien fort : jouissons de la vie, mais ne nous enivrons pas de divertissements stupides, car fatalement ils prendront trop de place, toute la place. Il faut avoir les deux pieds bien posés sur la terre pour ne pas devenir fou à force de regarder les étoiles, mais il faut faire les deux en même temps.
- S'il suit les chemins de ton Nazir, mon fils deviendra peut-être un homme sage, mais il sera ô combien vulnérable, étant dénué de toute agressivité, pour se défendre dans la vie.
- Mais pas du tout, bien au contraire, ne mélangeons pas les genres, il ne faut pas confondre agressivité et "élan vital". L'agressivité est cette faculté dont sont plus ou moins doués les êtres vivants et qui consiste à attaquer a priori et sans distinction tout autre individu vivant, même s'il est de la même espèce, car il est considéré comme un rival et ce qui peut lui être volé sera toujours bénéfique pour la survie de l'attaquant. Ce réflexe est effectivement une caractéristique indispensable pour survivre dans le monde marin ou dans la jungle, dans lesquels chaque animal se nourrit de ceux qui sont plus petits que lui ; encore que cette règle n'est pas absolue, puisque l'on voit chez certains fauves un instinct d'inhibition, dont la fonction existe justement, pour éviter l'autodestruction de l'espèce. Alors, ce qui est présent chez les animaux supérieurs doit l'être bien davantage chez les êtres humains, parce que justement ils ont inventé les règles de la morale. Selon cette morale, si bien reprise, développée et enseignée par le Christ, l'homme a le devoir de vivre, mais pas n'importe comment, sinon il s'abaisse au niveau des animaux inférieurs, ceux qui justement, ne connaissent pas encore cet instinct d'inhibition.
Il faut admettre cette différence qui existe entre agressivité et élan vital. L'élan vital est une pulsion nuancée qui, initialement n'interdit pas l'attaque mais l'autorise uniquement en cas de légitime défense. En effet l'élan vital commande la notion d'association avec l'autre et cela, dans l'intérêt égoïste de l'individu. "L'autre" n'est plus a priori un ennemi, mais un "associé potentiel", avec lequel on va pouvoir faire des choses que l'on ne pouvait pas faire tout seul et le tuer serait aller contre son propre intérêt. Le fauve qui tue et mange tout ce qui passe à sa portée est donc moins évolué que celui qui s'associe, il est même moins intelligent puisque, c'est le cas de le dire, il ne voit pas plus loin que le bout de son museau. Celui qui s'associe est donc bien arrivé à un stade supérieur qui laisse entrevoir le suivant, celui de la "fraternité.
Je pense que la parole de Jésus disant : « Si l'on te frappe la joue gauche, il faut tendre la joue droite » est mal interprétée. L'auteur de cette phrase n'a certainement pas voulu dire qu'il fallait s'exposer à un nouveau coup pour acquérir les grâces du ciel, mais plutôt ceci : en langage symbolique, ce qui est à gauche est négatif, et ce qui est à droite est positif, autrement dit, face aux forces bestiales qui l'agressent par la joue gauche, l'homme doit opposer les forces de l'esprit par la joue droite, qui en principe, doivent lui permettre de dominer son adversaire. On n'enseigne pas autre chose dans les arts martiaux : à la force brute, il faut opposer l'intelligence qui utilisera la force de l'attaquant en la retournant contre lui. On retrouve cela dans la Bible : le jeune David, grâce à la ruse, sans protection et armé de sa seule fronde de berger, tue le géant Goliath.
Le Christ n'a donc jamais dit qu'il fallait se laisser massacrer sans rien faire.
- Et si, moi, je préférais douter et placer les Evangiles en attente, pour vivre, aimer, chanter ; qu'en penserais-tu ?
- J'en penserais Guergan, que si tu ne partageais pas ta vie entre les choses de la terre et les choses de l'esprit, ta dernière heure venue, tu le regretterais, car la vie n'est qu'un rapide passage, sa fin est la suprême initiation donnant accès à la vie de l'esprit. D'ailleurs cela ne signifie nullement que l'on doive délaisser les choses de la vie ; hormis les moines, les ermites et les saints, les conceptions spirituelles ne peuvent s'établir solidement que sur une vie sociale bien remplie. Je n'ai pas beaucoup de sympathie pour ces saints et ces saintes, névrosés et masochistes.
Quant au doute que tu as mis en avant, je te répondrais qu'il fait partie des péripéties incontournables de la vie d'un être humain, il va de pair avec l'espoir. Le doute est un droit absolu, il est respectable, mais il ne faut pas s'en contenter et l'accepter sans réagir, car il peut céder la place au désespoir, le désespoir est souvent dramatique et je ne le souhaite à personne, surtout pas à toi, mon fils, toi que j'aime bien plus qu'un autre moi-même. Je te dirai donc, vis comme tu l'entends, mais sois éveillé. Ganieda, ai-je bien répondu à ton enfant ?
- Oh ! Moi... je dis toujours la même chose, je veux simplement que mon enfant soit heureux... c'est bien cela que tu voulais me faire dire, n'est-ce pas, moi, la femme, représentante d'une espèce inférieure à celle des hommes, eux qui sont les seuls dépositaires des choses de l'esprit !
- Non, ma chérie je n'ai jamais dit cela, car si les femmes furent les vestales entretenant le feu dans les temples, cela ne signifiait-il pas qu'elles étaient les seules capables, grâce à leur sérénité, de protéger le feu de l'esprit ?
- Dans ces conditions, je veux bien qu'il revienne aux mâles d'allumer ce feu... qui les fait tant courir.
- Non seulement tu te moques de moi, mais en plus tu me considères comme un affreux phallocrate. Ce malentendu me désole. Ma conviction profonde c'est que l'homme n'est pas supérieur à la femme. Nos sensibilités et nos logiques sont différentes, vous avez tort de vouloir nous imiter ou de nous combattre. Nous sommes réciproquement complémentaires et lorsque nous l’aurons compris, non seulement nous vivrons en paix, mais nous irons plus haut ensemble. Les racines de la femme plongent dans l'univers de l'esprit, alors qu'elle projette sa tête dans celui de la matière. Pour l'homme c'est le contraire, ses racines sont enlisées dans la matière, tandis que sa tête tente de se hisser dans l'univers de l'esprit. Par intuition et par nature, la femme connaît les secrets de l'univers, elle est l'initiatrice de l'homme, c'est pour cette raison que les hommes ont toujours tenté de la rabaisser. Mais il n'est pas d'opposition ni de dualité qui ne puisse, à un degré supérieur, se résoudre dans la complémentarité et l'unité.
- Penses-tu que ces élucubrations soient vraiment importantes ?
- Effectivement, les philosophies n'ont de valeur que si elles sortent de notre cerveau et si nous les vivons réellement dans notre vie quotidienne. Chaque philosophie n'est valable que pour celui qui l'a sécrétée. "Ce que tu fais, te fait" disait Rabelais.
- Suivant le précepte de Rabelais, je vais vous préparer une tarte aux myrtilles et cela nous fera du bien à tous les trois.


- Guergan, elle me plaît ta mère, ton père aussi,
- Oui, c'était une sage... Je me souviens qu'un jour j'ai dit à mon Père...

Gwydyon ! Tu n'as pas arrêté de parler depuis le début de cette histoire, puis-je en "placer une" maintenant ?
- Mais... je t'en prie, Guergan.
- Selon moi, ton Dieu principe s'ennuyait terriblement dans son unité... monotone et il décida de faire quelque chose, ne serait ce que pour se contempler dans son oeuvre comme dans un miroir. Alors, Dieu a réfléchi sur les moyens d'actions possibles et s'aperçut ainsi qu'il était le Tout. Et le Tout, vous rendez-vous compte que cela signifie être une chose et son contraire...? La polarité était en lui, comment ne s'en était-il pas aperçu plus tôt... ? Alors, il décida de séparer la lumière des ténèbres, il a sacrifié son unité, ce fut le premier sacrifice de l'univers. Ce sacrifice était nécessaire pour que l'univers se manifestât. Ce sacrifice était un acte irréversible car il s'était totalement investi dans cette action et lorsque le processus serait démarré, il ne pourrait plus l'arrêter avant d'avoir retrouvé son unité, lorsque la boucle serait fermée. Si la boucle ne fermait pas, ce serait pour cause de destruction réciproque des deux pôles ; il ne resterait plus rien de lui, ce serait le néant. C'est affreux ! Moi je pense que l'hypothèse du néant est inadmissible... mais possible. Attention, elle n'est possible qu'en cas de faiblesse de volonté. Dieu n'avait donc pour seule arme que sa force. Dieu était très inquiet et cette inquiétude le poussa à se préoccuper de nous, pauvres créatures en qui il avait mis sa force et à nous demander de l'aider un peu. En échange de cette aide, il nous a promis que nous pourrions le rejoindre dans son unité, c'est ça le message du Christ. Cette unité enfin retrouvée et enfin éternelle est pour nous la seule raison de vivre de la création.
- Et bien mon fils... c'est vrai, tu n'es plus un enfant maintenant ! grâce à une théorie farfelue tu spécules avec insolence dans l'inconnaissable.
- Moi je vous dis que si mon fils continue comme ça, il va bientôt pouvoir entrer au séminaire... quel désastre !
- Ne t'inquiète pas Maman, pour l'instant j'ai surtout envie d'aller jouer dans la cour des filles ! Quant à toi Papa, j'estime que ma théorie n'est pas plus farfelue que les tiennes... car elles se ressemblent…
Ah mon Dieu que c'est loin tout ça, et pourtant j'ai l'impression que c'était il y a un an... Les filles... Je leur ai préféré les montagnes.


CHAPITRE XII


- Guergan, il n'y a pas que tes théories qui ressemblent à celles de ton père, tes actes, j'imagine, ont été identiques aux siens.
- Oui, Marie, mon Père et moi étions pétris de la même pâte et maintenant, je ne sais plus quelles sont ses pensées et quelles sont les miennes ; j'ai vécu comme dans un rêve, j'ai l'impression d'être habité par les rêves et que les rêves sont la seule force à s'opposer au néant, là ou est l'esprit, il n'y a point de néant, j'en suis certain maintenant. Le néant n'est pas seulement l'absence de matière, mais aussi l'absence d'esprit ; si on le veut, l'esprit est partout, dans la matière et hors la matière, le néant est donc impossible. Il y eu à l'origine un combat entre l'esprit et le néant, c'est l'esprit qui l'a emporté. Au commencement était le Verbe et l'univers fût.
- Il y a donc eu un commencement.
- Un commencement, ou un nombre imaginable de commencements ; faut-il un seul cycle ou plusieurs cycles pour que la "manifestation" atteigne la perfection. La perfection est un besoin consubstantiel à Dieu, tout comme l'esprit est consubstantiel à la matière et inversement, l'homme est consubstantiel à Dieu.
- Alors, l'homme dans tout cela, quelle est sa place ?
- Elle est immense, puisqu'il est le vecteur de l'esprit. Jamais les mathématiques ne pourront calculer cela, elles ne peuvent que nous conduire au bord du rêve. La "Parole Perdue" est beaucoup plus loin, dans le rêve. Cette conclusion est incontournable.
L'homme est une toute petite unité microcosmique comparée aux dimensions de l'univers, malgré cette apparence minuscule, l'homme est immense dans sa dimension spirituelle. L'homme est très grand si l'on considère la quantité astronomique d'informations qui le "numérisent" et la Force spirituelle qui peut se dégager de lui. L'homme est un Christ en puissance car il est fait à l'image de Dieu.
L'homme est important pour Dieu, car il est la partie subtile de l'univers qui précisément est chargée de "distiller" l'esprit de la matière, il est l'alambic dans lequel se distille la "divine alchimie".
- Tu sais Guergan, il n'y a que toi qui parle comme cela, les religions ne m'ont rien apporté, c'est pourquoi j'ai succombé a désespoir. Je me suis accrochée à toi comme à une bouée jetée à la mer, mais j'aimerais mieux être sur un gros bateau.
- Marie, même si les religions sont un facteur social imprégné de mythes et de faits historiques, ce n'est pas une raison pour désespérer ou sombrer dans le doute ; il faut espérer, car le principal facteur d'espoir se trouve dans les inexplicables manifestations spirituelles perçues par les êtres humains. On ne voit pas comment l'univers aurait pu se faire sans un principe initial qui conduit les jeux de hasard, personne ne peut prouver que le hasard seul sans l'information aurait construit ce qui est.
Pour en revenir à ce que fut ma jeunesse, comme dans l'éclair de lucidité qui précède le moment où l'esprit s'apprête à quitter son enveloppe charnelle, j'ai pu te raconter ma vie, car ma vie s'est déroulée clairement et rapidement dans mon esprit. Les simulations de ce moment qui précède la mort font partie de notre enseignement ici dans l'abbaye de Tombellènne et c'est pour nous chose courante de nous évader hors du temps... J'espère pour ceux qui ont passé leur vie dans l'athéisme qu'à la dernière minute de leur vie, leur "transistor" sortira de sa cachette et "rougira" sous la tension d'un courant de conscience intense et qu'ils parcourront en quelques secondes, tout le chemin spirituel que les croyants ont mis une vie à parcourir !
Il était une fois un enfant...
J'ai causé à mes parents beaucoup d'inquiétudes et de joies aussi, je sais que par moi, ils furent heureux.
Ah, mon père..., ce n'est pas mon célibat qui l'inquiétait, mais le doute qui m'habitait, à l'époque de ma jeunesse.
Ce qui l'irritait le plus, c'était ma façon d'habiller ce doute par la dérision ; pour certaines choses mon père détestait le rire et je me souviens d'un exposé qu'il me fit sur le sujet :
Selon lui, le rire dérision, celui qu'il réprouvait, ce rire diabolique qui a pour but de tourner en ridicule une situation, une personne, une formule philosophique ou un ordre établi, pour lui, ce rire était un cauchemar. A un certain degré, lorsqu'il s'applique à son auteur, ce rire est une bonne chose, puisqu'il consiste à rire de ses propres malheurs, on appelle cela l'humour. Mais si l'on pousse plus loin cette formule en l'appliquant aux autres, c'est déjà moins bien puisque cela a un côté méchant. Mais là où ce "rire dérision" devient complètement satanique, c'est lorsqu'il cherche à tourner en ridicule des valeurs humaines ou sacrées ; certes on peut arriver à faire rire avec n'importe quoi, mais à force, ceux qui rient à l'écoute des diaboliques amuseurs, ne savent plus discerner la limite entre le sérieux et la plaisanterie. Les amuseurs qui choisissent de faire rire avec des sujets sérieux ne sont pas innocents, ils savent que le sujet choisi est un point sur lequel ils veulent communiquer leur doute, ne serait ce que pour être moins seuls. Mon père avait raison, car je ne manquais pas une occasion de plaisanter sur des concepts sacrés encore mal intégrés dans ma sensibilité.
- Concepts sacrés !!! Qu'est-ce qui est sacré ?
- Mais, toutes les manifestations de la nature sont choses sacrées, toi, moi, les autres, les animaux, les fleurs, les insectes, la mer, la montagne…
- C'est simple, on ne peut pas se tromper... Parle moi de ta Mère, cette merveilleuse femme.
- Ah ma mère !!! Elle, c'était mon célibat qui l'inquiétait et surtout mon goût pour la solitude et mon indépendance vis à vis des filles ; j'aimais leur compagnie pour faire le coq du village, mais je n'avais pas encore défini, ni ressenti, tout ce qu'elles pouvaient m'apporter, avec mon orgueil naturel, je ne voyais que mon nombril…
Et oui !... Jouer dans la cour des filles !!! Jusqu'à trente trois ans ce divertissement a pris beaucoup de place et ma pauvre maman n'a pas été déçue, elle qui craignait de me voir blanchir dans un séminaire. Les trois ou quatre années qui ont précédé mon départ vers la vie monastique, ont vu dans ce domaine mon ardeur décroître. Plus je découvrais les femmes, moins j'avais envie de les tromper et de me tromper moi-même. Lorsque je compris tout ce qu'elles pouvaient m'apporter par leur sensibilité différente de celle des hommes, je n'eus plus envie de traiter cette relation homme/femme autrement que sérieusement et je n'ai pas eu le courage de plonger dans la vie conjugale, peut-être n'en ai-je pas eu suffisamment envie. Ma mère, qui fut le témoin privilégié de cette évolution n'était pas mécontente, du point de vue de "la mère selon Freud", elle devait même éprouver un certain plaisir à demeurer la "seule femme" de son fils, elle sut parfaitement m'accompagner dans mon évolution, en m'informant sur ce que je ne devais jamais connaître : un père avant, pendant et après la naissance de son enfant. Je peux bien l'avouer maintenant, si je devais exprimer un regret ce serait bien celui de ne pas avoir connu la paternité. Personne ne peut se donner complètement, partout à la fois, il faut donc choisir et j'ai choisi. Il faut que certains donnent la vie aux futurs habitants de notre planète, tandis que d'autres transmettent le message spirituel aux nouveaux venus, pour qu'ils aient accès, eux aussi, à la "Vraie Vie", c'est une autre façon de faire naître la vie. On retrouve ici le thème du dialogue entre Jésus et le vieux Nicodème, tu te souviens Marie : Nicodème demandait à Jésus :
« Comment un vieil homme pouvait naître une deuxième fois ? »
C'est alors que Jésus lui répondit :
« Tu es docteur d'Israël et tu ne sais pas cela ? »
Jésus par cette réponse, faisait allusion à la Tradition Initiatique qu'il connaissait parfaitement. Je me souviens de Saint-Augustin, qui affirmait que la religion chrétienne était le prolongement des religions anciennes dans lesquelles on retrouve les mêmes rites initiatiques, comprenant : une mort symbolique, puis une renaissance à une vie nouvelle, après avoir surmonté des épreuves qui pouvaient être terribles, celles des quatre éléments : terre, air, eau, feu, avant de donner au néophyte les mots et les signes de l'initiation ou départ vers la vraie vie. L'initiation, comme son nom l'indique, est un départ vers de longs moments de travail ; parfois il faut toute une vie pour aboutir à la sérénité.
- Qu'étaient-ils ces rites initiatiques ? a-t-on vraiment besoin de ça pour entreprendre une démarche spirituelle ?
- Pour un adulte égaré, oui, il a absolument besoin du "choc initiatique" pour être décontenancé, déstabilisé dans son équilibre d'homme cherchant bloqué par les préjugés. Qu'il s'agisse de l'ancienne Egypte, de la Grèce antique et d'autres foyers culturels, le recrutement des néophytes dans le monde profane par les sociétés initiatiques était, il y a six mille ans, très sélectif puisqu'il fallait être un "cherchant", celui qui se pose les questions : qui sommes-nous ? Où sommes-nous ? d'où venons-nous ? Où allons-nous ? Pourquoi cette merveilleuse structure universelle ? Qui est son créateur ?
A l'époque, le profane qui avait été choisi devait faire preuve de patience et d'acharnement. Pendant un long probatoire, des questions toujours les mêmes, lui étaient posées. Un jour, enfin, on lui permettait d'entrer, mais c'était pour un long noviciat, durant lequel il était encore mis à l'épreuve.
Lorsque l'assemblée des initiés l'en reconnaissait digne, on annonçait au néophyte qu'il allait être admis aux mystères du premier degré et que l'épreuve serait terrible. A ce stade, le néophyte pouvait encore renoncer. S'il décidait de poursuivre, il était alors préparé pour la première épreuve, celle de la Terre.
- L'épreuve de la Terre... ça ne fait pas sérieux tout cela, et dire que tu critiques les sectes. Mais au fait, à Tombellènne, vous êtres chrétiens ou francs-maçons ?
- Les deux, ma chère Marie. Nous ne sommes plus catholiques, car nous sommes excommuniés, mais nous sommes chrétiens. D'ailleurs, te rappelles-tu ce qu'à dit St Augustin à ce propos, « la chose même qu'on appelle religion chrétienne existait chez les anciens et n'a jamais cessé d'exister, etc. », cette remarque s'applique à nous et, dans notre abbaye, nous alternons les rites chrétiens anciens avec notre rite maçonnique, Ecossais, Ancien et Accepté ! Marie, si tu veux comprendre, écoute-moi. Je vais t'expliquer le rite de l'initiation maçonnique, et tu verras que ce n'est pas différent du baptême chrétien. Tu t'apercevra que ta religion chrétienne, qui malgré tout te colle à la peau, emploie symboliquement les même moyens avec le baptême chrétien. L'épreuve de la terre est comparable à "l'oeuvre au noir" des alchimistes ; l'Art Royal n'a pas pour but de transformer le plomb en or, mais, en vertu de la devise : "ce que tu fais te fait..." l'alchimie a pour but de "travailler sur l'homme", comme le yoga, dont le but n'est pas de faire de la gymnastique, mais de se connaître et se maîtriser. Les voies, qu'elles soient chrétiennes bouddhistes ou alchimiques, ont pour but de réduire ce "Moi" psychologique (celui qui a faim ou soif, est heureux ou contrarié, etc.,) à sa juste place, qui est celle de l'instinct animal, dans un premier temps, puis ensuite de le mettre au service de la spiritualité, réalisant ainsi le plus bel équilibre qui soit : découvrir son "Moi" profond.
L'épreuve de la Terre qu'allait subir le néophyte ressemblait beaucoup à une mise au tombeau, d'où il s'ensuivait une putréfaction symbolique, c'est-à-dire qu'il allait se débarrasser de toutes ses idées préconçues conférées par sa culture personnelle.
Cette mise au tombeau pouvait durer plusieurs jours, parfois même, elle était accompagnée d'utilisation de drogues cataleptiques. La simulation de la mort était parfois tellement poussée, que la mort pouvait devenir réelle... c'était le destin ! Tu te souviens Marie de l'épreuve subie par d'Hosarsiph pour expier son crime avant de devenir Moïse ?
L'épreuve de l'Air qui venait ensuite, était plus douce que la précédente et en tout cas plus symbolique, puisque justement elle signifiait le souffle primordial de l'esprit ; analogie avec la Genèse dans laquelle on retrouve le même ordre chronologique : terre, air, eau, feu.
La troisième épreuve, celle de l'Eau était assez réelle, car il s'agissait avant tout d'une épreuve purificatrice ; c'est autour de l'eau que Saint Jean-Baptiste a construit le rite de son baptême.
Quant à la dernière épreuve, le Feu à traverser, elle était bien réelle ; on la retrouve dans notre fête de la Pentecôte qui rappelle le moment après l'Ascension du Christ où le Saint-Esprit a transmis sa force aux apôtres, sous l'apparence d'une flamme au-dessus de leur tête. Mais, si le néophyte à travers l'épreuve du feu devait être imprégné par la force de l'esprit, durant sa traversée acrobatique au-dessus d'un brasier, il risquait aussi de sombrer dans les flammes destructrices du feu de la matière. C'est seulement après avoir triomphé de ces quatre épreuves, que le néophyte avait changé d'état de conscience et pouvait être admis aux mystères qui lui permettraient de découvrir lui-même le cinquième élément, l'Amour universel. Cette épreuve de Feu, on la retrouve aussi avec les feux de la Saint Jean qu'il faut sauter.
C'est après la quatrième épreuve, qu'on lui transmettait les mots sacrés et les signes du premier degré. On lui remettait les outils symboliques sur lesquelles il allait devoir travailler, méditer, pour qu'il trouve en lui sa vérité, là était le véritable secret. Les mystères étaient faits pour être découverts de cette manière-là, et dans la haute assemblée, tout le monde se réjouissait lorsqu'il accédait à ce niveau de conscience. Tu vois, l'initiation est bien le commencement d'un long travail sur soi même… En fait, ce que je viens de t'expliquer est exactement la même chose que l'initiation décrite par Mozart dans la Flûte enchantée.

En supposant que l'on dévoile à un profane la signification des symboles, on risquerait davantage de le faire rire que de le faire progresser, ce qui en soit ne serait pas très grave ; mais en brûlant les étapes successives de l'initiation, on risquerait surtout de faire perdre la raison car la démarche initiatique n'est pas psychologiquement sans danger, c'est pour cette raison qu'elle est progressive. D'ailleurs, dans les traditions anciennes, le cas du jeune novice voulant accéder à la maîtrise de son art avant d'en avoir atteint la compétence était une éventualité qui n'était pas écartée, on peut même dire que cette probabilité était nécessaire dans la vie initiatique, car le Bien et le Mal cohabitent et le but de la démarche initiatique est justement de vaincre cette dualité, pour retrouver l'unité. Cette lutte peut aller symboliquement jusqu'au sacrifice suprême.
Tout au long de l'Ancien Testament, on retrouve le mythe du sacrifice, celui du Christ en est le couronnement, puisqu'il a réussi à vaincre les forces du Mal ; il est le modèle du Christ Universel.
Vingt et un siècles après le "modèle", nous suivons le même axe de progression. Il est évident que ce message hermétique ne recueille pas un écho de masse immédiat, il est reçu par un petit nombre seulement. On peut dire que le succès est total, lorsque l'initié devient à son tour un initiant, car c'est de « maître » à « disciple » que doit se propager la spiritualité, et non pas avec des actions grand public s'apparentant au business.
- Mais, où veux-tu en venir, Guergan, avec l'initiation par la voie symbolique ?
- Je veux en venir au fait que cette voie conduit à la modification de l'état de conscience.
- Elle donne accès à notre inconscient, donc ?
- Non Marie, elle donne accès à notre niveau de conscience cachée.
La "voie symbolique" est présente dans toutes les religions ; même le baptême chrétien utilise les épreuves symboliques.
Voici un exemple concret. Un rite maçonnique utilise la voie symbolique, c'est dire que son action sur la conscience est comparable à celle exercée par un conte. Ce rite provoque des rêves multiples et variés, selon la sensibilité de chaque individu (n'oublions pas que le conte est destiné à faire rêver, un peu comme un son musical fait vibrer d'autres cordes en mode harmonique). De plus, ce rite ne donne aucune réponse à nos angoisses, mais il nous amène à nous poser certaines questions, bien ciblées par ceux qui ont construit ce rite.
Toutes les voies symboliques utilisent les facultés d'une certaine zone neuronale du cerveau, qui a la fonction d'inventer sans arrêt des milliers de scénarios, pendant notre vie éveillée et notre sommeil. D'ailleurs, même quand nous ne dormons pas, lorsque cette zone fonctionne, nous nous « absentons » de l'instant présent et c'est pour cette raison que nous ne pouvons pas nous concentrer à 100 % sur un sujet plus de quelques dizaines de minutes, le cerveau s'évade et c'est la raison pour laquelle, lorsqu'on s'adresse à un auditoire, l'exposé ne doit pas être trop long. Ces scénarios sont des rêves, alors, qu'est-ce que le rêve ?
Les rêves sont des scénarios suggérés par des « informations » en provenance de notre environnement et qui pénètrent par tous nos canaux sensoriels privilégiés. Consciemment ou non, ces « informations » sont enregistrées et elles activent et ensemencent les zones neuronales concernées par le rêve et induisent la création de scénarios, fonctions pour lesquelles elles sont conçues.
Ces zones neuronales s'autoprogramment vers une complexité dont la progression est exponentielle. Ces zones créatrices de rêves fonctionnent sur deux modes :
a) le mode aléatoire. Il utilise les milliards d'informations qui ont été saisies consciemment ou non pendant toute notre existence. On le dit « aléatoire » car il procède de la théorie des grands nombres et qu'il est très difficile de remonter les liens de cause à effet de toutes ces informations. On ne peut les exploiter que par les techniques de sondages statistiques et parfois on peut en dégager quelques tendances qu'il serait audacieux de considérer comme des lois.
b) le mode provoqué. On sème des informations spécifiques, comme celles contenues dans un rite à nos multiples canaux de pénétration mais qui, toutes relèvent du même message, lequel est conçu pour provoquer des réactions attendues, orientées dans un certain sens.
Je rappelle que la publicité et la « communication avancée », toutes deux appliquées pour le commerce et la politique, ne sont rien d'autre que cela.
Pour les deux modes (a) et (b) il existe des dangers. Le mode aléatoire risque d'être envahi par les superstitions. Le mode provoqué est utilisé par les gourous et autres charlatans. Ceux-ci l'utilisent pour inhiber, robotiser et, finalement, exploiter financièrement les pigeons qui se laissent attraper. Mais tout ceci est bien connu et on ne peut pas faire grand chose contre, hormis prévenir du danger.
Le rite maçonnique s'apparente donc à un mode « provoqué » et il emprunte le contexte biblique pour centrer la démarche de l'initié dans une atmosphère « sacrée » (il n'y a pas plus sacré que les Livres Sains dans l'esprit du commun des mortels).
La parenté avec la Bible s'arrête là. Ce n'est, je le répète, qu'une question d'atmosphère à créer et celui qui n'en tiendrait pas compte en faisant une analogie directe avec la Bible, butterait rapidement contre un mur, ou s'enfoncerait dans une impasse.
Les seuls textes bibliques pouvant être directement assimilés dans ce rite sont les textes hermétiques comme : la Genèse, le Déluge, plusieurs textes qui se rapportent à Moïse et à certains prophètes.
Dans le nouveau testament, tout l'Evangile de Jean et plus particulièrement le Prologue sont des textes hermétiques directement utilisables.
Je citerai pour mémoire le symbolisme du feu présent dans tous les grades maçonniques et qui est un symbole hermétique s'il en est ; mais qu'est-ce que l'hermétisme ?
« L'hermétisme est un courant de pensée se situant entre les 2ème et 3ème siècles après J.C.., qui fut qualifié d'hérésie par les Eglises catholique et orthodoxe et combattu en tant que tel. Les traités d'hermétisme recouvraient le contexte païen des débuts de la Chrétienté, ils sont une religion cosmique teintée de magie et d'influence orientale, une version gnostique de la philosophie grecque ».
L'hermétisme est l'enseignement contenu dans le livre d'Hermès Trismégiste, personnage dont l'existence se situerait entre Moïse et Isaï... (certains même suggèrent que Moïse et Hermès Trismégiste furent une seule et même personne). La seule chose dont on soit certain, c'est que ces traités ont été écrits par plusieurs auteurs à des périodes diverses. Il s'agirait plutôt d'une Tradition qui s'est transmise depuis la plus haute antiquité et qui s'est diffusée dans la plupart des ésotérismes.
L'hermétisme a été redécouvert à la Renaissance en Italie par un moine, Giordano Bruno, les mages Ficin et Lactance, les alchimistes Pic de la Mirandole et Nicolas Flamel, le peintre Botticcelli et bien avant eux, au IIIème siècle, Saint Augustin. Le moine Giordano Bruno était lu dans l'Europe entière, son audience a été immense, c'est pour cela qu'il a été brûlé.
Le travail maçonnique, dans l'acception hermétique du terme, est la recherche d'une révélation, d'une intuition, concernant le milieu divin et l'accomplissement d'un salut personnel, grâce à une approche mystique de l'univers.
La voie hermétique peut être comparée à une échelle qui permettrait à l'initié de monter à loisir au sommet de sa conscience et, si possible, un peu plus haut à chaque tentative.
L'arbre des Sephiroth est aussi une « échelle hermétique »,ainsi que l'Alchimie au sens propre du terme, et d'autres voies comme l'Animisme, le Boudhisme, le Soufisme. Dès l'initiation au grade d'Apprenti, on est plongé dans l'hermétisme, en entrant dans le Cabinet de Réflexion, la formule V.I.T.R.I.O.L. est placée bien en évidence sur la table, elle signifie : « visite l'intérieur de la Terre, rectifie et tu trouveras la pierre secrète » (en latin : Visita Interiore Terrae Rectifiquandoque Invenies Occultem Lapidem). En clair, on peut traduire cette formule par : « Descends au fond de ta conscience, fais mûrir ce que tu y trouveras, et à force tu découvriras le secret qui donne la Sagesse » (la Pierre Philosophale).
Le but du rite maçonnique est de susciter chez l'initié sa propre philosophie qui, par définition, est la seule qui lui soit applicable. Les autres philosophies sont des « corps étrangers » que notre intellect, s'il est fort, a tendance à rejeter et, s'il est faible, il se les approprie sans réfléchir. Alors, tout ceci ne veut pas dire qu'il faille laisser de côté la philosophie classique, non, il faut l'utiliser dans un second temps seulement, après que l'on ait soi-même produit sa propre philosophie, afin de la confronter à celle des autres.
La voie symbolique pour un Franc-Maçon est la seule qui puisse le préparer à l'ultime initiation, car la voie hermétique propose une gnose optimiste qui se définit ainsi : le divin imprègne la matière (consubstancialité) et le monde vit, animé par l'Energie Divine.
Je terminerai par une citation extraite du livre d'Hermès Trismégiste :
« Le monde est reflété à l'intérieur de l'Esprit afin que nous puissions connaître son Créateur. »

Le baptême autrefois se référait aux quatre éléments : la terre, l'air, l'eau et le feu et le prêtre qui donnait le baptême accompagnait ses paroles sacramentelles de gestes rituels, on faisait de l'hermétisme sans le savoir...
Pour la terre : il mettait un peu de sel sur la bouche de l'enfant.
Pour l'air : il soufflait sur la tête de l'enfant, puis il le mouillait avec de l'eau et parfois même il le trempait, je crois bien d'ailleurs que cela se fait encore ; donc épreuve de l'eau.
Enfin, il plaçait un cierge allumé au-dessus de sa tête.
Dans le baptême, les paroles sacramentelles sont prononcées avec imposition des mains, conformément au rite pratiqué par Jésus. Donc, tu vois, ces pratiques recoupent ce que disait Saint Augustin à propos de la religion chrétienne et Saint Jean-Baptiste n'avait rien inventé. Toutes les religions mènent au centre pourvu qu'elles ne soient ni régressives, ni dissolvantes.
Bien que notre solitude soit grande face à la mort, dans la vie, nous ne sommes point seuls, nos semblables sont des repères, ils nous renvoient à leur manière notre propre image ; voir comment les autres nous perçoivent est indispensable pour progresser. Sans l’ aide qu’ apporte l'autre, nous nous enfermons dans un tunnel. Il faut savoir regarder l'autre, son comportement est en réaction avec le nôtre. C'est en cela que les religions sont nécessaires, elles rompent les solitudes.
L'humanité est arrivée maintenant à un point très critique : une partie de l'humanité est écoeurée par le festin d'abondance de biens matériels, de connaissances scientifiques et de pensées philosophiques closes sur elles-mêmes. La pensée de la tradition universelle a donné une chance à l'homme de s'ouvrir sur lui-même, cette pensée doit maintenant donner à l'homme conscient et réfléchi, une ouverture sur la sphère planétaire de pensée qui est perceptible à travers le patrimoine culturel de l'humanité. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir la convergence de tous les foyers culturels vers un axe de tension supérieure.
Comme le disait mon père, il n'est pas de véritable croyant désespéré. Grâce à cette "hormone d'espoir" inoculée par le créateur dans la matière primordiale, le probable destin dégressif de la matière a été vaincu par l'improbable, et c'est ainsi qu'ont été gravis tous les paliers d'évolution en direction du "supérieurement organisé" puis du supérieurement conscient et réfléchi. Dans l'homme, cette hormone d'espoir est devenue une "hormone optionnelle du goût de vivre" et, par définition, il faudrait être d'une inconscience suicidaire pour décider qu'elle n'a pas besoin d'être cultivée et entretenue. Le but de la démarche initiatique est, d'inoculer une deuxième fois cette "hormone d'espoir" à ceux qui l'ont perdue.
En supposant que l'existence des autres planètes habitées par des êtres vivants soit possible, nous n'aurons physiquement aucune chance d'établir le moindre contact avec des populations d'une autre galaxie, mais leur destin devrait ressembler au nôtre. En revanche, nous avons des chances de rencontrer leurs âmes comme celles des être humains de la Terre. Etablir ce contact spirituel, c'est tout ce que Dieu attend de nous pour réussir son grand oeuvre. Cette réussite est notre raison d'être ; toutes les énergies positives de l'univers sont tendues vers ce but, c'est là notre credo et notre espoir.
- Je comprends, ton mode de transmission initiatique et spirituel, mais de toi à moi Guergan, j'aimerais que cela se fasse différemment, je veux avoir un enfant de toi.
- Marie, en admettant que cela soit possible, ce serait un crime contre la nature parce que nous avons cent ans de différence d'âge et si nous étions ensemble, j'aurais le sentiment de te détourner de la voie que tu dois découvrir toi-même.
- Non Guergan, je le veux parce que je t'aime.
- Alors, aime moi autrement, fais ce que je t'ai appris. L'esprit est dans l'être comme l'étincelle est dans le silex, un choc suffit pour qu'elle jaillisse
- Je ne peux donc compter que sur moi-même ?
- Oui Marie, et ainsi ta force sera plus grande et tu pourras transmettre l'espérance.
Le doute et l'espérance sont les deux pôles opposés qui orientent l'Homme vers la foi. Au départ, nous avons le doute, le signal d'éveil donne l'espérance et l'unique recherche de l'Homme est de préparer le passage conduisant à la vie spirituelle éternelle.
- Puisqu'il en est ainsi, Guergan, je vais te suivre, là où tu vas.
- Non !


- Où vas-tu Guergan ? Nous n'avons pas arrêté de marcher, nous avons traversé la forêt, puis le désert caillouteux, et maintenant nous gravissons une montagne glacée. Je n'en peux plus, je t'en supplie, arrête-toi, ne me laisse pas seule, j'ai peur d'aller plus loin...
Je t'appelle Guerguan, tu ne m'entends pas ? Pourquoi tu ne t'arrêtes pas ? Réponds moi au moins ! Je ne peux plus bouger, je veux revenir dans la forêt, où coulent des ruisseaux, où courent les écureuils, où volent les oiseaux, où embaument les fleurs, je veux vivre dans la nature je veux me rouler dans l'herbe, avoir des enfants. Guergan !...
Guergan ! Réponds-moi, je t'en prie...
- Je t'entends Marie, ferme les yeux, je parlerai à ton coeur. Là où je vais tu ne pourras plus me suivre...
J'ai rêvé à toi bien avant notre première rencontre, mais maintenant, même cette illusion va disparaître...
J'ai escaladé beaucoup de montagne dans ma vie, mais je n'ai atteint que des sommets. Aujourd'hui, je suis sur la montagne Royale, la plus haute et la plus mystérieuse de toute, c'est la seule montagne où l'on peut aller plus haut que le sommet...
Je ne sens plus mes pieds, j'ai l'impression d'être léger...
Oh ! j'entends la voix de mes parents, il me semble qu'ils m'appellent...
Ah ! Marie, je te vois toute petite, lumineuse, très loin, allongée dans notre clairière à côté du ruisseau, sur l'herbe les traces de mon corps ont disparu...
Un jeune homme lumineux s'approche de toi, il a des choses à te dire, écoute-le, tu l'aimeras, lui il t'aime déjà... Il t'enlève dans ses bras et te fais monter dans les nuages, sur l'herbe, les traces de ton corps ont disparu elles aussi... Il faut que je te libère de ma pensée. Il faut que je coupe le fil, pour que tu sois libre.
Je te libère, je coupe le fil...
Ah ! j'entends un bruit, c'est un souffle puissant, il sort de la lumière que j'aperçois au bout du tunnel...
Je sors enfin du tunnel...
Je flotte dans l'espace, la grande lumière est devant moi, je discerne ses formes, c'est un Delta Lumineux...
Un homme apparaît ...
Je le connais, je l'ai déjà vu dans un rêve, il me sourit, il tient un calice d'une main, et me fait signe de l'autre...
Il me parle sans parole, sa pensée est dans la mienne, je sais que c'est Lui, quelle merveille...
Je suis au centre de l'Energie et je suis dans l'Information de tous les mystères...
Le Fils est là, avec beaucoup d'autres centres de conscience, il me sourit...
Sa mère la Vierge, est à ses côtés avec Saint Jean...
Des personnages entourent Jésus, je les connais !
Ram... Gauthama... Abraham...
Krishna... Moïse... Samuel... Isaï...
Orphée... Elie... Jérémie... Jean-Baptiste... Mahomet...
Hermès...
Mes parents... Teilhard...
Je vois des âmes humaines qui dans une ronde incessante vont se ressourcer en haut, puis redescendent dans l'univers pour aider les âmes nouvelles se formant dans des corps nouveaux...
Au milieu du Delta Lumineux que nous contemplons éblouis, nous entendons la « Parole Retrouvée », elle est en nous, nous sommes en elle et je contemple l'aventure merveilleuse de l'univers ; elle était incontournable, génialement simple : l'Esprit fait un détour vers la matière pour revenir, grandi, à son point de départ, et rebondir à nouveau vers un cycle encore plus merveilleux.
- Guergan !
- Oui... qui es-tu ?
- C'est Giacomo.
- Qui ?
Casanova, d'ici, j'ai suivi les travaux que vous faisiez en Loge.
- Ah, c'est toi, Giacomo, cela me fait plaisir de t'entendre.
- Ecoute ce que je vais te dire, c'est Dieu qui me l'a dit : « La Vérité existe par elle-même, elle est indépendante, mais en pure perte, car elle devient erreur dès qu'on la communique. »
- C'est diabolique ce que tu dis Giacomo mais cela ne me surprend guère venant de toi.
- Ce n'est pas fini, écoute encore ce qu'il m'a dit : »L'athéisme des hommes ne me fait ni chaud ni froid, pas plus que leurs passions et leurs superstitions ».
- Là, Giacomo, tu ne me surprends pas du tout car voici ce que m'a inspiré Dieu : « La bonne philosophie n'étant le partage que d'un sur cent mille, il s'ensuit que le mal moral dans le monde est cent mille fois plus grand que le bien »..
- Guergan, ce n'est pas Dieu qui t'a dit cela , c'est moi, il y a fort longtemps. A ce propos, j'avais demandé à Dieu ce qu'il en était du mal physique, Sais-tu ce qu'il m'a répondu ?
« Il n'y a pas de mal physique cela regarde la nature de l'univers. Tout ce qui paraît mal est bien. Tourne-toi de l'autre côté, la matière étant infinie, comme moi, il m'est impossible de la définir car n'ayant pas eu de principe, son principe doit m'être inconnu. Je suis le Principe éternel spirituel ». mais tu es dans l'espace, lui dis-je ? Et voici ce qu'il m'a répondu : « Non, car je ne suis pas matière et en qualité d'esprit réel immatériel je n'ai donc que faire de me trouver dans le rien ».
-Là, Giacomo, je ne comprends plus.
- Moi non plus et je lui ai demandé : « on ne peut donc pas dire que tu es partout ? » Voici sa réponse « Je suis partout, hormis dans le rien ».
- Ecoute Casa, maintenant que nous sommes près de Lui, il pourrait être un peu plus clair dans ses propos.
- Tu n'as rien compris Guergan, au ciel aussi, il y a une hiérarchie et je ne suis pas tout à fait certain que ce soit Lui qui se soit adressé à moi !


Allongé sur sa couche, le vieux Guergan délirait, il entendait le bruit de cette extraordinaire Lumière dont il approchait, l'homme radieux qui l'accueillait lui disait : « tu es arrivé à l'accomplissement ».
Le Père Abbé qui avait écouté Guergan délirer pendant des heures était maintenant son successeur à la tête de l'Abbaye de Tombellène, il lui essuyait le visage avec un linge humide et lui parlait doucement à l'oreille.
- Mon Père, vous rendez-vous compte des paroles sacrilèges que vous avez proférées dans votre délire... Jamais nous n'aurions pensé que vous étiez hérétique à ce point... Nous allons prier encore davantage pour le salut de votre âme... Et qui est cette Marie à qui vous parlez avec amour ?
Mais Guergan ne lui répondit pas, il était passé de l'autre côté. Maintenant il savait... Lui... car il avait retrouvé la Parole perdue.

F I N


TABLE DES MATIERES

Introduction p. 1
Chapitre I 3
Chapitre II 5
Chapitre III 19
Chapitre IV 31
Chapitre V 44
Chapitre VI 46
Chapitre VII 64
Chapitre VIII 86
Chapitre IX 93
Chapitre X 105
Chapitre XI 115
Chapitre XII 125

Vendredi 2 Juillet 2010 13:10